La renaissance de la betterave sucrière en Tunisie: entre souveraineté alimentaire et développement agricole

PUB Actuagro La renaissance de la betterave sucrière en Tunisie: entre souveraineté alimentaire et développement agricole Longtemps considérée comme l’une des cultures stratégiques de l’agriculture tunisienne, la betterave sucrière fait aujourd’hui son grand retour dans les plaines fertiles de Bousalem et du gouvernorat de Jendouba. Cette relance marque la renaissance d’une filière qui avait fait la renommée de la région dès les années 1980 et qui pourrait désormais contribuer à relever plusieurs défis majeurs: la sécurité alimentaire, la réduction des importations, le développement de l’élevage et la préservation de la fertilité des sols. La reprise de la culture de la betterave sucrière s’inscrit dans une stratégie nationale visant à redynamiser la production locale de sucre. La campagne lancée à Jendouba prévoit près de 3000 hectares de cultures destinées à alimenter l’usine de Ben Bechir, unique unité tunisienne spécialisée dans la transformation de la betterave sucrière. Les autorités misent sur des rendements moyens d’environ 45 tonnes par hectare, avec des performances supérieures dans les exploitations bénéficiant d’un bon encadrement technique. Au-delà de son intérêt économique, la betterave sucrière est une culture particulièrement performante. Sa racine contient généralement entre 15 et 20% de sucre naturel. Autrement dit, une récolte de 100 tonnes de betteraves peut fournir jusqu’à 15 à 20 tonnes de sucre. Cette richesse en saccharose fait de la betterave l’une des cultures les plus efficaces pour la production de sucre à l’hectare. L’un des principaux avantages de cette plante réside dans le fait que le sucre extrait de la betterave est naturellement blanc. Contrairement au sucre de canne, qui nécessite généralement un raffinage pour obtenir sa couleur blanche, le sucre de betterave est directement obtenu sous forme de cristaux blancs après extraction et cristallisation. Cette caractéristique représente un avantage industriel et économique important. Mais la valeur de la betterave sucrière ne se limite pas à la production de sucre. La filière repose sur une logique de valorisation intégrale de la plante. Les pulpes issues de l’extraction constituent un aliment de haute qualité pour les bovins et les ovins. Riches en énergie digestible, elles contribuent à améliorer la qualité du lait et de la viande tout en réduisant la dépendance aux aliments importés. La mélasse, autre sous-produit majeur de la transformation, trouve également de nombreux débouchés industriels. Elle est notamment utilisée dans la fabrication de la levure boulangère, indispensable à la filière du pain et des produits céréaliers. Ainsi, une seule culture permet simultanément de produire du sucre, des aliments pour le bétail et des matières premières destinées à l’industrie agroalimentaire. Sur le plan agronomique, la betterave sucrière représente un allié précieux pour les agriculteurs. Son intégration dans les rotations culturales favorise la fertilité des sols, améliore leur structure et facilite l’exploitation des éléments nutritifs par les cultures suivantes. Les céréales, notamment le blé, bénéficient souvent d’un effet précédent favorable après une culture de betterave. Cette culture joue également un rôle important dans la lutte contre les adventices. Son itinéraire technique spécifique permet de réduire la pression de nombreuses mauvaises herbes qui constituent un problème récurrent dans les systèmes céréaliers. À ce titre, la betterave sucrière participe à une meilleure gestion agronomique des parcelles et à une amélioration durable de leur potentiel productif. Lorsque les conditions de culture sont optimales — disponibilité de l’eau, semences adaptées, fertilisation équilibrée et accompagnement technique — la betterave sucrière peut atteindre des niveaux de productivité remarquables. Son rendement global, combinant production de sucre, alimentation animale et sous-produits industriels, en fait l’une des cultures les plus rentables et les plus complètes du secteur agricole. La relance de cette filière pourrait également générer des retombées économiques significatives pour le Nord-Ouest tunisien. Selon les estimations avancées lors de la reprise de la campagne betteravière, la production locale pourrait permettre de réduire les importations de sucre et d’économiser plusieurs dizaines de millions de dinars chaque année, tout en créant de la valeur ajoutée dans les zones rurales. Dans un contexte marqué par les défis du changement climatique, de la dépendance alimentaire et de la hausse des coûts des intrants agricoles, la betterave sucrière apparaît comme une culture d’avenir. Son retour à Bousalem ne symbolise pas seulement la renaissance d’une production agricole historique ; il incarne également la volonté de bâtir une agriculture plus résiliente, plus productive et davantage ancrée dans les principes de souveraineté alimentaire. La betterave sucrière n’est donc pas seulement une source de sucre. Elle constitue une véritable filière intégrée capable de relier agriculture, élevage, industrie agroalimentaire et développement territorial dans une même dynamique de création de richesse nationale. Sources Relance de la filière à Jendouba, 3000 ha programmés et rendement moyen de 45t/ha: La Presse de Tunisie. Teneur en sucre de la betterave (15 à 20%): Cultures Sucre. Sucre de betterave naturellement blanc et valorisation des pulpes et mélasses: Cultures Sucre. Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Pastèque rouge ou pastèque jaune: une question de couleur… ou bien plus? juin 19, 2026/Agrohealth Dr Fatma Rebai: Nos papilles sont-elles victimes de l’alimentation moderne ? juin 13, 2026/Dr Fatma Rebai L’amande tunisienne: un fruit qui accompagne les saisons juin 12, 2026/Agrohealth Le mûrier en Tunisie, un arbre discret entre mémoire rurale et richesse naturelle juin 8, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Été, voyages et festivités: comment garder une alimentation équilibrée et rester bien hydraté juin 12, 2026 Le rôle du consommateur dans la sécurité alimentaire: un maillon essentiel de la chaîne juin 9, 2026 Sécurité alimentaire, de la ferme à la table une responsabilité partagée juin 8, 2026 Load More Élevage Élevage de poules en Tunisie: une filière essentielle sous pression juin 5, 2026 L’élevage en Tunisie : des éleveurs sous pression, un secteur essentiel à préserver juin 1, 2026 Abeilles en Tunisie : ces précieuses ouvrières que le climat met à rude épreuve juin 1, 2026 Load More
Boumerira chez les animaux: comprendre cette maladie qui menace les troupeaux en Tunisie

PUB Actuagro Boumerira chez les animaux: comprendre cette maladie qui menace les troupeaux en Tunisie Une maladie redoutée par les éleveurs Dans le monde de l’élevage tunisien, peu de maladies suscitent autant d’inquiétude que la «Boumerira». Connue des agriculteurs pour sa brutalité, cette affection peut provoquer la mort soudaine d’ovins, de caprins ou de bovins apparemment en bonne santé. Chaque année, notamment lors des changements de régime alimentaire ou après les premières pousses de pâturages verts, les cas se multiplient et entraînent parfois des pertes économiques importantes pour les éleveurs. Face à cette situation, le ministère de l’Agriculture a appelé les professionnels du secteur à redoubler de vigilance et à adopter les mesures de prévention nécessaires afin de protéger leurs troupeaux. Qu’est-ce que la Boumerira? Derrière l’appellation populaire «Boumerira» se cache une maladie connue en médecine vétérinaire sous le nom d’entérotoxémie. Elle est généralement provoquée par la prolifération excessive de bactéries naturellement présentes dans l’intestin des animaux. Dans certaines conditions, ces bactéries produisent des toxines qui passent dans la circulation sanguine et affectent rapidement plusieurs organes vitaux. Cette maladie touche principalement les ruminants, en particulier les moutons et les chèvres, mais peut également affecter les bovins. Pourquoi apparaît-elle? La Boumerira est souvent associée à des changements brusques de l’alimentation. Lorsqu’un