Le mulet de Raf Raf : Quand l’automne ramène les poissons vers la mer

Actuagro Le mulet de Raf Raf : Quand l’automne ramène les poissons vers la mer Par AgroHealth – Un poisson familier, une migration ancienne et une mémoire vivante du littoral tunisien À Raf Raf, l’automne n’arrive pas seulement avec ses premières fraîcheurs. Il arrive aussi avec un mouvement presque imperceptible sous la surface de l’eau: celui des mulets. Pour les pêcheurs du littoral de Bizerte, ce poisson n’est ni une découverte ni une curiosité. Il appartient au paysage, aux gestes, aux conversations et à cette mémoire maritime qui se transmet sans bruit, d’une génération à l’autre. Quand les beaux jours commencent à s’effacer, les mulets reprennent leurs déplacements. Les filets se préparent, les regards se tournent vers la mer et le pêcheur recommence à lire ce que l’eau lui raconte. Le «bouri», un nom pour plusieurs espèces Dans le langage courant, le « bouri » désigne une famille de poissons bien connue du littoral tunisien, les Mugilidae ou mulets. La Tunisie en abrite six espèces, parmi lesquelles le Mugil cephalus, appelé mulet à grosse tête, le Chelon auratus, ou mulet doré, ainsi que Chelon labrosus, Chelon ramada, Chelon saliens et Oedalechilus labeo. À première vue, ces espèces peuvent sembler semblables, mais chacune possède ses propres habitudes et son propre rapport à la mer, aux lagunes et aux eaux saumâtres. Parmi elles, le Mugil cephalus et le mulet doré occupent une place importante dans la pêche tunisienne. Sous un même nom familier se cache ainsi une étonnante diversité, liée aux différents paysages aquatiques qui façonnent notre littoral. Un poisson qui connaît deux mondes La particularité du mulet est peut-être là : il n’appartient jamais complètement à un seul monde. Il fréquente la mer, mais aussi les lagunes, les eaux saumâtres et parfois les eaux douces. C’est un poisson capable de supporter de grandes variations de salinité. Son existence est donc faite de passages. La lagune peut être un espace de croissance et d’alimentation. La mer devient ensuite indispensable à certaines étapes de son cycle reproducteur. Entre les deux, le poisson voyage. C’est précisément ce qui donne toute son importance au système mer–lagune de la région de Bizerte, notamment autour de Ghar El Melh. La Tunisie possède près de 1 300 kilomètres de côtes et d’importantes zones lagunaires. Les lagunes de Bizerte et de Ghar El Melh figurent parmi les principaux espaces où les Mugilidae sont exploités. Le mulet est ainsi, à sa manière, un trait d’union entre deux paysages. Pourquoi l’automne? Il y a quelque chose de poétique dans le fait que le mulet accompagne le changement de saison. Mais derrière cette impression se trouve une mécanique biologique très précise. Chez plusieurs espèces, la fin de l’été et l’automne correspondent à une période importante du cycle reproducteur. Les adultes se déplacent alors vers la mer pour accomplir leur migration liée à la reproduction. Chez Mugil cephalus, le cycle reproducteur s’inscrit notamment dans la période allant de la fin de l’été à l’automne. C’est pourquoi septembre et octobre constituent une période particulièrement intéressante pour observer ces déplacements, même si l’intensité réelle des captures varie selon l’année, les conditions marines et le comportement des poissons. Le calendrier du pêcheur rencontre ainsi celui du poisson. Le pic de la saison: une date impossible à graver dans le sable On aimerait pouvoir écrire : «le mulet arrive tel jour et repart tel jour». La mer ne fonctionne malheureusement pas avec un calendrier aussi précis. Le moment où les captures deviennent importantes dépend de plusieurs facteurs: température de l’eau, salinité, vents, courants, pluies, état des lagunes et ouverture des passages entre les différents milieux. Il est donc plus juste de parler d’une fenêtre saisonnière, généralement située entre la fin de l’été et l’automne, plutôt que d’une date fixe. À Raf Raf, les observations des pêcheurs ont évidemment une valeur particulière: ce sont eux qui voient, année après année, la mer changer avant même que les chiffres ne soient disponibles. Une pêche faite de gestes et de patience Le mulet n’est pas seulement une espèce que l’on capture. C’est aussi une pêche qui demande de savoir regarder. En Tunisie, les Mugilidae sont capturés avec différents engins: filets maillants, filets trémails, filets combinés, pièges lagunaires et certains dispositifs fixes. Il existe également des techniques plus spécialisées dans la capture des mulets. Dans le nord tunisien, certaines pratiques traditionnelles reposent même sur l’utilisation de femelles pour attirer les autres individus — une technique étonnante, ancienne, et documentée dans les travaux consacrés à la pêche traditionnelle du mulet. Ces techniques racontent une autre histoire de la pêche : celle d’un savoir construit moins dans les livres que dans l’observation répétée de la mer. Le pêcheur connaît les vents, les courants, les passages, les profondeurs. Il sait attendre. Et parfois, savoir attendre est déjà une forme de connaissance. Petits, grands: la taille raconte une histoire Tous les mulets capturés ne se ressemblent pas. Les captures peuvent comprendre des jeunes individus comme des adultes de tailles beaucoup plus importantes. La taille dépend de l’espèce, de l’âge, du milieu fréquenté et du type de filet utilisé. Mugil cephalus possède notamment un potentiel de croissance remarquable. Mais dans une pêche durable, la question n’est pas seulement de savoir combien de poissons peuvent être capturés. Elle est aussi de savoir lesquels. La capture répétée de très jeunes individus peut compromettre le renouvellement des populations avant même qu’ils n’aient eu le temps de participer à la reproduction. C’est là que la connaissance biologique rejoint directement la réalité du pêcheur. Le mulet, une petite grande histoire de la pêche tunisienne Le mulet occupe une place importante dans les pêcheries tunisiennes. Les statistiques étudiées par les chercheurs sur la période 1995–2015 estimaient les captures de Mugilidae à près de 3 000 tonnes en 2015, soit environ 9,5% des captures côtières et lagunaires tunisiennes de cette année-là. Ces chiffres sont historiques et
Yaourt nature ou yaourt grec: entre douceur, nutrition et équilibre digestif

Actuhealth Yaourt nature ou yaourt grec: entre douceur, nutrition et équilibre digestif Par Dr. Asma Bel Hadj Ahmed. Microbilogiste – Il y a des aliments auxquels nous ne prêtons presque plus attention. Ils sont là, dans le réfrigérateur, sur la table du petit-déjeuner ou à la fin d’un repas. Le yaourt fait partie de ces aliments familiers qui accompagnent discrètement nos habitudes alimentaires. Pourtant, derrière ce petit pot se cache un aliment fermenté dont la fabrication, la composition et la tolérance digestive méritent que l’on s’y attarde un peu. Aujourd’hui, le yaourt nature partage de plus en plus souvent les rayons avec son cousin devenu très populaire: le yaourt grec. Plus épais, plus crémeux et généralement plus concentré en protéines, celui-ci est volontiers présenté comme une version plus «saine» du yaourt classique. Mais est-il réellement meilleur? Et lorsqu’il est question de digestion, de lactose ou de microbiote intestinal, les différences sont-elles aussi importantes qu’on pourrait le penser? La réponse est finalement assez simple: il n’existe pas de vainqueur universel. Le yaourt nature comme le yaourt grec peuvent trouver leur place dans une alimentation équilibrée. Le choix dépend surtout de leur composition, de la quantité consommée et des besoins de chacun. Un aliment transformé par la fermentation Avant de comparer les deux produits, il faut revenir à ce qui les rapproche. Le yaourt est obtenu par la fermentation du lait grâce à des bactéries lactiques, notamment Streptococcus thermophilus et Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus. Ces micro-organismes transforment une partie du lactose en acide lactique, ce qui contribue au goût légèrement acidulé et à la texture caractéristique du yaourt. Cette fermentation n’est donc pas seulement une étape de fabrication. Elle modifie également la manière dont le lactose est digéré. Plusieurs travaux montrent que le lactose du yaourt est généralement mieux digéré et mieux toléré que celui du lait chez les personnes qui présentent une maldigestion du lactose. Les bactéries vivantes du yaourt participent notamment à cette digestion grâce à leur activité enzymatique. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes qui ressentent un inconfort après avoir consommé du lait peuvent mieux supporter une portion de yaourt. Mais cette meilleure tolérance n’est pas une règle absolue. La quantité consommée, le produit choisi et la sensibilité individuelle jouent également un rôle. Deux textures, deux profils nutritionnels La principaledifférence entre un yaourt nature classique et un véritable yaourt grec tient à leur fabrication. Après fermentation, le yaourt grec traditionnel est généralement égoutté.Une partie du lactosérum, ou petit-lait, est ainsi retirée. Le produit devientplus épais, plus dense et plus concentré. Cette étape explique en grande partie pourquoi le yaourt grec est généralement plus riche en protéines et moins riche en lactose que le yaourt classique. Caractéristique Yaourtnature Yaourtgrec Texture Souple et onctueuse Plus épaisse et crémeuse Protéines Bonne source Généralement plus concentré Lactose Réduit par la fermentation Généralement plus faible après égouttage Calcium Source intéressante, selon le produit Teneur variable selon le procédé Satiété Bonne Peut être plus importante grâce à sa densité et sa teneur enprotéines Goût Souvent plus acidulé Plus doux, dense et crémeux Il faut toutefois garder une précaution importante: deux produits portant le même nom ne présentent pas forcément la même composition. Certains yaourts dits «à la grecque» ne sont pas fabriqués exactement selon le procédé traditionnel d’égouttage. Des épaississants, des protéines de lait ou d’autres ingrédients peuvent être utilisés pour obtenir une texture similaire. La lecture de l’étiquette reste donc plus instructive que le nom affiché sur le pot. Le yaourt grec: plus riche, mais pas automatiquement meilleur Le principal intérêt nutritionnel du yaourt grec réside souvent dans sa concentration en protéines. Pour une personne qui souhaite augmenter ses apports protéiques ou rechercher un aliment plus rassasiant, il peut donc constituer une option intéressante. Sa texture dense peut également donner une sensation de satiété plus durable. Mais cette caractéristique ne suffit pas à en faire un aliment «supérieur». L’égouttage modifie la concentration de plusieurs constituants du lait. La teneur en calcium, par exemple, peut varier selon le procédé de fabrication et la composition du produit final. Il est donc préférable de ne pas présentersystématiquement le yaourt grec comme plus ou moins riche en calcium que leyaourt classique. Par ailleurs, certains produits commercialisés comme yaourts grecs ou «à la grecque» peuvent contenir de la crème, du sucre ou d’autres ingrédients ajoutés. Autrement dit, «grec» ne signifie pas automatiquement « meilleur ». Et pour la digestion? C’est probablement sur ce terrain que le yaourt mérite le plus d’attention. La fermentation facilite la digestion du lactose et explique en partie pourquoi leyaourt peut être mieux toléré que le lait chez les personnes présentant unemaldigestion du lactose. Cette particularité est suffisamment étayée pour avoir fait l’objet d’une évaluation spécifique par les autorités scientifiques européennes. Le yaourt grec peut, lui aussi, présenter un intérêt pour les personnes sensibles aulactose puisqu’il contient généralement moins de lactose après l’égouttage. Mais là encore, il ne faut pas généraliser: la teneur exacte dépend du produitet de son mode de fabrication. Une personne qui supporte difficilement un verre de lait peut donc parfois tolérer une portion de yaourt sans ressentir les mêmes symptômes. Mais maldigérer le lactose ne signifie pas nécessairement être incapable de consommer tous les produits laitiers. La tolérance varie considérablement d’une personne à l’autre, et une quantité modérée peut parfois être mieux supportée. Yaourt, bactéries vivantes et microbiote: rester mesuré Le lien entre alimentation fermentée et santé digestive suscite aujourd’hui beaucoup d’intérêt. Le yaourt contient des micro-organismes issus de sa fermentation. Certaines recherches suggèrent que les aliments fermentés peuvent avoir des effets intéressants sur la santé digestive. Toutefois, il serait scientifiquement excessif de considérer tout yaourt contenant des bactéries vivantes comme un «probiotique» ou de lui attribuer automatiquement un effet thérapeutique sur le microbiote. Le terme probiotique répond à une définition scientifique précise et concerne des micro-organismes vivants dont un bénéfice
Antibiotiques dans l’élevage: quand la santé animale devient une affaire de santé humaine

Actuagro Antibiotiques dans l’élevage: quand la santé animale devient une affaire de santé humaine Par AgroHealth – De la ferme à l’assiette, l’antibiorésistance est devenue un enjeu de santé publique. Elle peut commencer par un geste qui paraît anodin: donner un antibiotique à un animal malade. Pourtant, derrière ce traitement se joue parfois un phénomène invisible. Certaines bactéries survivent, s’adaptent et deviennent résistantes. Elles peuvent alors circuler entre les animaux, les humains et l’environnement. En Tunisie, plusieurs études récentes mettent en lumière des pratiques qui rappellent l’ampleur du défi. Un animal malade, un éleveur inquiet et, parfois, la volonté d’agir vite. Dans une ferme, la décision de donner un antibiotique peut sembler simple. Pourtant, son utilisation ne devrait jamais être improvisée. Les antibiotiques restent indispensables à l’élevage. Ils permettent de traiter des infections bactériennes et, lorsqu’ils sont correctement utilisés, de préserver la santé et le bien-être des animaux. Le problème n’est donc pas l’antibiotique en lui-même, mais son utilisation excessive, inappropriée ou insuffisamment encadrée. Lorsqu’un traitement est mal choisi, mal dosé ou interrompu trop tôt, certaines bactéries peuvent survivre. Elles ont alors davantage de possibilités de s’adapter et de transmettre leurs mécanismes de résistance. Peu à peu, des médicaments autrefois efficaces peuvent perdre une partie de leur pouvoir. Et ces bactéries ne restent pas nécessairement dans l’élevage. Elles peuvent circuler par les animaux, les déjections, l’eau, les sols, les équipements ou encore la chaîne alimentaire. C’est précisément à ce moment que la santé animale rejoint celle de l’être humain. 92,7%: un chiffre qui interpelle Une étude publiée en 2025 dans BMC Veterinary Research a interrogé 110 éleveurs de bovins, ovins, caprins et volailles dans les gouvernorats de Sousse, Mahdia et Monastir. Le résultat attire immédiatement l’attention : 92,7 % des éleveurs interrogés, soit 102 sur 110, ont déclaré pratiquer l’automédication antibiotique sans prescription vétérinaire. Le comportement observé autour de la durée des traitements est également préoccupant. 82,7 %, soit 91 éleveurs, ont indiqué arrêter le traitement dès la disparition des symptômes, tandis que 62,7 %, soit 69 éleveurs, ne respectaient pas la durée complète du traitement. À cela s’ajoute une autre question, directement liée à la sécurité des produits d’origine animale. 61,8 % des personnes interrogées, soit 68 éleveurs, déclaraient ne pas respecter le délai d’attente avant la consommation des produits animaux. Or, après certains traitements vétérinaires, ce délai est essentiel. Il correspond à la période nécessaire avant que la viande, le lait ou d’autres produits issus de l’animal puissent être consommés conformément aux règles établies. Cinq chiffres à retenir 92,7 % : éleveurs déclarant pratiquer l’automédication antibiotique dans l’échantillon étudié. 82,7 % : éleveurs arrêtant le traitement dès la disparition des symptômes. 62,7 % : éleveurs ne respectant pas la durée complète du traitement. 61,8 % : éleveurs ne respectant pas le délai d’attente. 94,5 % : éleveurs interrogés déclarant ne pas connaître les risques liés au mauvais usage des antibiotiques. Ces données doivent toutefois être lues avec prudence. Elles concernent 110 éleveurs de trois gouvernorats et ne constituent pas des statistiques nationales. Elles n’en restent pas moins un signal intéressant sur certaines pratiques observées sur le terrain. Quand le coût des soins influence les pratiques Derrière l’automédication, il existe aussi une réalité économique qu’il serait difficile d’ignorer. L’étude montre que 65,6 % des éleveurs concernés citaient le coût élevé des soins vétérinaires comme l’une des raisons de leurs pratiques, tandis que 57,8% évoquaient la possibilité d’obtenir directement des antibiotiques auprès d’une pharmacie locale. Le problème dépasse donc la seule question du comportement individuel. Pour un petit éleveur, la maladie d’un animal peut rapidement devenir une menace pour le troupeau et, par conséquent, pour le revenu familial. Dans cette situation, l’antibiotique peut apparaître comme la solution la plus rapide et la plus accessible. Mais cette rapidité peut avoir un coût à plus long terme. Car lorsqu’un antibiotique est utilisé sans diagnostic approprié, dans une mauvaise dose ou pendant une durée insuffisante, il peut contribuer à sélectionner des bactéries capables de résister aux traitements. Ce qui semblait être une réponse immédiate à une maladie peut ainsi participer, à une autre échelle et dans le temps, à un problème beaucoup plus large. La volaille, un maillon particulièrement sensible En Tunisie, la question prend une dimension particulière dans le secteur avicole, qui occupe une place importante dans l’alimentation. Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Antibiotics rappelle que, selon les données du recensement avicole 2015-2016 citées par les chercheurs, la volaille représente 34 % de la production animale et 59 % des viandes animales consommées en Tunisie. Ce même recensement faisait état de 6 209 établissements avicoles, avec une capacité annuelle de production de 43 472 259 poulets. Dans cette étude consacrée aux pratiques vétérinaires, 52 vétérinaires prescripteurs ont été interrogés. Les chercheurs ont notamment relevé l’utilisation fréquente de plusieurs antibiotiques, parfois sans confirmation microbiologique. La résistance bactérienne apparaît également dans les témoignages recueillis: 79% des vétérinaires interrogés déclaraient avoir rencontré des bactéries multirésistantes, dont 31 % fréquemment et 48 % occasionnellement. La résistance aux antibiotiques n’est donc pas uniquement une menace théorique ou lointaine. Elle est déjà observée dans le quotidien de certains professionnels de santé animale. De l’élevage à l’assiette, un lien invisible Une bactérie résistante peut emprunter plusieurs chemins. Elle peut passer par l’animal, les déjections, l’eau, les sols, les équipements ou encore les aliments. Une étude tunisienne publiée en 2020 avait ainsi analysé 250 échantillons de produits avicoles collectés à Sfax, dont 149 provenant du poulet et 101 de la dinde. Des bactéries du genre Arcobacter avaient été détectées dans 10,4 % des échantillons. Parmi les isolats étudiés, 83 % présentaient une multirésistance aux antibiotiques. Cette donnée mérite, là encore, d’être interprétée avec précision. Elle ne signifie pas que 83% de la viande de volaille tunisienne est résistante aux antibiotiques. Le chiffre concerne les bactéries isolées dans l’échantillon étudié et ne peut pas être extrapolé à l’ensemble de la production avicole tunisienne. Il met cependant en évidence un point essentiel: la chaîne alimentaire peut constituer un espace
Quand la beauté cache un silence: le mystère des dromadaires tachetés du Sahara

Actuagro Quand la beauté cache un silence: le mystère des dromadaires tachetés du Sahara Par AgroHealth – Dans l’immensité du Sahara, certains dromadaires attirent le regard avant même que l’on remarque leur démarche. Leur robe claire, ponctuée de taches brunes, leurs yeux parfois étonnamment lumineux et leur allure élégante leur donnent une beauté singulière. Ils semblent presque dessinés par le désert lui-même. Chez certains peuples sahariens, ces dromadaires sont connus depuis longtemps. On en rencontre notamment dans différentes régions du Sahara et du Sahel, en particulier en Algérie et au Niger, où des groupes touaregs sont historiquement liés à l’élevage camelin. Des populations de dromadaires pie, ou «piebald camels», sont également documentées dans d’autres régions d’Afrique du Nord et du Sahara. Mais derrière cette apparence exceptionnelle se cache une histoire beaucoup plus complexe: celle de la génétique. Une robe qui n’est pas seulement une question de beauté La couleur du dromadaire n’est pas le fruit du hasard. Elle dépend notamment de mécanismes génétiques qui contrôlent la production et la distribution de la mélanine, le pigment responsable de la coloration du poil et de la peau. Chez le dromadaire, plusieurs gènes impliqués dans la pigmentation ont déjà été étudiés, notamment MC1R et ASIP. Les variations de ces gènes participent à la diversité des robes, allant du brun clair au brun foncé, jusqu’au noir ou au blanc. Mais le cas des dromadaires tachetés est encore plus fascinant. Une étude génétique consacrée aux dromadaires arabes a identifié une mutation du gène KIT, associée à certains motifs de dépigmentation blanche. Cette mutation peut entraîner l’apparition de zones où les cellules responsables de la pigmentation sont absentes, donnant au pelage ces contrastes blancs et colorés si caractéristiques. Autrement dit, ce qui apparaît à l’œil comme une simple particularité esthétique peut être l’expression visible d’une modification génétique. Quand la couleur touche aussi l’ouïe C’est ici que l’histoire devient particulièrement surprenante. La pigmentation et l’audition ne sont pas deux phénomènes totalement indépendants chez certaines espèces animales. Les cellules pigmentaires jouent également un rôle dans le fonctionnement normal de certaines structures de l’oreille interne. Chez plusieurs animaux domestiques, certaines anomalies génétiques responsables de dépigmentation peuvent ainsi être associées à une surdité congénitale. Chez le dromadaire, des observations menées sur des populations de dromadaires tachetés du sud-ouest algérien sont particulièrement intéressantes. Les chercheurs rapportent que certains de ces animaux naissent sourds et que les éleveurs locaux connaissent depuis longtemps cette particularité. Le phénomène semble également présenter une composante héréditaire. Les observations ethnographiques réalisées auprès d’éleveurs sahariens vont dans le même sens: certains dromadaires pie peuvent présenter différents degrés de déficience auditive, avec une tendance rapportée à une surdité plus importante lorsque la dépigmentation touche largement la tête et s’accompagne d’yeux bleus. Il faut cependant rester prudent: tous les dromadaires tachetés ne sont pas sourds. La robe blanche ou tachetée ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic. Les mécanismes génétiques responsables des différents motifs de pigmentation semblent être multiples, et toutes les formes de dépigmentation ne sont pas nécessairement associées à un problème auditif. Une beauté familière dans le monde touareg Pour les peuples du Sahara, le dromadaire n’est pas simplement un animal d’élevage. Il est un compagnon de déplacement, une richesse, une mémoire et une partie d’un patrimoine pastoral transmis de génération en génération. Les Touaregs, traditionnellement présents sur un vaste territoire saharien et sahélien traversant notamment l’Algérie, la Libye, le Niger et le Mali, entretiennent depuis des siècles une relation étroite avec le dromadaire. Certaines communautés touarègues du Niger sont d’ailleurs réputées pour l’élevage de dromadaires tachetés. Ces animaux ne sont donc pas une curiosité apparue récemment. Leur présence s’inscrit dans une longue histoire d’élevage, de sélection et d’adaptation aux sociétés pastorales du Sahara. Et peut-être est-ce justement ce qui rend leur histoire si belle: ce que nous percevons aujourd’hui comme une apparence inhabituelle a longtemps fait partie du regard quotidien des hommes et des femmes du désert. Une beauté qui raconte la génétique La nature ne sépare pas toujours aussi nettement la beauté de la fragilité. Une tache blanche peut être simplement une variation de couleur. Mais elle peut aussi être le signe visible d’une modification génétique plus profonde. Dans certaines lignées animales, les mêmes mécanismes biologiques peuvent intervenir dans plusieurs fonctions de l’organisme. Le dromadaire tacheté nous rappelle ainsi une chose essentielle: la génétique ne se voit pas toujours, mais elle peut parfois s’écrire directement sur le corps. Dans le silence immense du Sahara, un animal peut porter sur sa robe une histoire invisible: celle de ses ancêtres, de ses gènes, de l’élevage et de l’adaptation. Et lorsque certains de ces dromadaires semblent écouter le désert sans y répondre, leur silence n’est peut-être pas seulement poétique. Il peut être l’expression d’une particularité biologique que les populations sahariennes avaient observée bien avant que la science ne commence à en comprendre les mécanismes. Entre beauté, patrimoine pastoral et génétique, le dromadaire tacheté est finalement bien plus qu’un animal au pelage singulier. Il est une petite leçon de nature: derrière ce que l’œil admire se cache parfois tout un monde que seule la science permet de découvrir. Lire également Le dromadaire tunisien: le sage du désert Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? septembre 11, 2026/Agrohealth Vitamine D, bêta-carotène et protection solaire : démêler le vrai du faux août 28, 2026/Agrohealth Pr. 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Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula?

