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Agrohealth Tunisie

Après la «chelba», que savons-nous vraiment de ce poisson qui vit au cœur de nos côtes?

Actuagro Après la «chelba», que savons-nous vraiment de ce poisson qui vit au cœur de nos côtes? Par AgroHealth – Habitat, reproduction, croissance et évolution des populations : la saupe tunisienne peut-elle nous renseigner sur l’état de nos écosystèmes côtiers?   Dans le premier volet, la «chelba» nous racontait une histoire étroitement liée aux herbiers de posidonie, aux algues et à la vie des petits fonds côtiers.   Mais connaître un poisson, ce n’est pas seulement savoir le reconnaître. Il faut aussi savoir où il vit, où il se reproduit, à quelle taille il devient adulte, à quel âge il commence à se reproduire et comment ses populations évoluent au fil du temps.   Pour la saupe (Sarpa salpa), ces questions permettent de mieux comprendre la place qu’occupe cette espèce dans les écosystèmes côtiers tunisiens. Une espèce des petits fonds végétalisés La saupe est largement présente en Méditerranée ainsi que dans l’Atlantique oriental. En Tunisie, elle est associée aux zones côtières où la végétation marine est suffisamment développée.   Elle fréquente notamment les fonds rocheux et sableux recouverts d’algues ainsi que les herbiers de posidonie (Posidonia oceanica).   Ce lien avec la végétation est particulièrement important chez les adultes, qui sont principalement herbivores.   La saupe peut ainsi être observée dans différents secteurs du littoral tunisien, notamment dans le golfe de Tunis, le Sahel et le golfe de Gabès.   Sa présence et son abondance peuvent cependant varier d’un secteur à l’autre en fonction de la nature des fonds, de la disponibilité de la nourriture, de la température de l’eau et de l’état des habitats côtiers.   Elle vit généralement en bancs, ce qui explique que les pêcheurs puissent parfois observer des concentrations importantes d’individus dans certaines zones.   Mais savoir où elle vit ne suffit pas. Pour comprendre une population de poissons, il faut aussi connaître son cycle de reproduction. Où la saupe se reproduit-elle? La reproduction de la saupe est particulièrement intéressante parce qu’elle n’est pas nécessairement identique partout en Méditerranée.   Dans le golfe de Tunis, des travaux scientifiques ont notamment identifié une période de reproduction principalement située en novembre et décembre.   Cela donne une indication importante pour le littoral tunisien, mais elle ne doit pas être généralisée automatiquement à toutes les régions.   Les conditions environnementales peuvent modifier le calendrier reproducteur d’une population à l’autre. La température de l’eau, la disponibilité de la nourriture et les caractéristiques locales de l’habitat peuvent notamment jouer un rôle.   Les zones côtières végétalisées restent cependant essentielles dans le cycle de vie de l’espèce.   La saupe est donc étroitement liée à des habitats qui lui fournissent nourriture et abri et qui participent plus largement au fonctionnement des écosystèmes côtiers. Cette relation rend la conservation des herbiers particulièrement importante. Jusqu’à quelle taille peut-elle grandir? La saupe n’est pas un très grand poisson. Elle peut atteindre environ 50 cm de longueur, même si les individus rencontrés sont généralement plus petits, souvent autour de 30 cm.   Cette différence entre la taille maximale observée et la taille courante est importante.   Un poisson qui peut atteindre une taille relativement importante mais dont les captures sont majoritairement constituées de petits individus ne raconte pas nécessairement la même histoire qu’une population dans laquelle les poissons de grande taille sont régulièrement présents.   C’est pourquoi les scientifiques suivent non seulement le poids des débarquements, mais aussi la longueur des poissons.   La taille permet notamment de suivre la structure d’une population et de mieux comprendre la proportion d’individus jeunes et adultes.   Dans une étude consacrée à la pêche au chrafi dans la région de Chebba, la saupe figurait parmi les espèces étudiées. Les chercheurs avaient notamment observé que 18 % seulement des individus mesurés dépassaient 20 cm, taille minimale légale considérée dans le cadre de cette étude.   Ce résultat ne peut pas être extrapolé à l’ensemble des captures tunisiennes actuelles. Il concerne un site, une période et un contexte de pêche déterminés.   Mais il montre à quel point la taille des poissons constitue une information importante pour comprendre la pression exercée sur les populations. À quel âge la saupe devient-elle capable de se reproduire? La taille n’est toutefois qu’une partie de l’histoire. Il faut également connaître l’âge auquel la saupe atteint sa maturité sexuelle.   Les études disponibles sur Sarpa salpa montrent que la maturité sexuelle intervient relativement tôt dans le cycle de vie, mais que l’âge et la taille de première maturité peuvent varier selon les populations et les conditions environnementales.   Cette variabilité est importante lorsqu’on parle de gestion des pêcheries. Un poisson qui se reproduit avant d’atteindre une certaine taille peut théoriquement contribuer au renouvellement de la population avant d’être capturé.   Mais si une part importante des captures intervient avant la maturité sexuelle, la question devient différente.   C’est précisément pour cette raison que les scientifiques ne regardent pas uniquement le nombre de poissons capturés.   Ils cherchent aussi à savoir à quel stade de leur vie ces poissons sont prélevés. Pour la saupe tunisienne, disposer de séries régulières associant âge, taille et maturité sexuelle permettrait donc de mieux comprendre la dynamique réelle des populations selon les régions. Une population stable ou en diminution? C’est probablement la question la plus difficile. Car connaître l’évolution d’une espèce suppose de disposer de données comparables sur plusieurs années.   Or les statistiques de pêche ne permettent pas toujours de suivre facilement une espèce particulière sur l’ensemble du territoire. Les données sont souvent regroupées selon les catégories de pêche ou les principaux groupes commerciaux.   Cela signifie qu’un tonnage global de pêche côtière ne permet pas, à lui seul, de savoir si la saupe augmente, diminue ou reste stable.   Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir comparer régulièrement plusieurs paramètres: quantité de saupes débarquées, taille moyenne des poissons, répartition géographique des captures, périodes de pêche et proportion d’individus adultes.   Les études locales peuvent apporter des informations précieuses, mais elles ne remplacent pas une série nationale continue.   Il serait

Pr. Dhia Bouktila – Le Sahel, composer avec le climat à l’ombre des oliviers [La Tunisie fertile (5)]

