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Sahbi Boudhiaf: La majorité des incendies de forêt sont d’origine humaine, aggravés par des conditions climatiques extrêmes
Propos recueillis par Agrohealth – Alors que la Tunisie fait face à une recrudescence des incendies de forêt en pleine période de canicule, Sahbi Boudhiaf, directeur de la Conservation des forêts à la Direction générale des forêts (DGF), décrypte les facteurs à l’origine de ces sinistres, leurs lourdes conséquences sur les écosystèmes et les activités agricoles, ainsi que les stratégies mises en œuvre pour restaurer les espaces détruits et renforcer la protection du patrimoine forestier national.
Interview
1. Comment expliquer la multiplication et la quasi-simultanéité des incendies ?
La multiplication des incendies s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs.
La vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant parfois 45 °C, le sirocco et l’extrême dessèchement de la végétation ont fortement favorisé la propagation du feu.
Toutefois, la chaleur ne constitue pas à elle seule une cause d’incendie: les premiers éléments disponibles indiquent une prédominance des facteurs humains, notamment la négligence et, dans certains cas, des actes volontaires.
La simultanéité des départs de feu peut donc être liée à la conjonction de ces conditions climatiques extrêmement favorables à la propagation et de plusieurs facteurs humains.
2. Quelles conséquences sur l’agriculture, la production et les écosystèmes ?
Les incendies entraînent des pertes directes pour l’agriculture et les populations rurales, notamment par la destruction des cultures, des parcours, des pâturages et des ressources
forestières dont dépendent de nombreuses communautés.
Sur le plan écologique, ils provoquent la destruction de la végétation, l’érosion des sols, la perte d’habitats et une diminution de la biodiversité.
Les fortes chaleurs et les incendies répétés peuvent également fragiliser les peuplements forestiers et réduire leur capacité de régénération.
Toutefois, il faut distinguer les espèces: certaines, comme le pin d’Alep, peuvent se régénérer naturellement dans certaines conditions, tandis que d’autres nécessitent des opérations de reboisement.
La restauration complète de l’équilibre d’un écosystème forestier reste néanmoins un processus de très longue durée, pouvant s’étendre sur plusieurs décennies.
3. Quelles solutions pour restaurer les zones détruites et mieux protéger les forêts?
La restauration doit être adaptée à chaque site et à chaque essence. Dans certaines zones, la priorité sera donnée à la régénération naturelle, avec un suivi et une protection des jeunes peuplements.
Dans d’autres, notamment lorsque la régénération naturelle est insuffisante, le reboisement sera nécessaire après l’évaluation et la préparation des terrains.
La prévention doit également être renforcée par l’entretien des pistes et des tranchées pare-feu, l’amélioration de la surveillance et de l’alerte précoce, la modernisation des moyens d’intervention et une plus forte implication des citoyens.
La reconstitution des espaces détruits est donc possible, mais elle doit être progressive, scientifiquement planifiée et accompagnée d’une protection durable contre les incendies et le pâturage excessif.
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