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La renaissance de la betterave sucrière en Tunisie: entre souveraineté alimentaire et développement agricole

Longtemps considérée comme l’une des cultures stratégiques de l’agriculture tunisienne, la betterave sucrière fait aujourd’hui son grand retour dans les plaines fertiles de Bousalem et du gouvernorat de Jendouba.


Cette relance marque la renaissance d’une filière qui avait fait la renommée de la région dès les années 1980 et qui pourrait désormais contribuer à relever plusieurs défis majeurs: la sécurité alimentaire, la réduction des importations, le développement de l’élevage et la préservation de la fertilité des sols.


La reprise de la culture de la betterave sucrière s’inscrit dans une stratégie nationale visant à redynamiser la production locale de sucre.


La campagne lancée à Jendouba prévoit près de 3000 hectares de cultures destinées à alimenter l’usine de Ben Bechir, unique unité tunisienne spécialisée dans la transformation de la betterave sucrière.


Les autorités misent sur des rendements moyens d’environ 45 tonnes par hectare, avec des performances supérieures dans les exploitations bénéficiant d’un bon encadrement technique.


Au-delà de son intérêt économique, la betterave sucrière est une culture particulièrement performante.


Sa racine contient généralement entre 15 et 20% de sucre naturel. Autrement dit, une récolte de 100 tonnes de betteraves peut fournir jusqu’à 15 à 20 tonnes de sucre.


Cette richesse en saccharose fait de la betterave l’une des cultures les plus efficaces pour la production de sucre à l’hectare.


L’un des principaux avantages de cette plante réside dans le fait que le sucre extrait de la betterave est naturellement blanc.


Contrairement au sucre de canne, qui nécessite généralement un raffinage pour obtenir sa couleur blanche, le sucre de betterave est directement obtenu sous forme de cristaux blancs après extraction et cristallisation.


Cette caractéristique représente un avantage industriel et économique important.

Mais la valeur de la betterave sucrière ne se limite pas à la production de sucre.


La filière repose sur une logique de valorisation intégrale de la plante.

Les pulpes issues de l’extraction constituent un aliment de haute qualité pour les bovins et les ovins.


Riches en énergie digestible, elles contribuent à améliorer la qualité du lait et de la viande tout en réduisant la dépendance aux aliments importés.


La mélasse, autre sous-produit majeur de la transformation, trouve également de nombreux débouchés industriels.


Elle est notamment utilisée dans la fabrication de la levure boulangère, indispensable à la filière du pain et des produits céréaliers.


Ainsi, une seule culture permet simultanément de produire du sucre, des aliments pour le bétail et des matières premières destinées à l’industrie agroalimentaire.


Sur le plan agronomique, la betterave sucrière représente un allié précieux pour les agriculteurs.


Son intégration dans les rotations culturales favorise la fertilité des sols, améliore leur structure et facilite l’exploitation des éléments nutritifs par les cultures suivantes.


Les céréales, notamment le blé, bénéficient souvent d’un effet précédent favorable après une culture de betterave.


Cette culture joue également un rôle important dans la lutte contre les adventices.

Son itinéraire technique spécifique permet de réduire la pression de nombreuses mauvaises herbes qui constituent un problème récurrent dans les systèmes céréaliers.


À ce titre, la betterave sucrière participe à une meilleure gestion agronomique des parcelles et à une amélioration durable de leur potentiel productif.


Lorsque les conditions de culture sont optimales — disponibilité de l’eau, semences adaptées, fertilisation équilibrée et accompagnement technique — la betterave sucrière peut atteindre des niveaux de productivité remarquables.


Son rendement global, combinant production de sucre, alimentation animale et sous-produits industriels, en fait l’une des cultures les plus rentables et les plus complètes du secteur agricole.


La relance de cette filière pourrait également générer des retombées économiques significatives pour le Nord-Ouest tunisien.


Selon les estimations avancées lors de la reprise de la campagne betteravière, la production locale pourrait permettre de réduire les importations de sucre et d’économiser plusieurs dizaines de millions de dinars chaque année, tout en créant de la valeur ajoutée dans les zones rurales.


Dans un contexte marqué par les défis du changement climatique, de la dépendance alimentaire et de la hausse des coûts des intrants agricoles, la betterave sucrière apparaît comme une culture d’avenir.


Son retour à Bousalem ne symbolise pas seulement la renaissance d’une production agricole historique ; il incarne également la volonté de bâtir une agriculture plus résiliente, plus productive et davantage ancrée dans les principes de souveraineté alimentaire.


La betterave sucrière n’est donc pas seulement une source de sucre.

Elle constitue une véritable filière intégrée capable de relier agriculture, élevage, industrie agroalimentaire et développement territorial dans une même dynamique de création de richesse nationale.

Sources

  • Relance de la filière à Jendouba, 3000 ha programmés et rendement moyen de 45t/ha: La Presse de Tunisie.
  • Teneur en sucre de la betterave (15 à 20%): Cultures Sucre.
  • Sucre de betterave naturellement blanc et valorisation des pulpes et mélasses: Cultures Sucre.


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