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La Tunisie parie sur les eaux usées traitées pour sécuriser son élevage
Face à l’aggravation du stress hydrique et à l’intensification des effets du changement climatique, la Tunisie accélère sa réflexion sur l’exploitation des ressources en eau non conventionnelles.
Lors d’une journée nationale d’étude consacrée à la valorisation des eaux usées traitées dans la production fourragère, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a affirmé que cette ressource constitue désormais un choix stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire du pays et assurer la résilience des systèmes de production animale.
Cette orientation intervient dans un contexte marqué par plusieurs années de sécheresse, une baisse des précipitations et une pression croissante sur les ressources hydriques traditionnelles.
Dans ces conditions, l’utilisation des eaux usées traitées ne relève plus d’une solution ponctuelle destinée à faire face aux périodes de pénurie, mais s’inscrit dans une vision de long terme visant à sécuriser les activités agricoles et à préserver les ressources naturelles.
Le secteur de l’élevage apparaît aujourd’hui comme l’un des plus vulnérables aux conséquences du changement climatique.
La raréfaction des ressources fourragères, l’augmentation des coûts de production et la dépendance aux marchés internationaux fragilisent les filières animales et pèsent sur les revenus des éleveurs.
Dans ce contexte, le développement de cultures fourragères irriguées à partir d’eaux usées traitées pourrait contribuer à améliorer l’autonomie alimentaire du cheptel national tout en réduisant la facture des importations.
Les autorités tunisiennes soulignent également les avantages agronomiques de cette ressource.
Les eaux traitées constituent une source d’eau renouvelable et contiennent des éléments nutritifs pouvant favoriser la croissance des plantes et limiter le recours aux engrais chimiques.
Plusieurs expériences internationales ont déjà démontré l’efficacité de leur utilisation dans les cultures fourragères et industrielles, à condition de respecter les normes sanitaires et environnementales en vigueur.
La Tunisie dispose d’ailleurs d’un potentiel important dans ce domaine.
Les stations d’épuration produisent chaque année plus de 300 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées.
Cette quantité représente une réserve hydrique considérable susceptible d’être mobilisée pour soutenir le développement agricole, réduire la pression sur les barrages et les nappes phréatiques et renforcer la résilience du secteur face aux aléas climatiques.
Pour concrétiser cette ambition, le ministère prévoit une série d’investissements destinés à moderniser les infrastructures de traitement, améliorer la qualité des eaux produites et étendre les réseaux d’irrigation utilisant cette ressource.
L’intégration des énergies renouvelables dans les systèmes de pompage et de distribution figure également parmi les axes de développement envisagés.
L’annonce de la création d’un comité de pilotage dédié aux projets de traitement et de valorisation des eaux usées traduit par ailleurs la volonté des pouvoirs publics de renforcer la coordination entre les différents acteurs concernés, notamment les secteurs de l’agriculture, de l’environnement, de la santé et de l’assainissement.
Cette gouvernance concertée apparaît indispensable pour lever les obstacles techniques, réglementaires et institutionnels qui freinent encore le développement de ces projets.
Cependant, au-delà des aspects techniques, le principal défi reste celui de l’acceptabilité.
Le succès de cette stratégie dépendra de la confiance des agriculteurs, des professionnels et des consommateurs.
Les questions liées à la sécurité sanitaire, à la qualité des productions et à la traçabilité devront être traitées avec rigueur afin de garantir une utilisation sûre et durable de
cette ressource.
À travers cette démarche, la Tunisie semble amorcer une transition importante dans sa politique agricole et hydrique.
En transformant les eaux usées traitées en une ressource productive, le pays cherche non seulement à répondre aux défis du changement climatique, mais également à consolider sa souveraineté alimentaire, soutenir son élevage et préparer l’agriculture de demain à un contexte où chaque goutte d’eau devient stratégique.
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