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Aliments pour bétail en Tunisie: un enjeu majeur pour la souveraineté alimentaire

Le secteur des aliments pour bétail occupe une place stratégique dans l’économie tunisienne.


Son importance dépasse largement le cadre agricole puisqu’il influence directement les coûts de production du lait, des viandes rouges, de la volaille et des œufs.


En 2026, la Tunisie demeure fortement dépendante des marchés internationaux pour couvrir ses besoins en matières premières destinées à l’alimentation animale, une situation qui expose l’ensemble de la filière aux fluctuations des prix mondiaux, à la volatilité du fret maritime et aux variations du taux de change.


La composition des aliments pour bétail repose principalement sur trois matières premières.


Le maïs constitue la principale source d’énergie pour les élevages avicoles, tandis que le tourteau de soja fournit les protéines indispensables à la croissance et aux performances des animaux.


L’orge, quant à elle, demeure un aliment essentiel pour les élevages ovins et contribue également à l’alimentation des bovins.


Malgré une amélioration de la production céréalière locale grâce à une pluviométrie plus favorable, la Tunisie continue d’importer l’essentiel de ses besoins en maïs, en soja et l’orge.


Les importations annuelles de maïs oscillent généralement entre 1,0 et 1,3 million de tonnes.


Celles du soja avoisinent les 600 000 tonnes, tandis que les importations d’orge sur les marchés internationaux varient généralement entre 350 000 et 800 000 tonnes selon le niveau de la récolte nationale et les conditions climatiques.


Lors des campagnes agricoles favorables, caractérisées par une bonne pluviométrie et une production locale satisfaisante, les achats extérieurs se limitent généralement à 350 000–450 000 tonnes.


En revanche, durant les années de sécheresse, lorsque les disponibilités nationales diminuent, les besoins d’importation peuvent atteindre entre 600 000 et 800 000 tonnes. 


Dans des situations exceptionnelles marquées par de graves déficits de production, les volumes importés peuvent même avoisiner 900 000 tonnes, bien que ces niveaux demeurent relativement rares.


Au total, plus de deux millions de tonnes de matières premières destinées à l’alimentation animale sont importées chaque année.

Les principaux fournisseurs de maïs sont l’Ukraine, le Brésil, la Roumanie et, selon les campagnes, l’Argentine ou les États-Unis.


Avant les perturbations géopolitiques affectant la région de la mer Noire, l’Ukraine occupait une place dominante dans les approvisionnements tunisiens en cette céréale. 


Concernant le soja, le Brésil domine largement les échanges grâce à sa compétitivité et à l’ampleur de sa production.


Les États-Unis et l’Argentine figurent également parmi les principaux fournisseurs. Pour l’orge, les approvisionnements proviennent principalement de la France, de la Roumanie, de la Russie et de l’Ukraine.


Sur le plan financier, les importations de maïs représentent entre 300 et 350 millions de dollars par an.


Celles du soja dépassent généralement 260 millions de dollars, tandis que la facture des importations d’orge oscille entre 80 et 150 millions de dollars selon les campagnes agricoles.


Au total, les dépenses consacrées aux trois principales matières premières utilisées dans les aliments composés sont estimées entre 650 et 750 millions de dollars par an, soit près de 2 à 2,3 milliards de dinars tunisiens aux taux de change observés en 2026.


Ces montants ne tiennent pas compte des coûts de transport, de stockage, d’assurance ou de transformation.

L’impact des aliments pour bétail sur les filières de production animale est considérable.


Dans le secteur avicole, ils représentent souvent entre 70 % et 80 % du coût total de production.


Toute hausse des prix du maïs ou du soja se répercute rapidement sur les prix du poulet, de la dinde et des œufs.


À l’inverse, une baisse des cours internationaux permet de réduire les coûts de production et d’améliorer la rentabilité des élevages.


La filière laitière est également fortement dépendante de l’évolution des prix des aliments. L’alimentation représente généralement plus de la moitié du coût de production du lait.


Lorsque les prix des matières premières augmentent, les éleveurs voient leurs marges se réduire, ce qui peut conduire certains d’entre eux à abandonner l’activité ou à réduire la taille de leurs troupeaux.


Cette situation exerce une pression constante sur l’ensemble de la chaîne de valeur du lait.

Dans le domaine des viandes rouges, l’orge joue un rôle déterminant.


Les années de sécheresse réduisent les disponibilités locales et obligent le pays à accroître ses importations.


Les coûts d’engraissement augmentent alors, entraînant une hausse des prix des ovins et des bovins sur le marché national.


À l’inverse, les bonnes campagnes agricoles contribuent à stabiliser les prix et à alléger les charges supportées par les éleveurs.


Au-delà des enjeux conjoncturels, le secteur est confronté à plusieurs défis structurels.


Le changement climatique accentue la fréquence des épisodes de sécheresse et fragilise la production locale d’orge et de fourrages.


Les fluctuations des marchés internationaux continuent de peser sur les coûts d’approvisionnement.


La volatilité du fret maritime et les variations du dinar face au dollar renforcent également l’incertitude économique.

Dans ce contexte, la réduction de la dépendance aux importations apparaît comme l’un des principaux enjeux pour les années à venir.


Le développement des cultures fourragères locales, l’amélioration des rendements céréaliers, la valorisation des ressources hydriques non conventionnelles, l’utilisation de sous-produits agroalimentaires et l’essor des systèmes de production hydroponique pourraient contribuer à renforcer la résilience du secteur.


L’avenir de l’élevage en Tunisie reposera en grande partie sur la capacité du pays à garantir un approvisionnement stable en aliments pour bétail tout en renforçant sa résilience face aux perturbations extérieures.


Dans un environnement mondial caractérisé par l’instabilité des marchés et la multiplication des risques climatiques et géopolitiques, l’alimentation animale
est devenue un levier stratégique de la souveraineté alimentaire.


Pour réduire sa dépendance structurelle aux importations de matières premières, en particulier le soja et le maïs, la Tunisie mise de plus en plus sur la valorisation des ressources locales issues de l’agriculture et de l’agro-industrie.


La féverole, les sous-produits du colza et d’autres coproduits locaux constituent ainsi des pistes de substitution porteuses, susceptibles de renforcer l’autonomie du secteur tout en limitant l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux.

 

Sources

  • United States Department of Agriculture (USDA), Tunisia Grain and Feed Annual 2026.
  • Trading Economics, données relatives aux importations tunisiennes de céréales et d’oléagineux.
  • Feed Business Middle East & Africa, rapports sur les appels d’offres tunisiens pour le maïs et l’orge.
  • FAOSTAT, statistiques sur le commerce agricole international.
  • L’Économiste Maghrébin, analyses des importations céréalières tunisiennes.
  • Institut National de la Statistique (INS) et Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI), données sur les filières animales et céréalières.


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