Actuagro Pr. Dhia Bouktila – Le Sahel, composer avec le climat à l’ombre des oliviers [La Tunisie fertile (5)] Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir – Après les plaines fertiles de Béja, les forêts et les eaux de Jendouba, les hautes terres du Kef et de Siliana, puis la mosaïque productive du Cap Bon, «La Tunisie fertile» poursuit son voyage vers un territoire dont l’identité agricole s’est construite autrement.   Entre Sousse, Monastir et Mahdia, dans ce Sahel tunisien à dominante semi-aride, l’agriculture s’est construite autour d’un équilibre subtil entre le climat, la disponibilité de l’eau, les savoir-faire et la proximité de la mer.   L’olivier en constitue sans doute la grande colonne vertébrale: il dessine les paysages, accompagne les routes et relie les trois gouvernorats.   Mais le Sahel ne se résume pas à ses oliveraies. Autour de cet arbre emblématique s’est développée une mosaïque agricole plus large, faite de périmètres irrigués, de bassins maraîchers, de productions fruitières et d’activités d’élevage, tandis que, tout au long du littoral, la pêche prolonge cette économie agricole vers la mer.   Ici, la fertilité réside dans la capacité d’un territoire à s’adapter à son climat et à façonner sa propre identité agricole. Bienvenue dans le Sahel tunisien. 1. Trois gouvernorats, un même territoire agricole Le Sahel s’étire sur la façade orientale de la Tunisie, de Sousse à Mahdia, en passant par Monastir.   Les frontières administratives distinguent trois gouvernorats, mais les paysages agricoles, eux, racontent une continuité plus ancienne.   L’olivier constitue l’expression agricole la plus visible de ce territoire. Des oliveraies de Sousse à celles de Monastir et de Mahdia, il dessine une continuité paysagère qui traverse l’ensemble du Sahel.   Mais cette unité n’efface pas les spécialisations propres à chaque espace : autour de l’oléiculture se sont également développés des périmètres irrigués, des bassins maraîchers, des productions fruitières et des systèmes d’élevage qui donnent à l’agriculture sahélienne sa diversité.   Sur le littoral, enfin, la production agricole dialogue directement avec les ports et la pêche maritime.   Le Sahel apparaît ainsi comme un ensemble de systèmes productifs qui, autour d’une même colonne vertébrale, ont su composer différemment avec le climat, l’eau et les milieux. 2. Le Sahel à l’ombre de l’olivier Il serait impossible de raconter le Sahel sans commencer par l’olivier. Dans les campagnes de Sousse, de Monastir et de Mahdia, l’arbre structure l’espace depuis des générations.   À eux trois, ces gouvernorats comptent près de 15 millions d’oliviers: environ 5,5 millions à Sousse [1], 3,5 millions à Monastir [2] et 5,7 millions à Mahdia [3]. Les oliveraies couvrent respectivement près de 78 000 hectares à Sousse, 36 700 à Monastir et 160 000 à Mahdia.   Mais ces chiffres ne disent pas tout. Car dans le Sahel, l’olivier est bien davantage qu’une culture: il constitue un paysage, une mémoire économique et un élément fondamental de l’identité agricole régionale.   La forte proportion d’oliviers âgés, déjà relevée à Sousse, Monastir et Mahdia au début des années 2000, rappelle aussi la profondeur historique de ce patrimoine végétal [4].   Cette présence durable tient aussi à une remarquable adéquation entre l’arbre et le territoire. Cette capacité d’adaptation ne signifie toutefois pas que l’olivier soit à l’abri du stress environnemental: ses rendements demeurent étroitement liés à la pluviométrie et aux conditions climatiques.   Derrière cette rusticité se cache d’ailleurs une réponse biologique complexe. Les recherches génomiques révèlent l’implication de différentes familles de gènes dans les mécanismes de réponse de l’olivier aux contraintes environnementales [5].   Le Chemlali, souvent désigné localement dans le Sahel sous le nom de Sahli, constitue l’une des expressions emblématiques de l’oléiculture tunisienne.   Sa bonne adaptation aux conditions sèches et sa productivité ont contribué à sa diffusion dans les systèmes oléicoles conduits en conditions pluviales.   Figure 1. Branche d’olivier de la variété Chemlali, l’une des principales variétés tunisiennes d’olivier à huile, réputée pour sa vigueur, sa productivité et son adaptation au conditions arides. Photographie prise dans la région de Sousse, Tunisie, le 4 novembre 2017. © Monaam Ben Fredj, Wikimedia Commons.   L’olivier apparaît ainsi comme le véritable fil conducteur du Sahel: un arbre profondément enraciné dans le territoire, façonné par son climat, maisdésormais confronté à la nécessité de s’adapter à un environnement qui change. 3. Des agricultures qui se lisent d’une localité à l’autre Sousse et son arrière-pays : l’olivier entre campagne et ville Autour de Sousse, l’olivier demeure l’un des grands marqueurs du paysage agricole.   Mais cette agriculture évolue désormais dans un espace soumis à une pression particulière: l’expansion urbaine, le développement touristique et la transformation progressive des périphéries modifient la relation entre la villeet ses campagnes.   Dans le Grand Sousse, cette proximité entre ville et agriculture est particulièrement visible à Akouda, Kalaâ Kebira, Kalaâ Sghira et M’Saken, où les oliveraies s’insèrent encore dans une matrice périurbaine en transformation.   Cette évolution pose une question essentielle : comment maintenir une agriculture pérenne lorsque la valeur foncière et les usages non agricoles progressent autour d’elle?   Le défi du Sahel n’est donc pas uniquement climatique ou hydrique. Il est également territorial.   Figure 2. Sahloul, à Sousse : l’expansion urbaine au contact des oliveraies, illustration de l’interface croissante entre espace agricole et espace bâti. © Habib M’henni, 1er septembre 2016, Wikimedia Commons. Enfidha : les terres ouvertes du Sahel Plus au nord, Enfidha révèle un autre visage du gouvernorat de Sousse. La plaine d’Enfidha-Bouficha constitue un espace agricole plus ouvert, où se côtoient grandes cultures, élevage, oléiculture et arboriculture.   En 2019, la délégation d’Enfidha regroupait près de 7 700 hectares de céréales, soit environ un quart des superficies céréalières du gouvernorat, et fournissait plus de 40 % de sa production céréalière.   Elle occupait également une place majeure dans l’agriculture biologique: sur les 10 674 hectares consacrés à ce mode de production dans le gouvernorat, 88 % se situaient à Enfidha, notamment pour l’orge, l’avoine et l’olivier [6].   Enfidha montre ainsi qu’au-delà de l’espace périurbain de Sousse, le gouvernorat conserve de vastes territoires

Agriculture tunisienne: la relève est-elle en train de disparaître ?

