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Agrohealth Tunisie

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Pr. Dhia Bouktila – Le Cap Bon, un jardin entre deux golfes [La Tunisie fertile (4)]

Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir –Après les plaines fertiles de Béja, les forêts et les eaux de Jendouba, puis les hautes terres du Kef et de Siliana, « La Tunisie fertile » poursuit son voyage vers une péninsule où la fertilité change de visage. Au Cap Bon, les vergers côtoient les vignobles, les cultures maraîchères les champs de fraises, et les fleurs deviennent elles-mêmes une récolte. Sur un territoire relativement resserré, l’agriculture compose une étonnante mosaïque de productions, de paysages et de saisons. Bienvenue au Cap Bon, la péninsule aux mille récoltes.

1. Une terre entre mer, plaines et collines

Entre le golfe de Tunis et le golfe de Hammamet, la péninsule présente un relief contrasté, fait de plaines, de plateaux, de collines et de secteurs plus accidentés.

 

Cette configuration crée une mosaïque de situations agricoles. Au sud-ouest, les espaces de Grombalia et de Soliman ouvrent la péninsule sur les plaines proches du Grand Tunis.

 

Plus au centre et à l’est, les terres agricoles se diversifient autour de Korba, Menzel Temime, Béni Khalled et Menzel Bouzelfa.

 

À l’extrémité septentrionale, les paysages de Kélibia, El Haouaria et Hammam Ghuezèze prennent d’autres tonalités.

 

Cette diversité des milieux se traduit par une remarquable pluralité agricole.

 

Le Cap Bon n’est pas un territoire à vocation unique, mais une mosaïque de spécialisations qui se côtoient et se complètent.

2. Une mosaïque agricole à l’échelle d’une péninsule

Avec environ 260 000 hectares de superficie agricole utile, dont près de 199 000 hectares de terres labourables, le gouvernorat de Nabeul figure parmi les grands territoires agricoles du pays.

 

Mais c’est surtout l’importance de l’agriculture irriguée (environ 49 500 hectares) qui contribue à façonner son visage agricole particulier[1].

 

Sur cette superficie, les cultures ne se succèdent pas seulement: elles se spécialisent selon les territoires.

 

Agrumes, maraîchage, viticulture, arboriculture fruitière, olivier, céréales, fraises, pommes de terre, tomates et plantes aromatiques composent une véritable mosaïque productive.

 

Cette diversité ne se lit pas seulement dans les paysages: elle se mesure aussi aux volumes produits et au poids qu’occupe le Cap Bon à l’échelle nationale pour certaines filières, notamment la fraise et les agrumes.

 

En 2022-2023, le gouvernorat a produit environ 200 000 tonnes d’agrumes, 255 000 tonnes de tomates, 144 600 tonnes de pommes de terre et 13 650 tonnes de fraises [1].

 

Ces chiffres donnent une première mesure de ce que représente le Cap Bon dans l’agriculture tunisienne: non pas un territoire défini par une seule production, mais un espace où plusieurs filières agricoles d’importance nationale se concentrent et se complètent.

 

C’est cette diversité organisée à l’échelle d’une péninsule qui constitue l’une des grandes singularités du Cap Bon.

 

Pour la comprendre, il faut maintenant quitter les statistiques globales et entrer dans le territoire, délégation après délégation: là où chaque paysage révèle sa propre spécialité.

3. Des agricultures qui se lisent d’une délégation à l’autre

C’est probablement ici que l’originalité agricole du Cap Bon apparaît le mieux : il suffit de changer de délégation pour changer de production dominante, de paysage et parfois même de saison agricole.

Grombalia: le royaume de la vigne

À l’entrée occidentale du Cap Bon, la vigne façonne depuis longtemps les paysages de Grombalia et demeure l’une des grandes signatures agricoles de la délégation.

 

Plus largement, le gouvernorat de Nabeul demeure le principal bassin viticole du pays: selon les données du CRDA, il a produit en 2022-2023 11 950 tonnes de raisins de cuve sur 7 194 hectares, soit près de 64% de la production nationale.

 

À ce volume s’ajoutaient 17 492 tonnes de raisins de table[1].

 

Aux côtés de Bou Argoub, Takelsa et Korba, Grombalia demeure l’un des principaux territoires viticoles de la région.

 

La filière y associe raisins de table et raisins destinés à la transformation, tandis qu’une activité vinicole est historiquement implantée sur le territoire.

 

Mais derrière cette image de «ville de la vigne» se dessine une fragilité préoccupante. Le vieillissement des plantations, le recul des superficies et la baisse de productivité fragilisent progressivement le vignoble de Grombalia.

 

La production attendue pour 2026 ne dépasserait pas 5 000 tonnes selon les estimations locales[2], signe d’une filière dont le poids historique ne suffit plus à garantir la vigueur future.

