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Agrohealth Tunisie

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COP17: Quand l’huile d’olive devient un outil pour restaurer les paysages tunisiens

Dans le cadre du suivi par AgroHealth des activités de la COP17, l’exemple tunisien présenté à Oulan-Bator par Boubaker Dhehibi rappelle une évidence souvent oubliée : restaurer une terre ne consiste pas seulement à lui rendre sa fertilité. C’est aussi redonner de la valeur à ses produits, préserver ses variétés locales, faire vivre ses savoir-faire et renforcer les communautés qui en dépendent. Car derrière chaque sol dégradé se joue bien plus qu’un enjeu agricole : c’est tout un patrimoine rural, économique et humain qu’il faut préserver et transmettre.


À première vue, une huile d’olive n’est qu’un produit agricole. Une bouteille, une couleur, un parfum, une acidité, une origine. Mais derrière quelques centilitres d’huile peuvent se cacher des siècles d’histoire agricole, des variétés anciennes, des sols, des paysages, des savoir-faire transmis de génération en génération et, surtout, la relation fragile entre l’homme et son territoire.


C’est cette relation que Boubaker Dhehibi, économiste principal des ressources naturelles au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), a placée au cœur de son intervention lors de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, à Oulan-Bator, en Mongolie.


Son intervention, consacrée aux indications géographiques comme voie de transition agroécologique et comme levier pour les « bundles » de restauration, part d’une idée simple mais profondément actuelle : restaurer un paysage ne signifie pas seulement réparer une terre dégradée. Il faut également permettre à ceux qui la cultivent d’en vivre dignement.

Restaurer la terre, mais aussi sa valeur

Pendant longtemps, la restauration des terres a été pensée principalement sous l’angle écologique : lutter contre l’érosion, améliorer la fertilité des sols, économiser l’eau, reconstituer la végétation, protéger la biodiversité.

Ces dimensions restent essentielles. Mais elles ne suffisent pas.


Une terre peut être techniquement restaurée et rester économiquement fragile. Un agriculteur peut être invité à adopter des pratiques plus durables, mais s’il ne trouve pas de débouché rémunérateur pour sa production, la transition risque de rester limitée.


C’est précisément là que l’approche présentée par Dhehibi prend tout son sens. La restauration doit réunir plusieurs dimensions : écologique, économique, sociale, institutionnelle, numérique et financière.


Dans cette logique, l’indication géographique n’est pas simplement un label apposé sur une bouteille ou un emballage. Elle peut devenir un outil de développement territorial.


Elle permet d’associer un produit à un territoire, à une histoire et à des pratiques spécifiques. Elle peut ainsi transformer ce qui était considéré comme une contrainte — éloignement des marchés, petites exploitations, variétés locales peu connues — en un élément de différenciation et de valeur.

Le cas tunisien : quand le territoire entre dans la bouteille

L’exemple tunisien présenté à la COP17 s’inscrit dans les travaux de l’ICARDA sur les paysages agricoles multifonctionnels.


Le cas de l’huile d’olive est particulièrement révélateur. La Tunisie possède un patrimoine oléicole exceptionnel, constitué non seulement de vastes superficies d’oliviers, mais aussi d’une diversité de cultivars, de pratiques et de paysages.

Dans certaines régions du Nord-Ouest, des oliviers anciens témoignent encore d’une agriculture adaptée aux conditions locales. Ils sont le produit d’une longue histoire entre l’agriculteur, le climat, le sol et la plante.


Parmi ces territoires figure la zone Ellès–Sers, dans le gouvernorat du Kef, étudiée dans le cadre des travaux de l’ICARDA. On y trouve des variétés locales et des oliviers parfois très anciens, associés à des pratiques et à des savoir-faire qui constituent une véritable mémoire agricole.


Cette mémoire possède une valeur qui dépasse largement le patrimoine culturel.

Elle peut devenir une ressource économique.

Les variétés locales, une richesse face au changement climatique

Dans une agriculture confrontée à la raréfaction de l’eau, à la dégradation des sols et aux effets croissants du changement climatique, la diversité génétique des cultures représente une assurance précieuse.


Les variétés locales ont été façonnées au fil du temps par les conditions de leur environnement. Elles portent donc une partie de l’histoire écologique du territoire.


Les préserver ne signifie pas refuser la modernité. Au contraire.

La transition agroécologique consiste justement à rechercher un équilibre entre connaissances scientifiques, innovations techniques et savoirs locaux.


L’olivier tunisien offre ici un exemple particulièrement intéressant. L’arbre est profondément enraciné dans les territoires ruraux et peut contribuer à la protection des sols, à la fixation du carbone, au maintien de certains équilibres écologiques et à la création de revenus.


Mais pour que cette fonction soit durable, l’agriculteur doit avoir intérêt à conserver ce patrimoine.

C’est là que l’économie rejoint l’écologie.

L’indication géographique : donner un prix à l’identité

Une indication géographique permet de reconnaître qu’un produit possède des caractéristiques liées à son territoire d’origine.


Pour un producteur, cela peut représenter une possibilité de mieux différencier son huile sur le marché. Pour un territoire, cela peut devenir un moyen de construire une identité économique. Pour le consommateur, cela offre une information sur l’origine et les caractéristiques du produit. Mais l’enjeu est plus profond.


