Aviculture tunisienne: quand la chaleur et les coupures d’électricité mettent toute une filière sous tension

Actuagro Aviculture tunisienne: quand la chaleur et les coupures d’électricité mettent toute une filière sous tension Par AgroHealth – De l’élevage traditionnel à une industrie stratégique, la filière avicole tunisienne a parcouru près de six décennies. Mais l’été 2026 a révélé une nouvelle vulnérabilité: dans des élevages où ventilation, refroidissement, abreuvement et automatisation dépendent de l’électricité, une coupure en pleine vague de chaleur peut rapidement devenir une crise sanitaire, économique et alimentaire. Au-delà des pertes de cet été, la question est désormais celle de la résilience de toute la filière. Une industrie née il y a près de 60 ans Il y a encore quelques décennies, la volaille tunisienne relevait essentiellement d’un élevage familial et traditionnel. Jusqu’au début des années 1960, l’aviculture industrielle était pratiquement inexistante. Le véritable tournant intervient en 1967, lorsque l’État met en place un élevage intégré de poulets et de pondeuses ainsi qu’un petit couvoir. Cette expérience pilote favorise progressivement l’apparition de premières fermes spécialisées. À partir de 1970, le secteur connaît un véritable décollage. Les encouragements à l’investissement, les crédits, les aides aux équipements et les subventions sur certaines matières premières favorisent l’installation de nouvelles exploitations. En parallèle, la création de couvoirs et d’usines d’aliments contribue à diffuser les techniques modernes d’élevage. Cette croissance rapide n’a toutefois pas été sans difficultés. Une crise de surproduction au début des années 1980, accompagnée de problèmes sanitaires, oblige les pouvoirs publics à repenser l’organisation de la filière. En 1984, le GIPA, devenu ensuite le GIPAC, est créé afin de mieux organiser la profession et la production. Depuis, l’aviculture est devenue l’une des composantes essentielles de l’agriculture tunisienne et de la sécurité alimentaire nationale. Une filière qui dépasse largement le poulailler Parler d’aviculture, ce n’est pas seulement parler du poulet vendu chez le boucher ou dans les grandes surfaces. Derrière chaque kilogramme de viande blanche se trouve une chaîne économique complète: reproducteurs, couvoirs, éleveurs, fabricants d’aliments, transporteurs, vétérinaires, abattoirs, ateliers de découpe, transformateurs, grossistes et distributeurs. La filière des œufs constitue elle aussi un maillon essentiel. Selon le GIPAC, elle répond aux besoins de consommation nationale depuis 1984 et sa production totale a évolué, ces dernières années, dans une fourchette de 1,44 à 1,55 milliard d’œufs. Le poulet de chair connaît également une progression importante. Les données du portail statistique du GIPAC indiquent une production de 162 635 tonnes en 2025, contre 147 569 tonnes en 2024, soit une progression de près de 10%. Cette industrie dispose par ailleurs d’un important tissu d’infrastructures. Le GIPAC recense notamment plus de 600 usines d’aliments, dont environ 140 à caractère commercial, ainsi qu’une trentaine d’abattoirs, comprenant des ateliers de découpe et de transformation. Autrement dit, lorsque l’élevage est fragilisé, c’est toute une chaîne de valeur qui est exposée. L’électricité, désormais un facteur de production vital L’été 2026 a brutalement mis en évidence cette réalité. Les fortes chaleurs enregistrées en juillet et août se sont combinées à des perturbations de l’approvisionnement en électricité et en eau. Dans les bâtiments avicoles modernes, l’électricité n’est plus un simple service auxiliaire: elle alimente les systèmes de ventilation, de refroidissement, de distribution d’eau et parfois d’alimentation automatisée. Une interruption peut donc avoir des conséquences immédiates. Lorsque les ventilateurs s’arrêtent pendant une période de forte chaleur, la température augmente rapidement à l’intérieur des bâtiments. Le stress thermique s’installe, la consommation d’eau augmente, les performances zootechniques se dégradent et, dans les situations les plus sévères, la mortalité peut survenir. La Direction générale des services vétérinaires avait d’ailleurs alerté les éleveurs dès juillet 2026 sur les risques liés à la combinaison entre températures élevées et coupures électriques. Elle recommandait notamment de maintenir une ventilation et un refroidissement efficaces, de garantir en permanence une eau propre et fraîche et de vérifier les équipements de secours. La leçon est importante: la sécurité énergétique devient désormais une composante de la biosécurité et de la santé animale. Combien l’été 2026 a-t-il réellement coûté? C’est probablement la question la plus sensible. Des pertes ont bien été enregistrées: mortalité de volailles, baisse de productivité, ralentissement de la croissance et difficultés d’approvisionnement du marché en viandes blanches. Certains abattoirs ont également subi les conséquences de la baisse de disponibilité des animaux. Mais il serait prématuré de publier aujourd’hui un montant global présenté comme définitif. Au 6 septembre, le GIPAC achevait encore le recensement des pertes enregistrées pendant les mois de juillet et août. Les éleveurs avaient été appelés à transmettre leurs données afin de permettre aux autorités de mesurer précisément l’ampleur des dégâts et d’élaborer un éventuel programme d’ajustement de la production. Cette prudence est d’autant plus nécessaire que certaines informations relayées sur les réseaux sociaux ont fait état de pertes extrêmement élevées dans certaines zones. Des vérifications locales ont cependant conduit à nuancer certaines de ces affirmations. Le chiffre définitif des pertes de l’été 2026 devra donc être attendu et documenté. 5 chiffres à retenir 1967 — début de l’aviculture industrielle moderne en Tunisie. 1984 — création du GIPA, devenu le GIPAC, et année depuis laquelle la production d’œufs répond aux besoins nationaux. 162 635 tonnes — production de poulet de chair enregistrée en 2025. 1,44 à 1,55 milliard — ordre de grandeur de la production annuelle d’œufs de consommation indiqué par le GIPAC. 30 abattoirs — infrastructures recensées par le GIPAC, auxquelles s’ajoutent les ateliers de découpe et de transformation. L’État face à l’urgence Face aux difficultés de l’été, les autorités ont engagé plusieurs actions. Le ministère de l’Agriculture a notamment organisé des réunions consacrées à la situation de la filière et aux pertes enregistrées dans les élevages. L’objectif affiché est de disposer d’une évaluation précise avant de procéder, si nécessaire, à un ajustement de la production. Mais l’expérience de 2026 montre que les réponses d’urgence ne suffiront pas. Distribuer des
Hencheir Chaal, un siècle d’oliviers et une grande exploitation agricole qui reprend son souffle

