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Mohamed Salah Glaied: L’eau en Tunisie entre hausse de la demande et défis climatiques
Par Mohamed Salah Glaied – Selon le Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2024, publié par l’UNESCO, les tensions liées à l’eau aggravent les conflits dans le monde et constituent une menace sérieuse pour la paix.
Le rapport souligne que le changement climatique augmente la fréquence et l’intensité des situations de pénurie d’eau. Aujourd’hui, 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre. Le rapport appelle donc les pays à renforcer la coopération internationale et les accords transfrontaliers afin de préserver la paix mondiale et de gérer les ressources en eau de manière durable.
Les systèmes hydrauliques en Tunisie: les premiers signes de fragilité
La fragilité des systèmes hydrauliques en Tunisie s’explique principalement par la faiblesse des ressources en eau, leur mauvaise utilisation, l’état dégradé des infrastructures hydrauliques et l’absence d’un cadre juridique adapté au secteur de l’eau.
La diminution des ressources en eau est notamment liée à la baisse des précipitations au cours des dernières années. Les pluies jouent un rôle essentiel dans le renouvellement des eaux de surface et des eaux souterraines, qui constituent les principales ressources renouvelables. Avec le changement climatique, la quantité de ressources disponibles diminue davantage et les phénomènes naturels extrêmes, notamment les sécheresses et les inondations, aggravent la pénurie d’eau.
Le deuxième facteur de fragilité est la mauvaise utilisation de l’eau. Le gaspillage est notamment lié au manque de sensibilisation des citoyens à la valeur de cette ressource. Il est également lié aux politiques publiques qui consacrent environ 80 % des ressources en eau au secteur agricole, alors que les revenus de ce secteur restent limités par rapport à sa consommation d’eau.
Les difficultés apparaissent aussi dans l’entretien et le renouvellement des infrastructures hydrauliques. Une grande partie de ces installations a été construite au milieu du siècle dernier et nécessite aujourd’hui des travaux de maintenance, de modernisation et de rénovation.
Quelques chiffres sur les ressources en eau en Tunisie
Les ressources en eau mobilisables et pouvant être exploitées sont estimées à environ 4,8 milliards de m³ par an, dont :
• 2,7 milliards de m³ d’eaux de surface ;
• 2,1 milliards de m³ d’eaux souterraines.
Selon les statistiques de 2019, la consommation actuelle se répartit comme suit :
• Agriculture irriguée : 78 %, soit environ 3 400 millions de m³ ;
• Eau potable, en milieu urbain et rural : 18,5 %, soit environ 820 millions de m³ ;
• Secteur industriel : 2,5 %, soit environ 45 millions de m³ ;
• Tourisme et hôtellerie : environ 1 %.
La Tunisie a connu une croissance démographique ainsi qu’un développement et une diversification de son économie. Cette évolution a entraîné une augmentation importante de la demande en eau. Elle s’est parfois accompagnée d’une consommation peu maîtrisée et d’une mauvaise gestion de cette ressource.
La Tunisie fait aujourd’hui partie des 33 pays dans le monde, dont 16 pays arabes, confrontés ou susceptibles d’être confrontés à une pénurie d’eau, appelée également par les experts «stress hydrique».
Les problèmes actuels sont nombreux et divers. Parmi les principales causes, on peut citer :
• La baisse des apports des barrages au cours des dernières années, avec une diminution de 43 % par rapport aux moyennes annuelles.
• La hausse des températures au cours de la dernière décennie, liée au changement climatique.
Elle a eu un effet négatif sur les réserves des barrages, notamment à cause d’une forte évaporation et de pertes importantes au niveau des réseaux de distribution.
Les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont parmi les plus exposés aux conséquences du changement climatique. Il est donc devenu indispensable de réfléchir sérieusement à des solutions adaptées.