animal passe soudainement d’une alimentation sèche à une alimentation riche en herbe fraîche, ou lorsqu’il consomme une quantité importante de céréales et d’aliments concentrés, l’équilibre de son système digestif peut être perturbé. Les bactéries présentes dans l’intestin profitent alors de ces nouvelles conditions pour se multiplier rapidement et produire des toxines dangereuses. Ce phénomène explique pourquoi les périodes de pâturage printanier ou les changements de ration sont particulièrement sensibles. Une maladie qui frappe sans prévenir L’une des caractéristiques les plus préoccupantes de la Boumeria est sa rapidité d’évolution. Dans de nombreux cas, l’éleveur découvre un animal mort sans avoir observé de signes alarmants auparavant. Lorsque des symptômes apparaissent, ils peuvent se manifester par une perte d’appétit, un état de faiblesse générale, des troubles digestifs, une démarche instable ou encore des signes nerveux. Toutefois, l’évolution peut être si rapide que l’intervention devient difficile. Cette mortalité soudaine explique pourquoi la maladie est souvent considérée comme l’une des plus redoutables dans les élevages de petits ruminants. Un risque économique plus que sanitaire Les autorités vétérinaires rappellent que la Boumerira n’est pas transmissible à l’être humain. Elle ne représente donc aucun danger pour la santé publique et ne se transmet pas non plus directement d’un animal à un autre comme une maladie contagieuse classique. Son principal impact est économique. La perte d’animaux productifs peut affecter lourdement les revenus des éleveurs, en particulier dans les petites exploitations où chaque tête de bétail représente un investissement important. La prévention, une nécessité pour les éleveurs Face à une maladie dont l’évolution est souvent fulgurante, la prévention demeure la stratégie la plus efficace. Les spécialistes recommandent notamment d’introduire progressivement les changements alimentaires, d’éviter les excès de céréales, de surveiller l’état sanitaire du troupeau et de respecter les calendriers de vaccination établis par les services vétérinaires. La vaccination constitue aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces pour réduire les risques d’apparition de la maladie dans les élevages exposés. Elle doit être réalisée suffisamment tôt afin de permettre à l’animal de développer une protection efficace avant les périodes à risque. Un enjeu pour la durabilité de l’élevage tunisien Dans un contexte marqué par les changements climatiques, les fluctuations des ressources fourragères et l’augmentation du coût des aliments pour bétail, la gestion de l’alimentation animale devient un élément central de la rentabilité des exploitations. La Boumerira rappelle que la santé du troupeau dépend autant de la qualité des soins vétérinaires que des pratiques alimentaires quotidiennes. Sensibiliser les éleveurs aux transitions alimentaires progressives et aux mesures de prévention constitue donc un enjeu majeur pour renforcer la résilience de l’élevage tunisien. À retenir Bien que souvent mortelle, la Boumerira n’est ni contagieuse ni transmissible à l’homme. Cette maladie reste largement évitable grâce à une alimentation équilibrée, des transitions alimentaires progressives et une vaccination adaptée. La vigilance des éleveurs demeure la meilleure protection contre cette menace silencieuse qui continue de peser sur les troupeaux tunisiens. Sources Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche (Tunisie) – Communiqué de sensibilisation sur l’entérotoxémie («Boumeria»), juillet 2025 et janvier 2026TAP La Presse de Tunisie AgriTunisie Business News DirectInfo Tunisie Numérique Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Pastèque rouge ou pastèque jaune: une question de couleur… ou bien plus? juin 19, 2026/Agrohealth Dr Fatma Rebai: Nos papilles sont-elles victimes de l’alimentation moderne ? juin 13, 2026/Dr Fatma Rebai L’amande tunisienne: un fruit qui accompagne les saisons juin 12, 2026/Agrohealth Le mûrier en Tunisie, un arbre discret entre mémoire rurale et richesse naturelle juin 8, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Été, voyages et festivités: comment garder une alimentation équilibrée et rester bien hydraté juin 12, 2026 Le rôle du consommateur dans la sécurité alimentaire: un maillon essentiel de la chaîne juin 9, 2026 Sécurité alimentaire, de la ferme à la table une responsabilité partagée juin 8, 2026 Load More Élevage Élevage de poules en Tunisie: une filière essentielle sous pression juin 5, 2026 L’élevage en Tunisie : des éleveurs sous pression, un secteur essentiel à préserver juin 1, 2026 Abeilles en Tunisie : ces précieuses ouvrières que le climat met à rude épreuve juin 1, 2026 Load More
Le sel: cette richesse discrète qui nourrit, soigne… et interroge la Tunisie

PUB Actuagro Le sel: cette richesse discrète qui nourrit, soigne… et interroge la Tunisie Il est posé sur toutes les tables, glissé machinalement dans nos plats, présent dans le pain que nous mangeons chaque jour, dans les olives que nous dégustons ou dans les fromages que nous apprécions. Si familier qu’on ne lui prête presque plus attention, le sel fait pourtant partie des ressources les plus précieuses de l’histoire de l’humanité. Ces derniers jours, il s’est retrouvé au cœur de l’actualité tunisienne. Une enquête menée par la police fiscale s’intéresse aux pratiques de certaines sociétés exploitant les salines du pays. Les autorités cherchent à déterminer si des mécanismes de sous-évaluation des exportations auraient permis de transférer une partie des bénéfices réalisés à l’étranger, privant ainsi la Tunisie d’importantes recettes fiscales. Au-delà des conclusions auxquelles aboutiront ces investigations, une question s’impose: connaissons-nous réellement la valeur du sel? Car derrière chaque grain blanc se cache une histoire faite d’économie, de santé, d’industrie et même de souveraineté nationale. Un minéral indispensable à la vie Le sel que nous utilisons quotidiennement est principalement composé de chlorure de sodium (NaCl), une association naturelle entre le sodium et le chlore. Présent dans l’eau de mer, les marais salants ou les gisements souterrains, il accompagne l’humanité depuis des milliers d’années. Dans l’Antiquité, le sel était parfois plus précieux que l’or. Il servait à conserver les aliments bien avant l’invention des réfrigérateurs et faisait l’objet d’importantes routes commerciales. Certains historiens rapportent même que des soldats étaient partiellement rémunérés grâce à une allocation destinée à l’achat du sel, à l’origine du mot «salaire». Aujourd’hui encore, malgré sa banalité apparente, il demeure essentiel à notre existence. Pourquoi notre organisme a-t-il besoin de sel? Contrairement aux idées reçues, le sel n’est pas un ennemi. Notre corps en a besoin pour fonctionner correctement. Le sodium qu’il contient participe à l’équilibre des liquides de l’organisme. Il permet aux cellules de maintenir leur hydratation et aide à réguler les échanges entre l’intérieur et l’extérieur des cellules. Il joue également un rôle fondamental dans la transmission des messages nerveux. Sans sodium, le cerveau ne pourrait pas communiquer efficacement avec les muscles, les organes ou les différents tissus du corps. Le sel intervient aussi dans la contraction musculaire, y compris celle du cœur. Il contribue enfin au maintien d’une pression artérielle normale lorsque sa consommation reste adaptée aux besoins de l’organisme. Autrement dit, sans une certaine quantité de sodium, la vie telle que nous la connaissons serait impossible. Quand l’indispensable devient excessif Mais si le sel est nécessaire, l’excès peut devenir problématique. L’Organisation mondiale de la Santé recommande de ne pas dépasser environ cinq grammes de sel par jour chez l’adulte, soit l’équivalent d’une cuillère à café. Pourtant, dans de nombreuses régions du monde, la consommation réelle dépasse largement cette quantité. Le principal piège ne vient pas toujours de la salière. Une grande partie du sel que nous absorbons est «cachée» dans les aliments transformés: pain industriel, charcuteries, fromages, sauces, biscuits apéritifs, soupes