Actuagro Hencheir Chaal, un siècle d’oliviers et une grande exploitation agricole qui reprend son souffle Par AgroHealth – De projet agricole colonial à l’un des plus grands complexes agricoles de Tunisie. Plus d’un siècle d’histoire, près de 31 700 hectares de terres agricoles et une immense forêt d’oliviers confrontée aujourd’hui à un nouveau défi: produire, se renouveler et résister à un climat de plus en plus sec. Au cœur de Sfax, l’olivier n’est pas seulement un arbre. Il fait partie du paysage, de l’histoire et de l’économie. Dans cette terre où les arbres semblent parfois prolonger la mémoire des générations, Hencheir Chaal occupe une placeparticulière. Son histoire remonte à la fin du XIXe siècle. Contrairement à certaines versions qui font commencer son existence en 1920, les premières bases du projet remontent à 1897, lorsqu’une vaste superficie fut accordée à la Compagnie des phosphates et des chemins de fer de Gafsa dans le cadre d’un projet de mise en valeur agricole. L’objectif était ambitieux pour l’époque. Il s’agissait de transformer de grandes étendues de terres en une exploitation agricole organisée et moderne, avec l’olivier au centre du dispositif. À partir de 1900, les travaux de mise en valeur et l’extension des plantations commencèrent progressivement. Le paysage changea. Des terres furent aménagées, les oliviers se multiplièrent et une véritable activité agricole commença à prendre forme. Puis, au début de la campagne 1920-1921, Chaal franchit une nouvelle étape. L’olivier ne fut plus seulement une culture. Il devint le cœur d’une chaîne de production avec la construction d’une huilerie moderne capable de traiter environ 40 tonnes d’olives par jour. Une deuxième huilerie fut ensuite construite en 1923. Cette évolution marque un tournant essentiel dans l’histoire du complexe. La production agricole commençait à être associée à la transformation sur place. Au fil des années, l’exploitation s’élargit encore. L’élevage, la production de lait, de viande et de miel vinrent compléter l’activité oléicole. D’autres plantations, notamment l’amandier et le pistachier, trouvèrent également leur place. Chaal devenait ainsi plus qu’une grande oliveraie. Il se construisait comme une véritable exploitation agricole intégrée, où la terre, l’élevage et la transformation pouvaient fonctionner en complémentarité. Une terre choisie pour l’olivier Le choix de cette région n’était pas fortuit. Le territoire de Chaal offrait de vastes espaces et un climat semi-aride particulièrement adapté à l’olivier. Sa proximité avec Sfax constituait également un avantage pour accéder aux réseaux de transport et aux marchés. Dans une région où l’eau a toujours été une ressource rare, l’olivier représentait un choix particulièrement pertinent. L’arbre est connu pour sa capacité à supporter des conditions sèches et à produire dans des environnements où d’autres cultures rencontrent davantage de difficultés. Mais l’olivier possédait également un autre avantage: sa valeur économique. L’huile d’olive était déjà un produit recherché, commercialisable sur les marchés locaux et susceptible d’être exporté. Cultiver l’olivier signifiait donc produire une richesse durable à partir d’une ressource adaptée au territoire. C’est cette rencontre entre la géographie, le climat et l’économie qui a contribué à façonner Chaal. 31 700 hectares, une dimension exceptionnelle Plus d’un siècle après les premières plantations, les dimensions du complexe donnent la mesure de son importance. Selon les données rendues publiques en 2026, Hencheir Chaal s’étend sur environ 31 700 hectares. Près de 18 000 hectares sont consacrés aux oliviers productifs, tandis qu’environ 1 000 hectares sont occupés par le pistachier. À cette immense richesse végétale s’ajoute un important secteur d’élevage. Le complexe compte environ 600 bovins et 2 400 brebis reproductrices, ainsi qu’une activité avicole produisant près de 700 000 œufs. D’autres données officielles publiées en 2024 évoquent environ 400 000 oliviers productifs et une forêt d’oliviers couvrant près de 18 724,5 hectares. Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du patrimoine. Chaal n’est pas simplement une grande ferme. C’est un territoire agricole à part entière, avec ses plantations, ses troupeaux, ses infrastructures et ses activités de transformation. Cette dimension constitue à la fois une force et une responsabilité. Car plus une exploitation est vaste, plus les défis liés à sa gestion, à son entretien et à la préservation de ses ressources deviennent importants. Une forêt d’oliviers face à un climat qui change Pendant des décennies, l’olivier a démontré sa capacité à vivre avec peu d’eau. Mais le climat tunisien évolue et les conditions deviennent plus difficiles. Les périodes de sécheresse se répètent, les températures augmentent et les précipitations deviennent plus irrégulières. Pour une forêt d’oliviers aussi vaste, ces changements ne sont pas sans conséquences. L’arbre peut résister à la sécheresse, mais il ne peut pas ignorer indéfiniment le manque d’eau. Lorsque le déficit hydrique se prolonge, la croissance ralentit, la production peut diminuer et le renouvellement des plantations devient plus difficile. À Chaal, la question de l’eau devient donc progressivement une question centrale. L’objectif ne peut pas être de transformer toute la forêt en culture irriguée. Dans une région confrontée à la rareté de la ressource, une telle stratégie seraitdifficilement soutenable. L’enjeu est plutôt de mieux utiliser l’eau disponible. L’irrigation complémentaire lorsque les ressources le permettent, l’irrigation localisée, le suivi de l’humidité des sols et le recours à l’énergie solaire dans certaines installations pourraient contribuer à améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau. Mais la réponse devra également passer par le renouvellement progressif des plantations vieillissantes et par le choix de cultures et de pratiques mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques. Chaal, une agriculture qui dépasse l’olivier L’olivier domine le paysage, mais il ne résume pas Chaal. La diversité des activités constitue justement l’une des forces du complexe. Le pistachier, avec environ 1 000 hectares, représente une piste importante de diversification. Adapté aux conditions sèches et semi-arides, il permet de réduire la dépendance à une seule production et d’élargir la gamme des produits agricoles. L’élevage joue également un rôle important. Les quelque 600 bovins représentent une activité complète autour de l’alimentation, de la santé animale, de la reproduction et de la production de lait. Cette activité
Le dromadaire tunisien: le sage du désert

Élevage Le dromadaire tunisien: le sage du désert Par AgroHealth – Il avance lentement, presque majestueusement, dans l’immensité ocre. Sous un soleil qui semble vouloir tout dessécher, il poursuit son chemin avec une étonnante sérénité. Depuis des siècles, le dromadaire accompagne les hommes du désert. Il les a transportés, nourris et a porté leurs marchandises d’une oasis à l’autre. Aujourd’hui, alors que l’eau devient plus rare et que le climat se fait plus rude, cet ancien compagnon pourrait bien retrouver une place nouvelle dans l’avenir du Sud tunisien. Un enfant du désert Le dromadaire n’est pas simplement un animal qui vit dans le désert. Il en est, en quelque sorte, l’enfant parfait. Son histoire se confond avec celle des grandes étendues sahariennes et des peuples qui les ont parcourues. Pendant des générations, il a accompagné les caravanes, reliant les oasis, transportant hommes, marchandises et provisions. Sa résistance en a fait l’un des rares animaux capables de prospérer dans des territoires où la chaleur, la sécheresse et la pauvreté des pâturages imposent leur loi. Il peut supporter de fortes chaleurs, parcourir de longues distances et exploiter une végétation souvent délaissée par les autres animaux d’élevage. Sa célèbre bosse, contrairement à une croyance largement répandue, ne contient pas une réserve d’eau : elle constitue essentiellement une réserve de graisse, mobilisée lorsque les ressources alimentaires se font rares. Cette étonnante physiologie fait du dromadaire l’un des grands spécialistes de la survie en milieu aride. Le dromadaire tunisien: une richesse discrète En Tunisie, son royaume commence véritablement lorsque le paysage se fait plus sec, lorsque les cultures deviennent plus rares et que le désert impose son rythme. Les données disponibles situent le cheptel camelin tunisien autour de 60 000 têtes, essentiellement concentrées dans le Sud. Derrière ce troupeau se trouvent près de 2 300 éleveurs, dont l’activité s’inscrit dans un territoire immense : environ 1,2 million d’hectares de parcours désertiques et de zones de marais salants sont valorisés par l’élevage camelin, selon l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP). La filière fournit environ 4 000 tonnes de viande rouge par an, selon l’OEP. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Ils ne disent rien des longues marches dans le silence du désert, des gestes transmis de génération en génération, ni de cette relation particulière entre l’éleveur et son troupeau. La biologie elle-même semble avoir adopté le rythme lent du désert. La chamelle porte son petit pendant environ 13 mois, soit près de 380 jours. Et en élevage extensif, sa production laitière demeure modeste, de l’ordre de 2 à 3 litres par jour. Le dromadaire tunisien en chiffres • ≈ 60 000 — dromadaires • ≈ 2 300 — éleveurs concernés • ≈ 1,2 million ha — parcours désertiques et zones de marais salants valorisés • ≈ 4 000 tonnes/an — viande rouge issue de la filière • ≈ 380 jours — durée de gestation de la chamelle • 2 à 3 litres/jour — production laitière indicative d’une chamelle en élevage extensif Ces chiffres donnent la mesure d’une filière encore discrète à l’échelle nationale, mais essentielle pour les territoires où l’aridité limite fortement les possibilités d’élevage bovin ou ovin. Une viande au goût du Sud La viande cameline appartient à la mémoire alimentaire des régions sahariennes. Elle est une viande de terroir, intimement liée aux paysages et aux traditions qui l’ont vue naître. Elle apporte des protéines, du fer et différents minéraux. Sa composition varie naturellement selon l’âge de l’animal, son alimentation, sa race et son système d’élevage. Dans le Sud tunisien, elle entre dans des préparations culinaires traditionnelles et demeure associée à un savoir-faire qui mérite d’être préservé et mieux valorisé. Le séchage et le salage font notamment partie des méthodes traditionnelles de conservation rapportées pour la viande cameline. Son avenir pourrait cependant dépasser la consommation traditionnelle. Une meilleure organisation de la filière, depuis l’élevage jusqu’à l’abattage, la conservation et la transformation, permettrait de mieux valoriser cette viande et d’en faire un véritable produit de terroir. Le lait, l’or blanc des chamelles Mais s’il existe un produit qui pourrait changer le destin économique de la filière, c’est bien le lait. Blanc et doux, le lait de chamelle possède une composition nutritionnelle particulière. Il apporte des protéines, des lipides, des minéraux et notamment de la vitamine C. Il contient également différentes protéines bioactives qui font l’objet de recherches scientifiques. Dans le Sud tunisien, ce lait, autrefois principalement destiné aux chameliers et à leurs visiteurs, trouve désormais progressivement le chemin des consommateurs urbains. Une véritable filière commerciale commence ainsi à émerger, malgré une production individuelle encore faible. La recherche s’intéresse également à ses effets biologiques potentiels. Mais la prudence reste indispensable: le lait de chamelle est un aliment aux qualités nutritionnelles intéressantes; il ne doit pas être présenté comme un médicament ou comme un traitement contre une maladie. Et comme tout lait cru, il doit être produit, conservé et consommé dans des conditions d’hygiène rigoureuses. Quand le lait devient une filière Le potentiel du lait camelin ne se limite pas à sa consommation fraîche. Yaourts, fromages, produits fermentés, glaces ou autres préparations pourraient permettre de créer davantage de valeur autour de la production des chamelles. Mais le lait de chamelle ne se comporte pas exactement comme le lait de vache: ses caractéristiques rendent certaines transformations plus complexes. C’est là que la recherche, l’innovation et l’investissement peuvent entrer en scène. Créer des points de collecte, améliorer la conservation et développer la transformation permettraient de faire émerger une véritable chaîne de valeur. Une étude consacrée à la Tunisie souligne justement que la création de structures de collecte et de traitement pourrait contribuer à l’essor de cette filière. Transformer le lait, c’est prolonger sa vie. Mais c’est aussi transformer une production traditionnelle en activité économique à plus forte valeur ajoutée. Une richesse qui ne s’arrête pas au lait et à la viande Le dromadaire a encore beaucoup à offrir.
Thon en conserve maison à la tunisienne

Recette Thon en conserve maison à la tunisienne Ingrédients pour environ 1 kg de thon frais 1 kg de thon frais 2 à 3 cuillères à soupe de gros sel 2 feuilles de laurier 1 cuillère à café de grains de poivre 1 petit piment séché, facultatif 1 citron 2 gousses d’ail Huile d’olive, suffisamment pour couvrir complètement le thon Préparation Couper le thon en morceaux assez épais et les rincer soigneusement. Dans une casserole, mettre suffisamment d’eau pour couvrir le poisson. Ajouter le gros sel, les feuilles de laurier, les grains de poivre, l’ail écrasé, le piment et quelques rondelles de citron. Porter à ébullition, puis ajouter les morceaux de thon. Faire cuire à feu moyen jusqu’à ce que la chair soit bien cuite, sans la laisser devenir sèche. Retirer le thon de l’eau et le laisser refroidir complètement. Enlever ensuite la peau et les arêtes, puis séparer la chair en gros morceaux. Disposer le thon dans des bocaux propres et bien égouttés. Ajouter éventuellement une petite feuille de laurier et quelques grains de poivre. Remplir les bocaux d’huile d’olive jusqu’à ce que le thon soit totalement immergé. Fermer les bocaux et les conserver au réfrigérateur pour une consommation rapide. Petit secret pour un bon thon conservé : ne pas émietter complètement le thon. Les morceaux entiers restent beaucoup plus moelleux et prennent progressivement le goût de l’huile, du laurier et des épices. Pour une conservation de plusieurs mois à température ambiante, il faut utiliser une méthode de stérilisation sous pression spécifiquement validée pour le poisson. La simple cuisson ou le bain-marie ne suffisent pas pour garantir la sécurité d’une conserve de thon maison. Lire également Thon rouge en Tunisie: une richesse nationale qui échappe à l’assiette du consommateur? Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Vitamine D, bêta-carotène et protection solaire : démêler le vrai du faux août 28, 2026/Agrohealth Pr. Dhia Bouktila – Le Cap Bon, un jardin entre deux golfes [La Tunisie fertile (4)] août 25, 2026/Agrohealth Zouhaïr Ben Amor: Cultiver la valeur plutôt que l’eau, quelles cultures commerciales pour une Tunisie sous contrainte hydrique? août 22, 2026/Agrohealth Pr. Dhia Bouktila – Le Kef et Siliana: deux hautes terres, la fertilité au pluriel [La Tunisie fertile (3)] août 18, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi? septembre 3, 2026 Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie? septembre 3, 2026 Eau potable: peut-on encore parler de sécurité sanitaire quand l’eau devient une denrée sous tension? août 30, 2026 Load More Élevage Élevage équin: le cheval tunisien peut-il enfin devenir une véritable filière agricole? août 30, 2026 Élevage en Tunisie: reconstruire le cheptel, mais avec quel modèle? août 23, 2026 Aquaculture en Tunisie: quand la mer devient un nouveau champ de production juin 25, 2026 Load More