Actuagro Agriculture tunisienne: la relève est-elle en train de disparaître ? Par AgroHealth – Le vieillissement des exploitants agricoles, le faiblerenouvellement générationnel et les difficultés d’accès à la terre et au financement posent une question stratégique: qui produira l’alimentation des Tunisiens demain? Alors que l’agriculture reste un pilier de l’économie et de la sécurité alimentaire, la Tunisie doit désormais relever un autre défi: transmettre ses exploitations à une nouvelle génération.   La question est moins visible que celle de l’eau, du climat ou des importations. Elle pourrait pourtant devenir tout aussi déterminante. Une agriculture peut manquer de ressources naturelles, mais elle peut aussi manquer d’hommes et de femmes pour la faire vivre.   En Tunisie, le vieillissement des exploitants agricoles est documenté depuis plusieurs décennies et le renouvellement générationnel reste une préoccupation majeure. Une agriculture qui vieillit Les dernières données nationales détaillées sur l’âge des chefs d’exploitation remontent au recensement agricole de 2004.   Elles dessinaient déjà une situation préoccupante: 43 % des exploitants avaient plus de 60 ans, et cette catégorie détenait environ 46 % de la superficie agricole totale.   À l’inverse, les jeunes de moins de 40 ans ne représentaient qu’une faible proportion des chefs d’exploitation.   Ces chiffres ne doivent pas être présentés comme une photographie de 2026: ilssont anciens. Mais leur intérêt est précisément de montrer que le vieillissement de la population agricole n’est pas un phénomène récent.   Et l’absence d’un nouveau recensement agricole national permettant de mesurerprécisément l’évolution de cette structure constitue aujourd’hui une lacunestatistique.   Le problème dépasse donc l’âge des agriculteurs. Il concerne la transmission des exploitations, la capacité des familles à assurer une succession et, pluslargement, l’attractivité du métier agricole auprès des nouvelles générations. Le paradoxe de la main-d’œuvre La situation de l’emploi donne une autre indication. Selon les dernièresstatistiques de l’Institut national de la statistique, 581 600 personnes étaient occupées dans l’agriculture et la pêche au deuxième trimestre 2026, contre 569 700 au premier trimestre.   L’agriculture représentait ainsi environ 16 % de l’emploi occupé total recensé par l’INS à cette période.   Le secteur continue donc de faire travailler plusieurs centaines de milliers de personnes.   Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il attire suffisamment de jeunes vers des emplois agricoles stables et vers la gestion des exploitations.   C’est là que se trouve l’un des paradoxes tunisiens: l’agriculture reste un important réservoir d’emplois alors que le métier d’agriculteur peine à apparaître comme une perspective professionnelle attractive pour une partie de la jeunesse.   Pénibilité du travail, revenus soumis aux fluctuations des prix et des récoltes,difficulté d’accès au financement, faiblesse de certaines infrastructuresrurales et incertitude face au changement climatique constituent autant defacteurs qui peuvent décourager une installation. La terre: le premier obstacle à l’installation Pour un jeune qui souhaite devenir agriculteur, la première question est souvent simple: où trouver une terre ? La transmission familiale constitue une voie naturelle, mais elle se heurte au morcellement des exploitations et aux situations foncières parfois complexes. L’accès à une exploitation économiquement viable devient alors difficile pour ceux qui ne disposent pas d’un patrimoine familial.   Le problème foncier reste suffisamment important pour que l’État fasse aujourd’hui de la mobilisation des terres domaniales un levier de développement agricole.   Le programme 2026 prévoit notamment la mise à disposition et la location deparcelles agricoles domaniales au profit, entre autres, des jeunes agriculteurs.   Un exemple concret illustre cette orientation: en mars 2026, 91 hectares deterres agricoles récupérées à Bizerte ont été attribués à neuf bénéficiaires,dans le cadre de la politique de valorisation des terres domaniales et desoutien aux jeunes agriculteurs.   Ces opérations restent ponctuelles, mais elles montrent que la question de l’accès à la terre commence à être traitée comme un élément de la politique derenouvellement agricole. Devenir agriculteur, mais avec quel financement? L’accès au foncier n’est cependant que la première étape. Il faut ensuite financer les équipements, les semences, les intrants, la mécanisation, l’élevage ou encore la transformation.   En avril 2026, le ministère de l’Agriculture et la Banque tunisienne de solidaritéont signé un accord prévoyant 10 millions de dinars de financement sous formede crédits saisonniers destinés aux petits agriculteurs.   Parallèlement, l’APIA et la FAO ont développé des dispositifs spécifiquement orientés vers les jeunes agri entrepreneurs. Le pôle Agri-Accélérateur de Kébili, par exemple, accompagne des jeunes porteurs de projets dans les filières des dattes et des camélidés, avec sélection, accompagnement et appui aux projets.   Ces initiatives sont importantes parce qu’elles déplacent progressivement l’image du jeune agriculteur: il ne s’agit plus seulement du fils qui reprend la ferme familiale, mais aussi d’un entrepreneur agricole capable d’innover, de transformer et de créer de la valeur. La relève ne doit plus être seulement familiale C’est probablement là que se situe le véritable changement de modèle.   Pendant longtemps, la transmission agricole reposait principalement sur la famille: le fils reprenait la terre du père, perpétuant une activité et un savoir-faire.  Or ce mécanisme ne peut plus être considéré comme automatique.   Les jeunes générations ont d’autres possibilités professionnelles. Elles sont également plus mobiles et plus sensibles aux conditions de travail, au niveau de revenu et aux perspectives d’évolution.   La solution ne consiste donc pas simplement à demander aux jeunes de «revenir à la terre». Il faut rendre l’agriculture économiquement viable, technologiquement  moderne et socialement attractive.   Un jeune agriculteur doit pouvoir se considérer comme un chef d’entreprise:produire, mais aussi transformer, commercialiser, exporter, utiliser les données, mécaniser son exploitation et maîtriser ses coûts. L’agriculture de demain aura besoin d’une nouvellegénération La bonne nouvelle est que des instruments existent déjà. L’État mobilise des terres domaniales, l’APIA accompagne les porteurs de projets, des mécanismes de financement ciblent les petits agriculteurs et les jeunes entrepreneurs agricoles bénéficient de programmes d’accompagnement.   Mais ces initiatives doivent désormais s’inscrire dans une véritable politiquenationale du renouvellement des générations agricoles.   Cela suppose de mieux connaître la réalité démographique du secteur grâce à des données agricoles actualisées. Il faut ensuite faciliter l’accès des jeunes au foncier, au crédit, à la formation

La mouche méditerranéenne: une menace pour les agrumes tunisiens

Actuagro La mouche méditerranéenne: une menace pour les agrumes tunisiens Par AgroHealth – À l’approche de la campagne agrumicole 2026-2027, la protection des vergers tunisiens contre les ravageurs demeure un enjeu majeur pour les producteurs. Parmi les menaces les plus importantes figure la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), communément appelée cératite. Très polyphage, cet insecte constitue l’un des principaux ravageurs économiques des cultures fruitières en Tunisie, notamment des agrumes. Une menace qui dépasse les seuls agrumes La cératite est une espèce particulièrement adaptable. Elle peut s’attaquer à un très grand nombre de plantes hôtes et profiter de la succession des cultures fruitières au fil des saisons.   En Tunisie, elle concerne notamment les agrumes, mais également les pêchers, abricotiers, figuiers, néfliers et d’autres espèces fruitières.   Cette diversité d’hôtes permet à ses populations de se maintenir dans différents agroécosystèmes.   Le cycle des dégâts commence lorsque la femelle adulte pique le fruit afin d’y déposer ses œufs sous l’épiderme.   Après leur éclosion, les larves se développent directement dans la pulpe. Leur présence accélère la dégradation du fruit, favorise son pourrissement et peut provoquer sa chute avant la récolte.   Pour l’agriculteur, les conséquences sont donc à la fois quantitatives et qualitatives: diminution du rendement commercialisable, dépréciation des fruits et augmentation des pertes au verger. Des dégâts préoccupants dans les agrumes tunisiens L’importance du problème est particulièrement visible dans certaines régions du Sud tunisien. Une étude consacrée aux agrumes de Gabès et Tozeur, publiée en 2024, a évalué les dégâts de Ceratitis capitata sur plusieurs variétés: Thomson, clémentinier, mandarinier, bigaradier et citronnier.   Les résultats montrent des taux d’infestation particulièrement élevés sur certaines variétés.   À Tozeur, les taux observés atteignaient notamment 42,02 % pour la Thomson, 39,83 % pour la clémentine et 32,5 % pour le mandarinier.   À Gabès, ils atteignaient respectivement 39,86 %, 37,18 % et 30,57 %. Le citronnier présentait quant à lui des niveaux nettement plus faibles dans cette étude.   Ces résultats ne signifient pas que ces taux s’appliquent à tous les vergers ou à toutes les campagnes. Ils montrent cependant la capacité de la cératite à provoquer des infestations importantes lorsque les conditions lui sont favorables. Pourquoi la lutte reste complexe? La lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits constitue un véritable défi. Son cycle biologique, sa mobilité et son grand nombre de plantes hôtes compliquent son contrôle, tandis que la succession des cultures fruitières lui permet de trouver des ressources alimentaires tout au long de l’année.   Pendant longtemps, la protection des cultures a largement reposé sur l’utilisation d’insecticides, notamment des organophosphorés.   Or, cette approche soulève aujourd’hui plusieurs questions liées à la durabilité des systèmes agricoles, à la protection des organismes non ciblés, à l’apparition de phénomènes de résistance et à la nécessité de réduire l’usage des pesticides.   L’enjeu pour les campagnes futures est donc de trouver un équilibre entre efficacité phytosanitaire, protection de l’environnement, sécurité des travailleurs et qualité sanitaire des productions. La Tunisie dispose déjà de solutions prometteuses Face à cette problématique, les recherches menées en Tunisie montrent que des alternatives aux traitements chimiques peuvent être envisagées.   Parmi elles, le piégeage de masse consiste à installer un nombre important de pièges contenant des attractifs afin de capturer les adultes de la cératite avant leur reproduction et leur ponte.   Des travaux réalisés dans les oasis de Gafsa et de Midès ont notamment évalué l’utilisation des systèmes Cera Trap® et Moskisan® sur des agrumes. Les résultats obtenus sont encourageants.   À Midès, les dégâts sur clémentines étaient de 8 % dans la parcelle traitée contre 30 % dans la parcelle témoin. Pour la variété Thomson, ils étaient respectivement de 1,5 % et 23 %. À Gafsa, les dégâts sur clémentines atteignaient environ 6 % dans la parcelle traitée contre 25 % dans le témoin.   Ces résultats illustrent le potentiel du piégeage de masse comme outil de protection intégrée, notamment dans les zones où la pression de la cératite est importante. L’expérience espagnole: vers une lutte à l’échelle régionale La Tunisie pourrait également tirer des enseignements de l’expérience de pays méditerranéens confrontés au même ravageur.   En Espagne, notamment dans la Communauté valencienne, la lutte contre la cératite s’inscrit dans une approche intégrée menée à grande échelle. Depuis 2007, un programme régional associe notamment surveillance des populations, piégeage et technique de l’insecte stérile (TIS).   Cette dernière constitue l’une des approches les plus avancées. Elle consiste à élever en masse des mâles de Ceratitis capitata, à les stériliser par irradiation, puis à les relâcher dans les zones ciblées.   Ces mâles s’accouplent avec les femelles sauvages, mais les œufs issus de ces accouplements ne donnent pas de descendance viable. L’objectif est ainsi de réduire progressivement la population de l’insecte.   L’expérience espagnole montre surtout l’importance d’une approche à l’échelle d’un territoire, plutôt que de limiter les interventions à quelques exploitations isolées.   La surveillance, le piégeage et les autres méthodes de lutte sont combinés afin d’intervenir en fonction du niveau réel de risque. Cette stratégie a notamment contribué à une forte réduction du recours aux traitements insecticides aériens dans les programmes concernés. Que peut faire la Tunisie? L’objectif pour la Tunisie ne serait pas de reproduire immédiatement le modèle espagnol à grande échelle, mais de l’adapter progressivement aux réalités de ses régions agrumicoles.   Une première étape consisterait à renforcer la surveillance des populations de cératite grâce à un réseau de pièges de suivi dans les principales zones de production. Ces données permettraient de détecter précocement les périodes de forte activité et d’orienter les interventions.   Le piégeage de masse, déjà expérimenté avec des résultats encourageants dans certaines oasis tunisiennes, pourrait ensuite être davantage intégré aux programmes de protection des vergers.   Il devrait être associé à de bonnes pratiques culturales, notamment l’élimination des fruits infestés ou tombés au sol, afin de limiter les possibilités de reproduction de l’insecte.   À plus long terme, la Tunisie pourrait également envisager la mise en place d’un projet pilote de technique de l’insecte stérile (TIS)

