COP17: après Oulan-Bator, la Tunisie face au défi de transformer la restauration des terres en résilience
Par AgroHealth – La COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), tenue du 17 au 28 août à Oulan-Bator, en Mongolie, s’est achevée sur un message clair: restaurer les terres n’est plus seulement une urgence environnementale. C’est aussi une condition de la sécurité alimentaire, de la résilience des territoires ruraux, de la préservation des ressources en eau et du maintien des activités agricoles et pastorales. Placée sous le thème «Restaurer les terres, restaurer l’espoir», la conférence a réuni les 197 Parties à la Convention ainsi que de nombreux acteurs scientifiques, économiques et de la société civile.
Pour la Tunisie, cette COP17 aura surtout été l’occasion de présenter des expériences nationales, de partager son expertise et de rappeler que la lutte contre la désertification doit être abordée de manière intégrée.
Du 24 au 27 août, la délégation tunisienne a pris part à plusieurs travaux consacrés notamment aux ceintures vertes africaines, à la restauration des terres dégradées, à l’adaptation à la sécheresse, au financement de la lutte contre la dégradation des terres et à l’Initiative verte du Moyen-Orient.
La désertification, une question agricole avant tout
L’un des enseignements majeurs de cette COP17 est que la désertification ne peut plus être considérée comme une problématique isolée relevant uniquement de l’environnement.
La dégradation des sols affecte directement la productivité agricole, les parcours, l’élevage et les revenus des populations rurales.
Cette approche trouve un écho particulier en Tunisie. Avec une grande partie de son territoire soumise à des conditions d’aridité, le pays est particulièrement exposé à la sécheresse, à la dégradation des sols et à la pression croissante sur les ressources naturelles.
La Tunisie s’est d’ailleurs fixé l’objectif d’atteindre la neutralité en matière de dégradation des terres à l’horizon 2030, avec une cible volontaire portant sur environ 2,2 millions d’hectares.
La restauration des terres apparaît ainsi comme un investissement dans l’avenir de l’agriculture tunisienne. Restaurer un sol, préserver un parcours ou améliorer la gestion de l’eau signifie aussi préserver une capacité de production, maintenir une activité d’élevage et protéger les revenus des populations rurales.
Les parcours et l’élevage au cœur des discussions
La COP17 a accordé une place importante aux parcours et aux communautés pastorales. Une journée spécifique consacrée aux «Terres et populations» a rappelé que les parcours représentent 54% des terres émergées de la planète et que près de 500 millions de pasteurs en assurent la gestion.
Cette dimension est particulièrement intéressante pour la Tunisie, où la dégradation des parcours touche directement l’élevage et l’équilibre économique des zones rurales.
C’est dans ce contexte que l’expérience du Jebel Semmama, dans le gouvernorat de Kasserine, a trouvé une résonance particulière à Oulan-Bator.
La «Journée de Semmama» a permis de rappeler que la lutte contre la désertification est également une question culturelle, éducative et sociale.
L’initiative «Green IYRP», consacrée à la protection des parcours et à l’amélioration des conditions de vie des communautés pastorales, a notamment bénéficié d’un soutien international.
Quand l’expérience tunisienne devient un modèle d’investissement
La présence tunisienne ne s’est toutefois pas limitée aux interventions institutionnelles.
L’une des contributions les plus intéressantes est venue d’ICARDA, à travers la présentation par Boubaker Dhehibi d’une expérience tunisienne dans le cadre des discussions sur les «restoration innovation bundles».
L’exemple présenté montre comment la restauration des paysages peut associer plusieurs dimensions: sols, eau, parcours, biodiversité, gouvernance, outils numériques et financement.
La valorisation de l’huile d’olive et des variétés autochtones à travers les indications géographiques y est présentée comme un levier possible de transition agroécologique et de restauration des paysages.
Une autre initiative, le STELARR Rangeland Restoration Investment Hub, cherche justement à rapprocher les projets locaux de restauration des parcours et les investisseurs.
Boubaker Dhehibi y a présenté un cas provenant du sud tunisien, montrant comment l’investissement dans des chaînes de valeur liées à l’élevage peut contribuer à restaurer les terres tout en renforçant les moyens de subsistance des communautés.
Cette approche est particulièrement importante: la restauration ne doit pas être perçue uniquement comme une dépense environnementale, mais comme un investissement capable de produire des bénéfices économiques, agricoles et sociaux.
Après la COP17, passer de l’engagement à l’action
La conférence d’Oulan-Bator a également remis au centre une question déterminante: celle du financement.
La CNULCD estime à environ 355 milliards de dollars par an les besoins nécessaires entre 2025 et 2030 pour atteindre les objectifs de restauration des terres. Face à des investissements actuels nettement insuffisants, le déficit annuel est estimé à 278 milliards de dollars.
Pour la Tunisie, le véritable enjeu commence donc après la COP17.
Les expériences présentées à Oulan-Bator doivent désormais pouvoir être transformées en programmes concrets dans les régions rurales: restauration des sols, réhabilitation des parcours, économie de l’eau, développement de l’agroécologie, protection de la biodiversité et valorisation économique des productions locales.
La COP17 aura finalement rappelé une évidence que la Tunisie connaît depuis longtemps: on ne peut pas protéger l’agriculture sans protéger les sols, l’élevage sans préserver les parcours, ni assurer la sécurité alimentaire sans restaurer les territoires.
Oulan-Bator aura offert une tribune internationale à ces enjeux. La prochaine étape sera de faire en sorte que les enseignements, les partenariats et les solutions discutés en Mongolie trouvent leur traduction concrète dans les territoires tunisiens.
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