Mohamed Salah Glaied – L’eau en Tunisie: potentiels et défis
Par Mohamed Salah Glaied – L’eau est une ressource vitale. Elle est indispensable à tout développement socioéconomique; aucune société dans le monde ne peut aujourd’hui prétendre à une croissance, voire même à une survie, sans disposer de quantités suffisantes de cette richesse naturelle.
Cette relation étroite entre le développement et la disponibilité des ressources en eau est d’autant plus marquée dans les sociétés traditionnellement orientées vers un développement socioéconomique reposant en grande partie sur une agriculture prédominante, grande consommatrice d’eau.
Bien que la Tunisie ait développé, depuis l’indépendance, des stratégies de mobilisation des ressources en eau, elle connaît, ces dernières années, d’importants problèmes d’approvisionnement, aussi bien en eau potable qu’en eau d’irrigation.
Le déficit est devenu, depuis plus d’une décennie, structurel et nécessite une diversification des ressources ainsi que la promotion, à court terme, des programmes de dessalement des eaux saumâtres provenant des nappes salées et de l’eau de mer.
Le potentiel et les infrastructures existantes
La Tunisie reçoit des précipitations variant entre 1500 mm dans le Nord et moins de 50 mm dans le Sud, soit une moyenne annuelle d’environ 36 milliards de m³ d’eau.
Ce volume peut se limiter à 11 milliards de m³ lors des années de sécheresse et atteindre 90 milliards de m³ lors des années exceptionnellement pluvieuses.
La Tunisie dispose de ressources naturelles en eau relativement limitées, évaluées à 4,8 milliards de m³ par an, dont 4,2 milliards sont mobilisés.
Elle est considérée parmi les pays les plus pauvres en ressources en eau conventionnelles.
En effet, le volume disponible par habitant et par an était de 450 m³ en 1996 et ne serait plus que de 315 m³ à l’horizon 2030.
La mobilisation de l’eau grâce à la construction de barrages et de lacs collinaires, la mise en place de nouveaux périmètres irrigués ainsi que l’appui de l’État à la réalisation de forages et de puits de surface ont permis de développer une agriculture irriguée sur plus de 450 000 hectares, soit près de 8% des superficies agricoles cultivées.
Ces superficies sont ainsi passées de 335 000 hectares en 1996 à 434 000 hectares en 2020 et pourraient atteindre 470 000 hectares en 2030.
Selon les dernières statistiques, le secteur irrigué consomme plus de 78% des ressources en eau, l’alimentation en eau potable des zones urbaines et rurales en représente 19%, tandis que l’industrie et le secteur touristique réunis n’en utilisent que 3%.
Le potentiel
La Tunisie compte actuellement 37 grands barrages, d’une capacité totale de 2,3 milliards de m³, ainsi que plus de 479 nappes phréatiques et profondes représentant un potentiel de 2,7 milliards de m³ d’eau, dont 650 millions de m³ de ressources non renouvelables.
Par ailleurs, la Tunisie a réalisé plus de dix systèmes de transfert d’eau assurant l’interconnexion des différents barrages du Nord et de l’Extrême-Nord, dont les plus importants sont:
- Le système de l’Extrême-Nord Sejnane-Joumine, comprenant également Zerga, El Kebir, El Moula, Sidi El Barrak, Gamgoum, Ziatine, Tine et El Maleh.
- Le système du barrage Sidi Salem, dont la Medjerda constitue le principal canal de transfert en amont, avec les barrages de Mellègue et de Bouhertma.
Les eaux usées traitées constituent également une ressource permanente importante, avec un volume annuel de 300 millions de m³ qui pourrait dépasser 600 millions de m³ à l’horizon 2050.
Toutefois, leur taux d’utilisation demeure très faible, de l’ordre de 13 % selon les années.
Le dessalement des eaux saumâtres et des eaux de mer apparaît également comme une ressource non conventionnelle stratégique.
Développé initialement dans le Sud afin d’améliorer la qualité de l’eau potable, il occupe désormais une place de plus en plus importante dans la stratégie de la SONEDE.
Les changements climatiques et leurs impacts
Les changements climatiques que nous connaissons depuis plus d’une décennie, ainsi que leurs effets sur les ressources hydriques, nous conduisent à engager une réflexion de fond sur l’utilisation actuelle de ces ressources.
Le pays connaît des épisodes de sécheresse d’une grande ampleur spatiale et temporelle, alternant avec des pluies torrentielles susceptibles de provoquer des inondations et une forte érosion hydrique.
Par ailleurs, le climat tunisien se caractérise par un pouvoir évaporant très élevé, favorisé par des températures importantes.
Ces contraintes sont aggravées par les changements climatiques.
Les modèles climatiques prévoient que le réchauffement global accentuera un bilan hydrique déjà déficitaire en Tunisie.
Les défis du secteur de l’eau en Tunisie
La Tunisie traverse depuis plusieurs années une phase critique dans le développement et la gestion de ses ressources en eau.
La raréfaction des ressources renouvelables, la dégradation continue de la qualité des eaux et l’augmentation du coût de leur mobilisation engendrent des problèmes chroniques susceptibles de provoquer des tensions sociales et politiques.
Il apparaît aujourd’hui que le système de l’eau fonctionne de plus en plus à la limite de ses capacités et qu’il est confronté à des risques réels de pénurie, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Les principaux défis du secteur de l’eau en Tunisie sont notamment les suivants:
- Protéger les eaux souterraines contre la pollution et la surexploitation.
- Lutter contre l’érosion et l’envasement des retenues de barrages.
- Maîtriser la pollution hydrique.
- Sécuriser l’alimentation en eau potable.
- Mieux gérer les événements climatiques extrêmes.
- Développer l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.
- Améliorer l’utilisation efficiente de l’eau.
- Renforcer la valorisation économique de l’agriculture irriguée.
- Développer la réutilisation des eaux usées traitées.
- Relancer l’agriculture pluviale.
- Réformer le cadre réglementaire et institutionnel.
- Renforcer la gouvernance des ressources en eau aux niveaux local et régional.
Le secteur de l’eau: comment voir loin?
Pour relever ces défis, plusieurs orientations s’imposent:
- S’inspirer des meilleures expériences et capitaliser les bonnes pratiques.
- Faire évoluer progressivement, mais durablement, la situation actuelle.
- Considérer que l’eau, quelle que soit son origine, constitue une véritable richesse nationale, au même titre qu’une monnaie.
- Œuvrer au regroupement des compétences au sein d’une autorité nationale de l’eau et de l’environnement.
Toutes ces actions nécessiteront du temps, des moyens humains et matériels conséquents et, surtout, une volonté politique forte.
Mohamed Salah Glaied
Ingénieur
Vice-président de l’association Avenir et Engagement Civique
- All Posts
- Chronique

![Pr. Dhia Bouktila – Jendouba, le berceau vert de la Tunisie fertile [La Tunisie fertile (2)]](https://www.agrohealth-tn.com/wp-content/uploads/2026/08/Dhia-Bouktila-Paysage.png)



1 Comment
Un très bon et intéressant article qui traite un sujet d’actualité et préoccupant. Merci à notre expert Mr Med Salah Glaid pour toutes ces precieuses informations. Il faut sensibliser et responsabliser d’avantage les citoyens.