Parmi les principales pistes, il faut notamment:
• Sensibiliser à tous les niveaux à la rareté de l’eau: médias, société civile, organisations nationales et internationales, autorités locales, régionales et centrales.
• Diversifier les sources d’eau et utiliser de manière rationnelle toutes les ressources disponibles. Il faut notamment développer les techniques de dessalement des eaux souterraines salées, améliorer l’utilisation des eaux souterraines et profondes et les protéger contre la pollution, l’épuisement et la surexploitation.
• Encourager l’innovation et la modernisation des techniques d’utilisation de l’eau, notamment les différentes techniques d’irrigation.
• Augmenter les investissements consacrés au secteur de l’eau, aussi bien pour réaliser de nouveaux projets que pour moderniser, réhabiliter et améliorer les infrastructures existantes, afin de réduire les pertes et favoriser une utilisation rationnelle de l’eau.
Les grandes préoccupations pour le secteur de l’eau
Plusieurs facteurs constituent aujourd’hui une source majeure d’inquiétude:
• La surexploitation et l’utilisation irresponsable des eaux souterraines, notamment en raison du nombre très élevé de forages illégaux, qui continue d’augmenter. Leur nombre était estimé à environ 18 000 en 2019.
• Le changement climatique et ses conséquences, avec une baisse importante des précipitations annuelles ou, au contraire, des épisodes d’inondations et de fortes pluies dont nous ne tirons pas suffisamment profit.
• La forte augmentation de la demande en eau, aussi bien pour l’eau potable que pour l’irrigation.
• La diminution de la capacité des infrastructures hydrauliques à retenir les eaux de ruissellement, en raison de l’accumulation progressive des sédiments.
• La dégradation de la qualité de l’eau, notamment de l’eau potable, pour plusieurs raisons.
• Le vieillissement des réseaux et des équipements, qui ne sont plus toujours capables de répondre à la demande.
• La politique tarifaire, notamment pour l’eau destinée à l’irrigation, ainsi que la gouvernance des systèmes hydrauliques. Il est notamment nécessaire de revoir les modes de gestion à travers les associations d’usagers de l’eau.
Les défis du secteur de l’eau
Le secteur de l’eau fait face à de nombreux défis en raison de l’augmentation continue de la demande et de la croissance démographique. Dans le même temps, les infrastructures évoluent peu et commencent parfois à se dégrader avec le temps.
Cette situation nécessite leur modernisation, leur réhabilitation ou leur extension dans plusieurs régions et villes.
Parmi les principaux défis, on peut citer:
Défi 1: Protéger les ressources en eau contre la pollution, notamment les eaux souterraines.
Défi 2: Lutter contre la désertification et l’érosion. La hausse des températures et le changement climatique peuvent aggraver l’accumulation des sédiments dans les barrages. Selon les données présentées dans l’article, 305 millions d’hectolitres sont menacés, tandis que les dépôts de sédiments sont estimés à environ 600 millions de m³.
Défi 3: Garantir l’approvisionnement en eau potable. La demande augmente fortement et ce phénomène est devenu particulièrement visible depuis environ cinq ans.
Défi 4: Utiliser l’eau de manière rationnelle pour préserver la sécurité alimentaire. Cela concerne notamment l’agriculture irriguée, qui connaît actuellement de grandes difficultés et nécessite davantage d’innovation et de modernisation.
Défi 5: Faire face aux phénomènes climatiques extrêmes. Il faut savoir gérer les ressources en eau aussi bien pendant les périodes d’abondance que pendant les périodes de sécheresse. Le changement climatique nous oblige à gérer avec prudence les ressources dont nous disposons.
Défi 6: Améliorer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables. L’énergie joue un rôle important dans le secteur de l’eau. Il est donc nécessaire de rechercher de nouvelles solutions et de faciliter l’utilisation des énergies alternatives et renouvelables.
Mohamed Salah Glaied
Ingénieur
Vice-président de l’Association Avenir et Engagement citoyen
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