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Agrohealth Tunisie

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Le jujubier sauvage tunisien, le «النبق» que la nature a gardé vivant

Par AgroHealth – Un petit fruit oublié, une plante des terres sèches et un patrimoine végétal qui mérite de retrouver sa place

 

Il suffit parfois de regarder de près une plante que l’on croise depuis toujours pour découvrir qu’elle raconte une histoire beaucoup plus grande que son apparence.

 

Dans les campagnes tunisiennes, le «النبق», ou nebq, fait partie de ces fruits sauvages que beaucoup connaissent sans forcément connaître la plante qui les porte.

 

Petit, rond, brun-rouge lorsqu’il arrive à maturité, le fruit pousse sur un arbuste épineux qui semble parfaitement à sa place dans les paysages secs.

 

Pendant longtemps, le jujubier sauvage a accompagné la vie rurale, offrant ses fruits à ceux qui savaient les reconnaître et participant discrètement à l’équilibre des écosystèmes méditerranéens.

 

Derrière ce fruit se cache une plante aujourd’hui étudiée par les chercheurs pour sa composition chimique, ses propriétés biologiques potentielles et son intérêt dans les régions confrontées à la sécheresse.

 

Son nom scientifique actuel est Ziziphus lotus (L.) Lam., une espèce de la famille des Rhamnaceae. L’ancien nom Rhamnus lotus L., que l’on retrouve encore dans certaines références, est aujourd’hui considéré comme un synonyme botanique.

 

L’espèce est naturellement présente en Tunisie et dans plusieurs régions méditerranéennes et nord-africaines.

Un arbuste façonné par les terres difficiles

Le jujubier sauvage n’a pas l’apparence d’un arbre fruitier classique. Il se présente plutôt comme un arbuste épineux, très ramifié, capable de former des touffes denses.

 

Dans les milieux secs, cette architecture végétale lui permet d’occuper l’espace tout en résistant à des conditions auxquelles de nombreuses espèces cultivées seraient beaucoup plus sensibles.

 

Ses petites feuilles ovales accompagnent des rameaux souvent munis d’épines. Au printemps et au début de l’été apparaissent de petites fleurs discrètes. Elles donneront ensuite naissance aux fruits caractéristiques de l’espèce.

 

Selon les descriptions botaniques, la floraison intervient notamment en juin et juillet, tandis que les fruits arrivent progressivement à maturité vers septembre et octobre, prenant alors une coloration rouge à brun-rouge.

 

Cette période correspond justement à ce moment de l’année où le paysage tunisien commence à prendre des teintes plus sèches et où certains fruits sauvages deviennent des ressources précieuses pour la faune.

 

Le nebq, un petit fruit au goût du patrimoine

Le fruit du Ziziphus lotus est une petite drupe ronde, beaucoup plus modeste que certains fruits cultivés que l’on trouve aujourd’hui sur les marchés.

 

À maturité, sa peau prend des teintes allant du rouge au brun et sa chair entoure un noyau relativement important.

 

Son goût légèrement sucré explique probablement pourquoi il a trouvé sa place dans les habitudes alimentaires traditionnelles de plusieurs régions d’Afrique du Nord.

 

Le fruit a également intéressé la recherche alimentaire. Des travaux consacrés au Ziziphus lotus tunisien et nord-africain montrent qu’il contient différents composés phénoliques et flavonoïdes.

 

Une étude tunisienne a notamment identifié dans les fruits plusieurs molécules telles que la rutine, l’épicatéchine, l’acide chlorogénique, la quercitrine et différents dérivés phénoliques.

 

Il ne faut cependant pas imaginer le nebq comme un «superaliment miracle».

 

Sa richesse réside davantage dans la diversité de ses constituants et dans l’intérêt scientifique qu’ils suscitent que dans une quelconque vertu thérapeutique extraordinaire.

Une composition qui intéresse les nutritionnistes

Le fruit du jujubier sauvage contient notamment des sucres, des composés phénoliques et des flavonoïdes, tandis que les différentes parties de la plante présentent des profils chimiques très différents.

 

Des analyses réalisées sur des fruits de Ziziphus lotus ont montré la présence de glucose et de fructose parmi les principaux sucres. La composition varie toutefois selon l’origine géographique, le degré de maturité, les conditions climatiques et les méthodes utilisées pour l’analyse.

 

Les graines constituent également une partie intéressante de la plante. Une étude consacrée aux graines de Ziziphus lotus a rapporté, sur matière sèche, environ 19,1% de protéines, 32,9% d’huile et 40,9% de glucides.

 

L’huile était notamment riche en acide oléique et en acide linoléique.

Ces résultats ne signifient pas pour autant que les graines doivent être consommées comme un aliment courant ou transformées artisanalement en huile.

 

Ils montrent surtout qu’une partie encore peu valorisée du fruit possède un potentiel agroalimentaire qui mérite davantage d’études.

Des polyphénols qui attirent l’attention scientifique

C’est probablement dans ce domaine que le jujubier sauvage est devenu particulièrement intéressant pour la recherche.

 

Les polyphénols et les flavonoïdes sont des composés naturellement présents dans de nombreuses plantes et associés à différentes activités biologiques.

 

Chez Ziziphus lotus, plusieurs études ont mis en évidence une activité antioxydante de différents extraits.

 

Une recherche réalisée sur du matériel végétal tunisien a notamment montré que les fruits, les feuilles et les racines contiennent des composés phénoliques, avec des différences importantes selon la partie de la plante et le solvant utilisé pour l’extraction.