 

À cette question du renouvellement des plantations s’ajoutent la rareté de l’eau, l’augmentation du coût des équipements et des intrants, ainsi que la pénurie et le renchérissement de la main-d’œuvre. Les producteurs ont également signalé des difficultés de commercialisation liées à la faiblesse des prix[2].

 

Grombalia offre ainsi l’image contrastée d’un territoire où la vigne demeure une richesse agricole majeure, mais dont la pérennité dépend désormais de la capacité de la filière à renouveler son vignoble, à maîtriser ses coûts et à s’adapter à des contraintes hydriques et climatiques croissantes.

 

Figure 1. Grappe de raisin géante sur un rond-point de Grombalia, symbole de l’identité viticole de la ville. 

Menzel Bouzelfa et Béni Khalled: le cœur agrumicole du Cap Bon

À Menzel Bouzelfa comme à Béni Khalled, le paysage agricole se dessine d’abord sous la forme d’un immense verger.

 

Orangers, mandariniers et citronniers y composent le cœur historique de l’agrumiculture du Cap Bon, une région qui assure à elle seule l’essentiel de la production tunisienne.

 

Lors de la campagne 2022-2023, le gouvernorat de Nabeul comptait environ 18 700 hectares d’agrumes pour une production proche de 200 000 tonnes, soit près de 73% de la production nationale[1].

 

Trois campagnes plus tard, en 2025-2026, la production régionale atteignait environ 241 000 tonnes, confirmant le poids exceptionnel du Cap Bon dans l’agrumiculture tunisienne[3].

 

Figure 2. Vergers d’agrumes à Menzel Bouzelfa, Cap Bon.

 

Derrière ces chiffres se cache également un patrimoine variétal remarquable. La grande figure de ces vergers reste la ‘Maltaise tunisienne’, cette orange devenue l’emblème du Cap Bon et de l’agrumiculture tunisienne.

 

La FAO rappelle d’ailleurs que les orangeraies de la péninsule couvraient environ 14 000 hectares, dont près de la moitié étaient consacrés à la Maltaise.

 

Autour de cette «reine des oranges» se maintiennent d’autres variétés importantes, notamment ‘Meski’, ‘Châmi’ et ‘Thomson’, tandis que mandariniers et citronniers complètent cette diversité[4]. 

 

Figure 3. La Maltaise, reine des oranges tunisiennes.

 

Cette richesse est aujourd’hui confrontée à une fragilité croissante. Sur le plan phytosanitaire, Béni Khalled et Menzel Bouzelfa sont précisément les deux localités où le virus de la tristeza des agrumes (Citrus tristeza virus) a été officiellement détecté en Tunisie, lors des premiers foyers confirmés en 2021.


L’INRAT avait, dès 2020, relevé un taux de contamination d’environ 23% parmi les arbres échantillonnés dans les zones agrumicoles de ces deux délégations.


Le problème est particulièrement préoccupant dans les vergers greffés sur bigaradier, un porte-greffe particulièrement sensible à certaines souches du virus.


Les recherches tunisiennes explorent désormais le recours à d’autres porte-greffes plus adaptés et moins vulnérables[5].


À cette menace sanitaire s’ajoute une contrainte plus immédiate encore: l’eau. En juin 2026, les vergers de Béni Khalled et de Menzel Bouzelfa ont été directement affectés par le retard de la campagne d’irrigation, lié aux défaillances du réseau de distribution, avec environ 33 pannes recensées.


Le déficit hydrique ne menace pas seulement la production: il accentue également la vulnérabilité des vergers déjà confrontés à des problèmes sanitaires[6].


Dans ces deux délégations, l’orange est donc bien davantage qu’un fruit.


Elle est un paysage, une économie, un patrimoine variétal et génétique, mais aussi l’un des meilleurs révélateurs des défis auxquels l’agriculture méditerranéenne est désormais confrontée:


comment préserver un patrimoine productif ancien lorsque l’eau devient plus incertaine, que les infrastructures vieillissent et que de nouvelles pressions phytosanitaires s’installent dans les vergers ?

 

Korba, El Mida et Takelsa: le maraîchage et la fraise

À Korba, El Mida et Takelsa, le Cap Bon révèle une autre expression de sa fertilité: celle d’un territoire où le maraîchage s’est développé jusqu’à devenir l’une des grandes signatures agricoles de la péninsule.


Les terres accueillent une succession de cultures (tomates, pommes de terre, piments, oignons, courgettes et autres légumes de saison) destinées aussi bien aux marchés frais qu’aux activités de transformation.


Au sein de cette mosaïque maraîchère, la fraise occupe une place particulière.


