Raisin en Tunisie: derrière les vendanges 2026, une filière en pleine transformation
Par AgroHealth – La saison du raisin bat son plein en Tunisie. Mais derrière les grappes qui arrivent sur les étals et les vendanges qui commencent dans les vignobles, la campagne 2026 révèle une réalité plus complexe. À Grombalia, berceau historique de la viticulture tunisienne, les superficies reculent fortement. Le manque d’eau, les fortes chaleurs, le vieillissement des vignes et l’augmentation des coûts de production fragilisent les exploitations. Dans le même temps, de nouvelles zones du Centre du pays prennent progressivement le relais.
Une récolte 2026 qui commence sous tension
À Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul, le lancement officiel de la campagne de récolte du raisin a été fixé au 15 août 2026, avec la cueillette des variétés précoces, avant l’arrivée des raisins destinés à la transformation.
Le démarrage des vendanges a coïncidé avec le Festival du raisin de Grombalia, qui rappelle chaque année l’importance historique de cette culture dans la région.
Mais cette année, l’ambiance est différente.
Grombalia, longtemps considérée comme l’une des capitales tunisiennes du raisin, connaît un recul important de son activité viticole.
Selon des déclarations rapportées en août 2026 par le président de l’Union locale de l’agriculture et de la pêche, la région aurait perdu plus de la moitié de ses exploitations viticoles.
La production locale pourrait ainsi ne pas dépasser 5 000 tonnes cette saison, principalement destinées à la transformation.
Cette estimation concerne Grombalia et ne doit donc pas être assimilée à une prévision nationale pour 2026.
Nabeul, toujours au cœur de la filière
Le gouvernorat de Nabeul conserve néanmoins une place centrale dans la viticulture tunisienne.
Il assure environ 70 % de la production nationale de raisin destiné à la transformation, avec près de 3 000 producteurs, principalement répartis entre Grombalia, Bou Argoub, Takelsa et Korba.
La région joue cependant deux rôles différents.
D’un côté, elle produit du raisin de table destiné à la consommation fraîche.
De l’autre, elle fournit une importante quantité de raisin destiné à la transformation.
Les données disponibles permettent de mesurer l’ampleur de cette activité.
En 2024, la production de raisin dans le gouvernorat de Nabeul était estimée à plus de 39 000 tonnes, dont environ 25 000 tonnes destinées à la transformation et 14 000 à 14 500 tonnes de raisin de table.
Ces chiffres constituent une référence récente, mais ils ne doivent pas être utilisés comme une estimation de la récolte 2026.
Une baisse déjà visible avant la campagne 2026
Les difficultés actuelles ne sont pas apparues cette année. Elles se sont installées progressivement.
En 2025, la récolte de raisin de cuve dans le gouvernorat de Nabeul était estimée à environ 17 000 tonnes, contre 25 000 tonnes la saison précédente, soit une baisse de l’ordre de 25 à 30 %.
À Grombalia, les superficies consacrées au raisin de cuve ne dépassaient plus environ 1 000 hectares, pour une production estimée à près de 8 000 tonnes.
La diminution des superficies, la sécheresse persistante, le manque d’eau d’irrigation et l’augmentation du coût des intrants figuraient déjà parmi les principales difficultés rencontrées par les producteurs.
La campagne 2026 apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans cette évolution.
Indicateur | Donnée disponible |
Début des vendanges 2026 à Grombalia | 15 août 2026 |
Producteurs de raisin à Nabeul | ≈ 3 000 |
Part de Nabeul dans le raisin de cuve national | ≈ 70 % |
Part de Nabeul dans le raisin de table national | ≈ 12 % |
Production Nabeul 2024 | >39 000 t |
Nabeul 2024 – raisin de cuve | ≈25 000 t |
Nabeul 2024 – raisin de table | ≈14–14,5 mille t |
Grombalia 2024 – raisin de cuve | ≈8 000 t |
Grombalia 2024 – raisin de table | ≈4 000 t |
Nabeul 2025 – raisin de cuve | ≈17 000 t |
Grombalia 2026 – estimation locale | ≤5 000 t |
Revenu fiscal forfaitaire raisin de cuve irrigué | 3 186,33 DT/ha |
Revenu fiscal forfaitaire raisin de cuve en sec | 670,64 DT/ha |
Le manque d’eau, un défi devenu structurel
Pour la vigne tunisienne, la question de l’eau est désormais centrale.
Les épisodes successifs de sécheresse et les températures élevées affectent directement les rendements.
Les fortes chaleurs peuvent accélérer la maturation des raisins, modifier leur équilibre et, lorsqu’elles sont associées à un déficit hydrique, réduire la production.
À Grombalia, les producteurs signalent justement les effets cumulés de plusieurs années difficiles.
Certaines vignes ont été affectées par les fortes chaleurs, tandis que le manque d’eau limite les possibilités d’irrigation.