Chronique Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? Par AgroHealth – De la «بيت المونة» de nos grands-parents à la réserve alimentaire d’aujourd’hui Il suffit parfois d’une rupture dans les rayons d’un supermarché pour nous rappeler une réalité que nous oublions facilement: notre alimentation dépend d’un système d’approvisionnement vaste, complexe et parfois fragile. Un problème de production, une perturbation du transport, une crise économique ou climatique et, soudain, un produit habituellement banal devient difficile à trouver. Face à ces incertitudes, faut-il revenir aux habitudes de nos grands-parents? La réponse ne consiste certainement pas à remplir sa maison de provisions par crainte d’une pénurie. Elle pourrait plutôt se trouver dans une pratique ancienne, profondément enracinée dans les foyers tunisiens: l’âoula. Pendant des générations, les familles ont appris à profiter des saisons, à transformer les récoltes et à conserver une partie des aliments pour les mois à venir. Dans la maison traditionnelle, le بيت المونة, littéralement la maison ou la pièce des provisions, occupait une place particulière. On y conservait ce qui avait été préparé lorsque les produits étaient disponibles en abondance: céréales, légumineuses, épices, piments séchés, harissa, tomates séchées, huiles, fruits secs et différentes préparations familiales. L’âoula était donc bien plus qu’une manière de cuisiner. Elle était une forme de prévoyance alimentaire. Quand la saison donne, penser à la saison qui vient Nos grands-parents connaissaient intimement le rythme des saisons. Ils savaient que chaque période de l’année apportait ses produits et qu’il fallait profiter de cette abondance pour préparer les mois suivants. Les piments rouges devenaient harissa. Les tomates pouvaient être séchées ou transformées. Certains légumes étaient conservés selon les méthodes traditionnelles. Les céréales et les légumineuses étaient stockées pour être utilisées progressivement. L’huile d’olive, les épices et les fruits secs trouvaient également leur place dans les réserves familiales. Cette logique répondait à une question simple : comment assurer l’alimentation de la famille lorsque le produit ne sera plus disponible dans le jardin, au marché ou à un prix abordable? Aujourd’hui, la question revient sous une autre forme. Nous sommes habitués à trouver presque tout, presque toute l’année. Pourtant, les crises successives ont montré que cette disponibilité permanente ne doit pas être considérée comme acquise. Les perturbations climatiques, les difficultés économiques, les problèmes logistiques ou les tensions sur certaines matières premières peuvent affecter l’offre et les prix. Dans ce contexte, retrouver certains réflexes de l’âoula peut avoir du sens. Recréer un «بيت المونة» à la maison Il n’est évidemment pas nécessaire de disposer d’une grande maison traditionnelle pour retrouver cette pratique. Un placard bien organisé, une petite pièce ou un espace dédié peuvent suffire. L’essentiel est que cet espace soit propre, sec, frais, à l’abri de la lumière et correctement ventilé, selon les besoins des produits qui y sont conservés. L’idée n’est pas de stocker tout ce que l’on peut acheter, mais de constituer progressivement une réserve correspondant aux habitudes réelles de la famille. Quelques kilos de légumineuses, des céréales, des épices, des produits secs, des conserves préparées dans de bonnes conditions ou encore certaines préparations issues des récoltes saisonnières peuvent ainsi être conservés et consommés progressivement. Cette démarche demande surtout de l’organisation. Les produits les plus anciens doivent être utilisés en premier, les contenants doivent être adaptés et les aliments doivent être régulièrement contrôlés. Car stocker ne signifie pas oublier. Une réserve alimentaire utile est une réserve vivante : on l’alimente, on la consomme, on la renouvelle et on vérifie régulièrement son état. L’âoula n’est pas la peur de la pénurie Il est important de faire la différence entre prévoyance et accumulation. Face à une rupture temporaire d’un produit, la tentation peut être de multiplier les achats et de constituer rapidement des réserves importantes. Pourtant, cette réaction peut conduire au gaspillage, surtout lorsque les produits ont une durée de conservation limitée ou lorsqu’ils sont stockés dans de mauvaises conditions. L’esprit de l’âoula est différent. Il consiste à acheter au bon moment, dans des quantités raisonnables, puis à conserver correctement. Il s’agit aussi de valoriser les produits de saison lorsqu’ils sont abondants, plutôt que de dépendre exclusivement de produits disponibles toute l’année. Cette approche peut également contribuer à réduire le gaspillage alimentaire. Une récolte abondante ne signifie pas nécessairement qu’elle doit être consommée immédiatement. Une partie peut être transformée ou conservée afin de prolonger sa disponibilité. Ainsi, l’âoula transforme le temps en ressource : ce qui est abondant aujourd’hui peut devenir une provision pour demain. Une tradition qui retrouve une nouvelle actualité Il serait évidemment difficile de reproduire exactement le modèle alimentaire de nos grands-parents. Les modes de vie ont changé, les logements sont différents et les familles n’ont plus les mêmes besoins. Mais l’idée fondamentale demeure étonnamment moderne. Dans un contexte où la sécurité alimentaire devient une préoccupation mondiale, savoir conserver, organiser et gérer une petite réserve domestique constitue une compétence utile. Elle ne remplace évidemment ni les marchés ni les systèmes modernes d’approvisionnement, mais elle peut apporter aux ménages une certaine marge de sécurité face aux imprévus. L’âoula nous enseigne également une autre leçon: la sécurité alimentaire commence aussi à l’échelle de la maison. Elle commence par connaître les produits que nous consommons, comprendre leur saisonnalité, éviter le gaspillage, savoir les conserver et apprendre à transformer ce que la terre nous offre lorsqu’il est disponible en abondance. Revenir à l’essentiel Aujourd’hui, lorsqu’un produit manque momentanément dans les commerces, nous avons tendance à considérer cette situation comme une anomalie. Nos grands-parents, eux, avaient intégré l’incertitude dans leur organisation quotidienne. Ils ne disposaient pas nécessairement de technologies sophistiquées ni de grandes surfaces commerciales. Ils disposaient surtout d’un savoir-faire: préparer aujourd’hui une partie de ce dont la famille aura besoin demain. Peut-être est-ce là le véritable enseignement de l’âoula. Il ne s’agit pas de retourner au passé, mais de reprendre certaines de ses bonnes idées et de les adapter à notre
La harissa tunisienne faite maison.