Élevage équin: le cheval tunisien peut-il enfin devenir une véritable filière agricole?

Élevage Élevage équin: le cheval tunisien peut-il enfin devenir une véritable filière agricole? Par AgroHealth – En Tunisie, le cheval galope, mais la filière, elle, avance encore au pas. Derrière l’image prestigieuse du pur-sang arabe, du Barbe ou du cheval de fantasia se cache pourtant une activité qui mobilise l’agriculture, les fourrages, la génétique, la médecine vétérinaire, la formation et toute une économie de services. La Tunisie dispose d’un patrimoine équin exceptionnel et d’une longue expérience de sélection. Mais entre patrimoine à préserver et filière économique à développer, le pas reste à franchir.  Un patrimoine qui est aussi une activité agricole  L’élevage équin tunisien ne date pas d’hier. La création du Haras de Sidi Thabet remonte à 1866, tandis que les chevaux tunisiens sont inscrits au Stud-Book depuis 1896. La Fondation nationale d’amélioration de la race chevaline (FNARC), créée en 1988, assure aujourd’hui des missions qui vont bien au-delà de la conservation patrimoniale : développement de l’élevage, encadrement des éleveurs, amélioration génétique, tenue des livres généalogiques et organisation de la monte publique.   La Tunisie dispose notamment de plusieurs races suivies par la FNARC: Pur-Sang Arabe, Pur-Sang Anglais, Barbe, Arabe-Barbe, Anglo-Arabe et Poney des Mogods. Des structures publiques comme les haras de Sidi Thabet et d’El Battan, ainsi que des stations de monte réparties dans plusieurs régions, constituent une infrastructure génétique et reproductive précieuse.   Mais le véritable enjeu est désormais de transformer ce patrimoine en chaîne de valeur agricole.  Du fourrage au cheval: une économie largement sous-estimée  Élever un cheval, ce n’est pas seulement posséder un animal de valeur. C’est produire ou acheter des fourrages, assurer une alimentation équilibrée, disposer d’infrastructures adaptées, suivre la reproduction, assurer les soins vétérinaires, identifier les animaux et accompagner leur croissance.   Autrement dit, le développement de l’élevage équin peut créer des débouchés pour d’autres activités agricoles : production de foin, paille, céréales et aliments complémentaires, sans oublier les services liés à la santé animale et à la reproduction.   C’est précisément là que l’élevage équin rejoint la ligne éditoriale d’AgroHealth: la performance d’un cheval commence dans son alimentation et dans la qualité de son environnement. Une mauvaise ration, une carence minérale, une eau de qualité insuffisante ou un défaut de suivi sanitaire peuvent affecter la croissance, la reproduction et les performances de l’animal.   Le cheval devient ainsi un révélateur d’un problème plus large : comment passer d’un élevage fondé sur la passion à un élevage davantage professionnalisé ?  La génétique: le véritable capital de la filière  La richesse équine tunisienne réside également dans son patrimoine génétique. Le Pur-Sang Arabe de Tunisie bénéficie d’une longue tradition de sélection à Sidi Thabet. Quant au Barbe et à l’Arabe-Barbe, ils constituent des composantes majeures du patrimoine équin nord-africain.   Cette richesse génétique n’est pas seulement culturelle. Elle peut avoir une valeur économique directe.   La sélection des reproducteurs, la traçabilité des lignées, l’identification des performances et la qualité des poulains sont autant de facteurs qui déterminent la valeur d’un élevage. La FNARC organise d’ailleurs encore aujourd’hui des ventes annuelles de chevaux Pur-Sang Arabe et Pur-Sang Anglais, preuve qu’il existe déjà un marché structuré autour de certains segments de la filière.   L’enjeu est donc de mieux valoriser cette génétique tunisienne, tout en évitant que la recherche de performance se fasse au détriment de la diversité et de la conservation des races locales.  Santé et alimentation: le maillon décisif  Le développement d’une filière équine ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la génétique ou le marché.   Le cheval est un animal particulièrement exigeant en matière de conduite et de suivi. Son alimentation doit être adaptée à son âge, son activité et son état physiologique. La prévention sanitaire, la reproduction, les vaccinations, le suivi vétérinaire et les soins des pieds constituent des postes essentiels.   Dans un contexte tunisien marqué par la pression sur les ressources naturelles et le coût croissant des intrants agricoles, la question de l’alimentation devient stratégique.   Produire davantage de fourrages de qualité localement pourrait ainsi constituer l’un des leviers d’une filière équine plus autonome. Cette approche créerait simultanément des débouchés agricoles et réduirait la dépendance à certains aliments ou intrants importés.  Du cheval à l’emploi rural  Le potentiel économique du cheval dépasse largement l’élevage.   Autour de l’animal gravitent des métiers et des activités : vétérinaires, maréchaux-ferrants, soigneurs, cavaliers, entraîneurs, éducateurs, transporteurs, fabricants d’équipements, centres équestres et organisateurs de manifestations.   La FNARC considère elle-même le sport et le tourisme équestres parmi les domaines liés au développement de la filière.   Dans les zones rurales, cette économie pourrait prendre une dimension supplémentaire. Randonnées, tourisme rural, spectacles équestres, valorisation des traditions locales et centres de formation peuvent contribuer à diversifier les revenus agricoles.   Le cheval peut donc devenir un outil de diversification économique des territoires ruraux, à condition que les activités soient organisées et professionnalisées.  Le prochain défi: structurer une véritable filière  La question n’est finalement pas de savoir si la Tunisie possède des chevaux. Elle en possède. Elle dispose également d’une histoire, de races reconnues, de structures spécialisées et d’un savoir-faire.   La vraie question est: peut-elle transformer cet ensemble en filière économique intégrée?   Cela suppose une meilleure organisation des éleveurs, une identification et une traçabilité systématiques, une politique ambitieuse d’amélioration génétique, une production accrue de fourrages, un accompagnement sanitaire renforcé et une meilleure valorisation commerciale des chevaux tunisiens.   Il faudrait également rapprocher davantage les mondes de l’élevage, de l’agriculture, de la médecine vétérinaire, du tourisme et du sport.  Le cheval, un nouvel atout agricole?  La Tunisie n’a peut-être pas besoin de produire davantage de chevaux à tout prix. Elle doit surtout produire mieux, sélectionner mieux et valoriser mieux.   Le véritable potentiel de l’élevage équin se trouve dans cette chaîne complète : terre → fourrage → alimentation → santé → génétique → élevage → formation → sport → tourisme → valeur économique.   Le cheval tunisien ne doit donc plus être regardé uniquement comme un symbole de prestige ou comme un élément du patrimoine national. Il

Eau potable: peut-on encore parler de sécurité sanitaire quand l’eau devient une denrée sous tension?

