Passer au contenu principal

Agrohealth Tunisie

Edit Template


Grenade tunisienne: une saison 2026 entre récolte, terroir et nouvelles ambitions pour la filière

Par Agrohealth –À l’arrivée de l’automne, les grenadiers commencent à offrir leurs fruits. Dans les vergers du Nord comme dans les oasis du Sud, la grenade accompagne une nouvelle fois le rythme des saisons tunisiennes. Derrière son écorce rouge et ses grains brillants se trouve pourtant toute une filière agricole, économique et culturelle, qui fait vivre des producteurs, des artisans et des territoires.

 

La saison 2026 s’ouvre ainsi avec une question importante : comment mieux valoriser une grenade tunisienne déjà reconnue pour sa qualité, alors que les données nationales définitives de production de cette campagne ne sont pas encore consolidées?

Une filière qui compte des milliers d’hectares

La grenade occupe aujourd’hui une place importante dans l’arboriculture tunisienne. Pour la campagne 2025, les superficies consacrées au grenadier étaient estimées à 12 300 hectares, regroupant près de 5,6 millions d’arbres.

 

La production était alors estimée à environ 91 000 tonnes, contre 102 900 tonnes lors de la campagne précédente et une moyenne de 92 400 tonnes sur la période 2015-2024.

 

Ces chiffres montrent une réalité importante: la production tunisienne de grenade peut varier sensiblement d’une campagne à l’autre.

 

Il serait donc prématuré de présenter un chiffre national définitif pour 2026 alors que la récolte et la commercialisation de la nouvelle campagne sont encore en cours de mise en place.

 

Le ministère de l’Agriculture dispose d’ailleurs d’un jeu de données consacré au suivi de la culture du grenadier, portant notamment sur l’évolution des superficies et de la production.

 

Cette base a fait l’objet d’une mise à jour en août 2026, ce qui constitue une source institutionnelle importante pour le suivi statistique de la filière.

Gabès, Béja, Nabeul et Kairouan: les grands territoires de la grenade

La production tunisienne est concentrée dans plusieurs grands bassins agricoles.

 

Pour la campagne 2025, Gabès arrivait en tête avec environ 19 500 tonnes, soit 21,5 % de la production nationale. Suivaient Béja avec 15 000 tonnes, Nabeul avec environ 14 000 tonnes et Kairouan avec environ 13 400 tonnes.

 

À eux quatre, ces principaux pôles représentaient environ 68 % de la production nationale annoncée cette année-là.

 

Une autre publication consacrée à la répartition territoriale indique également que Gabès comptait environ 2 800 hectares de grenadiers, devant Kairouan avec 1 850 hectares, Béja avec 1 620 hectares, Nabeul avec 1 419 hectares et la Manouba avec environ 600 hectares.

 

Ces chiffres racontent quelque chose de plus profond que la seule importance économique du fruit.

 

La grenade appartient à des territoires qui ont construit autour d’elle des savoir-faire, des habitudes alimentaires et parfois même une identité locale.

 

À Gabès, une grenade liée au patrimoine des oasis

Dans le Sud tunisien, la grenade est intimement associée aux oasis de Gabès. La région constitue depuis longtemps l’un des principaux bassins de production du pays.

 

La Grenade de Gabès bénéficie par ailleurs d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) obtenue en 2022. Cette reconnaissance vise à protéger et à valoriser l’identité du produit et son lien avec son territoire.

 

La variété Gabsi occupe une place particulière dans cette histoire.

 

Plus largement, les ressources consacrées à la filière soulignent l’ancienneté de la culture du grenadier en Tunisie et l’importance de la grenade dans le patrimoine agricole et gastronomique national.

À Testour, la grenade devient aussi une histoire de territoire

Dans le Nord-Ouest, la grenade de Testour illustre une autre manière de valoriser un produit agricole.

 

En février 2026, une journée promotionnelle consacrée au projet «Romena Tour à Testour», également appelé «La Route de la grenade», a été organisée à Testour. Le projet associe agriculture, transformation agroalimentaire, artisanat, gastronomie et tourisme autour de la grenade.

 

L’initiative, lancée en 2020 dans le cadre du programme PAMPAT 2, dispose d’un budget de 300 000 dinars financé par le Secrétariat d’État à l’Économie de la Confédération suisse. Elle a permis la mise en place de huit points de regroupement associant notamment vergers, artisans et restaurants.

 

Autre élément intéressant: environ 50 artisanes de Testour valorisent aujourd’hui des produits dérivés de la grenade.

 

Le projet a également accompagné la préparation d’un dossier de demande d’Indication Géographique Protégée (IGP) pour la grenade de Testour, déposé auprès du ministère de l’Agriculture en 2024.

 

Ainsi, à Testour, la grenade ne se limite plus à ce qui sort du verger. Elle devient aussi une porte d’entrée vers l’artisanat, la gastronomie, le tourisme rural et la création de revenus locaux.

 

Une production importante, mais encore largement consommée en Tunisie

La grenade tunisienne possède également un potentiel à l’exportation. Pourtant, une grande partie de la production reste destinée au marché intérieur.