Cette situation est particulièrement importante pour le raisin de table, dont la qualité commerciale dépend fortement de la régularité de l’approvisionnement en eau et des conditions de maturation.
Des vignobles vieillissants difficiles à renouveler
À la contrainte climatique s’ajoute une autre difficulté: l’âge des plantations.
Une partie du vignoble tunisien nécessite un renouvellement, mais remplacer une vigne représente un investissement important et demande du temps avant d’obtenir une production économique.
À Grombalia, les producteurs soulignent également les difficultés liées au financement du renouvellement.
Les aides et certaines tranches de crédits peuvent être versées avec un décalage important, ce qui réduit la capacité des agriculteurs à engager rapidement de nouvelles plantations.
Le choix du matériel végétal devient lui aussi déterminant.
Certaines variétés introduites se sont révélées moins adaptées aux nouvelles conditions climatiques ou plus vulnérables à certaines maladies.
L’avenir du vignoble tunisien dépendra donc aussi de la capacité à sélectionner des variétés adaptées à la chaleur, au déficit hydrique et aux contraintes sanitaires.
Le Centre tunisien prend progressivement le relais
L’une des évolutions les plus significatives observées en 2026 concerne la géographie de la production.
Alors que le Cap Bon reste historiquement associé au raisin, des gouvernorats du Centre, notamment Sidi Bouzid et Kairouan, voient leurs superficies viticoles progresser.
Le déplacement progressif de la production montre que la carte viticole tunisienne est en train d’évoluer.
Cette transformation mérite une attention particulière.
Elle ne signifie pas nécessairement la disparition de la viticulture du Cap Bon, mais plutôt une redistribution progressive de l’activité en fonction de la disponibilité des terres, de l’eau, du climat et de la rentabilité des exploitations.
Raisin de table et raisin de transformation
La filière tunisienne ne se résume pas à une seule production.
Le raisin de table est destiné à la consommation fraîche.
Il représente une production importante dans plusieurs régions tunisiennes et répond à une demande saisonnière forte pendant l’été.
Le raisin de cuve, lui, est principalement destiné à la transformation.
Nabeul conserve une position dominante dans ce segment, avec environ 70% de la production nationale selon les données disponibles.
Cette distinction est essentielle lorsqu’on compare les chiffres de production.
Un recul du raisin de cuve ne signifie pas nécessairement la même évolution pour le raisin de table, et inversement.
Une filière qui reste économiquement importante
Malgré les difficultés, la vigne demeure une culture importante pour plusieurs territoires tunisiens.
Elle génère des emplois agricoles et mobilise toute une chaîne allant de la production à la récolte, au transport, au conditionnement et à la transformation.
Les producteurs doivent cependant composer avec l’augmentation des coûts des engrais, des produits phytosanitaires, de l’eau et de la main-d’œuvre.
Le manque de travailleurs qualifiés constitue également une difficulté signalée dans la région de Nabeul.
La rentabilité devient ainsi un enjeu déterminant.
Maintenir une vigne productive pendant plusieurs décennies exige des investissements réguliers, alors que les conditions climatiques rendent la production plus incertaine.
Que retenir de la campagne 2026?
La première conclusion est qu’il serait prématuré d’annoncer un chiffre national définitif de production de raisin pour 2026. Les données disponibles actuellement sont principalement régionales ou issues d’estimations locales.
Le portail open data du ministère de l’Agriculture référence bien des données relatives aux estimations de production de raisin, mais une consolidation nationale 2026 suffisamment détaillée n’est pas encore disponible dans les sources consultées.
La deuxième conclusion est plus importante encore: la campagne 2026 confirme une transformation profonde de la viticulture tunisienne.
Le raisin est toujours là, les vendanges ont commencé et les producteurs continuent de préserver un savoir-faire transmis de génération en génération.
Mais le vignoble tunisien doit désormais composer avec une nouvelle réalité: moins d’eau, davantage de chaleur, des plantations vieillissantes et des coûts de production plus élevés.
L’avenir de la filière dépendra donc de sa capacité à renouveler les plantations, sélectionner des variétés mieux adaptées au climat, améliorer l’efficience de l’irrigation et maintenir une rentabilité suffisante pour les agriculteurs.
À Grombalia comme dans les nouvelles zones viticoles du Centre, le défi n’est plus seulement de produire du raisin.
Il s’agit désormais de savoir où, avec quelle eau, quelles variétés et selon quel modèle économique la Tunisie pourra continuer à produire du raisin dans les prochaines décennies.
Sources
- Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche – données ouvertes sur les productions agricoles.
- Observatoire national de l’agriculture – données relatives à la production viticole de Nabeul.
- La Presse de Tunisie – données sur la production de raisin de cuve à Nabeul et l’évolution de la filière.
- L’Économiste Maghrébin – situation de la viticulture à Grombalia et campagne 2026.
- Tunisie Numérique – lancement de la campagne de récolte 2026 à Grombalia.
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