Actuhealth Eau potable: peut-on encore parler de sécurité sanitaire quand l’eau devient une denrée sous tension? Par AgroHealth – En Tunisie, l’eau n’est plus seulement une ressource qu’il faut économiser. Elle devient progressivement une question de santé publique. Les coupures d’eau, les difficultés d’approvisionnement en eau minérale, le recours croissant à l’eau filtrée et l’apparition de solutions domestiques de traitement témoignent d’un changement profond dans les habitudes des consommateurs. Dans ce contexte de tension hydrique, une question devient incontournable: comment garantir que l’eau que nous buvons reste sûre, du réseau jusqu’au verre? Quand l’accès à l’eau devient incertain La situation actuelle est paradoxale. D’un côté, la Tunisie dispose d’un système public de production et de distribution d’eau potable soumis à des contrôles sanitaires. De l’autre, les perturbations de l’approvisionnement se multiplient dans plusieurs régions, notamment durant cet été marqué par de fortes chaleurs.   La SONEDE indique que l’eau produite fait l’objet de contrôles bactériologiques et physico-chimiques. En 2023, ses laboratoires ont réalisé 57 504 analyses bactériologiques, dont 97,9% des échantillons analysés étaient conformes aux normes tunisiennes et aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.   Mais une eau potable ne doit pas seulement être sûre au moment où elle quitte la station de traitement. Elle doit le rester tout au long de son parcours jusqu’au consommateur.   Or, lorsque les coupures se prolongent, les ménages peuvent être amenés à stocker davantage d’eau, à utiliser des réservoirs ou à chercher des sources alternatives. C’est précisément à ce niveau que la question sanitaire devient plus complexe.  Le stockage domestique: le maillon souvent oublié  Lorsqu’une coupure survient, le réflexe est compréhensible: remplir des bouteilles, des bidons ou des réservoirs pour disposer d’une réserve.   Mais une eau initialement potable peut voir sa qualité se dégrader si elle est conservée dans de mauvaises conditions. Les récipients doivent être propres, fermés et adaptés au stockage de l’eau destinée à la consommation. Leur exposition prolongée à la chaleur ou au soleil est également à éviter.   Le problème ne concerne donc pas uniquement la qualité de l’eau distribuée. Il concerne aussi ce que nous faisons de cette eau après l’avoir reçue.   Dans un contexte de pénurie, cette dimension mérite une communication sanitaire beaucoup plus importante: comment nettoyer un réservoir? Combien de temps conserver une eau dans une bouteille ouverte? Quels récipients utiliser? Que faire lorsqu’une eau présente une couleur, une odeur ou un goût inhabituel?   Autant de questions qui peuvent devenir essentielles lorsque les interruptions d’approvisionnement deviennent fréquentes.  L’eau filtrée, une réponse qui pose ses propres questions  La pénurie a également favorisé l’apparition et le développement de solutions alternatives. Des camions proposant de l’eau filtrée sont ainsi devenus plus visibles dans certaines zones, alors que les consommateurs cherchent des solutions face aux perturbations de l’approvisionnement. Cette évolution soulève naturellement des interrogations sur l’origine de l’eau, ses conditions de traitement, de transport et de stockage ainsi que sur le contrôle sanitaire.   Parallèlement, les systèmes de filtration domestique connaissent un intérêt croissant. Les osmoseurs, notamment, apparaissent comme une solution séduisante pour les ménages inquiets de la qualité de leur eau. Mais un dispositif de traitement n’est pas automatiquement synonyme d’eau plus sûre.   Son efficacité dépend notamment de la qualité et de l’entretien de l’installation, du remplacement des filtres et du respect des recommandations du fabricant. Un appareil mal entretenu peut devenir lui-même un problème sanitaire.   Autrement dit, filtrer l’eau ne doit jamais signifier cesser de contrôler l’eau.  Eau en bouteille: la fausse sécurité?  Face aux coupures du réseau, beaucoup de Tunisiens se tournent naturellement vers l’eau minérale embouteillée. Mais la pénurie actuelle montre également la fragilité de cette solution.   Les tensions sur le marché de l’eau embouteillée ont été signalées ces dernières semaines, alors que la demande augmente fortement en période de chaleur et de perturbations de l’approvisionnement.   Cette situation peut favoriser de mauvaises pratiques: stockage prolongé, exposition à des températures élevées, achat auprès de circuits insuffisamment contrôlés ou conservation de bouteilles dans des conditions inappropriées.   La sécurité sanitaire ne s’arrête donc pas à l’usine d’embouteillage.   En juillet, les services de contrôle de l’Instance nationale de sécurité sanitaire des produits alimentaires ont d’ailleurs saisi plus de 63 000 litres d’eau minérale stockés dans des conditions considérées comme problématiques.   Ce chiffre rappelle une réalité essentielle: une eau conditionnée n’est pas à l’abri des risques liés à son stockage et à sa distribution.  Le danger des «solutions de fortune»  Lorsque l’eau manque, les consommateurs peuvent être tentés de trouver des solutions improvisées. C’est probablement l’un des aspects les plus préoccupants de la crise actuelle.   Des informations ont récemment circulé en Tunisie autour de l’utilisation de l’eau provenant des climatiseurs. Or cette eau, issue de la condensation de l’air, ne doit pas être considérée comme une eau potable. Elle peut être contaminée par des poussières, des microorganismes ou des éléments présents dans les circuits de l’appareil.   De même, l’eau provenant d’un puits, d’une source ou d’un circuit informel ne doit pas être considérée comme potable simplement parce qu’elle paraît claire ou qu’elle est consommée traditionnellement.   Un expert avait déjà alerté, en juin, sur les risques sanitaires liés à la consommation d’eau provenant de circuits informels, notamment parce que ces eaux échappent aux contrôles réguliers de potabilité.   La transparence visuelle de l’eau n’est donc jamais une garantie sanitaire.  Une question qui dépasse le robinet  La crise hydrique pose enfin une question plus large à AgroHealth: que se passe-t-il lorsque l’insécurité hydrique devient une composante de l’insécurité alimentaire?   L’eau est indispensable non seulement pour boire, mais aussi pour laver les fruits et légumes, préparer les repas, assurer l’hygiène dans les cuisines, alimenter les établissements de restauration, abreuver les animaux et maintenir les conditions sanitaires de nombreuses activités agricoles et agroalimentaires.   Une tension durable sur l’eau peut donc produire des effets en cascade: agriculture, élevage, industrie alimentaire, restauration, nutrition et santé publique.   La sécurité sanitaire de l’eau doit ainsi être pensée comme une chaîne:

Lait en Tunisie: après l’alerte de l’eau, faut-il se préparer à une nouvelle tension?