prêtes à consommer ou plats préparés. Une consommation excessive et prolongée peut favoriser l’apparition de l’hypertension artérielle, augmenter le risque de maladies cardiovasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux, solliciter davantage les reins et entraîner une rétention d’eau chez certaines personnes. À l’inverse, des apports insuffisants, notamment lors de fortes chaleurs ou d’efforts physiques importants accompagnés d’une transpiration excessive, peuvent provoquer fatigue, vertiges ou crampes musculaires. Comme souvent en nutrition, la clé réside dans l’équilibre. Bien plus qu’un condiment Réduire le sel à son seul usage culinaire serait pourtant une erreur. Il joue un rôle essentiel dans l’industrie alimentaire où il permet de conserver certains produits et d’assurer leur sécurité sanitaire. Olives, conserves, fromages ou marinades lui doivent une partie de leur stabilité. Le secteur médical l’utilise quotidiennement à travers les solutions physiologiques destinées à l’hydratation, au nettoyage des plaies ou aux lavages nasaux. L’industrie chimique en fait une matière première stratégique pour fabriquer du chlore, de la soude caustique, des détergents, des plastiques ou encore certains médicaments. Dans le traitement de l’eau, il intervient dans les systèmes d’adoucissement destinés à réduire la dureté de l’eau. Même l’élevage ne peut s’en passer. Les animaux ont eux aussi besoin d’apports en sodium pour assurer leur croissance, leur reproduction et leur équilibre physiologique. Le sel est partout, souvent là où nous ne l’attendons pas. Une richesse tunisienne méconnue La Tunisie possède un patrimoine salin remarquable. Grâce à ses conditions climatiques favorables et à ses nombreuses salines réparties notamment à Sfax, Gabès, Monastir, Mahdia, Sousse ou Zarzis, le pays produit chaque année près de deux millions de tonnes de sel. Une grande partie de cette production est destinée à l’exportation, qu’il s’agisse de sel alimentaire ou de sel à usage industriel. L’enquête actuellement menée par les autorités remet ainsi en lumière une réalité souvent ignorée: le sel représente bien davantage qu’un simple ingrédient de cuisine. Il constitue une ressource économique importante, capable de générer des emplois, des devises et des recettes fiscales. Si les soupçons de manipulation des prix devaient être confirmés, cela soulèverait la question de la juste valorisation des richesses naturelles tunisiennes. Si, au contraire, aucune irrégularité majeure n’était démontrée, cette affaire aura au moins eu le mérite d’ouvrir un débat national sur la gouvernance des ressources du pays. Le saviez-vous? Le corps humain contient environ 250 grammes de sel. La fameuse «fleur de sel», récoltée délicatement à la surface des marais salants, compte parmi les sels les plus recherchés au monde pour ses qualités gustatives. Et si le sel marin, le sel gemme ou le sel raffiné présentent des textures et des origines différentes, ils sont tous constitués majoritairement de chlorure de sodium. Redonner au sel sa juste place Le sel est un paradoxe à lui seul.
Sana Smaoui: L’hydroponie est une réponse indispensable aux défis hydriques et alimentaires de la Tunisie

PUB Actuagro Sana Smaoui: L’hydroponie est une réponse indispensable aux défis hydriques et alimentaires de la Tunisie Propos recueillis par Mariem Zouari – Réduire jusqu’à 90 % la consommation d’eau tout en augmentant les rendements agricoles: l’hydroponie pourrait-elle devenir l’une des réponses aux défis alimentaires et climatiques de la Tunisie? Pour Sana Smaoui, ingénieure agronome et secrétaire générale du Conseil régional de l’Ordre des ingénieurs tunisiens de Sfax, la réponse est sans équivoque. Entre opportunités, contraintes et ambitions, elle expose dans cet entretien sa vision d’une agriculture plus résiliente, plus innovante et moins dépendante des ressources naturelles, capable de garantir la sécurité alimentaire des générations futures. Interview État des lieux de l’hydroponie en Tunisie 1) Où en est aujourd’hui le développement de l’hydroponie en Tunisie ? L’hydroponie en Tunisie est encore à un stade émergent et d’exploration. Bien que nous comptions plusieurs projets pilotes très réussis, portés par de jeunes promoteurs audacieux et des entreprises agricoles innovantes, cette technique n’est pas encore structurellement vulgarisée à grande échelle à travers le pays. 2) Quelles sont les principales cultures produites en hydroponie dans le pays ? La production se concentre actuellement sur les cultures à haute valeur ajoutée, notamment la tomate (en particulier la tomate cerise), le poivron, les fraises, ainsi que les plantes aromatiques et les légumes-feuilles (comme la laitue). De plus, on assiste à un intérêt croissant pour l’orge hydroponique (fourrage vert), qui s’impose comme une alternative stratégique pour les éleveurs face à la cherté des aliments de bétail et aux sécheresses successives. 3) Existe-t-il des régions tunisiennes particulièrement adaptées à cette technique ? Théoriquement, l’hydroponie s’affranchit du sol et peut s’installer partout. Cependant, les régions du Sud tunisien (Tozeur, Kebili) et les zones confrontées à la salinité des eaux ou à des sols incultes sont les plus propices. L’abondance de l’énergie solaire et la possibilité de dessaler des eaux saumâtres pour les utiliser en circuit fermé y rendent cette technologie hautement rentable. Les régions du Centre et du Cap-Bon connaissent également une dynamique d’investissement très positive. Gestion de l’eau et changement climatique 1) Dans quelle mesure l’hydroponie peut-elle contribuer à réduire la consommation d’eau en Tunisie? Face au stress hydrique sévère que subit la Tunisie, l’hydroponie représente une solution incontournable. Elle permet de réduire la consommation d’eau de 70% à 90% par rapport à l’agriculture conventionnelle, car l’eau circule dans un système fermé où les pertes par infiltration et par évaporation sont quasi nulles. 2) Quels sont les gains réels en eau par rapport à l’agriculture traditionnelle? À titre d’exemple, là où la culture en sol nécessite des centaines de litres d’eau pour produire un kilogramme de légumes, le système hydroponique n’en utilise qu’une fraction minimale. L’efficience de l’utilisation de l’eau (Water Use Efficiency) est ainsi maximisée. 3) L’hydroponie peut-elle constituer une réponse durable au stress hydrique que connaît la Tunisie? Oui, c’est une réponse non seulement durable mais désormais indispensable. Nous ne pouvons plus continuer à puiser de manière irréversible dans nos nappes phréatiques. L’agriculture hors-sol garantit la continuité de la production alimentaire avec un minimum de ressources hydriques, indépendamment des aléas climatiques. Rentabilité et investissement 1) Quel investissement initial faut-il prévoir pour lancer une exploitation hydroponique? Le coût de départ reste relativement élevé. Il exige des infrastructures modernes (serres climatisées et contrôlées, systèmes d’irrigation automatisés, capteurs, substrats de qualité et parfois des unités de traitement de l’eau). Le budget varie considérablement selon la superficie et le degré technologique choisi. 2) Après combien d’années un projet hydroponique devient-il rentable? Un projet bien géré devient généralement rentable après 3 à 5 ans. 3) Quels sont les principaux freins économiques au développement de cette filière? • Le savoir-faire et les compétences techniques. • Le coût élevé des équipements technologiques importés. • L’accès difficile aux financements bancaires. • Le coût de l’énergie. Sécurité alimentaire et souveraineté agricole 1) L’hydroponie peut-elle contribuer à renforcer la sécurité alimentaire de la Tunisie? L’hydroponie est un pilier de l’agriculture de demain. Sa force réside dans la production continue tout au long de l’année et des rendements à l’hectare nettement supérieurs. 2) Cette technologie pourrait-elle réduire la dépendance aux importations de certains produits agricoles? Elle peut fortement réduire notre dépendance pour certains produits maraîchers et renforcer la souveraineté fourragère. Innovation et technologie 1) Quel rôle jouent les technologies numériques (capteurs, intelligence artificielle, automatisation) dans les systèmes hydroponiques modernes? Elles constituent le cerveau des systèmes hydroponiques modernes. 