COP17: quand la santé des sols devient une question de sécurité alimentaire pour la Tunisie
Par AgroHealth – À Oulan-Bator, la COP17 contre la désertification consacre ce 27 août aux systèmes alimentaires et à la santé des sols. Un changement de regard qui résonne particulièrement en Tunisie : derrière la sécheresse, la baisse des rendements et la fragilisation des exploitations agricoles se joue une bataille plus silencieuse, celle de la fertilité des terres.
Il y a des batailles qui commencent loin des villes et loin des projecteurs. Elles se déroulent sous nos pieds, dans quelques centimètres de terre, là où se rencontrent les racines, l’eau, les microorganismes et la matière organique. À Oulan-Bator, en Mongolie, la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) place aujourd’hui cette réalité au centre des débats: le 27 août est consacré aux systèmes alimentaires et à la santé des sols.
Le choix n’est pas anodin. Après les journées consacrées à la résilience face à la sécheresse puis aux terres et aux populations, les négociateurs, scientifiques, organisations internationales et acteurs de terrain se penchent sur l’un des maillons les plus déterminants de notre avenir alimentaire : le sol. Pour la Tunisie, cette question est loin d’être théorique.
La délégation tunisienne participe à la COP17 dans un contexte où la restauration des terres dégradées, l’adaptation à la sécheresse, les ceintures vertes africaines et la sécurité alimentaire figurent parmi les sujets abordés. Le ministère tunisien de l’Environnement a notamment indiqué que la délégation participe à plusieurs groupes de travail consacrés à l’expérience tunisienne dans la restauration des terres, à la lutte contre la désertification et au renforcement de l’adaptation à la sécheresse.
Mais le message le plus intéressant de cette journée du 27 août est peut-être ailleurs : restaurer une terre ne signifie pas seulement empêcher l’avancée du désert. C’est aussi préserver la capacité d’un pays à produire son alimentation.
Le sol, première infrastructure agricole
Pendant longtemps, l’agriculture a regardé le sol principalement à travers sa capacité à produire. Une parcelle fertile était une parcelle capable de donner du blé, de l’orge, des légumes, des fruits ou de l’huile d’olive. La COP17 invite à aller plus loin.
Un sol vivant est une véritable infrastructure naturelle. Il retient l’eau, nourrit les plantes, abrite une biodiversité invisible et participe au cycle des nutriments. Lorsqu’il se dégrade, les conséquences ne restent pas confinées au champ. Elles remontent progressivement toute la chaîne alimentaire.
C’est précisément le sens du dialogue de haut niveau sur les systèmes alimentaires et la santé des sols, organisé ce 27 août à la COP17. La session examine comment des sols en bonne santé peuvent constituer le socle de systèmes agroalimentaires plus productifs, résilients et durables. Les discussions portent notamment sur les mécanismes de financement, la cohérence des politiques publiques et la coordination entre institutions.
Autrement dit, la santé du sol devient une question économique autant qu’écologique. Et c’est là que le débat mondial rejoint les réalités tunisiennes.
Une Tunisie confrontée au même défi
Dans les régions agricoles tunisiennes, la pression climatique transforme progressivement les conditions de production. Les épisodes de sécheresse, la rareté de l’eau, l’érosion et la perte de matière organique fragilisent les systèmes agricoles.
Le problème n’est donc plus simplement de produire davantage. Il devient : comment continuer à produire avec moins d’eau, sur des terres soumises à des pressions croissantes ?
Cette question est particulièrement importante pour les grandes cultures, l’arboriculture et l’élevage. Lorsqu’un sol perd sa structure et sa capacité à retenir l’humidité, chaque épisode de sécheresse devient plus difficile à supporter. La plante souffre plus rapidement, les rendements deviennent plus variables et l’agriculteur voit son risque augmenter.
La restauration des terres apparaît alors comme une forme d’investissement dans la sécurité alimentaire.
La COP17 consacre d’ailleurs une session spécifique à la restauration des terres agricoles et à la prévention de leur dégradation, avec un accent mis sur les solutions de financement par les banques publiques de développement. Une autre session du 27 août examine les moyens de faire passer la santé des sols et la restauration des terres « de la politique à la pratique », en mettant en avant leurs bénéfices pour les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la résilience des communautés rurales.
De la terre à l’assiette
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de cette journée : la santé des sols ne doit plus être considérée comme une affaire réservée aux agronomes. Elle concerne le consommateur.
Un système alimentaire commence bien avant le marché, le supermarché ou la cuisine. Il commence dans la terre.