Recette La harissa tunisienne faite maison. À l’automne, les cuisines tunisiennes retrouvent un parfum bien particulier: celui de l’âoula, cette tradition ancienne qui consiste à préparer, conserver et stocker les produits de saison pour en profiter tout au long de l’année. Derrière chaque bocal, chaque pot et chaque préparation, il y a un savoir-faire transmis de génération en génération, mais aussi une manière de préserver les saveurs de la terre et de ne rien perdre de ses récoltes. Dans cet esprit, AgroHealth vous propose chaque semaine une recette consacrée à la conservation et au stockage des aliments, entre tradition, goût et savoir-faire familial. La semaine dernière, nous vous avons proposé une recette de thon en conserve maison. Cette semaine, nous restons dans les couleurs et les parfums de la cuisine tunisienne avec une préparation incontournable de notre patrimoine culinaire: la harissa tunisienne faite maison. Préparée à partir de piments rouges séchés, relevée par l’ail et les épices et conservée avec une fine couche d’huile d’olive, la harissa accompagne les plats du quotidien tout en racontant une partie de l’histoire gastronomique de la Tunisie. Voici une recette simple pour préparer chez soi une harissa parfumée, généreuse et facile à conserver. Temps de préparation: environ 30 minutes, hors trempage Quantité: environ 2 à 3 petits pots Ingrédients 250 g de piments rouges séchés 4 à 5 gousses d’ail 1 à 2 cuillères à café de carvi moulu 1 cuillère à café de coriandre moulue 1 cuillère à café de sel, à ajuster selon le goût 3 à 5 cuillères à soupe d’huile d’olive Un peu d’eau pour réhydrater les piments Préparation Commencez par retirer les pédoncules des piments séchés. Si vous souhaitez une harissa moins piquante, vous pouvez également retirer une partie des graines. Placez ensuite les piments dans un récipient et couvrez-les d’eau chaude. Laissez-les se réhydrater pendant environ 20 à 30 minutes, jusqu’à ce qu’ils deviennent suffisamment souples. Égouttez-les soigneusement et pressez-les légèrement pour éliminer l’excès d’eau. Déposez les piments réhydratés dans un mixeur avec les gousses d’ail, le carvi, la coriandre et le sel. Mixez progressivement jusqu’à obtenir une pâte homogène. Ajoutez ensuite l’huile d’olive petit à petit afin d’obtenir une texture souple et onctueuse. Goûtez et ajustez l’assaisonnement selon vos préférences. Une harissa traditionnelle doit être relevée, parfumée et légèrement salée, mais les proportions peuvent naturellement varier d’une famille à l’autre. Répartissez enfin la harissa dans des petits pots propres et secs. Lissez la surface et recouvrez-la d’une fine couche d’huile d’olive afin de limiter le contact avec l’air. Pour bien la conserver Conservez les pots au réfrigérateur et utilisez toujours une cuillère propre et sèche pour prélever la quantité nécessaire. Après chaque utilisation, veillez à ce que la surface de la harissa reste recouverte d’une fine couche d’huile. Pour une conservation plus longue, il est préférable de préparer de petites quantités et de les conserver dans des contenants propres, en évitant de laisser la préparation longtemps à température ambiante. Le petit secret de l’âoula: chaque famille possède sa propre manière de préparer la harissa. Certains ajoutent davantage d’ail, d’autres privilégient le carvi ou la coriandre, tandis que certains mélangent plusieurs variétés de piments. C’est justement cette diversité qui fait vivre la tradition et donne à chaque harissa son caractère. Lire également Thon en conserve maison à la tunisienne Saison du piment rouge en Tunisie Dans les champs, le rouge de la harissa Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? septembre 11, 2026/Agrohealth Vitamine D, bêta-carotène et protection solaire : démêler le vrai du faux août 28, 2026/Agrohealth Pr. Dhia Bouktila – Le Cap Bon, un jardin entre deux golfes [La Tunisie fertile (4)] août 25, 2026/Agrohealth Zouhaïr Ben Amor: Cultiver la valeur plutôt que l’eau, quelles cultures commerciales pour une Tunisie sous contrainte hydrique? août 22, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi? septembre 3, 2026 Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie? septembre 3, 2026 Eau potable: peut-on encore parler de sécurité sanitaire quand l’eau devient une denrée sous tension? août 30, 2026 Load More Élevage Le dromadaire tunisien: le sage du désert septembre 5, 2026 Élevage équin: le cheval tunisien peut-il enfin devenir une véritable filière agricole? août 30, 2026 Élevage en Tunisie: reconstruire le cheptel, mais avec quel modèle? août 23, 2026 Load More
Engrais agricoles: pourquoi leur disponibilité est devenue une question de souveraineté alimentaire pour la Tunisie

Actuagro Engrais agricoles: pourquoi leur disponibilité est devenue une question de souveraineté alimentaire pour la Tunisie Par AgroHealth – Un sac d’engrais paraît bien loin de l’assiette du consommateur. Pourtant, entre le champ de blé, l’oliveraie, le potager et le panier du marché, il existe un fil discret : celui de la fertilisation. À l’heure où la Tunisie prépare la campagne agricole 2026-2027, l’approvisionnement en engrais revient au premier plan. Derrière les stocks, les prix et les usines se joue une question beaucoup plus vaste : la capacité du pays à produire suffisamment, à préserver le revenu de ses agriculteurs et à réduire sa vulnérabilité alimentaire. Le grain commence bien avant l’épi Avant que le blé ne mûrisse sous le soleil du Nord-Ouest, avant que l’épi ne se courbe sous son propre poids, il y a le sol. Et dans ce sol, il faut des éléments nutritifs disponibles au bon moment. L’azote accompagne notamment la croissance végétative et la formation des protéines ; le phosphore intervient dans le développement racinaire et de nombreux processus énergétiques ; le potassium participe à l’équilibre hydrique et à la résistance de la plante. L’engrais n’est donc pas une simple charge comptable inscrite dans le carnet de l’agriculteur. Il conditionne une partie du potentiel de rendement. Lorsqu’il manque, arrive trop tard ou devient financièrement inaccessible, l’agriculteur peut être tenté de réduire les doses ou de modifier ses pratiques. Dans une agriculture déjà confrontée au manque d’eau, aux aléas climatiques et à la hausse des coûts, chaque arbitrage compte. La campagne 2026-2027 déjà sous surveillance Le signal politique est clair. Lors d’un conseil ministériel restreint consacré, le 23 mai 2026, à la saison des moissons et aux préparatifs de la campagne agricole 2026-2027, le gouvernement a décidé d’accélérer la constitution des stocks d’engrais afin de couvrir l’ensemble des besoins de la saison. Il a également décidé de maintenir les prix actuels des engrais chimiques, de garantir l’approvisionnement énergétique des centres de stockage, d’assurer une distribution équitable sur le marché intérieur et de faciliter l’accès des intervenants à la plateforme numérique «Engrais». Ces décisions ne sont pas anodines. Elles traduisent une réalité simple: l’engrais doit être disponible au moment où la plante en a besoin. Une livraison tardive peut perturber le calendrier de fertilisation, tandis qu’une hausse brutale des prix peut peser directement sur la trésorerie des exploitations. Le même conseil ministériel a indiqué que 524 000 quintaux de semences certifiées avaient été distribués dans les zones de production, soit 30 % des besoins en semences. La préparation de la campagne est donc pensée comme une chaîne: semences, engrais, énergie, stockage, financement et logistique doivent avancer ensemble. Le paradoxe tunisien du phosphate La Tunisie possède pourtant un atout que beaucoup de pays lui envieraient: le phosphate. Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie indique une production nationale de 3,04 millions de tonnes en 2024, contre 2,9 millions de tonnes en 2023. Mais posséder une ressource minière ne signifie pas être totalement autonome sur toute la chaîne de fertilisation. La Tunisie a développé une industrie de transformation importante. Selon le Groupe chimique tunisien, plus de 80 % de la production nationale de phosphate est actuellement transformée en acide phosphorique et en engrais minéraux. Le GCT dispose de quatre sites industriels de transformation à Sfax, M’dhilla, Gabès et Skhira. Le pays produit ainsi plusieurs fertilisants, notamment le DAP, le TSP et l’ammonitrate. À Gabès, les deux unités de DAP affichent chacune une capacité annuelle de 650 000 tonnes, soit 1,3 million de tonnes au total. L’usine d’ammonitrate a, pour sa part, une capacité de 330 000 tonnes par an, destinées en priorité au marché local, ainsi que 30 000 tonnes par an de nitrate d’ammonium poreux. Ces chiffres montrent la puissance industrielle du dispositif. Mais ils montrent aussi pourquoi la question ne peut être réduite au phosphate extrait à Gafsa : il faut transformer, alimenter les unités, transporter, stocker et distribuer. Le maillon sensible: l’ammoniac C’est ici qu’apparaît l’une des fragilités les plus importantes. Dans sa stratégie nationale relative à l’hydrogène et à ses dérivés, le ministère de l’Industrie indique que la Tunisie ne produit pas actuellement d’ammoniac et dépend entièrement des importations pour cette matière première. Or l’ammoniac occupe une place centrale dans la fabrication de nombreux engrais azotés. Cette dépendance signifie qu’un pays peut disposer de phosphate et d’unités industrielles tout en restant exposé aux conditions du marché international pour une matière première déterminante. La souveraineté alimentaire ne se mesure donc pas uniquement en hectares cultivés ou en tonnes récoltées. Elle se mesure aussi à la capacité de sécuriser les intrants indispensables à la production. Du phosphate au champ: une chaîne qui doit fonctionner Entre la roche phosphatée et le sac d’engrais acheté par l’agriculteur, une longue chaîne industrielle et logistique doit rester opérationnelle. Extraction, traitement, transport, transformation chimique, énergie, stockage et distribution forment un seul système. Un maillon qui ralentit peut affecter l’ensemble. C’est pourquoi les difficultés du secteur phosphatier ne sont pas seulement une question industrielle. Elles peuvent avoir des conséquences agricoles. La Tunisie a encore beaucoup à gagner d’une meilleure intégration de cette chaîne. Produire davantage de phosphate est important. Transformer davantage localement peut l’être encore plus. Mais l’objectif ultime reste d’assurer une disponibilité régulière des fertilisants aux agriculteurs, au bon moment et dans des conditions économiques soutenables. Les céréales, première ligne de la sécurité alimentaire La question est particulièrement sensible pour les céréales. Dans un pays qui cherche à renforcer sa sécurité alimentaire, maintenir les rendements du blé dur, du blé tendre et de l’orge est stratégique. L’engrais ne fait évidemment pas tout. La pluie, la qualité des semences, la date de semis, la variété, la protection phytosanitaire, la qualité du sol et les techniques culturales jouent également un rôle majeur. Mais une fertilisation adaptée contribue à valoriser le potentiel des cultures. Le défi consiste donc moins à appliquer toujours davantage d’engrais qu’à garantir une fertilisation efficace. Une dose insuffisante peut limiter le rendement ; une dose excessive peut accroître
Henchir Chaal: le temps du renouveau et le défi de l’avenir

Actuagro Henchir Chaal: le temps du renouveau et le défi de l’avenir Par AgroHealth – Après plus d’un siècle d’histoire, le grand complexe agricole de Sfax entre dans une nouvelle étape, portée par la modernisation de ses équipements, la relance de ses unités de transformation et une ambition plus large autour de la valorisation de ses terres et de ses ressources. Après avoir traversé plus d’un siècle d’histoire, Chaal se trouve aujourd’hui à un moment particulier de son parcours. La première partie de cette histoire appartient aux oliviers, aux terres et aux générations qui ont façonné le complexe. La nouvelle page, elle, se joue désormais dans les ateliers, les champs, les élevages et les huileries. Car faire vivre un patrimoine agricole aussi vaste ne consiste pas seulement à préserver ce qui existe. Il faut aussi le remettre en mouvement, l’adapter aux nouvelles réalités et lui permettre de produire davantage de valeur avec des ressources devenues plus rares. C’est dans ce contexte que les dernières années ont marqué un regain d’attention autour de Hencheir Chaal. Octobre 2024, le retour de Chaal au premier plan Le 30 octobre 2024, le président de la République, Kaïs Saïed, a effectué une visite non annoncée à Hencheir Chaal, dans le gouvernorat de Sfax. Cette visite a donné une nouvelle visibilité au complexe et à la question de son avenir. Le chef de l’État avait alors insisté sur la nécessité de préserver les biens appartenant au peuple tunisien et avait lié cette position à la lutte contre la corruption. Au-delà de la dimension politique, un message essentiel ressortait de cette visite: une terre publique de cette dimension ne peut être considérée comme un simple patrimoine foncier. Elle doit aussi remplir pleinement sa fonction agricole et économique. Cette visite est ainsi intervenue à un moment où Chaal faisait face à plusieurs difficultés et où la nécessité de réhabiliter ses infrastructures et d’améliorer sa gestion apparaissait de plus en plus clairement. La question n’était donc plus seulement de savoir ce que représentait Chaal dans l’histoire agricole tunisienne. Il fallait désormais se demander comment lui redonner toute sa capacité de production. Des tracteurs pour remettre la terre en mouvement Dans une exploitation qui s’étend sur des dizaines de milliers d’hectares, la modernisation commence aussi par des moyens très concrets. En 2026, Chaal a bénéficié de nouveaux équipements agricoles dans le cadre de la coopération tuniso-italienne. Parmi ces équipements figurent 88 tracteurs agricoles, auxquels s’ajoutent des remorques, des citernes et d’autres matériels destinés à renforcer la mécanisation. Le chiffre peut impressionner. Mais derrière les 88 tracteurs, il y a surtout une réalité très simple: une exploitation de cette taille a besoin d’outils capables de travailler au bon moment. Préparer les sols, entretenir les plantations, effectuer les travaux agricoles, transporter les récoltes ou intervenir pendant la période de récolte exige une organisation précise et des équipements disponibles. En agriculture, le temps compte. Un travail réalisé trop tard peut affecter la qualité d’une récolte, augmenter les coûts ou compliquer toute une chaîne de production. La modernisation du matériel ne représente donc pas uniquement un investissement dans les machines. Elle constitue aussi un investissement dans la capacité du complexe à mieux maîtriser son calendrier agricole. Trois huileries reprennent vie Si les nouveaux équipements redonnent du mouvement aux champs, la remise en service des huileries permet, elle, de rapprocher la production de sa pleine valeur. Durant la campagne 2025-2026, trois huileries du complexe ont été réhabilitées et remises en fonctionnement, avec une capacité d’extraction d’environ 250 tonnes d’olives par jour. La campagne a permis de produire 17 560 tonnes d’olives et près de 4 200 tonnes d’huile d’olive. Ces chiffres racontent quelque chose d’important. Une olive récoltée n’est pas encore une richesse pleinement valorisée. Entre l’arbre et le consommateur, il existe toute une chaîne: transformation, stockage, contrôle de la qualité, conditionnement et commercialisation. La remise en marche des huileries permet donc à Chaal