2) Les agriculteurs tunisiens sont-ils suffisamment formés pour adopter ces technologies? Il existe encore un fossé technologique nécessitant un accompagnement et une formation continue. Questions stratégiques pour un entretien de haut niveau 1) Si vous deviez conseiller le gouvernement tunisien, quelles mesures prioritaires recommanderiez-vous pour développer l’hydroponie? • Inscrire l’hydroponie et l’agriculture intelligente comme secteurs stratégiques. • Accorder des exonérations douanières et fiscales. • Créer des lignes de crédit spécifiques. 2) Quels sont les principaux obstacles réglementaires ou administratifs à lever? La lourdeur bureaucratique et l’absence d’un cahier des charges clair. 3) Selon vous, où sera l’hydroponie tunisienne dans dix ans (2036)? Je la vois généralisée et démocratisée. 4) La Tunisie peut-elle devenir un leader régional de l’agriculture hors-sol en Afrique du Nord? Oui, la Tunisie a tous les atouts pour réussir. 5) Quel modèle économique serait le plus adapté aux petits agriculteurs tunisiens souhaitant se convertir à l’hydroponie? Le modèle coopératif intelligent (SMSA / Groupements). Question de conclusion 1) Si vous aviez une seule décision stratégique à prendre aujourd’hui pour accélérer le développement de l’hydroponie en Tunisie, laquelle serait-elle? «Si j’avais une seule décision stratégique à prendre aujourd’hui pour accélérer le développement de l’hydroponie en Tunisie, ce serait: la création immédiate d’une Agence Nationale pour la Transition Agricole et les Technologies Hydroponiques en partenariat direct avec l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens». Maîtriser et produire la technologie localement permettra de réduire le coût de l’investissement initial de plus de 50%, rendant cette innovation accessible à tous nos agriculteurs et garantissant notre souveraineté alimentaire et hydrique. Lire également L’hydroponie : cultiver sans sol pour économiser
Pastèque rouge ou pastèque jaune: une question de couleur… ou bien plus?

PUB Chronique Pastèque rouge ou pastèque jaune: une question de couleur… ou bien plus? À l’arrivée de l’été, la pastèque s’impose comme le fruit rafraîchissant par excellence. Si la majorité des consommateurs tunisiens connaissent la traditionnelle pastèque à chair rouge, une autre variété attire de plus en plus la curiosité: la pastèque jaune. Sa couleur surprenante suscite de nombreuses interrogations. Est-elle plus sucrée ? Plus nutritive ? Meilleure pour la santé ? Ou s’agit-il simplement d’une différence esthétique ? Contrairement à certaines idées reçues, la pastèque jaune n’est ni un fruit génétiquement modifié ni le résultat d’un croisement récent. Elle existe depuis plusieurs siècles et fait partie des variétés anciennes de la même espèce botanique, Citrullus lanatus. La principale différence réside dans les pigments naturels responsables de la couleur de la chair. La chair rouge de la pastèque classique doit sa teinte au lycopène, un puissant antioxydant également présent dans la tomate. Ce composé est reconnu pour ses propriétés protectrices contre le stress oxydatif et son rôle potentiel dans la prévention de certaines maladies cardiovasculaires et de certains cancers. La pastèque jaune, quant à elle, contient très peu de lycopène. Sa couleur provient principalement d’autres pigments de la famille des caroténoïdes, notamment le bêta-carotène, précurseur de la vitamine A. Ce dernier contribue au maintien d’une bonne vision, au bon fonctionnement du système immunitaire et à la santé de la peau. Mais la couleur influence-t-elle le goût? En réalité, les différences gustatives existent, même si elles restent variables selon les variétés, le degré de maturité et les conditions de culture. La pastèque rouge offre généralement une saveur fraîche et légèrement acidulée, avec l’arôme que la plupart des consommateurs associent aux étés de leur enfance. La pastèque jaune est souvent décrite comme plus douce, avec des notes rappelant le miel, l’abricot ou parfois la mangue. Certains la trouvent plus sucrée, tandis que d’autres préfèrent la fraîcheur plus classique de la chair rouge. Sur le plan nutritionnel, les deux fruits présentent de nombreuses similitudes. Composées à plus de 90% d’eau, elles constituent d’excellentes alliées pour l’hydratation durant les fortes chaleurs. Elles apportent peu de calories – environ 30 kcal pour 100 grammes – tout en fournissant des vitamines et des minéraux intéressants. Les deux variétés renferment notamment de la vitamine C, qui participe aux défenses immunitaires, du potassium, essentiel au bon fonctionnement musculaire et à l’équilibre hydrique de l’organisme, ainsi que des fibres favorisant le confort digestif. La différence majeure concerne donc surtout la nature des antioxydants: davantage de lycopène dans la pastèque rouge et davantage de bêta-carotène dans la pastèque jaune. Faut-il alors privilégier l’une plutôt que l’autre? D’un point de vue nutritionnel, aucune ne peut être considérée comme supérieure. Elles possèdent chacune leurs atouts. La pastèque rouge séduira ceux qui recherchent les bienfaits associés au lycopène, tandis que la pastèque jaune offrira une source intéressante de caroténoïdes. L’idéal reste d’alterner les couleurs dans son alimentation afin de bénéficier de la diversité des composés protecteurs naturellement présents dans les fruits et légumes. Au final, choisir entre une pastèque rouge et une pastèque jaune relève autant du plaisir que de la nutrition. Derrière cette simple différence de couleur se cache une belle illustration de la richesse de la biodiversité alimentaire: deux fruits issus de la même espèce, mais offrant des expériences gustatives et des profils nutritionnels légèrement différents. Alors, cet été, pourquoi ne pas laisser la curiosité guider votre prochain choix au marché? Le saviez-vous ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la pastèque jaune n’est pas une création récente. Elle est même considérée comme l’une des formes les plus anciennes de la pastèque. Les premières pastèques cultivées en Afrique présentaient souvent une chair pâle, jaune ou orangée, bien avant que les variétés rouges, riches en lycopène, ne s’imposent comme les plus populaires à travers le monde. lire plus Sécurité alimentaire, de la ferme à la table une responsabilité partagée Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Pastèque rouge ou pastèque jaune: une question de couleur… ou bien plus? juin 19, 2026/Agrohealth Dr Fatma Rebai: Nos papilles sont-elles victimes de l’alimentation moderne ? juin 13, 2026/Dr Fatma Rebai L’amande tunisienne: un fruit qui accompagne les saisons juin 12, 2026/Agrohealth Le mûrier en Tunisie, un arbre discret entre mémoire rurale et richesse naturelle juin 8, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Été, voyages et festivités: comment garder une alimentation équilibrée et rester bien hydraté juin 12, 2026 Le rôle du consommateur dans la sécurité alimentaire: un maillon essentiel de la chaîne juin 9, 2026 Sécurité alimentaire, de la ferme à la table une responsabilité partagée juin 8, 2026 Load More Élevage Élevage de poules en Tunisie: une filière essentielle sous pression juin 5, 2026 L’élevage en Tunisie : des éleveurs sous pression, un secteur essentiel à préserver juin 1, 2026 Abeilles en Tunisie : ces précieuses ouvrières que le climat met à rude épreuve juin 1, 2026 Load More
Tomate en Tunisie: une filière stratégique au cœur de l’agriculture nationale

