Tunisie: après la COP17, comment restaurer les terres et résister à la sécheresse?
La COP17 remet la sécheresse au centre du débat international. Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de traduire les engagements et les expériences présentés à Oulan-Bator en actions concrètes sur les terres agricoles, les parcours, les forêts et les territoires ruraux.
La participation tunisienne à la COP17 ne se limite pas à une présence diplomatique. La Tunisie y présente son expérience en matière de restauration des terres dégradées, de lutte contre la désertification et d’adaptation à la sécheresse. Elle met également en avant les ceintures vertes, le financement de la lutte contre la dégradation des terres et le lien entre sécheresse et sécurité alimentaire.
Mais derrière les discussions internationales se trouve une réalité tunisienne bien concrète : lorsque la pluie devient plus irrégulière, ce sont simultanément les réserves d’eau, les sols, les cultures, les parcours et l’élevage qui sont fragilisés.
Des forêts plus importantes, mais plus exposées
Les données communiquées précédemment par le ministre de l’Environnement Habib Abid permettent de mesurer une partie du chemin parcouru. Il avait indiqué en mai 2026 que la superficie forestière tunisienne atteignait environ 1,2 million d’hectares, contre quelque 300 000 hectares après l’indépendance.
Mais cette progression quantitative ne signifie pas que les écosystèmes sont à l’abri. Le même responsable avait indiqué que les superficies forestières touchées annuellement par les incendies étaient passées d’environ 500 à 600 hectares à 2 000 à 3 000 hectares.
Ces chiffres ne sont pas des annonces de la COP17 du 25 août : ils constituent des données tunisiennes antérieures permettant de replacer le débat international dans son contexte national.
Restaurer la terre plutôt que réparer les dégâts
La principale leçon de la COP17 est peut-être là : la lutte contre la désertification ne peut pas être réduite à la plantation d’arbres ou à des opérations ponctuelles de lutte contre l’érosion.
Restaurer une terre signifie rétablir progressivement sa capacité à retenir l’eau, préserver sa matière organique, favoriser la biodiversité et permettre à l’agriculture ou au pastoralisme de continuer à produire.
Pour la Tunisie, cette approche concerne particulièrement les zones rurales où l’agriculture pluviale, l’élevage extensif et les parcours dépendent directement des conditions climatiques.
Les discussions de la COP17 accordent d’ailleurs une place importante aux parcours et aux populations pastorales. Le 25 août, les négociateurs ont poursuivi leurs travaux sur les parcours et le pastoralisme, notamment autour des droits fonciers, de l’accès équitable à la terre et à l’eau et de l’accès aux connaissances et aux technologies.
Le pastoralisme comme solution, pas seulement comme victime
Cette question est particulièrement importante pour la Tunisie. Les parcours ne doivent pas être considérés uniquement comme des espaces dégradés à protéger. Ils représentent également une ressource économique et alimentaire pour les populations rurales.
Une bonne gestion pastorale peut contribuer à maintenir la couverture végétale, protéger les sols et soutenir l’élevage. À l’inverse, la dégradation des parcours peut accélérer l’érosion, réduire les ressources fourragères et augmenter la dépendance des éleveurs à l’achat d’aliments.
La COP17, qui se déroule pendant l’Année internationale des parcours et du pastoralisme, offre donc à la Tunisie l’occasion de reconnecter deux politiques souvent traitées séparément : la lutte contre la désertification et l’avenir de l’élevage pastoral.
L’eau: produire autrement
La question de l’eau constitue l’autre grande équation. Le 25 août, les participants à la COP17 ont insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance de l’eau, de développer les systèmes d’alerte précoce, d’investir dans les infrastructures et de renforcer la coopération. Ils ont également appelé à passer d’une gestion réactive des crises à une planification proactive.
Pour la Tunisie, cela signifie progressivement passer d’une politique centrée uniquement sur la mobilisation de nouvelles ressources à une stratégie combinant économie d’eau, choix des cultures, amélioration des sols, irrigation plus efficace, récupération des eaux et adaptation des systèmes agricoles.
L’objectif ne devrait plus être seulement de produire davantage avec plus d’eau, mais de produire davantage de valeur avec chaque mètre cube disponible.
De la COP17 au Green Belt
Dans ce contexte, le programme tunisien des ceintures vertes prend une dimension particulière. La Tunisie présente à la COP17 son expérience en matière de restauration des terres dégradées et de lutte contre la désertification, notamment à travers les approches de restauration et de ceintures vertes.
La véritable mesure du succès sera cependant locale : combien d’hectares restaurés? Quelle amélioration de la fertilité des sols? Quelle réduction de l’érosion? Quelle disponibilité fourragère supplémentaire? Quels revenus créés pour les populations rurales?
Ce sont ces indicateurs qui permettront de transformer une politique environnementale en véritable politique agricole et territoriale.
Le défi alimentaire
La sécheresse n’est finalement pas seulement une question environnementale. Elle devient une question agricole et alimentaire.
Lorsque les sols perdent leur capacité productive, que les parcours fournissent moins de fourrage et que l’eau disponible pour l’irrigation diminue, les conséquences se transmettent à toute la chaîne : agriculteurs, éleveurs, consommateurs et marchés.
C’est pourquoi le message tunisien à la COP17 — relier terre, eau et climat — mérite d’être traduit en une politique cohérente de sécurité alimentaire.
La Tunisie dispose déjà d’une expérience accumulée dans la lutte contre la désertification. Le véritable défi de la prochaine décennie sera de passer de projets dispersés à une stratégie intégrée, financée, mesurable et adaptée à chaque territoire.
La COP17 ne devrait donc pas être seulement un rendez-vous diplomatique pour la Tunisie. Elle peut devenir un accélérateur pour une nouvelle politique de la terre : moins consommatrice d’eau, plus attentive aux sols, plus favorable aux parcours et capable de préserver les revenus ruraux.
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