Korba en constitue l’un des principaux pôles de production, dans un bassin qui s’étend aux délégations voisines d’El Mida, Takelsa et Béni Khiar, dont relève Somâa.


Avec plus de 13 600 tonnes produites en 2022-2023, le gouvernorat de Nabeul représentait alors environ 97% de la production tunisienne de fraises[1].


Cette concentration territoriale témoigne d’une agriculture capable de développer, sur des superficies relativement limitées, des productions spécialisées à forte valeur ajoutée et destinées à des marchés exigeants.


Mais cette performance a son revers : fortement dépendantes de l’irrigation, les cultures maraîchères et la fraise figurent parmi les productions les plus directement exposées à la pression croissante exercée sur les ressources en eau du Cap Bon. 


Figure 4. de fraises à Somâa, dans le bassin maraîcher du Cap Bon, à proximité de Korba.

 

Du champ à la mer: les agricultures du nord-est du Cap Bon

En avançant vers Menzel Temime, Kélibia, Hammam Ghuezèze et El Haouaria, le Cap Bon révèle une autre facette de sa diversité agricole.

 

Sur ce littoral septentrional et oriental, grandes cultures, maraîchage et arboriculture composent une nouvelle mosaïque productive:

les terres d’El Haouaria et de Dar Allouche se distinguent notamment par la tomate, le piment et l’arachide, tandis qu’autour de Kélibia, les cultures maraîchères côtoient les vergers d’oliviers, de vignes, d’abricotiers, de figuiers et de grenadiers[1].

 

Les céréales occupent également une place importante: la campagne 2024-2025 s’est achevée sur une récolte exceptionnelle de plus de 1,3 million de quintaux dans le gouvernorat de Nabeul, après plusieurs années marquées par le déficit pluviométrique[7].

 

Ce résultat rappelle le poids des grandes cultures dans un territoire pourtant surtout identifié à ses productions spécialisées.

 

À Kélibia, l’agriculture rencontre également la mer. Spécialisé dans la pêche au large, le port constitue l’une des principales infrastructures halieutiques du Cap Bon.

 

Du champ au littoral, le nord-est de la péninsule révèle ainsi une autre facette de sa richesse productive, où les ressources de la terre se prolongent par celles de la mer.

 

Figure 5. Le port de pêche de Kélibia, spécialisé dans la pêche au large.

 

4. Le parfum du Cap Bon: quand la fleur devient un produit

Au printemps, une autre récolte transforme le paysage. 

Les fleurs du bigaradier sont cueillies pour produire le fameux zhar, l’eau de fleur d’oranger qui appartient à la fois à la cuisine tunisienne et à l’identité olfactive du Cap Bon.

 

En 2026, la récolte de fleurs de bigaradier (زهر الأرنج) a atteint environ 2 500 tonnes dans le gouvernorat de Nabeul, dont une partie est transformée en huile essentielle de néroli, destinée notamment à l’industrie de la parfumerie[8].

 

Ici, la valeur agricole ne réside donc plus seulement dans le fruit. La fleur devient elle-même une récolte. Et cette transformation est emblématique du Cap Bon: un même agrosystème peut produire un fruit, une fleur, un parfum, un ingrédient alimentaire et une activité économique.

5. Une terre qui produit presque toute l’année

La diversité du Cap Bon ne se mesure pas seulement au nombre de ses productions. Elle se lit aussi dans leur succession au fil des saisons.

Lorsque les agrumes arrivent à maturité, d’autres cultures sont déjà en place.

 

Les légumes se succèdent, les fraises occupent leur saison, la vigne et les autres fruitiers prennent le relais, tandis qu’au printemps, les fleurs de bigaradier deviennent à leur tour une récolte.

 

Cette succession contribue à faire du Cap Bon un territoire agricole presque continuellement productif.

 

Les chiffres régionaux confirment cette diversité. En 2022-2023, le gouvernorat de Nabeul assurait 97 % de la production nationale de fraises, 73 % de celle des agrumes et 90 % de celle des épices et condiments[1].

 

Parmi ces dernières figurent notamment la coriandre (كسبر), le carvi (كروية), le cumin (كمّون), le fenouil (بسباس) et l’anis (حبة حلاوة), autant de cultures qui participent à la singularité agricole de la péninsule.

 

Le Cap Bon ne se distingue donc pas seulement par l’importance de ses récoltes, mais par leur diversité et leur capacité à se succéder au fil de l’année.

6. De la terre à l’assiette : une cuisine qui conserve l’agrosystème

Au Cap Bon, les récoltes ne nourrissent pas seulement les marchés: elles ont aussi façonné une cuisine où les produits du territoire occupent une place centrale.

 

Les agrumes sont consommés frais, transformés, pressés ou utilisés dans des préparations culinaires.