PUB Actuagro Tomate en Tunisie: une filière stratégique au cœur de l’agriculture nationale Rouge, charnue et présente dans presque toutes les cuisines tunisiennes, la tomate fait partie du quotidien des ménages. Pourtant, derrière chaque ojja, chaque slata méchouia ou chaque cuillerée de concentré se cache une filière agricole et industrielle d’une importance capitale pour le pays. Des champs aux unités de transformation, elle mobilise des milliers de producteurs, génère de nombreux emplois et participe à la sécurité alimentaire nationale. La Tunisie a construit au fil des décennies un véritable savoir-faire dans la production de tomate destinée à la transformation industrielle. Selon les données du Groupement interprofessionnel des conserves alimentaires (GICA), plus de 10 000 producteurs cultivent chaque année près de 18 000 hectares de tomates industrielles. La production nationale avoisine en moyenne un million de tonnes par campagne, avec des variations liées aux conditions climatiques et à la disponibilité de l’eau. Certaines années particulièrement favorables ont même permis de dépasser ce seuil, à l’image de la campagne 2015 qui avait enregistré une récolte de plus de 1,2 million de tonnes. Cette production repose sur plusieurs bassins agricoles historiques. Le Cap Bon demeure l’un des symboles de cette culture, grâce à une longue tradition maraîchère et à la proximité des unités de transformation. D’autres régions contribuent également à faire vivre cette filière, notamment Béja, Bizerte, Jendouba, Kairouan et Sidi Bouzid. Durant la saison estivale, ces zones se transforment en véritables ruches où les récoltes s’enchaînent afin d’alimenter les usines dans les meilleurs délais. Car la tomate tunisienne poursuit rapidement son parcours après avoir quitté les champs. Quelques heures seulement après la récolte, les fruits sont transportés vers les unités industrielles où ils sont triés, lavés, broyés puis concentrés avant d’être conditionnés. Cette rapidité est essentielle pour préserver les qualités du produit et garantir sa conformité aux exigences du marché. Le double concentré de tomate s’est ainsi imposé comme le produit phare de cette industrie. Il représente près de 90% des conserves de fruits et légumes produites en Tunisie et constitue l’un des aliments les plus présents dans les placards des ménages. Plus qu’un simple condiment, il est devenu un élément indissociable des habitudes culinaires tunisiennes. La campagne 2026 s’annonce toutefois dans un contexte marqué par plusieurs défis. Selon des informations relayées par la presse nationale, les stocks de concentré de tomate disponibles avant le lancement de la nouvelle saison étaient estimés entre 50 000 et 60 000 tonnes, contre environ 30 000 tonnes à la même période l’année précédente. Si cette situation témoigne d’une certaine stabilité de l’approvisionnement, les professionnels du secteur continuent d’alerter sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés. La raréfaction des ressources en eau, l’augmentation des coûts des intrants agricoles, la hausse des charges de production et les effets de plus en plus perceptibles du changement climatique exercent une pression croissante sur les exploitations. Dans certaines régions, le vieillissement des réseaux d’irrigation et l’apparition de maladies affectant les cultures viennent également fragiliser les rendements. Malgré ces contraintes, la tomate demeure l’une des filières les plus stratégiques de l’agriculture tunisienne. Elle fait vivre des milliers de familles, soutient une industrie agroalimentaire solidement implantée et contribue à l’autonomie alimentaire du pays. Derrière ce fruit devenu incontournable se dessine ainsi toute une chaîne de valeur, faite de savoir-faire, d’efforts et d’adaptation permanente. À l’heure où la Tunisie cherche à renforcer la résilience de son système agricole face aux défis climatiques et économiques, l’avenir de la filière tomate dépendra de sa capacité à innover, à préserver ses ressources et à mieux valoriser sa production. Car derrière chaque boîte de concentré que l’on ouvre dans une cuisine tunisienne, c’est une part essentielle de l’agriculture nationale qui continue de battre. Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Dr Fatma Rebai: Nos papilles sont-elles victimes de l’alimentation moderne ? juin 13, 2026/Dr Fatma Rebai L’amande tunisienne: un fruit qui accompagne les saisons juin 12, 2026/Agrohealth Le mûrier en Tunisie, un arbre discret entre mémoire rurale et richesse naturelle juin 8, 2026/Agrohealth Ras El Am El Arbi: quand les traditions culinaires tunisiennes perpétuent la sagesse des anciens juin 8, 2026/Agrohealth PUB Actuhealth Été, voyages et festivités: comment garder une alimentation équilibrée et rester bien hydraté juin 12, 2026 Le rôle du consommateur dans la sécurité alimentaire: un maillon essentiel de la chaîne juin 9, 2026 Sécurité alimentaire, de la ferme à la table une responsabilité partagée juin 8, 2026 Load More Élevage Élevage de poules en Tunisie: une filière essentielle sous pression juin 5, 2026 L’élevage en Tunisie : des éleveurs sous pression, un secteur essentiel à préserver juin 1, 2026 Abeilles en Tunisie : ces précieuses ouvrières que le climat met à rude épreuve juin 1, 2026 Load More
Les barrages en Tunisie: des réservoirs stratégiques au service de l’agriculture et de la sécurité alimentaire

PUB Actuagro Les barrages en Tunisie: des réservoirs stratégiques au service de l’agriculture et de la sécurité alimentaire L’histoire des barrages en Tunisie remonte à plusieurs décennies. Parmi les ouvrages hydrauliques emblématiques figure le barrage de Mellègue, construit entre 1949 et 1956 durant la période du Protectorat français. À l’époque, ce projet représentait l’un des plus importants chantiers hydrauliques du pays, avec pour objectifs la protection contre les inondations, l’irrigation de la vallée de la Medjerda et la production d’électricité. Plus de soixante-dix ans après sa mise en service, cet ouvrage continue de jouer un rôle stratégique dans la gestion des ressources hydriques tunisiennes. L’incident de fuite d’eau signalé récemment au barrage de Mellègue, situé dans le gouvernorat du Kef, au nord-ouest de la Tunisie, a rappelé l’importance stratégique des infrastructures hydrauliques dans la gestion des ressources en eau. Les eaux de ce barrage alimentent notamment le bassin de l’Oued Medjerda, véritable colonne vertébrale hydraulique du pays. Cet événement a remis en lumière le rôle crucial des barrages dans la préservation des réserves d’eau, le soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire nationale. Dans un contexte marqué par les changements climatiques, l’irrégularité des précipitations et les périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, les barrages permettent de stocker les eaux de pluie durant les saisons humides afin de les mobiliser lorsque les besoins agricoles augmentent. L’agriculture tunisienne dépend fortement de l’eau d’irrigation, notamment dans les régions productrices de céréales, de légumes, d’agrumes, d’olives et de cultures maraîchères. Grâce aux barrages, les agriculteurs peuvent bénéficier d’un approvisionnement plus régulier en eau, ce qui contribue à améliorer les rendements, à sécuriser les récoltes et à limiter les pertes liées au stress hydrique. Les barrages jouent également un rôle fondamental dans la recharge des nappes phréatiques et dans la protection contre les inondations. En retenant les eaux lors des épisodes pluvieux intenses, ils permettent de réduire les risques de crues tout en valorisant une ressource précieuse qui serait autrement perdue vers la mer. Après plusieurs années de sécheresse, la situation hydraulique de la Tunisie s’est nettement améliorée grâce aux pluies enregistrées au cours de la dernière saison. Le taux de remplissage des barrages a dépassé les 58%, atteignant même plus de 60% dans certaines périodes, offrant ainsi un répit au secteur agricole et renforçant les réserves stratégiques du pays. Toutefois, les experts soulignent que cette amélioration ne doit pas masquer les défis liés à l’évaporation, au changement climatique et à la nécessité d’une gestion plus durable de l’eau. Face à ces enjeux, les barrages demeurent un outil indispensable pour garantir la résilience de l’agriculture tunisienne. Leur entretien, leur modernisation et leur intégration dans une politique globale de gestion des ressources hydriques représentent aujourd’hui une priorité nationale pour préserver la sécurité alimentaire et soutenir le développement rural. Dans un pays où chaque goutte d’eau compte, les barrages ne sont pas seulement des ouvrages d’ingénierie: ils sont les gardiens silencieux de l’agriculture et de l’avenir