de récupérer une partie de cette valeur à l’intérieur même du complexe. L’idée rejoint finalement la logique qui avait marqué ses premières décennies: produire sur la terre et transformer sur place. Plus d’un siècle après les premières huileries, le principe reste étonnamment actuel. Les chiffres d’une campagne qui compte 17 560 tonnes d’olives 4 200 tonnes d’huile d’olive Environ 250 tonnes d’olives traitées par jour Au-delà des chiffres, cette campagne montre surtout l’importance de disposer d’une chaîne de transformation opérationnelle et capable d’accompagner la production agricole. De la terre au consommateur Produire davantage ne suffit pourtant pas. Il faut aussi mieux vendre. L’huile d’olive, le lait, les œufs, la viande ou encore les pistaches ont tous besoin d’être valorisés, identifiés et proposés au consommateur dans de bonnes conditions. Dans cette perspective, le développement de circuits de commercialisation plus directs pourrait offrir de nouvelles possibilités. Réduire les intermédiaires, améliorer la présentation des produits et construire une relation plus directe avec le consommateur permettraient de mieux valoriser le travail réalisé sur le complexe. Chaal possède également quelque chose que peu de produits peuvent revendiquer: une histoire. Son nom renvoie à plus d’un siècle de terres agricoles, d’oliviers et de transformation. Cette histoire pourrait devenir un véritable élément de son identité commerciale. Pourquoi ne pas imaginer, à terme, une identité commune pour les produits issus du complexe, capable de raconter leur origine et leur parcours, de l’arbre ou de l’élevage jusqu’à la table? L’huile de Chaal, le pistachier, les produits laitiers ou les productions animales pourraient ainsi porter non seulement une qualité, mais aussi une histoire. 2026-2027, une campagne qui sera plus qu’une récolte La campagne agricole 2026-2027 arrive donc dans un contexte particulier. Elle ne sera pas seulement une nouvelle saison de production. Elle constituera aussi un test pour les efforts engagés. Préparer une campagne dans un complexe de cette dimension demande d’anticiper chaque étape: entretien des oliviers, préparation des
Dattes tunisiennes: de l’or des oasis à la conquête du monde

Actuagro Dattes tunisiennes: de l’or des oasis à la conquête du monde Par AgroHealth – Avec une production record de 404 000 tonnes et des exportations qui approchent le milliard de dinars, la filière tunisienne des dattes confirme son poids sur les marchés internationaux. Mais derrière cette performance se dessine un nouveau défi : transformer une production reconnue dans le monde en une véritable puissance commerciale, sans épuiser l’eau qui fait vivre les oasis. Il suffit parfois d’une datte pour raconter des siècles d’histoire. Dans le Sud tunisien, le palmier dattier dépasse depuis longtemps le simple statut d’arbre fruitier. Il structure les paysages, protège les cultures, nourrit les familles et participe à l’économie de régions entières. Autour de lui se sont développés des systèmes d’irrigation, des savoir-faire transmis entre générations et un patrimoine agricole profondément lié aux oasis. Aujourd’hui, cette histoire ancienne rencontre une nouvelle réalité économique. La campagne 2025-2026 a enregistré une production record d’environ 404 000 tonnes, contre 347 000 tonnes lors de la campagne précédente. À elle seule, la Deglet Nour représente environ 347 000 tonnes, confirmant la place centrale de cette variété dans la filière tunisienne. Mais produire davantage ne suffit plus. Le véritable enjeu se situe désormais dans la capacité à mieux valoriser cette richesse agricole. Les oasis, cœur de la production tunisienne La production de dattes est essentiellement concentrée dans le Sud, notamment dans les gouvernorats de Kébili, Tozeur, Gabès et Gafsa. Les oasis tunisiennes s’étendent sur plus de 41 000 hectares. Elles constituent des écosystèmes agricoles particuliers dans lesquels le palmier dattier joue un rôle central. En créant de l’ombre et un microclimat favorable, les palmiers permettent le développement d’autres cultures sous leur couvert. L’oasis devient ainsi un véritable système agricole à plusieurs étages. Kébili demeure le principal territoire de production, particulièrement pour la Deglet Nour. Tozeur, avec les célèbres palmeraies du Jérid, constitue également un bassin majeur de cette variété. Gabès et Gafsa complètent cette géographie avec des productions davantage diversifiées. Mais cette agriculture repose sur une ressource devenue de plus en plus stratégique: l’eau. L’augmentation de la production et l’extension des superficies ont accentué la pression sur les nappes souterraines. Une étude publiée en 2026 a notamment mis en évidence l’intensification de l’exploitation des ressources souterraines dans les principales oasis entre 2002 et 2024. Derrière le succès commercial de la datte tunisienne se pose donc une question fondamentale: comment continuer à produire dans des territoires où l’eau devient toujours plus rare? 404 000 tonnes, un record mais aussi un défi Le chiffre de la campagne 2025-2026 marque un tournant. Avec environ 404 000 tonnes, la Tunisie franchit pour la première fois le seuil des 400 000 tonnes. Cette performance confirme le potentiel de la filière, mais elle crée également une obligation économique: trouver des marchés capables d’absorber cette production dans de bonnes conditions. Une récolte abondante n’est réellement une réussite que si elle génère suffisamment de valeur pour l’ensemble de la chaîne, du producteur jusqu’à l’exportateur. La question n’est donc plus uniquement de savoir combien la Tunisie peut produire. Elle est désormais de savoir combien elle peut valoriser. Deglet Nour, une force qui doit s’accompagner de diversification À l’international, la datte tunisienne est presque indissociable de la Deglet Nour. Sa texture, sa finesse, sa chair translucide et son goût caractéristique en ont fait l’un des produits agricoles tunisiens les plus reconnaissables dans le monde. Durant les dix premiers mois de la campagne 2025-2026, la Deglet Nour représentait 84 % des volumes exportés. Cette domination constitue un avantage considérable. La Tunisie possède avec elle un produit emblématique bénéficiant déjà d’une forte notoriété. Mais une telle concentration représente également une vulnérabilité face à l’évolution des goûts des consommateurs et à l’intensification de la concurrence internationale. La Tunisie dispose pourtant d’une richesse variétale beaucoup plus importante, avec notamment Allig, Kenta, Khouat Allig et Kentichi, ainsi que de nombreuses variétés locales regroupées parmi les dattes communes. Cette diversité pourrait devenir un véritable levier commercial. Tous les consommateurs ne recherchent pas une datte premium. Certains privilégient les produits biologiques, naturels, accessibles ou transformés. La diversification pourrait donc permettre à la Tunisie de mieux répondre aux différentes attentes du marché mondial. 86 marchés et près d’un milliard de dinars La présence internationale de la datte tunisienne est déjà remarquable. Durant les dix premiers mois de la campagne 2025-2026, les exportations ont atteint 144 100 tonnes, contre 127 200 tonnes durant la même période de la campagne précédente, soit une progression de 13,3%. En valeur, les recettes ont atteint 908,4 millions de dinars, contre 809,6 millions un an auparavant, soit une hausse de 12,2%. La filière se rapproche ainsi du symbole du milliard de dinars à l’export. Les dattes tunisiennes sont aujourd’hui présentes sur environ 86 marchés. L’Union européenne constitue la première zone de destination avec 45,7% des exportations, devant l’Afrique avec 22,9% et l’Asie avec 19,6%. Ces chiffres témoignent d’une présence internationale solidement établie. Le prochain défi sera cependant de transformer cette présence en croissance durable, notamment en développant davantage les marchés asiatiques et africains à fort potentiel. Le bio, une voie vers davantage de valeur La progression des dattes biologiques montre déjà une autre voie possible. Au cours des dix premiers mois de la campagne 2025-2026, la Tunisie a exporté environ 8 300 tonnes de dattes biologiques, pour une valeur de 82,2 millions de dinars. Les volumes ont progressé de 8,1 %, tandis que les recettes ont augmenté de 32,6%. L’Allemagne représente à elle seule 33 % des volumes exportés de dattes biologiques, devant notamment la Belgique et les Pays-Bas. Cette évolution est particulièrement intéressante. Elle montre que la création de valeur ne dépend pas uniquement de l’augmentation des quantités exportées. La certification biologique, la traçabilité, l’origine, la qualité et le conditionnement peuvent permettre d’obtenir une meilleure valorisation du produit. La