Lorsque la qualité et l’origine deviennent économiquement valorisables, la conservation des variétés locales et des pratiques traditionnelles peut elle-même devenir rentable.


Le raisonnement est presque circulaire : le territoire donne au produit certaines caractéristiques ; ces caractéristiques donnent au produit une valeur supplémentaire ; cette valeur crée un intérêt à préserver le territoire.

Ainsi, l’huile d’olive peut devenir beaucoup plus qu’une production agricole.

Elle devient un lien économique entre la conservation de la biodiversité, la protection des sols, le maintien des savoir-faire et les revenus ruraux.


Une restauration qui ne travaille plus en silos


C’est probablement l’un des messages les plus importants de l’intervention de Boubaker Dhehibi.


Les problèmes des territoires ruraux ne sont pas séparés les uns des autres.

La dégradation des sols affecte les rendements. La baisse des rendements affecte les revenus. La faiblesse des revenus peut accélérer l’abandon des terres.


L’abandon peut fragiliser certains systèmes agricoles et sociaux. La dégradation des ressources naturelles peut ensuite accentuer la vulnérabilité des populations.

À l’inverse, une intervention peut produire plusieurs bénéfices à la fois.


Améliorer le sol peut améliorer la productivité. Préserver l’eau peut réduire les risques agricoles. Valoriser une variété locale peut maintenir la biodiversité. Organiser les producteurs peut améliorer leur accès au marché. Une meilleure rémunération peut renforcer leur capacité à investir dans des pratiques durables.

C’est cette combinaison que recouvre la notion de « bundle » de restauration : plusieurs solutions qui fonctionnent ensemble plutôt que des interventions isolées.


Du sol au marché, une même chaîne


Dans cette approche, le sol n’est plus séparé de l’économie.

L’eau n’est plus séparée de l’agriculture.

La biodiversité n’est plus séparée du revenu.

Et le producteur n’est plus considéré comme le simple bénéficiaire d’un programme de restauration : il en devient l’un des acteurs principaux.

Pour la Tunisie, cette approche est particulièrement importante.


Le pays dispose d’un patrimoine agricole riche, mais évolue dans un contexte de stress hydrique croissant, de dégradation de certaines ressources naturelles, de vieillissement de la population agricole et de pression économique sur les exploitations.


La réponse ne peut donc pas être uniquement technologique.

Elle doit également être économique et territoriale.

L’agroécologie doit être économiquement viable

On parle beaucoup aujourd’hui d’agroécologie. Mais une transition agricole ne peut durer que si elle est compatible avec les réalités économiques des agriculteurs.


Il ne suffit pas de demander au producteur de préserver un sol, d’utiliser moins d’intrants ou de maintenir une variété locale.

Il faut aussi lui donner les moyens de le faire.


Cela suppose des organisations de producteurs plus solides, un meilleur accès au financement, des marchés mieux structurés, une traçabilité fiable, des outils numériques adaptés et des politiques publiques cohérentes.


L’indication géographique peut constituer l’un de ces outils, à condition qu’elle ne reste pas un simple signe de qualité.

Elle doit être accompagnée par une véritable stratégie territoriale.

Une leçon pour les autres produits tunisiens

L’expérience de l’huile d’olive ouvre également une réflexion plus large.

La Tunisie possède de nombreux produits agricoles et alimentaires liés à des territoires, à des variétés et à des savoir-faire spécifiques.


Derrière chacun d’eux existe potentiellement une histoire de biodiversité, de terroir et de pratiques agricoles.


La question est donc de savoir comment transformer ce patrimoine en valeur durable, sans le dénaturer.


Il s’agit de passer progressivement d’une agriculture qui vend principalement une matière première à une agriculture capable de vendre également une origine, une qualité, une histoire et un savoir-faire.


Cette évolution pourrait contribuer à renforcer les revenus ruraux tout en créant des incitations à la conservation des ressources naturelles.

La restauration commence peut-être par une nouvelle façon de regarder la terre

L’intervention présentée à la COP17 rappelle finalement une évidence que l’on oublie parfois : un paysage n’est jamais seulement un espace physique.

C’est un système vivant.


Il y a le sol sous les pieds de l’agriculteur, l’eau qui devient de plus en plus rare, l’arbre qui traverse les générations, la variété locale conservée dans une parcelle, le savoir-faire transmis par une famille, le produit qui arrive au marché et le revenu qui retourne au village.


Restaurer ce paysage signifie donc agir sur toutes ces dimensions en même temps.


L’exemple tunisien présenté par Boubaker Dhehibi montre ainsi qu’une bouteille d’huile d’olive peut raconter bien plus qu’une récolte.

Elle peut raconter un territoire que l’on choisit de préserver.


Et peut-être est-ce là l’une des voies les plus prometteuses de l’agroécologie : faire en sorte que la protection de la nature ne soit plus perçue comme un coût supplémentaire pour l’agriculteur, mais comme une source de valeur, de revenu et d’avenir.


Pour la Tunisie, où la terre agricole est désormais confrontée simultanément au manque d’eau, à la dégradation des sols et aux bouleversements climatiques, cette philosophie mérite d’être considérée avec attention.


Car restaurer les paysages, au fond, ce n’est pas seulement réparer ce qui a été dégradé.


C’est reconstruire un pacte entre la terre, ceux qui la cultivent et ceux qui en dépendent.


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