alimentaire de la Tunisie. À l’heure où les défis liés à l’eau deviennent de plus en plus pressants, une question mérite d’être posée: la concentration de la majorité des grands barrages dans le nord du pays est-elle suffisante pour répondre durablement aux besoins de l’ensemble des régions tunisiennes? Certaines zones du centre et du sud disposent pourtant d’ouvrages hydrauliques qui pourraient être davantage valorisés. C’est notamment le cas de la région de Sfax, où des canaux et infrastructures ont été aménagés à la suite des inondations de 1981 afin de protéger les zones urbaines contre les crues. Aujourd’hui, ces aménagements pourraient également alimenter la réflexion sur les moyens de récupérer et de stocker une partie des eaux de ruissellement au lieu de les voir se déverser en mer. Bien que Sfax figure parmi les régions les moins arrosées du pays, les épisodes de pluies d’origine orientale peuvent parfois être abondants, voire exceptionnels. Dès lors, ne serait-il pas opportun d’explorer davantage les solutions complémentaires telles que les lacs collinaires, la collecte des eaux pluviales, la recharge artificielle des nappes ou encore la réutilisation des eaux traitées? Loin de la question des barrages, et sans nous attarder sur les polémiques relayées dans les médias — un terrain qui nous entraînerait dans d’innombrables controverses et où les accusations se tourneraient vers ceux qui sont mieux placés que quiconque pour connaître les responsabilités liées aux décennies de négligence et au manque d’entretien des infrastructures hydrauliques — nous nous limiterons à ce qu’impose notre ligne éditoriale. La véritable question qui se pose aujourd’hui est celle d’une gestion plus équilibrée et plus innovante des ressources en eau, afin de garantir l’avenir de l’agriculture et de préserver la sécurité alimentaire en Tunisie. Donc faut-il continuer à concentrer les infrastructures de stockage de l’eau dans le nord du pays, ou est-il temps d’imaginer de nouvelles solutions adaptées aux réalités climatiques du centre et du sud tunisien ? Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? 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Produire davantage ou consommer plus intelligemment? La voie vers une alimentation durable en Tunisie

PUB Actuagro Produire davantage ou consommer plus intelligemment? La voie vers une alimentation durable en Tunisie Dans un monde où les étals des marchés semblent encore bien garnis, il est facile d’oublier que chaque tomate, chaque miche de pain ou chaque goutte d’huile d’olive est le fruit d’un équilibre fragile entre la terre, l’eau, le climat et le travail humain. Pourtant, cet équilibre est aujourd’hui mis à rude épreuve. Les épisodes de sécheresse se multiplient, les ressources naturelles s’amenuisent et les besoins alimentaires d’une population mondiale en constante croissance ne cessent d’augmenter. Face à cette réalité, une question essentielle s’impose: faut-il produire davantage pour nourrir la population, ou apprendre à consommer plus intelligemment? En vérité, l’avenir de notre alimentation ne réside ni dans l’une ni dans l’autre de ces options prises isolément. Il repose sur une approche plus globale: l’exploitation durable des ressources agricoles etalimentaires. Produire sans épuiser Pendant longtemps, l’augmentation des rendements agricoles a été considérée comme la réponse naturelle à l’insécurité alimentaire. Produire plus semblait synonyme de progrès. Mais à quel prix ? Dans plusieurs régions du monde, et notamment en Tunisie, l’intensification agricole s’est accompagnée d’une pression croissante sur les ressources en eau, d’une dégradation progressive des sols et d’un recours important aux intrants chimiques. Cette logique productiviste a permis de répondre à des besoins immédiats, mais elle a parfois négligé une question fondamentale: que restera-t-il demain si nous consommons aujourd’hui les ressources plus vitequ’elles ne peuvent se renouveler? L’exploitation durable des ressources agricoles propose justement un changement de perspective. Elle consiste à satisfaire les besoins alimentaires actuels tout en préservant la capacité des générations futures à se nourrir.Autrement dit, produire, oui, mais sans compromettre l’avenir. L’eau est le véritable défi tunisien En Tunisie, la question de l’eau est devenue centrale. Les années de sécheresse successives ont rappelé à quel point cette ressource est précieuse et vulnérable. Or, l’agriculture demeure le principal utilisateur des ressources hydriques du pays. Dans ce contexte, la modernisation des pratiques d’irrigation apparaît comme une nécessité. Le recours au goutte-à-goutte, la récupération des eaux de pluie, le suivi des besoins réels des cultures ou encore l’utilisation raisonnée des ressources disponibles peuvent permettre d’économiser des volumesconsidérables. Le défi n’est donc pas seulement de disposer de davantage d’eau, mais surtout d’apprendre à mieux la gérer. Préserver la terre qui nous nourrit La fertilité des sols est souvent considérée comme acquise. Pourtant, elle constitue l’un des patrimoines les plus précieux d’une nation agricole. La réduction du travail intensif du sol, la rotation des cultures, l’utilisation d’amendements organiques ou encore les pratiques de conservation permettent de maintenir la vie biologique des terres agricoles et d’enpréserver la productivité. Car un sol dégradé ne menace pas uniquement les récoltes d’une saison, il fragilise durablement la sécurité alimentaire du pays. Innover sans renier les savoir-faire La transition vers une agriculture durable ne signifie pas un retour en arrière. Elle suppose au contraire d’allier innovation et tradition. L’agriculture intelligente face au climat offre aujourd’hui des solutions prometteuses: variétés plus résistantes à la sécheresse, outils numériques d’aide à la décision, suivi des parcelles à distance ou encore techniquespermettant d’optimiser chaque apport en eau ou en fertilisants. Dans le même temps, les variétés locales, adaptées depuis des décennies aux conditions tunisiennes, représentent un patrimoine génétique précieux qu’il convient de préserver et de valoriser. L’avenir appartient sans doute à cette alliance entre les connaissances ancestrales des agriculteurs et les avancées scientifiques contemporaines. Le gaspillage est l’ennemi silencieux Une autre contradiction interpelle: alors que des millions de personnes peinent à accéder à une alimentation suffisante, une quantité considérable de nourriture est perdue ou gaspillée. Le gaspillage alimentaire ne représente pas seulement une perte économique. Lorsqu’un aliment est jeté, ce sont également l’eau, l’énergie, le travail humain et les ressources mobilisées pour sa production qui disparaissent avec lui. En Tunisie, les pertes après récolte demeurent importantes pour certaines productions agricoles. Elles résultent souvent de conditions de stockage inadaptées, d’insuffisances logistiques ou encore de comportements de consommation peu responsables. Réduire ces pertes constitue probablement l’une des stratégies les plus efficaces pour renforcer notre sécurité alimentaire sans accroître la pression sur les ressources naturelles. Le consommateur est un acteur du changement La durabilité ne se joue pas uniquement dans les champs. Elle commence aussi dans nos cuisines. Acheter selon ses besoins réels, éviter les excès, privilégier les produits de saison, valoriser les circuits courts et respecter les aliments sont autant de gestes simples qui participent à la préservation des ressources. Le consommateur n’est plus un spectateur passif. Par ses choix quotidiens, il influence les modes de production et encourage des pratiques plus responsables. Chaque repas devient ainsi un acte citoyen. Une responsabilité collective Construire un système alimentaire durable ne peut reposer uniquement sur les épaules des agriculteurs. Cette transformation nécessite des politiques publiques ambitieuses, des investissements dans la recherche, un accompagnement technique des producteurs, une meilleure organisation des filières et unesensibilisation accrue des citoyens. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse largement la seule question agricole. Il touche à la souveraineté alimentaire, à la résilience face aux changements climatiques et à la capacité du pays à garantir à sa population une alimentation saine, accessible et durable. Nourrir aujourd’hui sans affamer demain Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir s’il faut produire davantage ou consommer plus intelligemment. Elle consiste plutôt à apprendre à faire les deux autrement. Produire mieux, avec moins de gaspillage et davantage de respect pour les ressources naturelles. Consommer avec plus de conscience, en reconnaissant la valeur du travail agricole et des aliments qui arrivent jusqu’à nos tables. L’exploitation durable des ressources agricoles et alimentaires n’est ni un slogan ni un luxe réservé aux pays riches. C’est une nécessité humaine, économique et écologique. Car préserver l’eau, protéger les sols et limiter le gaspillage, c’est finalement protéger bien plus que notre environnement: c’est préserver notre droit fondamental à nous nourrir dignement aujourd’hui, tout en garantissant celui des générations futures. Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ?
