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Élevage

L’élevage en Tunisie : des éleveurs sous pression, un secteur essentiel à préserver

À l’aube, dans de nombreuses régions tunisiennes, la journée commence bien avant le lever du soleil. Dans les étables, les bergeries et les poulaillers, des milliers d’éleveurs s’occupent de leurs animaux, veillent à leur alimentation et espèrent que leur travail permettra de faire vivre leur famille.


Souvent discret, l’élevage constitue pourtant l’un des piliers de l’agriculture
tunisienne. Il fournit le lait, la viande et les œufs consommés quotidiennement par

des millions de Tunisiens.


Il représente également une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles rurales et contribue à la vitalité économique de vastes territoires.


Mais derrière cette activité indispensable se cache aujourd’hui une réalité plus difficile.
Entre sécheresse, hausse des coûts de production et manque de rentabilité, de nombreux éleveurs traversent une période de plus en plus complexe.

Un patrimoine agricole profondément enraciné

En Tunisie, l’élevage fait partie de l’histoire des campagnes. Dans les régions du Centre
et du Sud, les troupeaux de moutons et de chèvres constituent souvent le principal patrimoine des familles rurales.


Dans les zones plus favorables du Nord, l’élevage bovin joue un rôle central dans la production laitière.


Au fil des générations, les éleveurs ont développé un savoir-faire étroitement lié aux
conditions climatiques et aux ressources naturelles de leur région. Les troupeaux ne représentent pas seulement une activité économique ; ils sont aussi un héritage familial, parfois transmis de père en fils depuis plusieurs décennies.


L’élevage ovin demeure particulièrement important en Tunisie. Au-delà de sa contribution
à la production de viande rouge, il occupe une place culturelle et sociale forte, notamment à l’occasion de l’Aïd al-Adha.

La filière laitière face à une crise persistante

Pendant de nombreuses années, la filière laitière tunisienne a été considérée comme l’une des réussites de l’agriculture nationale. Les investissements réalisés dans la
collecte, la transformation et la distribution du lait avaient permis au pays de renforcer sa production et de limiter sa dépendance aux importations.


Aujourd’hui, cette filière traverse cependant une période délicate.

Le coût des aliments pour bétail a fortement augmenté ces dernières années, tandis que les dépenses liées à l’énergie, aux soins vétérinaires et aux équipements  continuent de peser sur les exploitations.


Dans le même temps, les épisodes de sécheresse réduisent les ressources fourragères disponibles et obligent les éleveurs à acheter davantage d’aliments pour nourrir leurs animaux.


Pour certains producteurs, l’équation économique devient difficile à tenir.

Plusieurs ont choisi de réduire la taille de leurs troupeaux, tandis que d’autres ont quitté
l’activité, faute de rentabilité suffisante.

Une contribution essentielle à la sécurité alimentaire

L’élevage joue un rôle majeur dans l’approvisionnement du marché tunisien en protéines

animales.
Le lait, les produits laitiers, la viande rouge, la viande de volaille et les œufs occupent

une place importante dans l’alimentation des ménages. La filière avicole s’est 
d’ailleurs fortement développée au cours des dernières décennies afin de répondre à une demande croissante en viande blanche, souvent plus accessible financièrement que la viande rouge.
Au-delà de son rôle alimentaire, l’élevage soutient l’économie de nombreuses régions

rurales. Il génère des emplois directs et indirects dans les domaines de la 
collecte, du transport, de la transformation et de la commercialisation des produits animaux.

Quand le climat fragilise les troupeaux

Comme l’ensemble du secteur agricole, l’élevage est aujourd’hui confronté aux
conséquences du changement climatique.
Les sécheresses répétées réduisent la disponibilité des pâturages et des cultures
fourragères. Dans certaines régions, les éleveurs doivent parcourir de plus longues distances pour trouver de quoi nourrir leurs animaux ou s’approvisionner à des coûts toujours plus élevés.
La raréfaction des ressources en eau représente également une préoccupation
grandissante. L’abreuvement du bétail devient plus coûteux, tandis que les fortes chaleurs peuvent affecter la santé et la productivité des animaux.
Pour les petits éleveurs, qui disposent souvent de moyens limités, ces difficultés s’ajoutent les unes aux autres et fragilisent davantage des exploitations déjà vulnérables.

Construire un élevage plus résilient

Face à ces défis, de nombreux spécialistes plaident pour une adaptation progressive du
secteur.
Le développement des cultures fourragères locales, l’amélioration de la gestion de
l’eau et le renforcement de l’accompagnement technique des éleveurs figurent parmi les pistes les plus souvent évoquées.

La valorisation des races locales, mieux adaptées aux conditions climatiques tunisiennes,
pourrait également contribuer à renforcer la résilience des élevages face aux épisodes de sécheresse et aux fortes températures.


Parallèlement, plusieurs experts soulignent l’importance de soutenir davantage les petits
producteurs, qui constituent l’ossature de nombreuses filières animales dans le pays.

Préserver un secteur stratégique

L’élevage demeure l’un des fondements de l’agriculture tunisienne. Il nourrit la population, fait vivre des milliers de familles et participe à l’équilibre économique de nombreuses régions rurales.
Mais aujourd’hui, ce secteur se trouve à un tournant. Les difficultés économiques, la hausse des coûts de production et les effets du changement climatique imposent une adaptation rapide.
Derrière chaque litre de lait, chaque œuf ou chaque kilogramme de viande, il y a le travail quotidien d’éleveurs qui continuent de faire face aux incertitudes avec détermination.
Préserver l’élevage tunisien, c’est aussi préserver une partie essentielle du monde rural et de la sécurité alimentaire du pays.

Sources
  • Office de l’Élevage et des Pâturages (OEP)
  • Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche
  • Institut National de la Statistique (INS)
  • Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
  • Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI)