Hencheir Chaal, un siècle d’oliviers et une grande exploitation agricole qui reprend son souffle
Par AgroHealth – De projet agricole colonial à l’un des plus grands complexes agricoles de Tunisie.
Plus d’un siècle d’histoire, près de 31 700 hectares de terres agricoles et une immense forêt d’oliviers confrontée aujourd’hui à un nouveau défi: produire, se renouveler et résister à un climat de plus en plus sec.
Au cœur de Sfax, l’olivier n’est pas seulement un arbre. Il fait partie du paysage, de l’histoire et de l’économie. Dans cette terre où les arbres semblent parfois
prolonger la mémoire des générations, Hencheir Chaal occupe une place
particulière.
Son histoire remonte à la fin du XIXe siècle. Contrairement à certaines versions qui font commencer son existence en 1920, les premières bases du projet remontent à 1897, lorsqu’une vaste superficie fut accordée à la Compagnie des phosphates et des chemins de fer de Gafsa dans le cadre d’un projet de mise en valeur agricole.
L’objectif était ambitieux pour l’époque. Il s’agissait de transformer de grandes étendues de terres en une exploitation agricole organisée et moderne, avec l’olivier au centre du dispositif.
À partir de 1900, les travaux de mise en valeur et l’extension des plantations commencèrent progressivement.
Le paysage changea. Des terres furent aménagées, les oliviers se multiplièrent et une véritable activité agricole commença à prendre forme.
Puis, au début de la campagne 1920-1921, Chaal franchit une nouvelle étape. L’olivier ne fut plus seulement une culture. Il devint le cœur d’une chaîne de production avec la construction d’une huilerie moderne capable de traiter environ 40 tonnes d’olives par jour.
Une deuxième huilerie fut ensuite construite en 1923.
Cette évolution marque un tournant essentiel dans l’histoire du complexe. La production agricole commençait à être associée à la transformation sur place.
Au fil des années, l’exploitation s’élargit encore.
L’élevage, la production de lait, de viande et de miel vinrent compléter l’activité oléicole. D’autres plantations, notamment l’amandier et le pistachier, trouvèrent également leur place.
Chaal devenait ainsi plus qu’une grande oliveraie. Il se construisait comme une véritable exploitation agricole intégrée, où la terre, l’élevage et la transformation pouvaient fonctionner en complémentarité.
Une terre choisie pour l’olivier
Le choix de cette région n’était pas fortuit.
Le territoire de Chaal offrait de vastes espaces et un climat semi-aride particulièrement adapté à l’olivier.
Sa proximité avec Sfax constituait également un avantage pour accéder aux réseaux de transport et aux marchés.
Dans une région où l’eau a toujours été une ressource rare, l’olivier représentait un choix particulièrement pertinent. L’arbre est connu pour sa capacité à supporter des conditions sèches et à produire dans des environnements où d’autres cultures rencontrent davantage de difficultés.
Mais l’olivier possédait également un autre avantage: sa valeur économique.
L’huile d’olive était déjà un produit recherché, commercialisable sur les marchés locaux et susceptible d’être exporté.
Cultiver l’olivier signifiait donc produire une richesse durable à partir d’une ressource adaptée au territoire.
C’est cette rencontre entre la géographie, le climat et l’économie qui a contribué à façonner Chaal.
31 700 hectares, une dimension exceptionnelle
Plus d’un siècle après les premières plantations, les dimensions du complexe donnent la mesure de son importance.
Selon les données rendues publiques en 2026, Hencheir Chaal s’étend sur environ 31 700 hectares.
Près de 18 000 hectares sont consacrés aux oliviers productifs, tandis qu’environ 1 000 hectares sont occupés par le pistachier.
À cette immense richesse végétale s’ajoute un important secteur d’élevage. Le complexe compte environ 600 bovins et 2 400 brebis reproductrices, ainsi qu’une activité avicole produisant près de 700 000 œufs.
D’autres données officielles publiées en 2024 évoquent environ 400 000 oliviers productifs et une forêt d’oliviers couvrant près de 18 724,5 hectares.
Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du patrimoine.
Chaal n’est pas simplement une grande ferme. C’est un territoire agricole à part entière, avec ses plantations, ses troupeaux, ses infrastructures et ses activités de transformation.
Cette dimension constitue à la fois une force et une responsabilité.
Car plus une exploitation est vaste, plus les défis liés à sa gestion, à son entretien et à la préservation de ses ressources deviennent importants.
Une forêt d’oliviers face à un climat qui change
Pendant des décennies, l’olivier a démontré sa capacité à vivre avec peu d’eau.
Mais le climat tunisien évolue et les conditions deviennent plus difficiles.
Les périodes de sécheresse se répètent, les températures augmentent et les précipitations deviennent plus irrégulières.
Pour une forêt d’oliviers aussi vaste, ces changements ne sont pas sans conséquences.
L’arbre peut résister à la sécheresse, mais il ne peut pas ignorer indéfiniment le manque d’eau.
Lorsque le déficit hydrique se prolonge, la croissance ralentit, la production peut diminuer et le renouvellement des plantations devient plus difficile.
À Chaal, la question de l’eau devient donc progressivement une question centrale.
L’objectif ne peut pas être de transformer toute la forêt en culture irriguée. Dans une région confrontée à la rareté de la ressource, une telle stratégie serait
difficilement soutenable.
L’enjeu est plutôt de mieux utiliser l’eau disponible.
L’irrigation complémentaire lorsque les ressources le permettent, l’irrigation localisée, le suivi de l’humidité des sols et le recours à l’énergie solaire dans certaines installations pourraient contribuer à améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau.
Mais la réponse devra également passer par le renouvellement progressif des plantations vieillissantes et par le choix de cultures et de pratiques mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques.
Chaal, une agriculture qui dépasse l’olivier
L’olivier domine le paysage, mais il ne résume pas Chaal.
La diversité des activités constitue justement l’une des forces du complexe.
Le pistachier, avec environ 1 000 hectares, représente une piste importante de diversification.
Adapté aux conditions sèches et semi-arides, il permet de réduire la dépendance à une seule production et d’élargir la gamme des produits agricoles.
L’élevage joue également un rôle important.
Les quelque 600 bovins représentent une activité complète autour de l’alimentation, de la santé animale, de la reproduction et de la production de lait.
Cette activité peut également bénéficier des ressources produites par les cultures et contribuer à son tour à la fertilisation des sols grâce aux matières organiques issues de l’élevage.
Les 2 400 brebis reproductrices constituent un autre maillon de cette organisation.
Ici, la question n’est pas seulement celle du nombre d’animaux. La performance dépend également de la qualité de l’alimentation, du suivi sanitaire, de la croissance, de la reproduction et de la sélection des animaux.
L’activité avicole complète enfin cette diversification avec une production proche de 700 000 œufs, apportant au complexe une activité à cycle plus court que les cultures arboricoles.
Quand les déchets deviennent des ressources
Dans une exploitation de cette dimension, la question des résidus agricoles devient également stratégique.
Les activités oléicoles produisent différents sous-produits, notamment les grignons et les noyaux.
Après traitement approprié et selon leur qualité, certains peuvent être valorisés, notamment dans l’alimentation animale ou dans d’autres usages agricoles.
Cette approche ouvre la voie à une agriculture plus circulaire.
Les productions végétales peuvent contribuer à nourrir les animaux.
Les résidus agricoles peuvent être réutilisés.
Les matières organiques issues de l’élevage peuvent retourner au sol.
L’objectif est de limiter les pertes et de faire circuler davantage les ressources à l’intérieur même de l’exploitation.
Pour Chaal, cette logique présente un intérêt particulier. La diversité de ses activités offre déjà les bases d’un système où les différentes productions peuvent être davantage connectées.
Une histoire qui regarde désormais vers l’avenir
Depuis 1897, Chaal a connu de profondes transformations.
La propriété a changé.
Les techniques agricoles ont évolué. Les marchés se sont transformés.
Les besoins de la société tunisienne ne sont plus les mêmes.
Et surtout, le climat impose aujourd’hui de nouvelles contraintes.
Pourtant, au milieu de ces changements, une constante demeure: la terre.
Les oliviers continuent de dessiner l’horizon. Certains portent encore la mémoire d’une histoire ancienne, tandis que d’autres représentent les générations à venir.
Avec ses dizaines de milliers d’hectares, son immense forêt d’oliviers, ses cultures diversifiées et ses activités d’élevage, Hencheir Chaal possède un patrimoine agricole exceptionnel.
Mais la véritable question n’est plus seulement de savoir quelle superficie il possède.
Elle est de savoir comment faire vivre durablement cette terre.
Comment produire avec moins d’eau?
Comment renouveler les plantations vieillissantes?
Comment améliorer la productivité des troupeaux?
Comment valoriser chaque ressource?
Comment créer davantage de valeur à partir des productions du complexe ?
Ce sont ces questions qui dessinent aujourd’hui le prochain chapitre de l’histoire de Chaal.
Une histoire commencée il y a plus d’un siècle et qui pourrait désormais prendre une nouvelle direction: celle d’une agriculture plus moderne, plus intégrée et surtout mieux adaptée au climat de demain.
Car les grands arbres ont une particularité.
Ils portent leur passé dans leurs racines, mais leurs branches continuent toujours de chercher la lumière.
à suivre …
هنشير الشعّال 1
Lire également
- All Posts
- Chronique