 

La fleur du bigaradier devient zhar. Les légumes abondants alimentent une cuisine saisonnière qui sait transformer, conserver, sécher ou accommoder les récoltes.

 

Figure 6. Le zhar, eau de fleur de bigaradier, au cœur des saveurs du Cap Bon.
Source:
 miragetunisia (Instagram).

 

Les piments et les épices donnent une autre dimension à cette relation entre agriculture et gastronomie. Les tomates peuvent être consommées fraîches ou transformées.

 

Les fruits et les agrumes trouvent leur place dans les confitures et les préparations sucrées. Les raisins peuvent être consommés frais ou entrer dans les différentes formes de transformation liées à la viticulture.

 

Cette cuisine n’est donc pas extérieure à l’agriculture: la gastronomie du Cap Bon est aussi une manière de prolonger l’agrosystème jusque dans l’assiette.

7. Le regard du scientifique: une fertilité sous contrainte hydrique

Le paradoxe scientifique du Cap Bon tient à ceci: l’un des territoires agricoles les plus productifs et diversifiés de Tunisie dépend fortement d’une ressource devenue vulnérable: l’eau.

 

Les superficies irriguées atteignent environ 49 500 hectares dans le gouvernorat [1], tandis que l’intensification agricole exerce une pression importante sur les ressources souterraines, notamment dans les plaines agrumicoles et maraîchères.

 

Dans la région de Korba, plusieurs travaux ont ainsi documenté la pression exercée sur les ressources souterraines de l’aquifère côtier de Korba[9].

 

Cette situation oblige à repenser la notion même de fertilité. Un territoire fertile n’est pas seulement capable de produire beaucoup, il doit pouvoir maintenir cette capacité dans le temps.

 

Pour le Cap Bon, l’enjeu est donc de concilier productivité agricole et préservation des ressources, à travers une irrigation plus efficiente, une meilleure gestion des nappes et une adaptation des cultures aux contraintes hydriques et climatiques.

 

Le Cap Bon apparaît ainsi comme un véritable laboratoire de l’agriculture méditerranéenne: préserver sa diversité productive nécessitera de croiser agronomie, hydrologie, génétique agricole, gestion des sols et innovation.

Une fertilité à préserver

Le Cap Bon possède une singularité rare dans le paysage agricole tunisien: sa fertilité se manifeste par la coexistence d’une multitude de productions.

 

Agrumes de Béni Khalled et de Menzel Bouzelfa, vignobles de Grombalia, fraises de Korba et de ses environs, maraîchage des plaines, bigaradiers de Nabeul, cultures fruitières, oliviers, céréales et épices composent une mosaïque où chaque territoire apporte sa propre nuance.

 

Dans cette péninsule où la terre donne au pluriel, la véritable question n’est peut-être plus de savoir combien elle peut encore produire. Elle est de savoir comment lui permettre de continuer à donner.

 

C’est peut-être cela, finalement, la fertilité: non pas l’abondance d’une seule saison, mais la capacité d’un territoire à transmettre sa fécondité aux saisons qui viennent.

Dhia Bouktila

Professeur de Génétique à l’Université de Monastir

Spécialisé en génomique appliquée aux systèmes agricoles et environnementaux

Spécialiste des enjeux de souveraineté biologique et de gouvernance des connaissances

Références
 

[1] Gouvernorat de Nabeul – Agriculture et pêche, données du Commissariat régional au développement agricole (CRDA), données générales et productions végétales et animales campagne 2022-2023.

 

[2] Tunisie Numérique, 11 août 2026, informations sur le recul du vignoble et la production attendue à Grombalia. Article par Yassine Atoui.

 

[3] Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche — Répartition de la production des agrumes par gouvernorat, Jeu de données officiel de la campagne 2025-2026, mis à jour le 29 juillet 2026.

 

[4] FAO, La « Reine des oranges » en Tunisie, 2022. FAO — La « Reine des oranges » en Tunisie

 

[5] EPPO Global Database, EPPO Reporting Service no. 05 – 2021.  Article: 2021/107. First report of citrus tristeza virus in Tunisia.

 

[6] TAP, 9 juin 2026. Nabeul : La filière agrumicole confrontée aux défaillances des réseaux d’irrigation.

 

[7] La Presse de Tunisie, 10 janvier 2026. Nabeul : la saison des semis des grandes cultures achevée à 97 %.

 

[8] La Presse de Tunisie, 1er avril 2026. Nabeul : 1,4 tonne d’huile de néroli exportée vers les géants du parfum.

 

[9] Ayari, J. et al. (2023). Delineation of seawater intrusion and groundwater quality assessment in coastal aquifers: The Korba coastal aquifer (Northeastern Tunisia). Marine Pollution Bulletin. https://doi.org/10.1016/j.marpolbul.2023.114643 



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