Zouhaïr Ben Amor: L’Ortie en Tunisie: cette plante que nous avons méprisée et que nous devrions réapprendre à regarder

Actuagro Zouhaïr Ben Amor: L’Ortie en Tunisie: cette plante que nous avons méprisée et que nous devrions réapprendre à regarder Par Zouhaïr Ben Amor. Universitaire La mauvaise herbe n’existe peut-être que dans notre regard Il suffit parfois de changer de regard pour qu’une mauvaise herbe devienne une richesse. L’ortie en est probablement l’un des meilleurs exemples. Nous la connaissons sans réellement la connaître. Nous savons qu’elle pique. Nous savons qu’il vaut mieux ne pas la toucher à mains nues. Nous savons aussi qu’elle apparaît volontiers dans les endroits humides, au bord des chemins, près des habitations rurales, des fossés, des jardins et des terrains riches en matière organique. Et souvent, notre connaissance s’arrête là. L’ortie appartient à cette catégorie étrange du vivant que l’être humain a condamnée avant même de chercher à la comprendre. En Tunisie, cette manière de regarder les plantes spontanées mérite réflexion. Nous vivons dans un pays où la végétation a toujours entretenu une relation intime avec la rareté de l’eau, la diversité des sols, les saisons et les activités humaines. Pourtant, notre imaginaire agricole contemporain s’est progressivement rétréci autour des plantes que nous semons, irriguons, récoltons et commercialisons. Ce qui pousse spontanément devient facilement suspect. Nous parlons de «mauvaises herbes», comme si la nature elle-même pouvait se tromper en faisant pousser une espèce au mauvais endroit. L’ortie, notamment Urtica dioica L., appartient à la famille des Urticaceae. C’est une plante vivace largement distribuée dans plusieurs régions du monde, y compris l’Afrique du Nord. Elle affectionne particulièrement les milieux relativement humides et les solsriches en azote. Ses feuilles et ses tiges portent des poils urticants responsables de la réaction désagréable que chacun associe immédiatement à son nom. Mais derrière cette défense végétale se trouve une plante dont les feuilles renferment des fibres, des minéraux, des vitamines et différents composés bioactifs, notamment des polyphénols et des caroténoïdes (Bhusal et al., 2022). Nous découvrons alors un paradoxe: la plante que nous évitons possède précisément certaines des qualités que nous recherchons aujourd’hui dans les aliments naturels, les plantes fonctionnelles et les ressources végétales susceptibles d’être valorisées. Il faudrait peut-être commencer notre réflexion à cet endroit. Non pas en demandant immédiatement ce que l’ortie peut rapporter, mais en nous demandant pourquoi nous avons cessé de la regarder. Lorsque la campagne était aussi une école Il fut un temps où connaître une plante ne signifiait pas nécessairement connaître son nom scientifique. Nos grands-parents pouvaient ignorer les mots Urtica dioica, mais savaientparfois parfaitement où poussait une plante, à quelle saison elle apparaissait,comment la récolter et à quoi elle pouvait servir. Cette connaissance n’était pas écrite. Elle circulait entre les générations. Elle passait par les gestes, les conversations, les promenades, les travaux des champs et l’observation répétée des saisons. La campagne tunisienne constituait ainsi une sorte d’université sans murs. On y apprenait la météo en observant le ciel, la qualité d’un sol en regardant les plantes qui y poussaient, la saison en suivant les floraisons. Certaines herbes étaient consommées, d’autres utilisées pour les animaux, d’autres encore entraient dans des pratiques médicinales populaires. Ce savoir comportait évidemment ses approximations. Tout usage traditionnel n’est pas automatiquement scientifiquement valable, et il serait dangereux de transformer la nostalgie en méthode thérapeutique. Mais l’erreur inverse serait tout aussi regrettable: considérer que tout ce qui n’a pas été produit par la science moderne serait dépourvu de valeur. L’ethnobotanique nous apprend justement à prendre ces savoirs au sérieux sans renoncer à l’esprit critique. La tradition fournit des observations, des hypothèses et des usages; la recherche scientifique doit ensuite déterminer ce qui est reproductible, efficace, inutile ou éventuellement dangereux. L’ortie se trouve précisément au croisement de ces deux univers. Elle possède une longue histoire d’utilisation comme plante alimentaire et traditionnelle dans différentes sociétés. Les travaux de synthèse consacrés à l’espèce rapportent notamment des usages alimentaires des jeunes feuilles et divers usages traditionnels des feuilles et des racines (Devkota et al., 2022). Il serait néanmoins imprudent de plaquer mécaniquement toutes les traditions étrangères sur la réalité tunisienne. La Tunisie doit documenter ses propres usages, ses populations végétales, leurs compositions et les pratiques réellement observées dans ses régions. Voilà peut-être un véritable sujet de recherche: aller dans les campagnes avant que les derniers détenteurs de certaines connaissances ne disparaissent. Interroger les personnes âgées. Recueillir les noms vernaculaires. Documenter les usages. Identifier précisément les espèces. Comparer ensuite le savoir transmis avec les résultats du laboratoire. Nous avons parfois dépensé beaucoup d’énergie à chercher très loin ce que nos campagnes pouvaient encore nous apprendre. Ce que la science découvre derrière les piqûres L’ortie est aujourd’hui étudiée avec des instruments infiniment plus sophistiqués que ceux dont disposaient les générations précédentes. Chromatographie, analyses phytochimiques et essais biologiques permettent de regarder la plante autrement. Les travaux scientifiques décrivent une composition complexe. Urtica dioica contient notamment des composés phénoliques, flavonoïdes, acides gras, stérols et autres constituants dont les activités biologiques sont étudiées. Les recherches expérimentales rapportent en particulier des activités antioxydantes et anti-inflammatoires, parmi de nombreux autres effets potentiels étudiés en laboratoire (Taheri et al., 2022). Le mot «potentiel» doit ici conserver toute son importance. Nous vivons une époque étrange où la redécouverte des plantes médicinales s’accompagne parfois d’un discours excessif. Quelques résultats obtenus sur des cellules ou chez l’animal deviennent rapidement, sur Internet, la promesse d’un traitement universel. Ce glissement est regrettable parce qu’il finit par desservir les plantes elles-mêmes. L’ortie n’a pas besoin d’être présentée comme une plante miracle pour être intéressante. Elle est suffisamment remarquable par sa composition nutritionnelle, sa richesse en molécules végétales et la diversité de ses utilisations potentielles pour que nous évitions de lui inventer des vertus. Les données expérimentales doivent conduire à davantage de recherche, notamment clinique, et non à l’automédication incontrôlée. Taheri et ses collaborateurs insistent d’ailleurs sur la nécessité de poursuivre l’évaluation de la valeur clinique et du
Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi?