Aliments pour bétail en Tunisie: un enjeu majeur pour la souveraineté alimentaire

PUB Actuagro Aliments pour bétail en Tunisie: un enjeu majeur pour la souveraineté alimentaire Le secteur des aliments pour bétail occupe une place stratégique dans l’économie tunisienne. Son importance dépasse largement le cadre agricole puisqu’il influence directement les coûts de production du lait, des viandes rouges, de la volaille et des œufs. En 2026, la Tunisie demeure fortement dépendante des marchés internationaux pour couvrir ses besoins en matières premières destinées à l’alimentation animale, une situation qui expose l’ensemble de la filière aux fluctuations des prix mondiaux, à la volatilité du fret maritime et aux variations du taux de change. La composition des aliments pour bétail repose principalement sur trois matières premières. Le maïs constitue la principale source d’énergie pour les élevages avicoles, tandis que le tourteau de soja fournit les protéines indispensables à la croissance et aux performances des animaux. L’orge, quant à elle, demeure un aliment essentiel pour les élevages ovins et contribue également à l’alimentation des bovins. Malgré une amélioration de la production céréalière locale grâce à une pluviométrie plus favorable, la Tunisie continue d’importer l’essentiel de ses besoins en maïs, en soja et l’orge. Les importations annuelles de maïs oscillent généralement entre 1,0 et 1,3 million de tonnes. Celles du soja avoisinent les 600 000 tonnes, tandis que les importations d’orge sur les marchés internationaux varient généralement entre 350 000 et 800 000 tonnes selon le niveau de la récolte nationale et les conditions climatiques. Lors des campagnes agricoles favorables, caractérisées par une bonne pluviométrie et une production locale satisfaisante, les achats extérieurs se limitent généralement à 350 000–450 000 tonnes. En revanche, durant les années de sécheresse, lorsque les disponibilités nationales diminuent, les besoins d’importation peuvent atteindre entre 600 000 et 800 000 tonnes. Dans des situations exceptionnelles marquées par de graves déficits de production, les volumes importés peuvent même avoisiner 900 000 tonnes, bien que ces niveaux demeurent relativement rares. Au total, plus de deux millions de tonnes de matières premières destinées à l’alimentation animale sont importées chaque année. Les principaux fournisseurs de maïs sont l’Ukraine, le Brésil, la Roumanie et, selon les campagnes, l’Argentine ou les États-Unis. Avant les perturbations géopolitiques affectant la région de la mer Noire, l’Ukraine occupait une place dominante dans les approvisionnements tunisiens en cette céréale. Concernant le soja, le Brésil domine largement les échanges grâce à sa compétitivité et à l’ampleur de sa production. Les États-Unis et l’Argentine figurent également parmi les principaux fournisseurs. Pour l’orge, les approvisionnements proviennent principalement de la France, de la Roumanie, de la Russie et de l’Ukraine. Sur le plan financier, les importations de maïs représentent entre 300 et 350 millions de dollars par an. Celles du soja dépassent généralement 260 millions de dollars, tandis que la facture des importations d’orge oscille entre 80 et 150 millions de dollars selon les campagnes agricoles. Au total, les dépenses consacrées aux trois principales matières premières utilisées dans les aliments composés sont estimées entre 650 et 750 millions de dollars par an, soit près de 2 à 2,3 milliards de dinars tunisiens aux taux de change observés en 2026. Ces montants ne tiennent pas compte des coûts de transport, de stockage, d’assurance ou de transformation. L’impact des aliments pour bétail sur les filières de production animale est considérable. Dans le secteur avicole, ils représentent souvent entre 70 % et 80 % du coût total de production. Toute hausse des prix du maïs ou du soja se répercute rapidement sur les prix du poulet, de la dinde et des œufs. À l’inverse, une baisse des cours internationaux permet de réduire les coûts de production et d’améliorer la rentabilité des élevages. La filière laitière est également fortement dépendante de l’évolution des prix des aliments. L’alimentation représente généralement plus de la moitié du coût de production du lait. Lorsque les prix des matières premières augmentent, les éleveurs voient leurs marges se réduire, ce qui peut conduire certains d’entre eux à abandonner l’activité ou à réduire la taille de leurs troupeaux. Cette situation exerce une pression constante sur l’ensemble de la chaîne de valeur du lait. Dans le domaine des viandes rouges, l’orge joue un rôle déterminant. Les années de sécheresse réduisent les disponibilités locales et obligent le pays à accroître ses importations. Les coûts d’engraissement augmentent alors, entraînant une hausse des prix des ovins et des bovins sur le marché national. À l’inverse, les bonnes campagnes agricoles contribuent à stabiliser les prix et à alléger les charges supportées par les éleveurs. Au-delà des enjeux conjoncturels, le secteur est confronté à plusieurs défis structurels. Le changement climatique accentue la fréquence des épisodes de sécheresse et fragilise la production locale d’orge et de fourrages. Les fluctuations des marchés internationaux continuent de peser sur les coûts d’approvisionnement. La volatilité du fret maritime et les variations du dinar face au dollar renforcent également l’incertitude économique. Dans ce contexte, la réduction de la dépendance aux importations apparaît comme l’un des principaux enjeux pour les années à venir. Le développement des cultures fourragères locales, l’amélioration des rendements céréaliers, la valorisation des ressources hydriques non conventionnelles, l’utilisation de sous-produits agroalimentaires et l’essor des systèmes de production hydroponique pourraient contribuer à renforcer la résilience du secteur. L’avenir de l’élevage en Tunisie reposera en grande partie sur la capacité du pays à garantir un approvisionnement stable en aliments pour bétail tout en renforçant sa résilience face aux perturbations extérieures. Dans un environnement mondial caractérisé par l’instabilité des marchés et la multiplication des risques climatiques et géopolitiques, l’alimentation animaleest devenue un levier stratégique de la souveraineté alimentaire. Pour réduire sa dépendance structurelle aux importations de matières premières, en particulier le soja et le maïs, la Tunisie mise de plus en plus sur la valorisation des ressources locales issues de l’agriculture et de l’agro-industrie. La féverole, les sous-produits du colza et d’autres coproduits locaux constituent ainsi des pistes de substitution porteuses, susceptibles de renforcer l’autonomie du secteur tout en limitant l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux. Sources United States Department of Agriculture (USDA), Tunisia Grain and Feed Annual 2026. Trading Economics, données relatives aux importations tunisiennes de céréales
Thon rouge en Tunisie: une richesse nationale qui échappe à l’assiette du consommateur?