 

Une étude du projet PAMPAT, fondée notamment sur les données de l’Institut national de la statistique, indique qu’en 2018, la Tunisie avait produit 74 400 tonnes de grenades et exporté 6 282 tonnes, soit environ 8 % de la production.

 

La Libye absorbait alors environ 87 % des exportations tunisiennes de grenade fraîche.

 

Les exportations ont cependant montré une dynamique intéressante au début de la campagne 2025.

 

Au 8 octobre 2025, elles atteignaient déjà 1 619 tonnes, pour une valeur d’environ 5,1 millions de dinars, contre 670 tonnes et 1,7 million de dinars à la même période de la campagne précédente.

 

Ces chiffres montrent à la fois le potentiel commercial du fruit et la nécessité de continuer à diversifier les marchés.

Du fruit frais au jus, à la confiture et à la gelée

La véritable question pour la filière tunisienne n’est donc pas seulement de produire davantage. Elle est aussi de savoir comment créer davantage de valeur à partir de chaque grenade récoltée.

 

La transformation représente à ce titre une piste importante : jus, sirops, confitures, gelées et autres produits alimentaires peuvent permettre de mieux valoriser le fruit et de réduire la dépendance au seul marché de la grenade fraîche.

 

Le programme PAMPAT met aujourd’hui à disposition plusieurs outils consacrés à cette diversification, notamment des recommandations techniques pour la production du jus de grenade ainsi que des guides de bonnes pratiques pour la fabrication artisanale de confiture et de gelée.

 

La valorisation concerne également les pépins, dont l’huile est utilisée dans certains produits cosmétiques et compléments alimentaires.

 

Le développement de ces activités reste toutefois encore limité en Tunisie par rapport au potentiel du produit.

Une filière encore confrontée à plusieurs défis

La grenade tunisienne possède donc de nombreux atouts: diversité des terroirs, savoir-faire agricoles, variétés locales, reconnaissance de certains produits du terroir et potentiel d’exportation.

 

Mais plusieurs défis demeurent.

Le premier concerne la productivité et la régularité de la production. Le passage de 102 900 tonnes à 91 000 tonnes entre deux campagnes montre que les volumes peuvent varier sensiblement.

 

Le deuxième concerne la commercialisation et la logistique.

 

Le développement des exportations nécessite une meilleure organisation, des standards de qualité adaptés aux marchés internationaux et une diversification des débouchés.

 

Le PAMPAT souligne notamment que les exportations représentent encore une faible proportion de la production nationale et restent fortement concentrées sur quelques marchés.

 

Le troisième est celui de la transformation. Une grenade qui ne trouve pas facilement sa place sur le marché du frais peut encore devenir jus, confiture, gelée ou autre produit transformé.

 

La création de cette valeur supplémentaire peut profiter aux agriculteurs, aux entreprises agroalimentaires et aux territoires ruraux.

 

Et pour la saison 2026?

À ce stade de septembre 2026, il faut rester prudent avec les chiffres.

 

Les données disponibles permettent de décrire une filière importante, avec 12 300 hectares et 91 000 tonnes pour la campagne 2025, mais elles ne permettent pas encore d’affirmer que la Tunisie produira exactement tel ou tel volume en 2026.

 

Le jeu de données du ministère de l’Agriculture consacré au grenadier a bien été actualisé en août 2026, mais les chiffres nationaux définitifs de la nouvelle campagne doivent être distingués des données des campagnes précédentes.

 

Cette prudence est importante, car la grenade entre justement dans sa période de récolte et de commercialisation.

 

Les chiffres de production, de prix et d’exportation pourront donc encore évoluer dans les prochaines semaines.

 

La saison 2026 est ainsi moins une histoire de record qu’une nouvelle étape pour une filière profondément enracinée dans le paysage tunisien.

 

De Gabès à Testour, de Nabeul à Kairouan, le même fruit raconte des histoires différentes: celle des oasis du Sud, des vergers du Nord, des familles agricoles, des artisanes, des transformateurs et désormais des circuits touristiques qui cherchent à faire de la grenade davantage qu’un simple fruit de saison.

 

La Tunisie dispose déjà d’une production importante et d’un véritable patrimoine autour de la grenade.

 

L’enjeu des prochaines années sera surtout de transformer cette richesse agricole en davantage de valeur pour les producteurs et les territoires, tout en préservant la qualité et l’identité des variétés tunisiennes.

Agrohealth

Sources
  • Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche — données ouvertes sur le suivi de la culture du grenadier et l’évolution des superficies et de la production.
 
  • GIFruits / données rapportées par TAP — superficies, production nationale, principaux gouvernorats producteurs et exportations de la campagne 2025.
 
  • PAMPAT / ONUDI — présentation de la filière grenade, valorisation, transformation, exportation et produits du terroir.
 
  • PAMPAT — étude de marché sur la grenade tunisienne — données historiques sur la production et les exportations.
 
  • TAP, février 2026 — projet «Romena Tour à Testour» et valorisation territoriale de la grenade.
 
  • La Presse, février 2026 — budget, huit points du circuit, artisanes et démarche IGP de la grenade de Testour.
 
lire également

Le lënj, l’arbousier des montagnes tunisiennes, un arbre discret aux fruits flamboyants

 



Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *