Le cognassier en Tunisie: une petite filière, mais un patrimoine fruitier à mieux connaître
Par Agrohealth – Du Nord au Cap Bon, le cognassier reste discret dans le paysage agricole tunisien. Pourtant, derrière ce fruit d’automne à la chair ferme et au parfum caractéristique se trouve une culture ancienne, adaptée à plusieurs territoires et porteuse d’un potentiel encore peu valorisé.
En 2026, les données agricoles nationales permettent de mieux suivre cette espèce, même si les chiffres détaillés de la campagne en cours restent encore difficiles à consolider dans les sources publiques.
Le cognassier, Cydonia oblonga, appartient à la même famille botanique que le pommier et le poirier. En Tunisie, il n’occupe évidemment pas la place des grandes cultures fruitières comme l’olivier, les agrumes, les dattes ou les grenades. Il appartient plutôt à ces espèces fruitières secondaires qui ont pourtant conservé une place particulière dans les vergers, les jardins familiaux et les traditions alimentaires.
Cette discrétion explique aussi pourquoi les statistiques consacrées au cognassier sont moins abondantes que celles des grandes filières. Le portail national des données ouvertes recense néanmoins un jeu de données du ministère de l’Agriculture intitulé «Suivi de la culture de cognassier», consacré aux superficies et à la production par gouvernorat.
Le ministère a également publié en 2026 un jeu de données consacré à la production, aux superficies et au nombre d’arbres fruitiers par espèce, dans lequel le cognassier figure sous le terme arabe سفرجل.
Où pousse le cognassier en Tunisie?
Le cognassier est surtout associé aux régions du Nord tunisien et au Cap Bon. Une ancienne étude nationale sur la biodiversité végétale indiquait que l’espèce était cultivée en mélange avec d’autres arbres fruitiers dans le Nord et au Cap Bon. Elle signalait également sa présence spontanée à Djebba, sous forme de buissons et de haies.
Cette implantation n’est pas surprenante. Le cognassier apprécie les conditions relativement tempérées et peut s’intégrer à différents systèmes arboricoles. Il est également connu pour sa rusticité et sa capacité d’adaptation à différents sols. Une publication consacrée au cognassier tunisien souligne notamment sa faible exigence en eau et sa bonne résistance générale aux maladies et aux parasites.
Le Nord-Ouest présente ainsi un intérêt particulier pour cette espèce. Des documents consacrés aux produits de terroir de cette région mentionnent le cognassier parmi les arbres fruitiers présents dans les territoires du Nord-Ouest tunisien.
Il faut toutefois éviter d’établir, sans les tableaux statistiques détaillés du ministère, un classement définitif des gouvernorats producteurs en 2026. La présence d’une espèce dans un gouvernorat ne signifie pas nécessairement que celui-ci représente une part importante de la production nationale.
Des superficies modestes à l’échelle agricole nationale
Les chiffres disponibles montrent clairement que le cognassier demeure une culture de dimension limitée.
Une étude tunisienne sur la biodiversité végétale estimait autrefois la superficie consacrée au cognassier à environ 700 hectares, pour une production d’environ 3 000 tonnes.
Une estimation plus récente publiée en septembre 2024 avançait, quant à elle, environ 450 hectares et une production proche de 4 000 tonnes, avec une concentration importante dans le gouvernorat de Nabeul, qui représenterait près de la moitié de la production nationale. Cette même source estimait le rendement moyen autour de 9 tonnes par hectare.
Ces deux séries de chiffres montrent surtout une chose : les estimations disponibles ne sont pas parfaitement homogènes selon les années et les sources. Il serait donc incorrect de présenter automatiquement 450 ha ou 4 000 tonnes comme les chiffres officiels de 2026.
Pour AgroHealth, cette distinction est importante. Le chiffre publié doit correspondre à l’année et à la source indiquées, surtout lorsqu’il s’agit d’une filière agricole de petite taille où quelques centaines d’hectares peuvent modifier sensiblement les ratios.
Que disent les données disponibles pour 2026?
Le portail national des données ouvertes constitue aujourd’hui la référence la plus intéressante pour poursuivre le suivi statistique.
Le ministère de l’Agriculture y a publié en 2026 un fichier intitulé «Production, superficies et nombres des arbres fruitiers par espèces». Le jeu de données comprend notamment le cognassier, identifié par le mot-clé arabe سفرجل. Une autre ressource concerne les arbres fruitiers irrigués par espèce.
Le portail confirme également l’existence de données régionales récentes sur l’arboriculture, notamment dans plusieurs gouvernorats. Par exemple, des jeux de données concernant le Kef, Kairouan et Tunis ont été mis à jour en 2026.