Actuhealth Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi? Quand manger sainement devient une question de budget Par AgroHealth – Il suffit parfois de regarder une table familiale tunisienne pour comprendre beaucoup de choses sur notre époque. Du pain, des pâtes, de la semoule, des pommes de terre ou du couscous: des aliments qui font depuis longtemps partie de notre culture alimentaire et qui ont toute leur place dans une alimentation équilibrée. Mais lorsque ces aliments deviennent presque systématiquement le cœur du repas, tandis que les légumes, les fruits, le poisson, la viande, les produits laitiers ou les fruits à coque deviennent plus difficiles à acheter régulièrement, une autre question se pose: sommes-nous réellement en train de choisir notre alimentation ou sommes-nous de plus en plus contraints par notre pouvoir d’achat ? La question mérite d’être posée sans jugement. Car le Tunisien d’aujourd’hui sait que manger sainement est important. Il entend les conseils des médecins, des nutritionnistes et les messages des campagnes de sensibilisation. Il sait qu’il faut manger davantage de légumes et de fruits, varier les sources de protéines, réduire le sel et les sucres et privilégier une alimentation diversifiée. Mais savoir quoi manger et pouvoir se le permettre sont deux choses différentes. Quand le budget entre dans la cuisine Dans les familles, les courses sont devenues un exercice quotidien d’arbitrage. Il faut nourrir tout le monde, payer le logement, le transport, les factures, les études des enfants et faire face à de nombreuses autres dépenses. Dans ce contexte, les aliments qui permettent de nourrir toute une famille à moindre coût prennent naturellement davantage de place dans le panier. Les féculents ne sont évidemment pas mauvais. Le pain, les pâtes, le couscous, les céréales et les pommes de terre fournissent des glucides, principale source d’énergie de l’organisme. Le problème apparaît lorsque la recherche de satiété et d’économie réduit progressivement la diversité de l’alimentation. Les données de l’UNICEF en Tunisie sont particulièrement révélatrices. Une étude consacrée aux conditions alimentaires des ménages met en évidence une chaîne reliant la réduction du pouvoir d’achat à la détérioration de l’accès aux aliments nutritionnels, notamment la viande, le poisson, les légumes et les fruits, tandis que le pain et les pâtes apparaissent parmi les aliments à faible valeur nutritionnelle davantage consommés dans ce contexte. Ce constat ne signifie pas que les familles tunisiennes ont oublié les principes d’une alimentation saine. Il montre plutôt que l’économie finit par entrer jusque dans l’assiette. Et les prix continuent de peser sur ces choix. Selon l’Institut National de la Statistique, en juillet 2026, les prix du groupe «Alimentation et boissons» ont augmenté de 6,6 % sur un an. Les hausses ont notamment concerné la viande ovine (+16,7 %), les fruits frais (+13,8 %), la viande bovine (+13,7 %), la volaille (+12,5 %) et les poissons frais (+11,6 %). Derrière ces pourcentages, il y a pourtant une réalité beaucoup plus concrète : une famille qui hésite devant l’étal du marché et qui doit choisir. Le problème n’est pas la «nourriture populaire» Il serait injuste de désigner le pain, les pâtes ou la semoule comme les responsables d’une mauvaise alimentation. Les glucides sont indispensables au fonctionnement de l’organisme. L’enjeu réside davantage dans leur qualité et dans l’équilibre général de l’alimentation. Une assiette saine doit associer plusieurs familles d’aliments: des féculents, mais aussi des légumes, des fruits, des légumineuses, des sources de protéines, des matières grasses de bonne qualité et suffisamment de fibres. L’Organisation mondiale de la Santé recommande notamment de consommer au moins 400 grammes de fruits et légumes par jour chez les personnes de plus de 10 ans et environ 25 grammes de fibres alimentaires par jour. Elle recommande également de privilégier les glucides provenant principalement des céréales complètes, des légumes, des fruits et des légumineuses. Le corps humain ne se nourrit donc pas uniquement de calories. Il a besoin de protéines pour construire et renouveler les tissus, de fer pour participer au transport de l’oxygène, de calcium pour les os et les dents, de vitamine C pour plusieurs fonctions essentielles, de vitamines du groupe B pour le métabolisme, de vitamine A pour notamment la vision et l’immunité, ainsi que de nombreux autres micronutriments. Les besoins varient selon l’âge, le sexe, l’activité physique et l’état physiologique. Mais le message essentiel reste le même : une alimentation suffisamment calorique n’est pas nécessairement une alimentation suffisamment nutritive. Le danger d’une assiette qui se diversifie de moins en moins Lorsque la diversité alimentaire diminue durablement, les conséquences peuvent apparaître de plusieurs manières. Une alimentation pauvre en fruits, légumes, légumineuses et autres aliments riches en micronutriments peut favoriser des apports insuffisants en certaines vitamines, minéraux et fibres. À l’inverse, lorsque les produits raffinés, les aliments très salés, très sucrés ou riches en graisses saturées prennent une place excessive, le risque de surpoids et de maladies chroniques augmente. L’OMS considère d’ailleurs qu’une alimentation déséquilibrée constitue un important facteur de risque de maladies non transmissibles, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. La Tunisie se retrouve ainsi face à un paradoxe préoccupant: on peut manquer de certains nutriments tout en consommant trop de calories. C’est ce que l’on appelle parfois la «double charge» de la malnutrition: carences d’un côté, surpoids et maladies liées à l’alimentation de l’autre. Le temps aussi influence ce que nous mangeons À la question du pouvoir d’achat s’ajoute une autre réalité: le rythme de vie. Journées de travail longues, déplacements, fatigue, responsabilités familiales… Préparer quotidiennement des repas variés demande du temps et de l’organisation. Lorsque le budget est serré et que le temps manque, les aliments simples à préparer, rassasiants et accessibles deviennent naturellement plus attractifs. L’UNICEF a d’ailleurs souligné, dans ses recommandations sur l’alimentation familiale, que les contraintes financières et le manque de temps peuvent pousser les familles vers des aliments préparés ou transformés, tout en rappelant qu’il reste possible de construire une alimentation variée
Saison du piment rouge en Tunisie Dans les champs, le rouge de la harissa

Actuagro Saison du piment rouge en Tunisie Dans les champs, le rouge de la harissa Par AgroHealth – À cette période de l’année, les champs de piment rouge entrent dans une phase décisive. Dans plusieurs régions tunisiennes, la récolte alimente une chaîne qui va du producteur à l’industrie de transformation, jusqu’à ce condiment devenu l’un des emblèmes de la gastronomie tunisienne. Derrière chaque pot de harissa se cache ainsi une véritable filière agricole, économique et culturelle. Une culture devenue tunisienne Le piment appartient principalement à l’espèce Capsicum annuum, de la famille des Solanacées. Originaire du continent américain, il s’est diffusé dans le bassin méditerranéen après son introduction en Europe, avant de s’intégrer progressivement aux habitudes alimentaires et aux systèmes agricoles tunisiens. La culture du piment est aujourd’hui intimement associée à la fabrication de la harissa. Le Groupement des Industries de Conserves Alimentaires (GICA) rappelle que cette culture s’est implantée en Tunisie à partir du XVIᵉ siècle environ. Cette histoire agricole est devenue une histoire culturelle. En 2022, l’UNESCO a inscrit « La harissa, savoirs, savoir-faire et pratiques culinaires et sociales » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le dossier souligne notamment les connaissances liées à la culture du piment et à sa transformation, transmises au sein des communautés et des familles. Quand le piment devient matière première Pour produire une harissa de qualité, il ne suffit pas de récolter un fruit rouge. Le stade de maturité constitue un élément essentiel. Le transformateur recherche une matière première homogène, saine et adaptée à la transformation. La couleur, l’arôme, le degré de piquant, la matière sèche et les caractéristiques propres à la variété influencent les qualités du produit final. La FAO indique que les variétés de piment utilisées pour la harissa sont notamment recherchées pour leur couleur vive, leur arôme et leur chaleur caractéristique. Elle souligne également l’importance de variétés capables de s’adapter à différentes conditions climatiques. Ainsi, derrière le simple «piment rouge» se trouve tout un enjeu de sélection variétale. Le choix du matériel végétal doit permettre de concilier rendement agricole, qualité du fruit, aptitude à la transformation et adaptation aux conditions locales. Une récolte qui déclenche toute une chaîne Une fois récolté, le piment quitte le champ pour entrer dans une chaîne de valeur complexe: Production → récolte → collecte → transport → réception → contrôle → transformation → conditionnement → commercialisation. La qualité doit être préservée à chacune de ces étapes. Un fruit altéré ou présentant des défauts sanitaires peut dégrader la qualité de la matière première destinée à l’industrie. La récolte représente donc beaucoup plus qu’une opération agricole. Elle constitue le premier maillon d’une industrie qui transforme un produit frais et périssable en un produit pouvant être conservé, commercialisé et exporté. Une filière qui fait vivre des milliers d’agriculteurs La harissa possède également une dimension économique considérable. Selon la FAO, la filière tunisienne concerne environ 10 000 agriculteurs et génère près de 2,5 millions de journées de travail agricole. La FAO considère désormais la harissa comme le Special Agricultural Product de la Tunisie dans le cadre de son initiative «One Country, One Priority Product». Cette reconnaissance est importante car elle place la harissa dans une réflexion qui dépasse le simple produit alimentaire. Il s’agit de renforcer simultanément la production agricole, les revenus ruraux, la transformation, la qualité, la sécurité sanitaire et l’accès aux marchés. Une puissance industrielle derrière le produit traditionnel La harissa tunisienne est également devenue un produit agroalimentaire industriel. Selon le GICA, 25 unités de conserveries assurent la production de harissa, avec une capacité globale d’environ 3 500 tonnes de piments frais par jour. Sur la période de référence utilisée par le GICA, les unités transformaient en moyenne environ 62 000 tonnes de piments par an et produisaient autour de 31000 tonnes de harissa par an. Le record cité par l’organisme atteint 34 000 tonnes en 2014. Ces chiffres sont des données historiques du GICA et ne doivent pas être présentés comme les résultats de la campagne 2026. La filière possède également une dimension internationale. Les données historiques du GICA montrent une progression des exportations de harissa, passées d’environ 4 500 tonnes en 2005 à 14 000 tonnes en 2018. Le véritable défi se trouve aussi dans les champs La réussite de la filière dépendra pourtant de plus en plus de contraintes agricoles. La première est l’eau. Le piment est une culture maraîchère dont le développement nécessite une alimentation hydrique maîtrisée. Dans un pays soumis à une forte pression sur ses ressources en eau, l’enjeu n’est plus seulement d’obtenir un rendement élevé, mais d’améliorer l’efficience de chaque apport d’eau. Le deuxième défi est le climat. L’augmentation des températures et la multiplication des épisodes de chaleur peuvent modifier les conditions de développement de la plante, accroître les besoins hydriques et compliquer la maîtrise de certains problèmes phytosanitaires. C’est précisément pour cette raison que la FAO, à travers l’initiative OCOP, met aujourd’hui l’accent sur des pratiques plus durables et sur l’utilisation de variétés adaptées à la variabilité climatique. De la qualité du piment à la qualité de la harissa La qualité finale ne naît donc pas uniquement dans l’usine. Elle commence avec la variété choisie, se poursuit avec la conduite de la culture, la maîtrise de l’eau, la protection sanitaire et le stade de récolte, avant de passer par le transport, le contrôle et la transformation. Le GICA et la FAO travaillent justement à renforcer cette chaîne de valeur. Une étude consacrée à la filière harissa, conduite en 2025 dans le cadre de l’initiative FAO/OCOP, vise notamment à identifier les difficultés de la filière et les possibilités d’améliorer sa compétitivité et sa durabilité. Le rouge de la Tunisie de demain La harissa est aujourd’hui à la rencontre de trois mondes : l’agriculture, l’industrie et le patrimoine. Mais son avenir dépendra de la capacité de la Tunisie à maintenir une production de piment
Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie?

Actuhealth Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie? Par AgroHealth – Petites, discrètes et longtemps inconnues du grand public tunisien, les graines de chia occupent aujourd’hui une place croissante dans l’univers de la nutrition. Riches en fibres, en acide alpha-linolénique, un oméga-3 d’origine végétale, en protéines, en minéraux et en composés antioxydants, elles sont devenues emblématiques de l’alimentation dite «healthy». Mais derrière cette réputation de superaliment se cache une autre question. Et si le chia pouvait un jour passer de la table tunisienne au champ tunisien ? Entre intérêt nutritionnel, adaptation climatique, besoins en eau, génétique et débouchés économiques, la transformation du chia en nouvelle culture agricole mérite d’être examinée avec beaucoup plus de rigueur que ne le suggère son succès sur les réseaux sociaux. Une graine venue de très loin Avant de devenir un ingrédient populaire des smoothies, des yaourts et des préparations «healthy», le chia était déjà consommé depuis plusieurs milliers d’années en Mésoamérique. Le chia correspond à l’espèce Salvia hispanica L., originaire principalement du Mexique et du Guatemala. Les Mayas et les Aztèques l’utilisaient comme aliment et lui attribuaient également différentes fonctions traditionnelles. Des sources scientifiques estiment que sa consommation humaine remonte à plusieurs millénaires et qu’elle occupait une place importante dans les systèmes alimentaires précolombiens. Le mot « chia » serait lui-même lié à un terme d’origine nahuatl associé à l’idée d’huile, en référence à la richesse lipidique de la graine. Pendant longtemps, cette plante est pourtant restée relativement confidentielle en dehors de son aire d’origine. C’est au cours des dernières décennies que le chia a connu une véritable renaissance internationale. La montée en puissance des aliments fonctionnels, l’intérêt pour les sources végétales d’oméga-3 et la recherche de produits riches en fibres ont transformé cette petite graine ancienne en produit alimentaire mondial. Le chia, une plante de la famille de la sauge Le chia appartient à la grande famille des Lamiaceae, celle qui comprend notamment la menthe, le basilic, le romarin et la sauge. Il s’agit d’une plante herbacée annuelle pouvant atteindre environ un mètre de hauteur. Ses feuilles sont opposées, relativement larges et dentées. Ses fleurs, généralement blanches ou bleutées, sont regroupées vers l’extrémité des tiges. Après la floraison, la plante produit de petits fruits secs contenant les graines communément appelées «graines de chia». La graine elle-même est petite, ovale, lisse et brillante. Sa couleur peut varier du blanc au gris et au brun, avec des taches plus ou moins foncées. Elle mesure seulement quelques millimètres. Cette apparente simplicité cache cependant une plante biologiquement intéressante. Le chia possède notamment une particularité qui explique une grande partie de son succès alimentaire: lorsque les graines sont mises en contact avec l’eau, leur enveloppe produit un mucilage qui forme une sorte de gel autour de la graine. Cette propriété n’est pas seulement spectaculaire dans un verre d’eau. Elle intéresse également l’industrie agroalimentaire, car le mucilage du chia peut être utilisé comme agent épaississant, stabilisant, gélifiant ou texturant dans différentes formulations alimentaires. Une petite graine à forte densité nutritionnelle Pourquoi le chia est-il devenu un «superaliment»? La réponse se trouve principalement dans sa composition. Les graines apportent des lipides riches en acide alpha-linolénique, ou ALA, un acide gras oméga-3 essentiel. Elles contiennent également des protéines végétales, des fibres alimentaires et différents minéraux ainsi que des composés phénoliques et antioxydants. Cette combinaison est particulièrement intéressante. Le chia ne repose donc pas sur un seul nutriment vedette. C’est l’association de plusieurs composants qui explique son intérêt nutritionnel. L’ALA constitue l’un de ses principaux arguments. Mais une précision est importante : l’ALA est un oméga-3 végétal différent de l’EPA et du DHA présents notamment dans les poissons. L’organisme humain peut convertir une partie de l’ALA en ces acides gras, mais cette conversion est limitée. Le chia peut donc contribuer à l’apport alimentaire en oméga-3, sans pour autant être présenté comme un substitut nutritionnel direct des sources marines d’EPA et de DHA. Les fibres, autre grande force du chia Le deuxième grand intérêt nutritionnel du chia réside dans sa richesse en fibres. Lorsqu’elles absorbent l’eau, les fibres et le mucilage de la graine augmentent de volume et donnent cette texture gélifiée caractéristique. Dans l’alimentation, cette propriété peut contribuer à la sensation de satiété et au fonctionnement normal du transit intestinal. Mais ici encore, il faut distinguer nutrition et promesse commerciale. Le chia n’est pas une graine «magique» qui ferait perdre du poids. Certaines recherches suggèrent des effets intéressants sur différents paramètres métaboliques, mais les résultats des essais cliniques ne sont pas suffisamment homogènes pour transformer le chia en traitement contre l’obésité ou le diabète. Une revue systématique de 12 essais randomisés avait déjà souligné le manque de preuves cliniques solides, tandis que des méta-analyses plus récentes montrent certains effets favorables mais variables selon les paramètres étudiés. Le bon message est donc plus simple. Le chia est un aliment nutritionnellement intéressant, pas un médicament. Cœur et santé cardiovasculaire, que dit réellement la science? La présence d’ALA, de fibres et de composés antioxydants a naturellement attiré l’attention des chercheurs sur la santé cardiovasculaire. Des travaux récents suggèrent que la consommation de chia pourrait avoir des effets favorables sur certains paramètres lipidiques et cardiovasculaires. Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur 14 essais randomisés et 835 participants, a notamment observé des réductions des triglycérides et, dans certaines conditions, du LDL-cholestérol et de la pression artérielle systolique. Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils ne signifient pas que manger du chia protège à lui seul contre les maladies cardiovasculaires. Le risque cardiovasculaire dépend de nombreux facteurs: alimentation globale, activité physique, poids, tabagisme, pression artérielle, cholestérol, diabète et antécédents familiaux. Le chia peut être intégré à une alimentation équilibrée. Il ne remplace pas cette alimentation. Et pour la glycémie? Les fibres et le mucilage du chia ont également suscité un intérêt dans
Agriculture tunisienne: demain, l’eau décidera-t-elle de ce que nous cultiverons?

Actuagro Agriculture tunisienne: demain, l’eau décidera-t-elle de ce que nous cultiverons? Par AgroHealth – Une réflexion enrichie à partir des éléments apportés par le professeur Dhia Bouktila La question agricole tunisienne n’est plus seulement de savoir combien produire, mais surtout quoi produire, où le produire et avec quelle ressource en eau. Dans un pays confronté au changement climatique, à la pression croissante sur les ressources naturelles, à la volatilité des marchés et à une dépendance persistante aux importations alimentaires, les choix agricoles deviennent progressivement des choix stratégiques pour l’avenir. À la suite de la réflexion suscitée par l’article d’AgroHealth « Que doit cultiver la Tunisie demain ? », une question s’impose avec encore plus de force: quelle agriculture voulons-nous transmettre aux prochaines générations? Pendant longtemps, la performance agricole a été principalement associée à la capacité de produire davantage. Aujourd’hui, cette logique ne suffit plus. La Tunisie doit désormais réfléchir à une agriculture capable de produire suffisamment pour nourrir sa population, de garantir un revenu aux agriculteurs, de générer des recettes à l’exportation et, en même temps, de préserver une ressource devenue de plus en plus précieuse: l’eau. L’eau, nouveau critère de décision agricole La disponibilité de l’eau pourrait devenir l’un des principaux critères permettant de déterminer ce que la Tunisie doit cultiver demain. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner les cultures qui nécessitent davantage d’eau. Cela signifie plutôt qu’il devient indispensable de mieux connaître leur consommation hydrique, leur valeur économique, leur importance alimentaire et leur capacité à résister aux nouvelles conditions climatiques. Une même culture ne présente pas nécessairement le même intérêt dans toutes les régions. Les conditions climatiques, les sols, la disponibilité de l’eau, les infrastructures d’irrigation, les marchés et les possibilités de transformation varient considérablement entre le Nord, le Centre et le Sud. La future politique agricole devra donc davantage tenir compte de cette diversité. La question ne sera plus seulement de savoir quelle culture produit le plus, mais aussi quelle culture est la plus pertinente dans un territoire donné compte tenu de ses ressources disponibles. Produire davantage ou produire avec moins d’eau? La raréfaction de l’eau oblige à revoir certains indicateurs de performance. Pendant longtemps, le rendement à l’hectare a constitué une référence essentielle. Il restera évidemment important, mais il ne pourra plus être considéré isolément. Demain, il faudra également s’intéresser à la quantité d’eau nécessaire pour obtenir une production donnée et à la valeur économique créée grâce à cette ressource. Autrement dit, à la logique de la valeur par hectare pourrait progressivement s’ajouter celle de la valeur créée par unité d’eau consommée. Cette approche permettrait de comparer les différentes productions autrement. Une culture peut présenter un rendement élevé mais nécessiter beaucoup d’eau. Une autre peut produire moins en volume, tout en générant davantage de valeur économique avec une consommation hydrique plus faible. L’objectif ne serait donc pas de rechercher systématiquement la culture la moins consommatrice d’eau, mais celle qui offre le meilleur équilibre entre production, revenu, alimentation, emploi et utilisation de la ressource hydrique. Les céréales resteront indispensables Dans cette réflexion, les céréales occupent une place particulière. Le blé reste au cœur de l’alimentation tunisienne et constitue donc une production stratégique pour la sécurité alimentaire nationale. La bonne campagne céréalière de 2026 montre d’ailleurs que les conditions climatiques peuvent fortement influencer les résultats agricoles. Après un début de campagne marqué par un déficit pluviométrique, les précipitations enregistrées à partir de décembre 2025 ont amélioré l’humidité des sols et les conditions de production. Mais une bonne récolte ne suffit pas à résoudre la question structurelle de la dépendance aux importations. La Tunisie doit donc continuer à soutenir sa production céréalière tout en renforçant sa capacité d’adaptation. Cela passe notamment par la recherche, l’amélioration variétale, les semences adaptées, les rotations culturales, la gestion de l’humidité des sols, l’optimisation des dates de semis et des pratiques agricoles plus économes en ressources. L’enjeu n’est pas simplement de produire plus de céréales. Il est de produire des céréales de manière plus résiliente face au climat et aux contraintes hydriques. L’olivier et les dattes, des cultures à forte valeur stratégique La réflexion sur l’eau ne doit pas conduire à opposer cultures alimentaires et cultures exportatrices. L’olivier et les dattes occupent une place majeure dans l’agriculture tunisienne et dans les échanges extérieurs. L’huile d’olive constitue l’un des principaux produits agricoles exportés par la Tunisie, tandis que les dattes représentent une filière particulièrement importante pour plusieurs régions du Sud. Ces productions génèrent des revenus, créent de l’emploi et permettent au pays d’obtenir des devises. Elles participent ainsi indirectement à la sécurité alimentaire nationale, notamment parce que les recettes d’exportation peuvent contribuer au financement des importations de produits alimentaires que la Tunisie ne produit pas en quantité suffisante. Le véritable débat n’est donc pas de choisir entre produire pour nourrir et produire pour exporter. Il consiste plutôt à déterminer quel équilibre entre les deux permet au pays de renforcer simultanément sa sécurité alimentaire et sa capacité économique. Faut-il continuer à cultiver partout de la même manière? La Tunisie possède une diversité agroécologique considérable. Le Nord bénéficie globalement de conditions plus favorables aux céréales et à certaines cultures nécessitant davantage de précipitations. Le Centre présente d’autres caractéristiques, notamment avec l’importance de l’oléiculture. Le Sud possède quant à lui des systèmes agricoles adaptés à des conditions arides, dont la production de dattes constitue l’un des exemples les plus emblématiques. Cette diversité pourrait devenir un véritable avantage stratégique. Plutôt que de chercher à appliquer les mêmes modèles partout, la Tunisie pourrait davantage raisonner en fonction des spécificités de chaque territoire. Dans certaines zones, les céréales et les légumineuses resteront prioritaires. Dans d’autres, l’arboriculture, l’élevage, les cultures maraîchères ou certaines productions à forte valeur ajoutée pourront être davantage développés. Cette approche ne signifie pas qu’il faut enfermer chaque région dans une seule spécialisation. Au contraire, la diversification restera
Que doit cultiver la Tunisie demain ?

