Incendies de forêt: une menace pour l’agriculture
Un été 2026 sous haute tension
Depuis le début du mois de mai 2026, la Tunisie a déjà recensé plus de 400 départs de feu, un niveau supérieur à celui observé à la même période l’an dernier.
La Direction générale des Forêts explique cette recrudescence par une végétation particulièrement abondante après un hiver pluvieux, qui a favorisé la repousse d’herbes sèches malgré les opérations de débroussaillage menées en amont de la saison.
Mi-juillet, une vague de chaleur exceptionnelle est venue aggraver la situation, poussant le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche à appeler les habitants des zones forestières, les agriculteurs et les vacanciers à une vigilance renforcée.
Les régions les plus touchées se concentrent dans le nord-ouest du pays, du côté des gouvernorats du Kef, de Béja et de Jendouba, là où se trouvent l’essentiel des massifs forestiers et montagneux tunisiens, notamment la Kroumirie et les Mogods.
Des foyers réguliers sont aussi signalés le long du littoral nord, comme récemment près du Cap Négro à Béja. Malgré la multiplication des départs de feu, les autorités soulignent que les surfaces brûlées restent, pour l’instant, plus limitées que celles de l’année précédente, grâce à un dispositif de prévention renforcé.
Pourquoi le feu revient chaque été
Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer cette tendance de fond.
Le climat joue d’abord un rôle central. Les fortes chaleurs, la sécheresse de la végétation et le manque de pluie estivale créent des conditions propices à l’embrasement, où la moindre étincelle peut se propager des brindilles aux broussailles, puis aux arbres, en quelques minutes à peine.
Mais c’est le facteur humain qui reste, selon la Direction générale des Forêts, à l’origine de la grande majorité des incendies, qu’ils touchent les forêts ou les cultures agricoles.
Il s’agit tantôt de négligences, un mégot mal éteint, un barbecue mal maîtrisé, tantôt d’actes volontaires.
Le nombre de départs de feu répétés dans certaines zones, parfois jusque dans des champs de blé, alimente les soupçons d’actes malveillants, et plusieurs enquêtes sont d’ailleurs menées en coordination avec la Garde nationale, avec déjà des interpellations à la clé.
Sur le temps long, les chiffres de la Direction générale des Forêts font apparaître une augmentation continue du nombre d’incendies en Tunisie, aujourd’hui plus du double de ce qu’il était avant 2010.
Une évolution qui interroge, autant sur l’efficacité des mesures de prévention que sur le rôle du changement climatique dans l’allongement et l’intensification de la saison des feux.
Des campagnes et des terres qui payent le prix fort
Derrière les chiffres, il y a des champs qui partent en fumée en quelques heures et des familles rurales qui voient une saison de travail disparaître.
Les flammes détruisent les cultures sur pied, entraînant une perte immédiate de production qui peut toucher aussi bien les récoltes en cours que les plantations à venir, avec des répercussions concrètes sur la disponibilité alimentaire, locale d’abord, nationale ensuite.
Le sol lui-même en sort appauvri. La combustion détruit la matière organique qui fait sa fertilité, ce qui compromet les cycles de production bien au-delà de la seule saison touchée, parfois pour plusieurs années.
Le bétail n’est pas épargné non plus, blessé ou tué par les flammes, tandis que la destruction des zones de pâturage réduit la disponibilité de fourrage, avec des effets directs sur la production laitière et sur la reproduction des troupeaux.
Au-delà du bois, les forêts tunisiennes font vivre les populations riveraines, à travers le liège, les plantes aromatiques, l’apiculture ou encore le pâturage extensif.
Ce sont autant d’activités fragilisées à chaque incendie, dans des régions déjà parmi les plus pauvres du pays.
Et l’onde de choc dépasse l’agriculture elle-même, puisque la destruction des habitats naturels menace aussi la faune et la flore locales, parfois de manière irréversible pour les espèces déjà vulnérables, alors qu’une forêt brûlée peut mettre plusieurs décennies à retrouver ce qu’elle était.
Ce que fait l’État pour limiter la casse
Face à ce risque qui revient chaque été, le ministère de l’Agriculture a lancé, début mai 2026, une stratégie nationale de prévention des incendies de forêts et des cultures agricoles, pensée en amont de la saison estivale.
Elle passe par l’ouverture et l’entretien des pistes forestières pour permettre aux secours d’intervenir plus vite, par le contrôle de plus de 350 points d’eau dédiés à la lutte contre le feu, et par des patrouilles de surveillance appuyées par des dizaines de centres avancés d’alerte précoce et d’intervention rapide.
Cette stratégie repose aussi sur une coordination plus étroite entre les directions régionales de l’Agriculture, la Protection civile et les commissions régionales de gestion des catastrophes, ainsi que sur des campagnes de sensibilisation qui ciblent en priorité les agriculteurs, les riverains des massifs forestiers, les grands exploitants et les vacanciers ou randonneurs de passage l’été.
Les autorités insistent enfin sur l’importance de signaler rapidement tout départ de feu ou comportement suspect. Et quand l’incendie se déclare près d’habitations, de bâtiments d’élevage ou de zones de stockage d’engrais, la priorité reste toujours la même, évacuer avant même de tenter de maîtriser les flammes.
Un défi appelé à durer
Le dispositif de prévention semble avoir permis, cette année, de contenir l’étendue des surfaces brûlées malgré la hausse du nombre de départs de feu.
Mais la tendance de fond, faite de températures plus hautes, de sécheresses plus marquées et d’une pression humaine croissante sur les massifs forestiers, laisse penser que la Tunisie devra continuer à renforcer ses capacités de prévention et d’intervention dans les années qui viennent.
Pour une agriculture déjà éprouvée par le stress hydrique, la multiplication des incendies de forêt et de montagne s’ajoute comme une vulnérabilité de plus, une menace qui touche directement la sécurité alimentaire et les revenus des populations rurales du nord-ouest du pays.
Sources
- Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche ; Direction générale des Forêts ; La Presse de Tunisie ; Business News ; Le Temps News ; African Manager (juillet 2026).
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