Tableau de référence — cognassier tunisien
Indicateur | Valeur disponible | Année / période | Source / statut |
Superficie nationale | ≈ 450 ha | estimation publiée en 2024 | estimation secondaire |
Production nationale | ≈ 4 000 t | estimation publiée en 2024 | estimation secondaire |
Rendement moyen | ≈ 9 t/ha | estimation publiée en 2024 | estimation secondaire |
Rendement potentiel | 20–25 t/ha | référence agronomique | selon variété et conduite |
Superficie historique | ≈ 700 ha | donnée ancienne | étude biodiversité |
Production historique | ≈ 3 000 t | donnée ancienne | étude biodiversité |
Données officielles 2026 | disponibles dans les jeux de données du ministère | 2026 | à extraire du fichier XLSX |
Nombre d’arbres 2026 | fichier officiel référencé | 2026 | valeur détaillée non récupérée dans la version publique consultable |
Répartition par gouvernorat | fichier officiel référencé | 2026 | données à consolider |
Lecture importante : ce tableau ne présente donc pas les 450 ha et 4000 tonnes comme une production 2026.
Les chiffres 2026 doivent être extraits directement du fichier statistique du ministère avant publication comme données de campagne. Le portail national confirme que ces données existent et sont référencées.
Un rendement qui peut fortement varier
Le rendement du cognassier n’est pas une donnée fixe. La publication de 2024 estime le rendement moyen tunisien à environ 9 t/ha, tout en indiquant qu’un verger correctement conduit pourrait atteindre 20 à 25 t/ha. Cette différence est considérable.
Elle montre l’importance de la variété, de l’irrigation, de l’âge des arbres, de la fertilisation, de la taille et, plus largement, de la conduite du verger.
Autrement dit, la superficie seule ne permet pas d’évaluer le potentiel réel de la filière. Deux vergers de même superficie peuvent présenter des productions très différentes.
Le cognassier reste néanmoins intéressant dans un contexte où l’agriculture tunisienne cherche à mieux valoriser les espèces adaptées aux territoires et à diversifier les productions fruitières.
Quelles variétés?
Plusieurs variétés sont citées dans les références tunisiennes. L’étude nationale sur la biodiversité mentionne notamment Champion et Géant de Vranja, parmi les variétés cultivées.
Le Géant de Vranja est particulièrement remarquable par la taille potentielle de ses fruits. Une publication consacrée au cognassier en Tunisie indique que les fruits pèsent généralement autour de 200 à 300 grammes, mais que certaines variétés, notamment le Géant de Vranja, peuvent produire des fruits dépassant un kilogramme.
À côté des variétés introduites, la diversité locale mérite également une attention particulière. La conservation des ressources génétiques du cognassier pourrait constituer un axe intéressant de recherche, notamment dans les régions où l’espèce est traditionnellement présente.
Les contraintes du verger
Le cognassier est souvent décrit comme une espèce rustique, mais rustique ne signifie pas sans contraintes.
La première difficulté concerne la faible structuration de la filière. Comme la production reste modeste, le cognassier bénéficie de moins d’investissements, de recherche et de programmes de valorisation que les principales espèces fruitières tunisiennes.
La deuxième concerne la conduite du verger. Le rendement dépend fortement de la variété, de l’alimentation hydrique et de la conduite agronomique. Une irrigation appropriée peut donc jouer un rôle important, particulièrement dans les zones où les précipitations sont irrégulières.
La troisième contrainte est liée à la valorisation commerciale. Le coing est rarement consommé comme une pomme ou une poire de table. Sa chair ferme et son goût particulier l’orientent naturellement vers la cuisson, les confitures, les gelées et d’autres formes de transformation.
Cette caractéristique peut cependant devenir un avantage plutôt qu’une faiblesse.
Un petit fruit pour une grande diversité de valorisation
Le cognassier possède une place particulière dans le patrimoine alimentaire tunisien. Son parfum puissant, sa texture ferme et sa richesse naturelle en pectine en font un fruit particulièrement adapté aux préparations transformées.
Dans les familles tunisiennes, il appartient aussi à cette catégorie de fruits que l’on retrouve davantage à l’automne, au moment où les préparations de conservation reprennent leur place dans les cuisines.
Cette dimension patrimoniale pourrait être mieux associée à une approche économique: transformation artisanale, produits de terroir, confitures, gelées, produits séchés ou préparations traditionnelles pourraient contribuer à augmenter la valeur créée autour d’une culture aujourd’hui secondaire.
Le cognassier tunisien ne représente donc pas une grande filière en volume. Mais son intérêt se situe peut-être ailleurs: dans la diversité agricole, la conservation des ressources fruitières, les terroirs du Nord et du Cap Bon, et la valorisation de produits traditionnels capables de relier agriculture et patrimoine alimentaire.
En 2026, le véritable enjeu est désormais de disposer d’une série statistique nationale claire permettant de suivre son évolution: hectares, nombre d’arbres, production, rendement et répartition régionale.
Les données ouvertes du ministère constituent une base importante pour ce travail.
Sources
- Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche — Portail national des données ouvertes: suivi de la culture du cognassier et données sur les arbres fruitiers par espèce.
- Étude tunisienne sur la biodiversité végétale — données historiques sur le cognassier en Tunisie.
- Ridha Bergaoui, « Le cognassier : un arbre rustique, des fruits atypiques et des saveurs cachées », septembre 2024 — données récentes publiées sur les superficies, la production et les rendements.
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Le cas du pommier à Kasserine
Kasserine offre un exemple particulièrement parlant.
La région reste l’un des grands territoires tunisiens de production de pommes.
Des variétés comme Golden et Richard dominent encore la production, tandis que Gala et Royal Gala ont connu une extension récente.
Mais les producteurs doivent désormais composer avec des conditions climatiques plus difficiles.
En septembre 2026, des responsables du secteur ont signalé que les effets du changement climatique et des vagues de chaleur avaient affecté les rendements et la coloration des fruits.
Des travaux scientifiques consacrés à la production de pommes à Kasserine soulignent également le rôle de la baisse des précipitations, des variations brutales de température et de la diminution des ressources hydriques.
Une étude publiée en 2025 rappelle que la production de pommes dans le gouvernorat serait passée d’environ 75 000 tonnes en 2020 à 60 000 tonnes en 2023, selon les données du CRDA de Kasserine citées par les chercheurs.
Plus largement, une étude consacrée aux vergers tunisiens a montré que le réchauffement pourrait réduire la disponibilité du froid hivernal nécessaire à plusieurs espèces fruitières et à certains fruits à coque.
Cette évolution pourrait affecter leur production à moyen et long terme.
Le changement climatique touche donc parfois le fruit avant même qu’il n’arrive sur l’étal.
Il peut agir sur la quantité récoltée, mais aussi sur son développement, son calendrier et certaines caractéristiques de sa qualité.
Toutes les cultures ne suivent pourtant pas la même trajectoire
Il serait cependant trompeur de raconter une histoire dans laquelle toutes les cultures tunisiennes seraient en déclin.
Les données sur le maraîchage montrent justement une réalité plus complexe.
Entre 2010 et 2024, les superficies consacrées à plusieurs cultures maraîchères ont diminué, notamment celles de la tomate, alors que celle de l’artichaut a légèrement progressé.
D’après les données de l’ONAGRI rapportées par WMC, les changements climatiques font partie des facteurs expliquant les évolutions observées, aux côtés de la pression foncière, de la disponibilité limitée de l’eau et de l’augmentation des coûts de production.
C’est un point essentiel pour comprendre la transformation en cours.
Le climat ne produit pas partout le même effet et sur toutes les espèces de la même manière.
Certaines cultures peuvent reculer, d’autres résister, certaines s’adapter grâce à de nouvelles techniques et d’autres encore trouver de nouvelles opportunités.
Quand de nouveaux fruits entrent dans le paysage tunisien
C’est peut-être l’un des signes les plus surprenants de cette transformation.
En 2025, à Grombalia, des agriculteurs et des professionnels présentaient le fruit du dragon, ou pitaya, comme une culture alternative face à la raréfaction de l’eau et aux difficultés rencontrées par les vergers d’agrumes.
Des expériences concernaient également la papaye.
Un an plus tard, en septembre 2026, la presse tunisienne rapportait également la production locale d’ananas ainsi que des expériences de culture de mangues et le développement du jojoba et de la papaye.
Ces exemples ne permettent pas de dire que le changement climatique est l’unique cause de l’introduction de ces cultures.
Les marchés, la recherche de nouvelles rentabilités, les techniques agricoles et la disponibilité de l’eau jouent également un rôle.
Mais ils témoignent d’une évolution intéressante.
Certaines productions autrefois associées principalement aux régions tropicales ou aux importations commencent à faire partie des expérimentations agricoles tunisiennes.
Selon l’analyse rapportée par La Presse, la hausse des températures et la réduction des périodes froides pourraient contribuer à modifier progressivement les cycles de développement des plantes et la composition des cultures disponibles.
La question devient alors presque culturelle.
Que considérera-t-on comme un fruit «tunisien» dans vingt ou trente ans ?
La mer n’échappe pas à cette transformation
La même question se pose sous la surface de la Méditerranée.
Dans le golfe de Gabès, le ministère tunisien de l’Environnement indique une tendance historique à la hausse de la température de l’eau, estimée à environ 0,12 °C par décennie.
Le ministère précise cependant que le nombre de points de données disponibles reste limité et que cette valeur doit donc être considérée comme indicative d’une tendance à long terme.
Le réchauffement de la mer peut modifier les conditions de vie des organismes marins, leur croissance, leur reproduction et leur distribution.
La FAO et la Commission générale des pêches pour la Méditerranée observent également une augmentation de la présence d’espèces non indigènes dans une Méditerranée qui se réchauffe.
Les eaux plus chaudes favorisent notamment l’expansion de certaines espèces tropicales ou subtropicales.
La Tunisie en fournit un exemple spectaculaire avec le crabe bleu.
Le crabe bleu, quand une espèce nouvelle bouleverse les habitudes
Le crabe bleu nageur, Portunus segnis, est devenu en quelques années une réalité importante de la pêche tunisienne.
La FAO indique que l’espèce a été observée sur les côtes tunisiennes dès 1993 et qu’elle a connu une forte prolifération à partir de 2014, notamment dans le golfe de Gabès où elle pouvait représenter plus de 70 % des captures durant certaines périodes.
Elle endommageait les filets et les engins de pêche traditionnels et perturbait les captures habituelles.
Il faut toutefois être précis. Son arrivée en Méditerranée est liée à une introduction par le canal de Suez et ne peut pas être attribuée simplement au changement climatique.
En revanche, le réchauffement de la Méditerranée fait partie des facteurs qui favorisent l’expansion et l’établissement de nombreuses espèces non indigènes.
Le plus étonnant est ce qui s’est passé ensuite.
Une espèce qui n’appartenait pas à la culture alimentaire traditionnelle tunisienne est progressivement devenue une ressource commerciale.
En juin 2026, la FAO rapportait encore le développement en Tunisie d’une filière consacrée au crabe bleu, avec la création de valeur et d’emplois autour de cette nouvelle ressource.
Voilà peut-être l’une des images les plus fortes de notre transformation alimentaire.
Une espèce peut arriver dans nos eaux comme une perturbation écologique et finir par apparaître sur nos marchés comme un produit alimentaire.
Et demain, qu’y aura-t-il dans notre assiette?
Il serait prématuré d’annoncer la disparition prochaine de tel fruit, de tel légume ou de tel poisson.
La réalité est beaucoup plus complexe.
Une production peut diminuer dans une région tout en augmentant dans une autre.
Une variété peut être remplacée par une autre. Une culture peut être maintenue grâce à l’irrigation ou à de nouvelles techniques. Une espèce marine peut se déplacer sans disparaître.
Une nouvelle espèce peut apparaître sans devenir immédiatement un aliment courant.
Mais toutes ces évolutions racontent la même histoire.
Le climat agit sur les conditions naturelles qui ont contribué à construire notre agriculture et notre pêche.
Les agriculteurs, les pêcheurs, les chercheurs et les marchés réagissent ensuite à ces nouvelles conditions.
C’est ainsi que le changement climatique peut finir par atteindre quelque chose de très concret et de très quotidien.
Notre assiette
La cuisine tunisienne s’est construite autour des saisons. Les fruits, les légumes et les poissons ont leurs périodes, leurs territoires et leurs habitudes.
Lorsque ces calendriers évoluent, ce n’est pas uniquement une question de production agricole ou de pêche.
C’est aussi une partie de notre culture alimentaire qui se transforme.
La Tunisie pourrait donc voir coexister, dans les prochaines décennies, des productions traditionnelles devenues plus vulnérables, des variétés adaptées aux nouvelles conditions et de nouvelles cultures autrefois considérées comme étrangères à notre climat.
Le changement climatique ne décidera pas seul de ce que nous mangerons demain.
Mais il est en train de modifier les conditions dans lesquelles nos agriculteurs et nos pêcheurs devront faire leurs choix.
Et peut-être que le véritable changement ne sera pas de voir disparaître un aliment pour toujours.
Ce sera de constater, un jour, que la saison où nous avions l’habitude de le manger n’est plus tout à fait la même, que son origine a changé, qu’une autre variété l’a remplacé ou qu’un nouveau produit a trouvé sa place à côté de lui.
Notre climat change.
Peu à peu, notre calendrier agricole, notre calendrier de pêche et notre paysage alimentaire changent avec lui.
Sources
· Ministère tunisien de l’Environnement — agriculture et écosystèmes
Ministère tunisien de l’Environnement — Agriculture et écosystèmes
·Ministère de l’Environnement — projections climatiques
Évolution du climat et projections climatiques en Tunisie
·Pomme de Kasserine — étude scientifique
Frontiers in Agronomy — Apple production in Kasserine
·Le changement du paysage agricole tunisien
La Presse — Ananas, mangues, jojoba : vers une transformation du paysage agricole tunisien ?
·Fruit du dragon et papaye à Grombalia
La Presse — Festival tunisien du fruit du dragon et de la papaye
· La mer tunisienne
Ministère tunisien de l’Environnement — Pêche et aquaculture
·Le crabe bleu
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