Actuagro Lait en Tunisie: après l’alerte de l’eau, faut-il se préparer à une nouvelle tension? Par AgroHealth – La crise de l’eau en bouteille aura eu au moins une vertu: rappeler brutalement qu’un produit considéré comme acquis peut devenir, en quelques jours, difficile à trouver. Le lait pourrait-il connaître demain le même scénario? La question mérite d’être posée, non pour annoncer une pénurie imminente, mais parce que la filière laitière tunisienne accumule depuis plusieurs années des fragilités qui, combinées à la sécheresse, au manque d’eau et au coût de l’alimentation animale, pourraient rendre les prochains mois plus délicats.   La Tunisie vient de vivre une séquence révélatrice avec les tensions sur l’eau minérale en bouteille. Des perturbations de production liées notamment aux coupures d’électricité, une forte demande estivale et des difficultés de distribution ont rapidement créé un sentiment de pénurie. Les autorités ont dû intervenir dans certaines régions pour remettre des volumes supplémentaires sur le marché.   Le lait appartient à une autre catégorie de produits, mais il présente une caractéristique commune : il dépend d’une chaîne continue, dans laquelle la moindre rupture peut rapidement se répercuter jusqu’au consommateur.  Une filière déjà sous pression  La première fragilité se situe à la ferme. Selon des données rapportées en mai 2026, le cheptel de vaches laitières est passé de 458 000 têtes en 2013 à environ 339 000 en 2025. Cette contraction de 26 % est particulièrement préoccupante pour une filière qui doit assurer quotidiennement l’approvisionnement des centrales laitières.   Dans le même temps, la sécheresse pèse sur les ressources fourragères. La Tunisie a connu plusieurs années consécutives de déficit pluviométrique, alors que l’éleveur doit continuer à nourrir et abreuver son troupeau, quelles que soient les conditions climatiques.   Le problème devient alors économique: moins d’eau, plus de dépenses d’alimentation, des animaux moins performants et une rentabilité qui se dégrade.   Des professionnels du secteur estiment que le litre acheté à l’éleveur reste inférieur à son coût réel de production. Une estimation rapportée fin 2025 situait le prix payé au producteur autour de 1,34 à 1,40 dinars, contre un coût pouvant atteindre 1,70 à 1,90 dinars par litre. D’autres responsables du secteur réclament une revalorisation du prix à la production afin de préserver le cheptel.   Lorsque l’éleveur travaille durablement à perte, la conséquence n’est pas seulement financière: il réduit son troupeau, renonce au renouvellement des vaches ou quitte progressivement l’activité.   La vraie menace pour le lait tunisien n’est donc pas une rupture brutale. C’est l’érosion lente de la capacité de production.  Le facteur eau: le grand angle mort  On parle beaucoup de l’eau potable. Beaucoup moins de l’eau nécessaire pour produire notre alimentation.   Une vache laitière ne produit pas du lait à partir de rien. Elle a besoin d’eau pour boire, mais également de fourrages et d’aliments dont la production dépend elle-même des ressources hydriques.   Dans un pays confronté au stress hydrique, la question devrait donc être posée autrement : combien de litres de lait pouvons-nous durablement produire avec les ressources en eau dont dispose la Tunisie?   Cette question ouvre un nouveau chantier pour l’agriculture tunisienne.   Il ne s’agit pas nécessairement de produire davantage de fourrage irrigué. Il faut surtout produire mieux avec moins d’eau: sélectionner des cultures fourragères adaptées au climat, améliorer l’irrigation, valoriser les sous-produits agricoles et développer des rations alimentaires plus efficaces.   L’Office de l’élevage et des pâturages (OEP), placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, a précisément pour mission de contribuer au développement et à la promotion de l’élevage et des pâturages.   La prochaine révolution de la filière pourrait donc être moins une révolution de volume qu’une révolution de productivité par litre d’eau consommé.  L’industrie doit changer de modèle  Pour les industriels, le premier réflexe en période de tension consiste généralement à chercher davantage de matière première. Mais cette logique atteint rapidement ses limites lorsque la production nationale diminue.   Il faut donc passer d’une logique de réaction à une logique de prévention.   La constitution de stocks de régulation existe déjà. En 2025, le stock de lait frais stérilisé avait été fixé à 19,7 millions de litres afin d’absorber les fluctuations saisonnières entre les périodes de forte et de faible lactation. Mais demain, ce mécanisme pourrait être modernisé.   Pourquoi ne pas créer un indice national d’alerte lait, actualisé chaque semaine, combinant quatre indicateurs: disponibilité du lait cru, état du cheptel, stocks industriels et prévisions climatiques?   Lorsque deux ou trois indicateurs passent au rouge, les industriels, les distributeurs et les autorités disposent alors d’un signal précoce.   L’expérience de l’eau en bouteille montre qu’attendre que les rayons se vident pour réagir coûte cher.  Première solution: rémunérer la qualité, pas seulement le volume  Pour sauver durablement l’élevage, augmenter mécaniquement le prix du litre ne suffira probablement pas.   Il faut introduire une rémunération davantage liée à la qualité du lait : taux protéique, matière grasse, qualité microbiologique, régularité des livraisons et respect de la chaîne du froid.   L’éleveur qui produit un lait de meilleure qualité doit être mieux rémunéré.   Cette approche aurait un double effet : améliorer la qualité industrielle et encourager l’éleveur à investir dans l’alimentation, la génétique, l’hygiène et le bien-être animal.  Deuxième solution: passer à la ferme «low water»  Pourquoi ne pas lancer un programme tunisien de «ferme laitière économe en eau»?   L’objectif serait de sélectionner et d’accompagner des exploitations capables de produire davantage de lait avec moins d’eau et moins d’aliments importés.   Cela pourrait passer par :   • Des systèmes d’abreuvement économes; • La récupération et la réutilisation de certaines eaux agricoles lorsque cela est techniquement et sanitairement possible; • Des cultures fourragères moins exigeantes en eau; • La valorisation des résidus de céréales, d’olivier et d’autres cultures; • Des rations calculées avec précision; • L’amélioration génétique des troupeaux; • L’utilisation de capteurs pour suivre la consommation d’eau et l’état des animaux.   L’objectif ne serait plus simplement de mesurer le litre de lait produit par vache, mais

COP17: après Oulan-Bator, la Tunisie face au défi de transformer la restauration des terres en résilience

