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Agrohealth Tunisie

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Élevage équin: le cheval tunisien peut-il enfin devenir une véritable filière agricole?

Par AgroHealth – En Tunisie, le cheval galope, mais la filière, elle, avance encore au pas. Derrière l’image prestigieuse du pur-sang arabe, du Barbe ou du cheval de fantasia se cache pourtant une activité qui mobilise l’agriculture, les fourrages, la génétique, la médecine vétérinaire, la formation et toute une économie de services. La Tunisie dispose d’un patrimoine équin exceptionnel et d’une longue expérience de sélection. Mais entre patrimoine à préserver et filière économique à développer, le pas reste à franchir. 

Un patrimoine qui est aussi une activité agricole 

L’élevage équin tunisien ne date pas d’hier. La création du Haras de Sidi Thabet remonte à 1866, tandis que les chevaux tunisiens sont inscrits au Stud-Book depuis 1896. La Fondation nationale d’amélioration de la race chevaline (FNARC), créée en 1988, assure aujourd’hui des missions qui vont bien au-delà de la conservation patrimoniale : développement de l’élevage, encadrement des éleveurs, amélioration génétique, tenue des livres généalogiques et organisation de la monte publique.

 

La Tunisie dispose notamment de plusieurs races suivies par la FNARC: Pur-Sang Arabe, Pur-Sang Anglais, Barbe, Arabe-Barbe, Anglo-Arabe et Poney des Mogods. Des structures publiques comme les haras de Sidi Thabet et d’El Battan, ainsi que des stations de monte réparties dans plusieurs régions, constituent une infrastructure génétique et reproductive précieuse.

 

Mais le véritable enjeu est désormais de transformer ce patrimoine en chaîne de valeur agricole. 

Du fourrage au cheval: une économie largement sous-estimée 

Élever un cheval, ce n’est pas seulement posséder un animal de valeur. C’est produire ou acheter des fourrages, assurer une alimentation équilibrée, disposer d’infrastructures adaptées, suivre la reproduction, assurer les soins vétérinaires, identifier les animaux et accompagner leur croissance.

 

Autrement dit, le développement de l’élevage équin peut créer des débouchés pour d’autres activités agricoles : production de foin, paille, céréales et aliments complémentaires, sans oublier les services liés à la santé animale et à la reproduction.

 

C’est précisément là que l’élevage équin rejoint la ligne éditoriale d’AgroHealth: la performance d’un cheval commence dans son alimentation et dans la qualité de son environnement. Une mauvaise ration, une carence minérale, une eau de qualité insuffisante ou un défaut de suivi sanitaire peuvent affecter la croissance, la reproduction et les performances de l’animal.

 

Le cheval devient ainsi un révélateur d’un problème plus large : comment passer d’un élevage fondé sur la passion à un élevage davantage professionnalisé ? 

La génétique: le véritable capital de la filière 

La richesse équine tunisienne réside également dans son patrimoine génétique. Le Pur-Sang Arabe de Tunisie bénéficie d’une longue tradition de sélection à Sidi Thabet. Quant au Barbe et à l’Arabe-Barbe, ils constituent des composantes majeures du patrimoine équin nord-africain.

 

Cette richesse génétique n’est pas seulement culturelle. Elle peut avoir une valeur économique directe.

 

La sélection des reproducteurs, la traçabilité des lignées, l’identification des performances et la qualité des poulains sont autant de facteurs qui déterminent la valeur d’un élevage. La FNARC organise d’ailleurs encore aujourd’hui des ventes annuelles de chevaux Pur-Sang Arabe et Pur-Sang Anglais, preuve qu’il existe déjà un marché structuré autour de certains segments de la filière.

 

L’enjeu est donc de mieux valoriser cette génétique tunisienne, tout en évitant que la recherche de performance se fasse au détriment de la diversité et de la conservation des races locales. 

Santé et alimentation: le maillon décisif 

Le développement d’une filière équine ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la génétique ou le marché.

 

Le cheval est un animal particulièrement exigeant en matière de conduite et de suivi. Son alimentation doit être adaptée à son âge, son activité et son état physiologique. La prévention sanitaire, la reproduction, les vaccinations, le suivi vétérinaire et les soins des pieds constituent des postes essentiels.

 

Dans un contexte tunisien marqué par la pression sur les ressources naturelles et le coût croissant des intrants agricoles, la question de l’alimentation devient stratégique.

 

Produire davantage de fourrages de qualité localement pourrait ainsi constituer l’un des leviers d’une filière équine plus autonome. Cette approche créerait simultanément des débouchés agricoles et réduirait la dépendance à certains aliments ou intrants importés. 

Du cheval à l’emploi rural 

Le potentiel économique du cheval dépasse largement l’élevage.

 

Autour de l’animal gravitent des métiers et des activités : vétérinaires, maréchaux-ferrants, soigneurs, cavaliers, entraîneurs, éducateurs, transporteurs, fabricants d’équipements, centres équestres et organisateurs de manifestations.

 

La FNARC considère elle-même le sport et le tourisme équestres parmi les domaines liés au développement de la filière.

 

Dans les zones rurales, cette économie pourrait prendre une dimension supplémentaire. Randonnées, tourisme rural, spectacles équestres, valorisation des traditions locales et centres de formation peuvent contribuer à diversifier les revenus agricoles.

 

Le cheval peut donc devenir un outil de diversification économique des territoires ruraux, à condition que les activités soient organisées et professionnalisées. 

Le prochain défi: structurer une véritable filière 

La question n’est finalement pas de savoir si la Tunisie possède des chevaux. Elle en possède. Elle dispose également d’une histoire, de races reconnues, de structures spécialisées et d’un savoir-faire.

 

La vraie question est: peut-elle transformer cet ensemble en filière économique intégrée?

 

Cela suppose une meilleure organisation des éleveurs, une identification et une traçabilité systématiques, une politique ambitieuse d’amélioration génétique, une production accrue de fourrages, un accompagnement sanitaire renforcé et une meilleure valorisation commerciale des chevaux tunisiens.

 

Il faudrait également rapprocher davantage les mondes de l’élevage, de l’agriculture, de la médecine vétérinaire, du tourisme et du sport. 

Le cheval, un nouvel atout agricole? 

La Tunisie n’a peut-être pas besoin de produire davantage de chevaux à tout prix. Elle doit surtout produire mieux, sélectionner mieux et valoriser mieux.

 

Le véritable potentiel de l’élevage équin se trouve dans cette chaîne complète : terre → fourrage → alimentation → santé → génétique → élevage → formation → sport → tourisme → valeur économique.

 

Le cheval tunisien ne doit donc plus être regardé uniquement comme un symbole de prestige ou comme un élément du patrimoine national. Il peut devenir un véritable actif agricole, économique et territorial.

 

Encore faut-il lui donner une stratégie de filière à la hauteur de son histoire.

 

AgroHealth



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