Agrohealth Tunisie

Edit Template


Canicule de juillet 2026: pourquoi la chaleur va encore durer quelques jours

Par Moncef Rajhi. Expert en météorologie – Il est encore trop tôt pour parler de températures clémentes. Il faudra patienter encore quelques jours — à condition qu’aucun nouveau blocage atmosphérique ne se mette en place entre-temps.
La raison est simple: la chaleur accumulée dans le système sol-atmosphère est considérable, et il faut au moins une semaine pour qu’elle se dissipe. 

Les nuits tropicales, un signal qui ne trompe pas

Pour comprendre pourquoi une canicule s’installe dans la durée, un indicateur est essentiel: les «nuits tropicales», c’est-à-dire des nuits où la température ne descend pas sous lesn20°C. Elles révèlent que l’atmosphère perd, la nuit, moins de chaleur qu’elle n’en a gagné le jour.

C’est l’enchaînement de ces nuits trop chaudes qui permet au stock de chaleur d’augmenter, jour après jour. C’est ce que les spécialistes appellent l’Indice de Chaleur Cumulée (ICC) : plus les nuits tropicales s’accumulent, plus le réservoir de chaleur se remplit, et plus les températures extrêmes durent — parfois plusieurs jours d’affilée sous un même «dôme de chaleur». 

Canicule et changement climatique: deux choses à ne pas confondre

Un point mérite d’être clarifié, car il est souvent source de confusion dans le débat public: le changement climatique ne crée pas les blocages atmosphériques et les dômes de chaleur.

Ces phénomènes relèvent de la variabilité naturelle du temps et du climat — ce sont des mécanismes météorologiques classiques, connus bien avant que l’on parle de réchauffement global.

En revanche, le changement climatique n’est pas pour autant hors-jeu: il agit en arrière-plan.

En élevant la température de fond de l’atmosphère, il fait que ces épisodes, une fois enclenchés par la dynamique atmosphérique, atteignent des pics plus élevés, durent plus longtemps et se reproduisent plus souvent.

En clair: le changement climatique n’allume pas l’incendie, mais il l’attise.

Le cas concret de Béja

La station météorologique de Béja, représentative à l’échelle synoptique de toute la zone environnante, illustre parfaitement ce mécanisme.

Voici les températures relevées à 06h UTC — c’est-à-dire tôt le matin, au moment le plus frais de la journée: 

Date

Température à 06h UTC

18 juillet

23,9 °C

19 juillet

26,1 °C

20 juillet

25,9 °C

21 juillet

26,6 °C

22 juillet

25,2 °C

Toutes ces valeurs sont largement supérieures à 20°C: Béja a donc connu cinq nuits tropicales consécutives.

Conséquence directe: chaque nouvelle journée de réchauffement démarre déjà à partir d’une température élevée, ce qui favorise des maxima toujours plus importants.

Un air brûlant qui s’assèche lui-même

L’exemple de Béja montre aussi qu’une canicule n’est pas seulement une affaire de dôme de chaleur: elle est amplifiée par un mécanisme physique mesurable, bien connu des physiciens de l’atmosphère sous le nom d’équation de Clausius-Clapeyron.

Plus l’air est chaud, plus il peut «demander» de vapeur d’eau — sauf que les sols, asséchés, n’ont plus assez d’eau à lui fournir.

Cet écart entre la demande et l’offre en humidité porte un nom: le déficit de pression de vapeur (VPD).

À Béja, il a atteint une valeur exceptionnelle, de l’ordre de 90 hPa.

Cette situation déclenche une véritable réaction en chaîne:

         l’air « veut » énormément d’humidité, mais les sols n’en ont plus à offrir

         l’évaporation, qui normalement rafraîchit l’air, tombe au plus bas

         l’énergie solaire, au lieu de servir à évaporer de l’eau, sert presque entièrement à chauffer l’air directement

         cette énergie s’accumule dans le système sol-atmosphère, alimentant l’Indice de Chaleur Cumulée (ICC)

Cette chaîne de causes à effets donne une explication physique cohérente des températures extrêmes observées à Béja durant la vague de chaleur de juillet 2026, et elle peut servir de base pour calculer l’ICC d’autres stations.

Pourquoi la chaleur met-elle autant de temps à partir?

Évacuer une telle quantité de chaleur accumulée demande la remise en place de véritables «couloirs d’échange» entre l’air chaud des basses couches et l’air froid des hautes altitudes. Cela suppose plusieurs conditions, qui prennent du temps à se réunir :

         la reconstruction progressive du vortex polaire, affaibli depuis plus de deux semaines

         le repositionnement du courant-jet (jet stream), véritable chef d’orchestre de la circulation atmosphérique

         le retour des ondes de Rossby à des amplitudes normales

         le déblocage progressif des grands centres d’action barométriques

         la dissipation des dômes de chaleur actuellement installés sur l’Afrique du Nord, le bassin occidental de la Méditerranée et l’Europe de l’Ouest

Ces processus, à la fois dynamiques et thermodynamiques, demandent du temps — c’est physiquement incompressible.

Patience, donc : le couplage entre le sol, l’atmosphère et l’océan n’a livré qu’une infime partie de ses secrets.

Lire également

Été 2026 en Tunisie: les vagues de chaleur précoces inquiètent le monde agricole

La Tunisie teste une technologie innovante pour réduire l’évaporation de l’eau

Moncef Rajhi

Ingénieur Général Hors Classe,
expert en météorologie,
climatologie et ressources en eau


Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *