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Dessalement de l’eau de mer: la réponse de la Tunisie au stress hydrique
Les barrages se vident, les sécheresses se prolongent et chaque été rappelle un peu plus la fragilité des ressources en eau de la Tunisie. Face à cette réalité, le pays se tourne vers une ressource longtemps considérée comme inaccessible:
la mer. Grâce aux stations de dessalement qui se multiplient le long du littoral, l’eau salée devient progressivement une source stratégique d’eau potable, illustrant l’adaptation de la Tunisie à un climat de plus en plus contraignant.
Pendant des décennies, la Tunisie a puisé son eau dans les barrages, les nappes souterraines et les ressources naturelles pour répondre aux besoins de sa population. Aujourd’hui, ce modèle montre ses limites.
Face à une sécheresse qui s’installe, à des précipitations de plus en plus irrégulières et à une demande en eau en constante augmentation, le pays est contraint de repenser sa stratégie.
Dans ce contexte, le dessalement de l’eau de mer n’est plus une solution d’appoint: il s’impose progressivement comme l’un des piliers de la politique nationale de l’eau.
Longtemps considéré comme une technologie coûteuse réservée aux pays du Golfe, il devient aujourd’hui une nécessité pour garantir l’accès à l’eau potable et renforcer la résilience de la Tunisie face aux défis climatiques.
Le changement climatique bouleverse les ressources en eau
La Tunisie figure parmi les pays méditerranéens les plus exposés au stress hydrique. Depuis plusieurs années, les épisodes de sécheresse se multiplient, tandis que les températures moyennes poursuivent leur hausse.
Les précipitations deviennent plus rares et plus irrégulières, réduisant les apports dans les barrages et accélérant l’évaporation des réserves d’eau.
Cette évolution climatique fragilise l’ensemble du système d’approvisionnement.
Les barrages enregistrent régulièrement des niveaux de remplissage insuffisants et plusieurs régions connaissent des déficits pluviométriques successifs.
Ce qui relevait autrefois d’une crise ponctuelle est désormais une réalité structurelle à laquelle il faut s’adapter.
Une pression croissante sur les ressources
Parallèlement à cette diminution des ressources naturelles, les besoins en eau continuent d’augmenter. La croissance démographique, l’urbanisation, le développement industriel, l’activité touristique ainsi que les besoins du secteur agricole exercent une pression de plus en plus forte sur les réserves disponibles.
L’agriculture, qui demeure le principal consommateur d’eau en Tunisie, est particulièrement concernée.
Garantir un approvisionnement suffisant en eau potable tout en préservant les activités économiques représente aujourd’hui un équilibre délicat.
À cela s’ajoute la surexploitation des nappes phréatiques.
Dans plusieurs régions, notamment au sud du pays et sur le littoral, les réserves souterraines présentent une salinité croissante, parfois aggravée par l’intrusion de l’eau de mer. Cette dégradation limite leur utilisation sans traitement préalable.
Le dessalement, une réponse stratégique
Face à ces défis, le dessalement apparaît comme une solution durable.
Grâce à la technologie de l’osmose inverse, l’eau de mer est transformée en eau potable répondant aux normes sanitaires.
L’un des principaux atouts de cette technologie réside dans le fait qu’elle repose sur une ressource pratiquement inépuisable.
Avec près de 1300 kilomètres de côtes sur la Méditerranée, la Tunisie dispose d’un potentiel important pour produire de l’eau indépendamment des précipitations.
Le dessalement permet ainsi de sécuriser l’approvisionnement des grandes villes côtières, de limiter les risques liés aux sécheresses répétées et de renforcer la sécurité hydrique du pays.
Un réseau de stations en pleine expansion
Afin de répondre à ces enjeux, la Tunisie a engagé ces dernières années un vaste programme d’investissement dans les infrastructures de dessalement.
Parmi les principales installations figure la station de Zarat, dans le gouvernorat de Gabès.
Avec une capacité de production de 50 000 m³ d’eau potable par jour, elle approvisionne une grande partie du sud tunisien et répond aux besoins d’environ un million d’habitants.
