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Les barrages en Tunisie: des réservoirs stratégiques au service de l’agriculture et de la sécurité alimentaire

L’histoire des barrages en Tunisie remonte à plusieurs décennies. Parmi les ouvrages hydrauliques emblématiques figure le barrage de Mellègue, construit entre 1949 et 1956 durant la période du Protectorat français.


À l’époque, ce projet représentait l’un des plus importants chantiers hydrauliques du pays, avec pour objectifs la protection contre les inondations, l’irrigation de la vallée de la Medjerda et la production d’électricité.


Plus de soixante-dix ans après sa mise en service, cet ouvrage continue de jouer un rôle stratégique dans la gestion des ressources hydriques tunisiennes.


L’incident de fuite d’eau signalé récemment au barrage de Mellègue, situé dans le gouvernorat du Kef, au nord-ouest de la Tunisie, a rappelé l’importance stratégique des infrastructures hydrauliques dans la gestion des ressources en eau.


Les eaux de ce barrage alimentent notamment le bassin de l’Oued Medjerda, véritable colonne vertébrale hydraulique du pays.


Cet événement a remis en lumière le rôle crucial des barrages dans la préservation des réserves d’eau, le soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire nationale.


Dans un contexte marqué par les changements climatiques, l’irrégularité des précipitations et les périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, les barrages permettent de stocker les eaux de pluie durant les saisons humides afin de les mobiliser lorsque les besoins agricoles augmentent.


L’agriculture tunisienne dépend fortement de l’eau d’irrigation, notamment dans les régions productrices de céréales, de légumes, d’agrumes, d’olives et de cultures maraîchères.


Grâce aux barrages, les agriculteurs peuvent bénéficier d’un approvisionnement plus régulier en eau, ce qui contribue à améliorer les rendements, à sécuriser les récoltes et à limiter les pertes liées au stress hydrique.


Les barrages jouent également un rôle fondamental dans la recharge des nappes phréatiques et dans la protection contre les inondations.


En retenant les eaux lors des épisodes pluvieux intenses, ils permettent de réduire les risques de crues tout en valorisant une ressource précieuse qui serait autrement perdue vers la mer.


Après plusieurs années de sécheresse, la situation hydraulique de la Tunisie s’est nettement améliorée grâce aux pluies enregistrées au cours de la dernière saison.


Le taux de remplissage des barrages a dépassé les 58%, atteignant même plus de 60% dans certaines périodes, offrant ainsi un répit au  secteur agricole et renforçant les réserves stratégiques du pays.


Toutefois, les experts soulignent que cette amélioration ne doit pas masquer les défis liés à l’évaporation, au changement climatique et à la nécessité d’une gestion plus durable de l’eau.


Face à ces enjeux, les barrages demeurent un outil indispensable pour garantir la résilience de l’agriculture tunisienne.


Leur entretien, leur modernisation et leur intégration dans une politique globale de gestion des ressources hydriques représentent aujourd’hui une priorité nationale pour préserver la sécurité alimentaire et soutenir le développement rural.


Dans un pays où chaque goutte d’eau compte, les barrages ne sont pas seulement des ouvrages d’ingénierie: ils sont les gardiens silencieux de l’agriculture et de l’avenir alimentaire de la Tunisie.


À l’heure où les défis liés à l’eau deviennent de plus en plus pressants, une question mérite d’être posée:

la concentration de la majorité des grands barrages dans le nord du pays est-elle suffisante pour répondre durablement aux besoins de l’ensemble des régions tunisiennes?


Certaines zones du centre et du sud disposent pourtant d’ouvrages hydrauliques qui pourraient être davantage valorisés.


C’est notamment le cas de la région de Sfax, où des canaux et infrastructures ont été aménagés à la suite des inondations de 1981 afin de protéger les zones urbaines contre les crues.


Aujourd’hui, ces aménagements pourraient également alimenter la réflexion sur les moyens de récupérer et de stocker une partie des eaux de ruissellement au lieu de les voir se déverser en mer.


Bien que Sfax figure parmi les régions les moins arrosées du pays, les épisodes de pluies d’origine orientale peuvent parfois être abondants, voire exceptionnels.


Dès lors, ne serait-il pas opportun d’explorer davantage les solutions complémentaires telles que les lacs collinaires, la collecte des eaux pluviales, la recharge artificielle des nappes ou encore la réutilisation des eaux traitées?


Loin de la question des barrages, et sans nous attarder sur les polémiques relayées dans les médias — un terrain qui nous entraînerait dans d’innombrables controverses et où les accusations se tourneraient vers ceux qui sont mieux placés que quiconque pour connaître les responsabilités liées aux décennies de négligence et au manque d’entretien des infrastructures hydrauliques — nous nous limiterons à ce qu’impose notre ligne éditoriale.


La véritable question qui se pose aujourd’hui est celle d’une gestion plus équilibrée et plus innovante des ressources en eau, afin de garantir l’avenir de l’agriculture et de préserver la sécurité alimentaire en Tunisie.


Donc faut-il continuer à concentrer les infrastructures de stockage de l’eau dans le nord du pays, ou est-il temps d’imaginer de nouvelles solutions adaptées aux réalités climatiques du centre et du sud tunisien ?



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