Actuagro COP17: après Oulan-Bator, la Tunisie face au défi de transformer la restauration des terres en résilience Par AgroHealth –  La COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), tenue du 17 au 28 août à Oulan-Bator, en Mongolie, s’est achevée sur un message clair: restaurer les terres n’est plus seulement une urgence environnementale. C’est aussi une condition de la sécurité alimentaire, de la résilience des territoires ruraux, de la préservation des ressources en eau et du maintien des activités agricoles et pastorales. Placée sous le thème «Restaurer les terres, restaurer l’espoir», la conférence a réuni les 197 Parties à la Convention ainsi que de nombreux acteurs scientifiques, économiques et de la société civile.   Pour la Tunisie, cette COP17 aura surtout été l’occasion de présenter des expériences nationales, de partager son expertise et de rappeler que la lutte contre la désertification doit être abordée de manière intégrée.   Du 24 au 27 août, la délégation tunisienne a pris part à plusieurs travaux consacrés notamment aux ceintures vertes africaines, à la restauration des terres dégradées, à l’adaptation à la sécheresse, au financement de la lutte contre la dégradation des terres et à l’Initiative verte du Moyen-Orient. La désertification, une question agricole avant tout L’un des enseignements majeurs de cette COP17 est que la désertification ne peut plus être considérée comme une problématique isolée relevant uniquement de l’environnement.   La dégradation des sols affecte directement la productivité agricole, les parcours, l’élevage et les revenus des populations rurales.   Cette approche trouve un écho particulier en Tunisie. Avec une grande partie de son territoire soumise à des conditions d’aridité, le pays est particulièrement exposé à la sécheresse, à la dégradation des sols et à la pression croissante sur les ressources naturelles.   La Tunisie s’est d’ailleurs fixé l’objectif d’atteindre la neutralité en matière de dégradation des terres à l’horizon 2030, avec une cible volontaire portant sur environ 2,2 millions d’hectares.   La restauration des terres apparaît ainsi comme un investissement dans l’avenir de l’agriculture tunisienne. Restaurer un sol, préserver un parcours ou améliorer la gestion de l’eau signifie aussi préserver une capacité de production, maintenir une activité d’élevage et protéger les revenus des populations rurales. Les parcours et l’élevage au cœur des discussions La COP17 a accordé une place importante aux parcours et aux communautés pastorales. Une journée spécifique consacrée aux «Terres et populations» a rappelé que les parcours représentent 54% des terres émergées de la planète et que près de 500 millions de pasteurs en assurent la gestion.   Cette dimension est particulièrement intéressante pour la Tunisie, où la dégradation des parcours touche directement l’élevage et l’équilibre économique des zones rurales.   C’est dans ce contexte que l’expérience du Jebel Semmama, dans le gouvernorat de Kasserine, a trouvé une résonance particulière à Oulan-Bator.   La «Journée de Semmama» a permis de rappeler que la lutte contre la désertification est également une question culturelle, éducative et sociale.   L’initiative «Green IYRP», consacrée à la protection des parcours et à l’amélioration des conditions de vie des communautés pastorales, a notamment bénéficié d’un soutien international. Quand l’expérience tunisienne devient un modèle d’investissement La présence tunisienne ne s’est toutefois pas limitée aux interventions institutionnelles.   L’une des contributions les plus intéressantes est venue d’ICARDA, à travers la présentation par Boubaker Dhehibi d’une expérience tunisienne dans le cadre des discussions sur les «restoration innovation bundles».   L’exemple présenté montre comment la restauration des paysages peut associer plusieurs dimensions: sols, eau, parcours, biodiversité, gouvernance, outils numériques et financement.   La valorisation de l’huile d’olive et des variétés autochtones à travers les indications géographiques y est présentée comme un levier possible de transition agroécologique et de restauration des paysages.   Une autre initiative, le STELARR Rangeland Restoration Investment Hub, cherche justement à rapprocher les projets locaux de restauration des parcours et les investisseurs.   Boubaker Dhehibi y a présenté un cas provenant du sud tunisien, montrant comment l’investissement dans des chaînes de valeur liées à l’élevage peut contribuer à restaurer les terres tout en renforçant les moyens de subsistance des communautés.   Cette approche est particulièrement importante: la restauration ne doit pas être perçue uniquement comme une dépense environnementale, mais comme un investissement capable de produire des bénéfices économiques, agricoles et sociaux. Après la COP17, passer de l’engagement à l’action La conférence d’Oulan-Bator a également remis au centre une question déterminante: celle du financement.   La CNULCD estime à environ 355 milliards de dollars par an les besoins nécessaires entre 2025 et 2030 pour atteindre les objectifs de restauration des terres. Face à des investissements actuels nettement insuffisants, le déficit annuel est estimé à 278 milliards de dollars.   Pour la Tunisie, le véritable enjeu commence donc après la COP17. Les expériences présentées à Oulan-Bator doivent désormais pouvoir être transformées en programmes concrets dans les régions rurales: restauration des sols, réhabilitation des parcours, économie de l’eau, développement de l’agroécologie, protection de la biodiversité et valorisation économique des productions locales.   La COP17 aura finalement rappelé une évidence que la Tunisie connaît depuis longtemps: on ne peut pas protéger l’agriculture sans protéger les sols, l’élevage sans préserver les parcours, ni assurer la sécurité alimentaire sans restaurer les territoires.   Oulan-Bator aura offert une tribune internationale à ces enjeux. La prochaine étape sera de faire en sorte que les enseignements, les partenariats et les solutions discutés en Mongolie trouvent leur traduction concrète dans les territoires tunisiens. Lire également COP17: restaurer les terres pour protéger l’agriculture et notre alimentation COP17: Quand l’huile d’olive devient un outil pour restaurer les paysages tunisiens COP17: la Tunisie plaide pour une réponse intégrée face à la sécheresse Tunisie: après la COP17, comment restaurer les terres et résister à la sécheresse? COP17: quand la santé des sols devient une question de sécurité alimentaire pour la Tunisie Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Pr. Dhia Bouktila – Jendouba, le

Raisin en Tunisie: derrière les vendanges 2026, une filière en pleine transformation

Actuagro Raisin en Tunisie: derrière les vendanges 2026, une filière en pleine transformation Par AgroHealth –  La saison du raisin bat son plein en Tunisie. Mais derrière les grappes qui arrivent sur les étals et les vendanges qui commencent dans les vignobles, la campagne 2026 révèle une réalité plus complexe. À Grombalia, berceau historique de la viticulture tunisienne, les superficies reculent fortement. Le manque d’eau, les fortes chaleurs, le vieillissement des vignes et l’augmentation des coûts de production fragilisent les exploitations. Dans le même temps, de nouvelles zones du Centre du pays prennent progressivement le relais. Une récolte 2026 qui commence sous tension À Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul, le lancement officiel de la campagne de récolte du raisin a été fixé au 15 août 2026, avec la cueillette des variétés précoces, avant l’arrivée des raisins destinés à la transformation.   Le démarrage des vendanges a coïncidé avec le Festival du raisin de Grombalia, qui rappelle chaque année l’importance historique de cette culture dans la région.   Mais cette année, l’ambiance est différente. Grombalia, longtemps considérée comme l’une des capitales tunisiennes du raisin, connaît un recul important de son activité viticole.   Selon des déclarations rapportées en août 2026 par le président de l’Union locale de l’agriculture et de la pêche, la région aurait perdu plus de la moitié de ses exploitations viticoles.   La production locale pourrait ainsi ne pas dépasser 5 000 tonnes cette saison, principalement destinées à la transformation. Cette estimation concerne Grombalia et ne doit donc pas être assimilée à une prévision nationale pour 2026. Nabeul, toujours au cœur de la filière Le gouvernorat de Nabeul conserve néanmoins une place centrale dans la viticulture tunisienne. Il assure environ 70 % de la production nationale de raisin destiné à la transformation, avec près de 3 000 producteurs, principalement répartis entre Grombalia, Bou Argoub, Takelsa et Korba.   La région joue cependant deux rôles différents. D’un côté, elle produit du raisin de table destiné à la consommation fraîche. De l’autre, elle fournit une importante quantité de raisin destiné à la transformation.   Les données disponibles permettent de mesurer l’ampleur de cette activité. En 2024, la production de raisin dans le gouvernorat de Nabeul était estimée à plus de 39 000 tonnes, dont environ 25 000 tonnes destinées à la transformation et 14 000 à 14 500 tonnes de raisin de table.   Ces chiffres constituent une référence récente, mais ils ne doivent pas être utilisés comme une estimation de la récolte 2026.   Une baisse déjà visible avant la campagne 2026 Les difficultés actuelles ne sont pas apparues cette année. Elles se sont installées progressivement.   En 2025, la récolte de raisin de cuve dans le gouvernorat de Nabeul était estimée à environ 17 000 tonnes, contre 25 000 tonnes la saison précédente, soit une baisse de l’ordre de 25 à 30 %.   À Grombalia, les superficies consacrées au raisin de cuve ne dépassaient plus environ 1 000 hectares, pour une production estimée à près de 8 000 tonnes.   La diminution des superficies, la sécheresse persistante, le manque d’eau d’irrigation et l’augmentation du coût des intrants figuraient déjà parmi les principales difficultés rencontrées par les producteurs.   La campagne 2026 apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans cette évolution.   Indicateur Donnée disponible Début des vendanges 2026 à Grombalia 15 août 2026 Producteurs de raisin à Nabeul ≈ 3 000 Part de Nabeul dans le raisin de cuve national ≈ 70 % Part de Nabeul dans le raisin de table national ≈ 12 % Production Nabeul 2024 >39 000 t Nabeul 2024 – raisin de cuve ≈25 000 t Nabeul 2024 – raisin de table ≈14–14,5 mille t Grombalia 2024 – raisin de cuve ≈8 000 t Grombalia 2024 – raisin de table ≈4 000 t Nabeul 2025 – raisin de cuve ≈17 000 t Grombalia 2026 – estimation locale ≤5 000 t Revenu fiscal forfaitaire raisin de cuve irrigué 3 186,33 DT/ha Revenu fiscal forfaitaire raisin de cuve en sec 670,64 DT/ha Le manque d’eau, un défi devenu structurel Pour la vigne tunisienne, la question de l’eau est désormais centrale.   Les épisodes successifs de sécheresse et les températures élevées affectent directement les rendements.   Les fortes chaleurs peuvent accélérer la maturation des raisins, modifier leur équilibre et, lorsqu’elles sont associées à un déficit hydrique, réduire la production.   À Grombalia, les producteurs signalent justement les effets cumulés de plusieurs années difficiles.   Certaines vignes ont été affectées par les fortes chaleurs, tandis que le manque d’eau limite les possibilités d’irrigation.   Cette situation est particulièrement importante pour le raisin de table, dont la qualité commerciale dépend fortement de la régularité de l’approvisionnement en eau et des conditions de maturation. Des vignobles vieillissants difficiles à renouveler À la contrainte climatique s’ajoute une autre difficulté: l’âge des plantations.   Une partie du vignoble tunisien nécessite un renouvellement, mais remplacer une vigne représente un investissement important et demande du temps avant d’obtenir une production économique.   À Grombalia, les producteurs soulignent également les difficultés liées au financement du renouvellement.   Les aides et certaines tranches de crédits peuvent être versées avec un décalage important, ce qui réduit la capacité des agriculteurs à engager rapidement de nouvelles plantations.   Le choix du matériel végétal devient lui aussi déterminant.   Certaines variétés introduites se sont révélées moins adaptées aux nouvelles conditions climatiques ou plus vulnérables à certaines maladies.   L’avenir du vignoble tunisien dépendra donc aussi de la capacité à sélectionner des variétés adaptées à la chaleur, au déficit hydrique et aux contraintes sanitaires.   Le Centre tunisien prend progressivement le relais L’une des évolutions les plus significatives observées en 2026 concerne la géographie de la production.   Alors que le Cap Bon reste historiquement associé au raisin, des gouvernorats du Centre, notamment Sidi Bouzid et Kairouan, voient leurs superficies viticoles progresser.   Le déplacement progressif de la production montre que la carte viticole tunisienne est en train d’évoluer.   Cette transformation mérite une attention particulière.   Elle ne signifie pas nécessairement la disparition