PUB Actuagro Thon rouge en Tunisie: une richesse nationale qui échappe à l’assiette du consommateur? Télécharger la liste complète des bénéficiaires ayant obtenu un permis de pêche au thon rouge en Tunisie pour l’année 2026 Le thon rouge (Thunnus thynnus) est souvent considéré comme l’un des poissons les plus nobles et les plus recherchés au monde. Riche en protéines de haute qualité, en oméga-3, en vitamines B12 et protège contre le cancer. D’ainsi qu’en minéraux essentiels tels que le sélénium et le phosphore, il contribue à la santé cardiovasculaire, au bon fonctionnement du cerveau et au maintien de la masse musculaire. Paradoxalement, alors que les eaux tunisiennes figurent parmi les zones importantes de pêche et d’engraissement du thon rouge en Méditerranée, ce produit d’exception demeure largement absent des tables tunisiennes. Une filière tournée vers l’exportation Chaque année, la Tunisie participe à l’exploitation du thon rouge dans le cadre des quotas attribués par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT). Une partie importante des captures est ensuite transférée dans des fermes marines où les poissons sont engraissés avant leur exportation. Le marché japonais constitue historiquement l’une des principales destinations de ce produit haut de gamme, particulièrement apprécié pour la préparation des sushis et des sashimis. La forte valeur marchande du thon rouge pousse naturellement les opérateurs à privilégier les marchés internationaux, capables d’offrir des prix nettement supérieurs à ceux du marché local. Selon des déclarations attribuées à des professionnels du secteur, dont l’entrepreneur dans l’industrie de produit de la mer monsieur Wajdi Bouaziz, seule une faible part du thon rouge resterait destinée au marché tunisien, tandis que l’essentiel de la production serait exporté. Une question qui interpelle les consommateurs Si l’on prend comme hypothèse un volume de 3 400 tonnes de thon rouge et que seulement 1% était destiné à la consommation locale, cela représenterait: • 34 tonnes pour le marché tunisien • soit 34 000 kilogrammes • répartis sur environ 12 millions d’habitants Le calcul donne : 34 000 kg ÷ 12 000 000 habitants = 0,0028 kg par habitant et par an. Autrement dit, chaque Tunisien ne disposerait théoriquement que d’environ 2,8 grammes de thon rouge par an, une quantité symbolique qui illustre le sentiment de frustration exprimé par de nombreux consommateurs. Un paradoxe alimentaire La situation soulève une autre interrogation: alors que la Tunisie produit et exporte un poisson parmi les plus recherchés au monde, le pays continue d’importer différentes variétés de thon destinées à la transformation industrielle et à la consommation courante. D’un point de vue économique, cette logique peut sembler rationnelle: exporter un produit à très forte valeur ajoutée pour générer des devises, puis importer des espèces moins coûteuses pour répondre à la demande du marché intérieur. Mais pour de nombreux citoyens, le paradoxe demeure difficile à comprendre. Comment expliquer qu’un pays qui élève et exporte du thon rouge doive parallèlement importer du thon destiné à la consommation locale ? Ce que dit la réglementation Le projet de décision publié par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime pour la campagne 2026 encadre strictement les conditions de pêche du thon rouge: période de pêche, tailles minimales autorisées, suivi des navires, répartition des quotas et contrôle des captures. L’objectif affiché est la préservation de la ressource et le respect des engagements internationaux de la Tunisie en matière de gestion durable des stocks. Ce que révèle réellement la décision de 2026 Au-delà des règles techniques, la décision publiée en avril 2026 apporte plusieurs précisions importantes qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la filière du thon rouge en Tunisie. Le texte rappelle d’abord que le thon rouge est une ressource strictement encadrée au niveau international. La Tunisie ne peut exploiter que la part du quota annuel qui lui est attribuée par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT). Cette quantité constitue la «quota national annuel», lequel est ensuite réparti entre les unités de pêche autorisées. La réglementation distingue deux catégories de navires. Un premier groupe dit «principal» regroupe les unités historiquement titulaires de quotas individuels, tandis qu’un second groupe complémentaire rassemble d’autres navires pouvant accéder à une partie des quotas disponibles selon des conditions précises. Le texte prévoit également un système rigoureux de contrôle des captures. Les navires doivent transmettre des données détaillées sur leurs activités, respecter des tailles minimales de capture, disposer d’équipements de suivi et obtenir l’ensemble des autorisations administratives nécessaires. Les opérations de pêche, de transfert, de remorquage ou d’engraissement du thonrouge sont soumises à une surveillance permanente afin de garantir la traçabilité des poissons capturés. Par ailleurs, l’attribution d’une part individuelle du quota est conditionnée par plusieurs critères administratifs, techniques et financiers. Les armateurs doivent notamment être en règle vis-à-vis des organismes sociaux, disposer des licences requises et présenter l’ensemble des documents relatifs au navire et à son activité. En pratique, cette réglementation vise avant tout à préserver les stocks de thon rouge et à respecter les engagements internationaux de la Tunisie. Toutefois, elle met également en évidence une réalité économique importante: la quasi-totalité de la ressource est gérée à travers un système de quotas individuels destinés principalement à une filière fortement orientée vers l’exportation. Cette organisation soulève une question qui dépasse le simple cadre de la conservation de l’espèce. Même lorsque les captures augmentent, rien dans la réglementation ne prévoitexplicitement une part minimale destinée au marché tunisien. Le débat ne porte donc pas uniquement sur les volumes pêchés, mais également sur la destination finale de cette richesse halieutique nationale. Une gestion économique de plus en plus encadrée La décision de 2026 ne se limite pas à la préservation des stocks de thon rouge. Elle instaure également un mécanisme économique et administratif particulièrement structuré pour la gestion des quotas. Une commission spécialisée est chargée d’examiner les demandes des armateurs, de sélectionner les navires autorisés à participer à la campagne de pêche et de fixer chaque année la valeur de référence du kilogramme de thon rouge servant au calcul de la contrepartie