La qualité du sol influence les cultures, les rendements, les revenus agricoles et la stabilité des approvisionnements. Une terre qui se dégrade progressivement devient une terre plus coûteuse à exploiter et plus vulnérable aux chocs climatiques.
C’est pourquoi la COP17 cherche aujourd’hui à rapprocher les politiques de restauration des terres des politiques alimentaires.
Une session consacrée à l’avancement des parcours nationaux des systèmes alimentaires explore précisément cette convergence entre restauration des terres, santé des sols et transformation des systèmes alimentaires. Une autre session est consacrée à l’agroécologie comme outil de résilience territoriale.
Pour la Tunisie, cette convergence pourrait ouvrir une réflexion nouvelle : ne plus traiter séparément la politique de l’eau, la politique agricole, la lutte contre la désertification et la sécurité alimentaire, mais les considérer comme les différentes faces d’une même équation.
L’agroécologie, une piste parmi d’autres
À Oulan-Bator, l’agroécologie occupe également une place importante dans les discussions.
La logique est simple : produire tout en restaurant les équilibres naturels qui permettent à l’agriculture de durer.
Diversification des cultures, agroforesterie, utilisation de semences adaptées, réduction de la dépendance aux intrants chimiques, circuits courts ou meilleure valorisation des ressources locales font partie des pistes présentées à la COP17.
Pour la Tunisie, cette réflexion peut trouver des applications très concrètes.
Dans un pays où l’eau devient une contrainte majeure, chaque technique permettant de conserver davantage d’humidité dans le sol, d’améliorer sa structure ou de réduire son érosion mérite d’être considérée non seulement comme une innovation agricole, mais comme un outil d’adaptation climatique.
L’enjeu sera cependant de ne pas transformer l’agroécologie en simple slogan. Elle doit être accompagnée par la recherche, le financement, l’encadrement technique et surtout par des solutions économiquement accessibles aux agriculteurs.
Restaurer la terre, mais aussi restaurer le revenu
Il existe une autre dimension essentielle dans les débats de la COP17 : la restauration des terres doit créer de la valeur.
Restaurer un sol demande du temps. Or l’agriculteur vit dans le temps court : campagne agricole, récolte, revenu, remboursement des charges.
Une politique de restauration qui ne tient pas compte de cette réalité risque de rester théorique.
C’est pourquoi les discussions internationales accordent une place croissante au financement, aux chaînes de valeur et aux investissements privés et publics. La COP17 examine notamment comment la restauration des terres et la santé des sols peuvent générer des moyens de subsistance durables et renforcer la sécurité alimentaire.
Pour la Tunisie, le défi est donc double : restaurer les terres et rendre cette restauration économiquement viable pour ceux qui les travaillent.
Une nouvelle équation pour la Tunisie
À travers la COP17, une nouvelle équation se dessine.
Moins d’eau + sols dégradés + changement climatique = plus de vulnérabilité alimentaire.
Mais l’équation peut aussi être inversée : sols restaurés + agriculture adaptée + meilleure gestion de l’eau + valorisation des productions = davantage de résilience.
C’est probablement là que réside l’intérêt majeur de la journée du 27 août pour la Tunisie.
Le pays ne peut pas empêcher la sécheresse. Il ne peut pas non plus contrôler l’évolution du climat mondial. Mais il peut renforcer la capacité de ses territoires agricoles à absorber les chocs.
La restauration des terres devient ainsi une politique de prévention.
Prévenir la perte de fertilité. Prévenir l’érosion. Prévenir la baisse des rendements. Prévenir l’abandon des terres. Prévenir, enfin, une dépendance alimentaire toujours plus forte.
La bataille silencieuse
À Oulan-Bator, la COP17 rappelle finalement une évidence que l’agriculture connaît depuis toujours : une nation ne nourrit pas sa population uniquement avec des semences, de l’eau et du travail humain. Elle la nourrit avec des sols capables de continuer à donner.
La Tunisie, pays méditerranéen exposé à la sécheresse et à la dégradation des terres, a donc intérêt à regarder cette COP17 non seulement comme une conférence environnementale, mais comme un rendez-vous agricole et alimentaire.
Le 27 août pourrait ainsi marquer un changement de perspective : parler de désertification, ce n’est plus seulement parler du désert qui avance. C’est parler du champ qui perd sa fertilité, du paysan qui voit son risque augmenter, de l’eau qui devient plus rare, de la récolte qui devient plus incertaine et, au bout de la chaîne, du consommateur qui dépend davantage d’un système alimentaire fragile.
Restaurer la terre, c’est donc aussi restaurer la capacité de produire, de vivre et de se nourrir.
Et pour la Tunisie, cette bataille commence sous nos pieds.
AgroHealth
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