À Sfax, une autre station stratégique produit jusqu’à 100 000 m³ par jour, contribuant à sécuriser l’alimentation en eau de la deuxième agglomération du pays, tout en offrant des possibilités d’extension pour répondre à la demande future.
La station de Sousse, dotée d’une capacité initiale de 50 000 m³ par jour, pourra à terme doubler sa production afin d’alimenter les gouvernorats du Sahel, du Cap Bon et de Sfax.
Sur l’île de Djerba, l’une des premières stations de dessalement de Tunisie joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement d’une région fortement dépendante du tourisme et confrontée à une disponibilité limitée des ressources naturelles.
En parallèle, une quinzaine de stations de dessalement des eaux souterraines saumâtres ont été mises en service, principalement dans le sud tunisien, afin d’améliorer la qualité de l’eau distribuée aux populations.
L’État poursuit également le développement de nouvelles infrastructures, notamment à Zarzis et à Mahdia, qui viendront renforcer le réseau national au cours des prochaines années.
Une solution prometteuse, mais exigeante
Si le dessalement constitue aujourd’hui une réponse incontournable, cette technologie n’est pas sans contraintes.
La production d’eau dessalée nécessite d’importantes quantités d’énergie, ce qui représente un coût élevé d’exploitation.
Les investissements initiaux sont également considérables, tant pour la construction des stations que pour leur maintenance.
Par ailleurs, le processus génère une saumure fortement concentrée en sel qui est rejetée en mer. Sa gestion doit être rigoureusement encadrée afin de limiter les impacts potentiels sur les écosystèmes marins.
Ces défis expliquent pourquoi les autorités et les experts insistent sur la nécessité d’intégrer le dessalement dans une stratégie globale de gestion durable de l’eau.
Vers une nouvelle culture de l’eau
Le dessalement ne remplacera ni les économies d’eau ni les autres solutions de gestion des ressources hydriques.
La modernisation des réseaux de distribution, la réduction des pertes, la réutilisation des eaux usées traitées, l’amélioration des techniques d’irrigation et la protection des nappes souterraines demeurent des leviers essentiels.
À plus long terme, plusieurs spécialistes estiment que l’association des stations de dessalement aux énergies renouvelables, notamment le solaire, pourrait permettre de réduire les coûts énergétiques tout en limitant leur empreinte environnementale.
Grâce à son important potentiel solaire, la Tunisie dispose d’atouts pour développer un modèle plus durable.
Une adaptation devenue indispensable
Face aux effets du changement climatique, le dessalement de l’eau de mer ne relève plus du choix technologique, mais d’une nécessité stratégique.
En diversifiant ses sources d’approvisionnement et en investissant dans des infrastructures modernes, la Tunisie prépare son avenir hydrique.
Si cette technologie ne résoudra pas à elle seule la crise de l’eau, elle constitue désormais l’un des outils les plus importants pour garantir l’accès à une ressource vitale et préserver le développement économique, agricole et social du pays.
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Indicateur |
Valeur (à vérifier selon les dernières données officielles) |
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Ressources en eau renouvelables par habitant |
Environ 400 à 450 m³/an/habitant, bien en dessous du seuil de pénurie fixé à 500 m³. |
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Longueur du littoral tunisien |
Environ 1 300 km. |
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Part de l’agriculture dans la consommation d’eau |
Environ 75 à 80 % des ressources mobilisées. |
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Nombre de barrages |
Une quarantaine de grands barrages, complétés par des barrages collinaires. |
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Stations de dessalement d’eau de mer exploitées par la SONEDE |
Djerba, Zarat, Sfax, Sousse (mise en service progressive), avec d’autres projets en développement. |
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Stations de dessalement des eaux saumâtres |
Une quinzaine, principalement dans le sud du pays. |
Le saviez-vous?
Avec moins de 500 m³ d’eau renouvelable par habitant et par an, la Tunisie est classée parmi les pays en situation de pénurie absolue d’eau, selon les critères internationaux.
Cette rareté est accentuée par le changement climatique, la croissance de la demande et la surexploitation des nappes souterraines.
Sources
- Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE)
- Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche
- Ministère de l’Environnement
- Banque mondiale
- FAO
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