Après la récolte: quelle agriculture tunisienne pour la campagne 2026-2027?
Par AgroHealth – Rentrée agricole 2026-2027 — En Tunisie, la nouvelle campagne commence alors que les agriculteurs sortent d’une saison céréalière marquée par une nette amélioration de la production, mais aussi par une réalité devenue incontournable: l’eau, le coût des intrants, les semences, le climat et la capacité à mieux valoriser chaque hectare détermineront la réussite de la campagne.
La rentrée agricole tunisienne ne se résume plus au retour des tracteurs et aux semis d’automne.
En 2026, elle intervient à la croisée de plusieurs transformations: amélioration
de la situation hydrique, reprise des performances céréalières, pression sur
les coûts, nécessité de sécuriser les semences et volonté de renforcer la
souveraineté alimentaire. Après la récolte, la question est donc de savoir quelle agriculture la Tunisie souhaite construire.
Une récolte céréalière qui change le point de départ
La campagne céréalière 2025-2026 constitue le premier indicateur. Selon l’Observatoire national de l’agriculture, la récolte était estimée à plus de 20 millions de quintaux, soit environ 2 millions de tonnes, contre 14,3 millions de quintaux lors de la campagne précédente.
La Tunisie consomme en moyenne environ 30 millions de quintaux de céréales par an. Une bonne récolte améliore donc la sécurité alimentaire sans supprimer la nécessité des importations. Produire davantage ne signifie pas encore produire suffisamment.
La question devient qualitative: quels blés produire, avec quelles variétés et quelle consommation d’eau ?
Les semences deviennent un enjeu stratégique
Pour la campagne 2026-2027, le ministère de l’Agriculture a fixé les prix des semences sélectionnées. Le quintal est établi à 170 dinars pour le blé dur, 140
dinars pour le blé tendre et 130 dinars pour l’orge et le triticale.
Pour AgroHealth, cette décision révèle: la semence est au cœur de la souveraineté agricole.
Avec un climat plus imprévisible, disposer de variétés adaptées devient une
assurance contre le risque climatique.
Le véritable enjeu sera de rapprocher la recherche variétale des réalités des agriculteurs: tolérance au déficit hydrique, précocité, résistance aux maladies et adaptation aux terroirs.
L’eau: le soulagement ne doit pas devenir une illusion
La campagne 2026-2027 commence avec une situation hydrique meilleure.
Au printemps 2026, le taux de remplissage des barrages avait atteint environ 60 à 67 %.
Cette amélioration constitue une bouffée d’oxygène, mais la contrainte hydrique demeure. Le stock disponible aujourd’hui ne garantit pas celui de demain.
La stratégie agricole doit donc évoluer d’une logique de réponse à la pénurie vers une véritable sobriété hydrique structurelle.
La question ne devrait donc plus être seulement «avons-nous suffisamment d’eau cette année ?», mais «combien de valeur agricole pouvons-nous produire avec chaque mètre cube disponible ?»
Trois barrages — Mellègue supérieur, Douimis et Kalâat Kébira — représentent ensemble environ 290 millions de m³ de capacité et doivent entrer progressivement en exploitation d’ici la fin de 2026.
La prochaine bataille sera celle de la gouvernance de l’eau, de la réduction des pertes, de l’efficacité de l’irrigation et du choix des cultures.
De la pomme de terre aux céréales: produire ne suffit
plus
En août 2026, le stock régulateur national de pommes de terre atteignait 12 392 tonnes, dont 7 516 tonnes à Nabeul, soit environ 61 % du total national.
La Tunisie a également ouvert un quota tarifaire pour l’importation de 16 500 tonnes de semences de pommes de terre.
L’enjeu est double: sécuriser les marchés à court terme et construire une autonomie semencière à long terme.
Pour AgroHealth, la souveraineté alimentaire doit aussi intégrer les semences, les sols, l’eau, le stockage, la transformation et la capacité des producteurs à vivre correctement de leur travail.
L’agriculteur au centre de la nouvelle campagne
Derrière les millions de quintaux, il reste une réalité humaine : l’agriculteur tunisien prend le risque climatique avant tout le monde.
Il achète ses semences avant de connaître la pluviométrie et engage des dépenses avant de connaître le prix auquel il vendra sa récolte.
Les mesures prises pour 2026-2027 devront améliorer la visibilité économique du producteur.
Le prix de base annoncé pour les céréales est de 100 dinars le quintal pour le blé dur et 80 dinars pour le blé tendre, avec des mécanismes de primes et de stockage destinés à encourager la collecte et à sécuriser la filière.
L’exclusivité AgroHealth: passer d’une agriculture de
volume à une agriculture de valeur
La Tunisie ne pourra pas répondre durablement à la contrainte climatique en produisant davantage avec davantage d’intrants.
Elle devra produire mieux, avec moins d’eau, moins de pertes et davantage de valeur ajoutée.
Cela signifie privilégier les cultures et variétés adaptées, développer les productions locales à forte valeur, renforcer la transformation agroalimentaire, réduire les pertes après récolte et mieux connecter l’agriculteur au consommateur.
Cela signifie aussi redécouvrir les variétés locales, les savoir-faire régionaux et les produits de terroir.
Le futur agricole tunisien pourrait ainsi passer de «produire plus» à «produire ce qui a le plus de valeur avec les ressources disponibles».
2026-2027, une campagne test pour la Tunisie agricole
La prochaine campagne arrive dans un contexte paradoxal. Les pluies de la saison précédente ont amélioré la situation hydrique, la récolte céréalière a progressé et plusieurs infrastructures hydrauliques avancent.
De l’autre, les risques climatiques demeurent et la dépendance aux importations n’a pas disparu.
La campagne 2026-2027 sera un test grandeur nature d’un changement structurel.
Après la récolte, il faut préparer l’avenir.
Il se jouera dans les laboratoires, les barrages, l’irrigation, les centres de collecte, les entreprises de transformation et dans la capacité à redonner à l’agriculteur une visibilité économique.
La rentrée agricole 2026-2027 commence donc par une question décisive : quelle agriculture la Tunisie veut-elle pouvoir transmettre à la prochaine génération ?
Sources
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