 

Une revue scientifique consacrée à l’espèce a recensé plus de 181 composés bioactifs identifiés dans différents extraits provenant notamment de Tunisie, du Maroc et d’Algérie.

 

Parmi eux figurent des polyphénols, flavonoïdes, terpènes, alcaloïdes et acides gras.

 

Cette diversité explique l’intérêt croissant porté à cette plante par les chercheurs.

Du traditionnel au laboratoire

Dans la médecine traditionnelle nord-africaine, différentes parties du jujubier sauvage ont été utilisées pour diverses affections.

 

La littérature scientifique rapporte notamment des usages traditionnels associés aux troubles digestifs, aux infections, à certaines affections inflammatoires et à d’autres problèmes de santé.

 

Mais c’est ici qu’une distinction essentielle doit être faite.

Une utilisation traditionnelle n’est pas une preuve clinique d’efficacité.

 

Des extraits de Ziziphus lotus ont montré, dans des expériences en laboratoire ou sur des modèles animaux, des activités antioxydantes, antimicrobiennes, anti-inflammatoires et potentiellement antidiabétiques.

 

Ces résultats sont intéressants, mais ils ne permettent pas encore de considérer la plante comme un médicament destiné à traiter une maladie chez l’être humain. Les auteurs des revues scientifiques soulignent d’ailleurs la nécessité de disposer de davantage d’études cliniques.

 

Cette prudence est particulièrement importante lorsqu’il s’agit des racines, de l’écorce ou des extraits concentrés.

 

Le fait qu’un fruit soit traditionnellement consommé ne signifie pas que toutes les parties de la plante peuvent être utilisées de la même manière.

Un allié discret de la biodiversité

Le rôle du jujubier sauvage dépasse largement celui de ses fruits.

Dans les paysages méditerranéens et semi-arides, ses buissons épineux constituent des zones de refuge pour la faune et contribuent à maintenir une couverture végétale dans des milieux où les conditions sont souvent difficiles.

 

Son adaptation aux environnements secs lui confère également un intérêt particulier à une époque où la Tunisie doit réfléchir à des systèmes agricoles et pastoraux capables de mieux composer avec la sécheresse, la chaleur et la raréfaction de l’eau.

 

Le jujubier sauvage rappelle ainsi une réalité souvent oubliée : certaines plantes spontanées ont développé, au fil de leur évolution, une remarquable capacité à vivre avec très peu de ressources.

 

Et si le nebq retrouvait une place dans notre alimentation?

La question mérite d’être posée.

Le Ziziphus lotus ne deviendra probablement pas demain une grande culture fruitière tunisienne. Son intérêt pourrait être ailleurs.

 

Dans la valorisation de fruits sauvages locaux, dans la transformation alimentaire, dans la recherche sur les molécules bioactives, dans la conservation de la biodiversité ou encore dans l’étude de plantes adaptées aux zones sèches.

 

Des recherches ont déjà exploré la possibilité d’utiliser le fruit dans des produits transformés, notamment des boissons et des préparations alimentaires.

 

Des travaux menés sur des jus associant jujube et datte ont ainsi étudié leur composition nutritionnelle et leurs composés bioactifs.

 

Cette piste est intéressante pour la Tunisie, où le patrimoine alimentaire ne se limite pas aux espèces cultivées aujourd’hui.

 

Il existe, dans les campagnes et les régions arides, tout un monde végétal que la modernisation de l’alimentation a progressivement relégué à l’arrière-plan.

Redécouvrir sans idéaliser

Le nebq mérite donc mieux que l’oubli, mais aussi mieux que les promesses excessives.

 

Il ne faut ni le considérer comme une simple «mauvaise herbe», ni lui attribuer des propriétés médicinales que la science n’a pas encore démontrées chez l’homme.

 

Il est avant tout une espèce sauvage tunisienne, un fruit traditionnel, une ressource biologique et un objet de recherche.

 

À l’heure où l’agriculture cherche de nouvelles réponses face au changement climatique, les plantes adaptées aux milieux difficiles pourraient avoir beaucoup à nous apprendre.

 

Certaines ne deviendront jamais des cultures commerciales majeures. Mais elles peuvent contribuer à préserver la diversité végétale, à maintenir les équilibres écologiques et, pourquoi pas, à inspirer de nouvelles formes de valorisation alimentaire.

 

Le petit fruit brun que l’on appelle النبق raconte finalement une histoire assez simple: celle d’une plante qui a réussi à rester là, année après année, alors que l’homme changeait son environnement autour d’elle.

 

Et peut-être est-il temps de regarder autrement ces plantes sauvages que nous avons appris à ne plus voir.

Sources
  • Bencheikh et al., Ethnobotanical, Phytochemical, Toxicological, and Pharmacological Properties of Ziziphus lotus (L.) Lam.: A Comprehensive Review, Pharmaceuticals, 2023.
  • Chemical Composition and Biological Activities of Tunisian Ziziphus lotus Extracts, Plants, 2021.
  • Ghazghazi et al., Fatty acids composition of Tunisian Ziziphus lotus fruits and variation in biological activities between leaf and fruit extracts, Natural Product Research, 2014.
  • Chouaibi et al., Nutritional composition of Zizyphus lotus L. seeds, Journal of the Science of Food and Agriculture.
  • Royal Botanic Gardens, Kew, Plants of the World Online, Ziziphus lotus (L.) Lam.

 

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