Agro-industrie tunisienne: produire plus avec moins, le nouveau défi des industriels

Actuagro Agro-industrie tunisienne: produire plus avec moins, le nouveau défi des industriels Par AgroHealth –  Eau, énergie, matières premières, déchets, exigences sanitaires et pression environnementale : l’industrie agroalimentaire tunisienne entre dans une nouvelle phase. Pour rester compétitives, sécuriser leurs approvisionnements et conquérir de nouveaux marchés, les entreprises devront désormais produire davantage de valeur avec moins de ressources. Une contrainte qui pourrait devenir, pour les industriels les plus innovants, une formidable opportunité. L’industrie agroalimentaire occupe une place stratégique dans l’économie tunisienne. Elle transforme les productions agricoles, crée de la valeur, soutient l’emploi et contribue aux exportations.   Les données disponibles pour 2026 confirment d’ailleurs son dynamisme: les industries agroalimentaires ont figuré parmi les principaux moteurs de la progression des exportations tunisiennes au premier semestre.   Mais derrière ces performances se dessine une nouvelle réalité. L’industrie ne peut plus considérer l’eau, l’énergie, les matières premières agricoles ou les déchets comme des variables indépendantes.   Ils sont désormais liés dans un même système: la compétitivité de l’usine dépend de la santé et de la disponibilité des ressources qui l’alimentent. L’eau: bientôt un facteur de compétitivité industrielle Pour une usine agroalimentaire, l’eau n’est pas seulement une matière première. Elle intervient dans le lavage, la transformation, le refroidissement, le nettoyage des équipements, la production de vapeur ou encore certaines opérations sanitaires.   Dans une Tunisie confrontée à un stress hydrique croissant, la question devient donc industrielle : une entreprise peut-elle sécuriser durablement sa production si elle ne sécurise pas son accès à l’eau ?   Cette problématique dépasse largement le secteur agricole. La disponibilité de l’eau peut désormais peser sur le choix d’implantation d’une entreprise, sur ses coûts de production et sur la continuité de son activité.   Des analyses récentes présentent déjà l’accès sécurisé à l’eau comme un facteur susceptible d’influencer les décisions d’investissement. Pour l’industriel, l’enjeu n’est donc plus simplement de «consommer moins».   Il consiste à mesurer précisément les besoins, réduire les pertes, recycler certaines eaux lorsque cela est techniquement et sanitairement possible et investir dans des procédés plus économes. L’eau devient ainsi un actif stratégique. Quand la crise agricole devient une crise industrielle L’industrie agroalimentaire commence dans les champs. Une conserverie dépend de ses tomates. Une huilerie dépend des olives. Une unité de transformation de fruits dépend de la régularité des récoltes.   Une entreprise de transformation céréalière dépend de la disponibilité et de la qualité des grains. Toute dégradation de la production agricole finit donc par atteindre l’usine.   Sécheresse, chaleur extrême, salinisation, dégradation des sols, maladies des plantes ou diminution des rendements peuvent provoquer une hausse des prix des matières premières, des difficultés d’approvisionnement ou une baisse de la qualité des produits transformés.   C’est pourquoi la santé des sols devient également une question industrielle. Le programme SoilFER, mis en œuvre en Tunisie avec l’appui de la FAO, illustre cette nouvelle approche : mieux connaître les sols permet notamment d’améliorer le choix des cultures et la gestion des nutriments.   La campagne nationale menée dans ce cadre a concerné 1 564 sites et permis de collecter 3 128 échantillons de sols. Cette connaissance accrue doit contribuer à une agriculture plus productive et plus résiliente.   Pour l’industrie, le message est clair: sécuriser la matière première commence de plus en plus par sécuriser l’écosystème agricole qui la produit. Le déchet n’est plus nécessairement un déchet C’est probablement l’un des changements les plus intéressants pour l’agro-industrie tunisienne.   Une transformation industrielle génère inévitablement des sous-produits. Mais certains de ces «déchets» possèdent encore une valeur économique, énergétique ou nutritionnelle.   L’exemple de l’olivier est particulièrement parlant. La transformation des olives génère notamment des grignons et des margines. Des travaux et projets tunisiens explorent depuis plusieurs années différentes voies de valorisation : énergie, alimentation animale, fertilisation, extraction de molécules ou production de nouveaux matériaux.   Le même raisonnement peut être appliqué à d’autres filières. Les noyaux de dattes peuvent être valorisés. Les sous-produits des fruits et légumes peuvent devenir des ingrédients ou des matières premières secondaires. Certaines résidus peuvent entrer dans l’alimentation animale, le compostage ou la production d’énergie.   L’enjeu est donc de passer d’une logique de « gestion du déchet» à une logique de «création de valeur à partir du sous-produit».   Pour l’industriel, la question devient très concrète: Ce que mon usine considère aujourd’hui comme un coût peut-il devenir demain une source de revenus? De l’économie circulaire à l’usine circulaire Cette évolution ouvre la porte à une nouvelle génération d’unités agroalimentaires.   Dans une usine classique, les matières premières entrent, sont transformées et une partie des résidus sort sous forme de déchets.   Dans une usine plus circulaire, le modèle change : les sous-produits sont récupérés, l’eau est optimisée, l’énergie est rationalisée et les résidus peuvent être réintroduits dans d’autres chaînes de valeur.   Le grignon peut devenir combustible ou matière première. Un résidu organique peut alimenter une unité de méthanisation.   Un sous-produit riche en nutriments peut être orienté vers l’alimentation animale ou la fertilisation. La chaleur produite par un procédé peut être récupérée pour une autre opération.   Il ne s’agit plus simplement de faire de « l’écologie industrielle ». Il s’agit de réduire les coûts et de créer de nouvelles activités. L’énergie: produire autrement pour rester compétitif L’énergie constitue un autre défi majeur. Les industries agroalimentaires ont besoin d’électricité et de chaleur pour la transformation, la réfrigération, le séchage, le pompage, la cuisson ou le stockage.   Dans ce contexte, l’efficacité énergétique devient un véritable outil de compétitivité.   L’énergie solaire, la récupération de chaleur, l’amélioration des équipements frigorifiques, l’optimisation des chaînes de production ou encore la valorisation énergétique des déchets agricoles peuvent contribuer à réduire la facture énergétique des entreprises.   Cette transformation correspond d’ailleurs à l’évolution générale du secteur agricole et agro-industriel tunisien vers davantage d’innovation et de technologie.   Le prochain SIAT 2026, prévu du 28 au 31 octobre au Parc des Expositions du Kram, place justement l’investissement, l’innovation technologique et la durabilité au cœur de ses priorités. Produire pour un marché qui exige