Actuagro Que doit cultiver la Tunisie demain ? Par AgroHealth – Le grand dilemme entre eau, revenu et sécurité alimentaire La question agricole tunisienne n’est plus seulement de savoircombien produire, mais quoi produire. Dans un pays confronté au changement climatique, à la pression sur les ressources naturelles, à la volatilité des marchés et à une dépendance persistante aux importations alimentaires, le choix des cultures devient un choix stratégique. Faut-il privilégier les céréales pour réduire la dépendance extérieure? Les oliviers et les dattes pour l’exportation ? Les cultures maraîchères pour alimenter le marché local? Ouréinventer complètement la carte agricole du pays? Pendant longtemps, la question semblait simple: produiredavantage. Aujourd’hui, elle est devenue beaucoup plus complexe: produirequoi, où, pour qui et avec quelles ressources? La bonne récolte céréalière de 2026 illustre parfaitement ce dilemme. Selon laFAO, les conditions météorologiques favorables ont permis une récolte de blésupérieure à la moyenne. Après un début de campagne marqué par un déficitpluviométrique, les pluies enregistrées à partir de décembre 2025 ont permis dereconstituer l’humidité des sols et d’améliorer les conditions des cultures. Mais une bonne campagne ne suffit pas à régler le problème structurel. La Tunisie reste dépendante des importations de blé pour couvrir ses besoins alimentaires. La FAO estime que la production locale de blé couvre environ 60 % des besoinsannuels et prévoit encore des importations importantes pour la campagnecommerciale 2026/27. Le paradoxe est donc évident : la Tunisie doit produire davantage de céréales,mais elle ne peut pas simplement augmenter indéfiniment les surfaces et lesrendements. 1. Produire ce dont nous avons besoin La première question devrait être alimentaire. Une politique agricole cohérente ne peut pas être uniquement guidée par larentabilité immédiate ou par la demande extérieure. Elle doit aussi répondre àune question fondamentale : quels aliments voulons-nous être capables deproduire nous-mêmes ? Les céréales occupent ici une place particulière. Le blé est au cœur del’alimentation tunisienne et représente donc un enjeu de sécurité alimentaireet de souveraineté. Le nord du pays concentre l’essentiel de la production céréalière. La FAO rappelle que cette région fournit environ 85 % de la productioncéréalière tunisienne. Mais la sécurité alimentaire ne se résume pas au blé. Elle concerne également les légumes, les fruits, les huiles, les protéines animaleset les aliments nécessaires à une alimentation équilibrée. Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre autonomie alimentaire etdiversification agricole. 2. Cultiver pour exporter ou cultiver pour nourrir? La Tunisie dispose d’un avantage agricole considérable : certaines productionssont fortement valorisées sur les marchés internationaux. L’huile d’olive en est l’exemple emblématique. La Tunisie figure parmi les grandsproducteurs et exportateurs mondiaux d’huile d’olive. Les dattes constituent également une filière d’exportation majeure. Ces cultures apportent des devises, soutiennent des milliers d’exploitations etstructurent des territoires entiers. Mais une question mérite d’être posée : jusqu’où peut-on orienter l’agriculture vers l’exportation lorsque les besoins alimentaires internes restent importants ? Il ne s’agit évidemment pas d’opposer exportation et sécurité alimentaire. Uneagriculture exportatrice peut financer des importations alimentaires etcontribuer fortement à l’économie nationale. Le véritable enjeu est plutôt de rechercher un équilibre entre culturesgénératrices de devises et cultures stratégiques pour l’alimentation nationale. 3. La valeur par hectare doit remplacer la courseaux volumes Demain, le succès d’une exploitation ne devrait plus être mesuré uniquement en tonnes produites. Il faudra aussi mesurer la valeur créée par hectare, le revenu dégagé pourl’agriculteur, le nombre d’emplois créés et l’impact environnemental de laproduction. Cette approche change complètement la manière de penser les choix agricoles. Une culture peut produire beaucoup mais générer une faible valeur pourl’agriculteur. Une autre peut produire moins en volume mais offrir davantage devaleur grâce à la transformation, au conditionnement, à la qualité ou àl’exportation. La Tunisie doit donc passer progressivement d’une logique de production de masse à une logique de production de valeur. C’est particulièrement important pour les petites exploitations, qui constituent une composante essentielle du tissu agricole tunisien. 4. Changer de culture ne signifie pas abandonner lescultures traditionnelles La réponse ne consiste pas à déclarer certaines cultures «mauvaises» et d’autres«bonnes». L’olivier, par exemple, est profondément intégré aux territoires, aux paysages et à l’économie rurale. Les céréales sont indispensables à la sécurité alimentaire. Les cultures maraîchères répondent directement aux besoins du marché intérieur. La véritable révolution serait plutôt de mieux choisir les cultures selon lesterritoires. Pourquoi cultiver la même chose partout alors que les sols, le climat, les marchés et les capacités de production diffèrent? La Tunisie possède déjà une diversité agroécologique importante entre le Nordhumide, le Centre semi-aride et le Sud aride. La politique agricole pourraitdavantage s’appuyer sur cette diversité. La FAO recommande justement de renforcer la diversité des systèmes alimentaires et agricoles, notamment dans les zones pluviales, afin de réduire la dépendance aux intrants extérieurs et d’améliorer la résilience face aux variations climatiques. 5. Le climat va imposer ses propres choix Le changement climatique est en train de modifier les règles du jeu. Les saisons deviennent plus irrégulières, les températures augmentent et lesépisodes de sécheresse peuvent compromettre les rendements. La campagnecéréalière 2026 l’a encore montré: le début de saison a été marqué par unretard des pluies, avant une amélioration significative des conditions à partirde décembre. La question de demain sera donc moins : « quelle culture rapporte le plusaujourd’hui ? » Elle sera : «quelle culture restera productive et rentable dans dix ou vingt ans ?» Cette distinction est fondamentale. Le choix des variétés, des semences, des dates de semis, des systèmes de rotation et des pratiques agricoles deviendra aussi important que le choix de la culture elle-même. 6. Repenser la carte agricole tunisienne La Tunisie aurait intérêt à engager une véritable réflexion sur sa future carteagricole. Certaines zones pourraient être davantage orientées vers les céréales et leslégumineuses. D’autres vers l’arboriculture, l’élevage, les cultures maraîchères ou les productions à forte valeur ajoutée. Cette spécialisation territoriale ne devrait cependant pas conduire à une agriculture uniforme. Au contraire, la diversification des cultures est une assurance contre