Le jujubier sauvage tunisien, le «النبق» que la nature a gardé vivant

Actuagro Le jujubier sauvage tunisien, le «النبق» que la nature a gardé vivant Par AgroHealth – Un petit fruit oublié, une plante des terres sèches et un patrimoine végétal qui mérite de retrouver sa place Il suffit parfois de regarder de près une plante que l’on croise depuis toujours pour découvrir qu’elle raconte une histoire beaucoup plus grande que son apparence. Dans les campagnes tunisiennes, le «النبق», ou nebq, fait partie de ces fruits sauvages que beaucoup connaissent sans forcément connaître la plante qui les porte. Petit, rond, brun-rouge lorsqu’il arrive à maturité, le fruit pousse sur un arbuste épineux qui semble parfaitement à sa place dans les paysages secs. Pendant longtemps, le jujubier sauvage a accompagné la vie rurale, offrant ses fruits à ceux qui savaient les reconnaître et participant discrètement à l’équilibre des écosystèmes méditerranéens. Derrière ce fruit se cache une plante aujourd’hui étudiée par les chercheurs pour sa composition chimique, ses propriétés biologiques potentielles et son intérêt dans les régions confrontées à la sécheresse. Son nom scientifique actuel est Ziziphus lotus (L.) Lam., une espèce de la famille des Rhamnaceae. L’ancien nom Rhamnus lotus L., que l’on retrouve encore dans certaines références, est aujourd’hui considéré comme un synonyme botanique. L’espèce est naturellement présente en Tunisie et dans plusieurs régions méditerranéennes et nord-africaines. Un arbuste façonné par les terres difficiles Le jujubier sauvage n’a pas l’apparence d’un arbre fruitier classique. Il se présente plutôt comme un arbuste épineux, très ramifié, capable de former des touffes denses. Dans les milieux secs, cette architecture végétale lui permet d’occuper l’espace tout en résistant à des conditions auxquelles de nombreuses espèces cultivées seraient beaucoup plus sensibles. Ses petites feuilles ovales accompagnent des rameaux souvent munis d’épines. Au printemps et au début de l’été apparaissent de petites fleurs discrètes. Elles donneront ensuite naissance aux fruits caractéristiques de l’espèce. Selon les descriptions botaniques, la floraison intervient notamment en juin et juillet, tandis que les fruits arrivent progressivement à maturité vers septembre et octobre, prenant alors une coloration rouge à brun-rouge. Cette période correspond justement à ce moment de l’année où le paysage tunisien commence à prendre des teintes plus sèches et où certains fruits sauvages deviennent des ressources précieuses pour la faune. Le nebq, un petit fruit au goût du patrimoine Le fruit du Ziziphus lotus est une petite drupe ronde, beaucoup plus modeste que certains fruits cultivés que l’on trouve aujourd’hui sur les marchés. À maturité, sa peau prend des teintes allant du rouge au brun et sa chair entoure un noyau relativement important. Son goût légèrement sucré explique probablement pourquoi il a trouvé sa place dans les habitudes alimentaires traditionnelles de plusieurs régions d’Afrique du Nord. Le fruit a également intéressé la recherche alimentaire. Des travaux consacrés au Ziziphus lotus tunisien et nord-africain montrent qu’il contient différents composés phénoliques et flavonoïdes. Une étude tunisienne a notamment identifié dans les fruits plusieurs molécules telles que la rutine, l’épicatéchine, l’acide chlorogénique, la quercitrine et différents dérivés phénoliques. Il ne faut cependant pas imaginer le nebq comme un «superaliment miracle». Sa richesse réside davantage dans la diversité de ses constituants et dans l’intérêt scientifique qu’ils suscitent que dans une quelconque vertu thérapeutique extraordinaire. Une composition qui intéresse les nutritionnistes Le fruit du jujubier sauvage contient notamment des sucres, des composés phénoliques et des flavonoïdes, tandis que les différentes parties de la plante présentent des profils chimiques très différents. Des analyses réalisées sur des fruits de Ziziphus lotus ont montré la présence de glucose et de fructose parmi les principaux sucres. La composition varie toutefois selon l’origine géographique, le degré de maturité, les conditions climatiques et les méthodes utilisées pour l’analyse. Les graines constituent également une partie intéressante de la plante. Une étude consacrée aux graines de Ziziphus lotus a rapporté, sur matière sèche, environ 19,1% de protéines, 32,9% d’huile et 40,9% de glucides. L’huile était notamment riche en acide oléique et en acide linoléique. Ces résultats ne signifient pas pour autant que les graines doivent être consommées comme un aliment courant ou transformées artisanalement en huile. Ils montrent surtout qu’une partie encore peu valorisée du fruit possède un potentiel agroalimentaire qui mérite davantage d’études. Des polyphénols qui attirent l’attention scientifique C’est probablement dans ce domaine que le jujubier sauvage est devenu particulièrement intéressant pour la recherche. Les polyphénols et les flavonoïdes sont des composés naturellement présents dans de nombreuses plantes et associés à différentes activités biologiques. Chez Ziziphus lotus, plusieurs études ont mis en évidence une activité antioxydante de différents extraits. Une recherche réalisée sur du matériel végétal tunisien a notamment montré que les fruits, les feuilles et les racines contiennent des composés phénoliques, avec des différences importantes selon la partie de la plante et le solvant utilisé pour l’extraction. Une revue scientifique consacrée à l’espèce a recensé plus de 181 composés bioactifs identifiés dans différents extraits provenant notamment de Tunisie, du Maroc et d’Algérie. Parmi eux figurent des polyphénols, flavonoïdes, terpènes, alcaloïdes et acides gras. Cette diversité explique l’intérêt croissant porté à cette plante par les chercheurs. Du traditionnel au laboratoire Dans la médecine traditionnelle nord-africaine, différentes parties du jujubier sauvage ont été utilisées pour diverses affections. La littérature scientifique rapporte notamment des usages traditionnels associés aux troubles digestifs, aux infections, à certaines affections inflammatoires et à d’autres problèmes de santé. Mais c’est ici qu’une distinction essentielle doit être faite. Une utilisation traditionnelle n’est pas une preuve clinique d’efficacité. Des extraits de Ziziphus lotus ont montré, dans des expériences en laboratoire ou sur des modèles animaux, des activités antioxydantes, antimicrobiennes, anti-inflammatoires et potentiellement antidiabétiques. Ces résultats sont intéressants, mais ils ne permettent pas encore de considérer la plante comme un médicament destiné à traiter une maladie chez l’être humain. Les auteurs des revues scientifiques soulignent d’ailleurs la nécessité de disposer de davantage d’études cliniques. Cette prudence est particulièrement importante lorsqu’il s’agit