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Agrohealth Tunisie

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Le melon «Tej El Malak»: une ancienne variété tunisienne renaît de ses graines

Par AgroHealth – Il existe des variétés agricoles qui
disparaissent des champs sans pour autant disparaître complètement. Conservées sous forme de graines dans des banques de gènes, elles peuvent attendre des années, parfois des siècles, avant de retrouver la terre, les agriculteurs et les consommateurs.

 

Le melon « Tej El Malak », connuben arabe sous le nom de «الملك تاج بطيخ», appartient à cette histoire particulière.


Ancienne variété aujourd’hui remise en culture, il suscite un nouvel intérêt en
raison de ses caractéristiques agronomiques, de son goût et de son potentiel de production.

Pour mieux comprendre cette renaissance,

AgroHealth s’est entretenu avec M. Hafedh Karbaa, passionné par la préservation et la valorisation des variétés locales. À travers ses propos, le Tej El Malak apparaît comme bien plus qu’un simple melon. Il raconte une histoire de semences, de conservation génétique et de transmission d’un patrimoine agricole. 

Une variété ancienne qui revient des graines

Selon M. Karbaa, le Tej El Malak serait cultivé depuis environ 800 ans dans plusieurs régions du monde arabe et d’Afrique du Nord, notamment en Tunisie.

 

Au fil du temps, cette variété aurait progressivement disparu des cultures, sans qu’une explication précise de cette disparition puisse aujourd’hui être établie.

 

Son ancienneté est notamment étayée, selon lui, par des analyses génétiques réalisées sur la variété.

 

La renaissance du Tej El Malak repose précisément sur la possibilité de retrouver et de multiplier des semences anciennes conservées dans des banques de gènes. Dans ce cas, des graines ont été récupérées dans le cadre d’une collaboration entre la Banque Nationale de Gènes de Tunisie et une banque internationale de semences.

 

Une fois remises en culture, les graines ont permis de multiplier la variété. Une partie a été conservée afin de préserver la ressource génétique, tandis qu’une autre a été destinée aux agriculteurs pour favoriser sa réintroduction progressive dans les champs et, à terme, auprès des consommateurs.

 

Cette démarche rappelle une fonction essentielle des banques de gènes. Leur rôle ne consiste pas uniquement à conserver des semences dans des conditions contrôlées. Elles peuvent également permettre de réactiver un patrimoine végétal vivant et de lui donner une nouvelle place dans l’agriculture.

Jusqu’à quatorze melons à partir d’un même système racinaire

Ce qui distingue particulièrement le Tej El Malak réside dans son potentiel de production.

 

D’après les observations rapportées par M. Karbaa, un même système racinaire peut produire jusqu’à quatorze melons. Une caractéristique qui pourrait représenter un intérêt important pour les producteurs et qui contribue à expliquer l’attention croissante portée à cette ancienne variété.

 

Les fruits sont généralement de petite à moyenne taille. Mais au-delà de leur dimension, c’est surtout leur qualité gustative qui semble retenir l’attention.

 

Le Tej El Malak est décrit comme un melon très sucré et savoureux, accompagné d’un parfum particulièrement marqué. Selon M. Karbaa, son arôme peut même être perceptible à plusieurs mètres du fruit.

 

Cette association entre potentiel de production, saveur et parfum constitue l’un des principaux atouts de la variété. 

Une variété face au climat chaud

Dans un contexte marqué par la hausse des températures et la pression croissante sur les ressources en eau, la question de l’adaptation des cultures devient centrale.

 

Pour M. Karbaa, les températures élevées ne constituent pas nécessairement un obstacle majeur pour les cucurbitacées, famille à laquelle appartiennent notamment le melon, la pastèque, la courge et le concombre. Ces plantes disposent de caractéristiques génétiques qui leur permettent de supporter des conditions relativement chaudes et une disponibilité limitée en eau.

 

Le Tej El Malak pourrait ainsi présenter un intérêt dans un contexte agricole où l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques devient une priorité.

Mais cette capacité d’adaptation ne signifie pas que la variété est totalement à l’abri des effets du changement climatique.

 

M. Karbaa souligne que les conditions climatiques de cette année ont déjà eu des conséquences sur la production et pourraient également influencer celle de l’année prochaine, notamment à travers leur impact potentiel sur les semences.

 

Il indique toutefois que les résultats observés sur la germination sont particulièrement encourageants. Selon les données qu’il nous a communiquées, le taux de germination aurait atteint 97 %, voire 100 % dans certains cas, des résultats qui doivent être rapprochés d’une analyse spécifique.

 

Quand une graine devient un patrimoine agricole

 

L’histoire du Tej El Malak pose finalement une question plus large : que perd-on lorsque les anciennes variétés disparaissent de nos champs?

 

Une semence locale ne représente pas seulement un potentiel de production. Elle porte avec elle une histoire, des caractéristiques génétiques, des pratiques agricoles et parfois une relation ancienne entre une société et son territoire.

 

La conservation de ces ressources devient donc un enjeu stratégique pour l’agriculture de demain. Dans un contexte de changement climatique, de pression sur l’eau et d’évolution des habitudes alimentaires, disposer d’une diversité génétique constitue également une forme de sécurité pour les générations futures.

 

Le parcours du Tej El Malak montre ainsi qu’une variété peut disparaître des champs sans être définitivement perdue. Une graine conservée peut permettre, des années plus tard, de retrouver une plante, un fruit, un goût et une partie de la mémoire agricole.

Redonner une place aux variétés locales

Pour M. Karbaa, la renaissance du Tej El Malak doit surtout encourager les agriculteurs à préserver et cultiver les semences locales.

 

Les consommateurs ont également un rôle à jouer en redécouvrant ces produits et en leur accordant une place sur les marchés et dans leur alimentation.

 

Le défi n’est donc pas seulement de conserver la variété. Il consiste aussi à lui créer un véritable avenir agricole et commercial.

 

Le Tej El Malak pourrait ainsi trouver sa place dans une agriculture qui cherche à mieux valoriser ses ressources locales, à diversifier ses productions et à reconnecter les consommateurs avec le patrimoine végétal tunisien.

Une mémoire agricole qui reprend vie

Le parcours du melon Tej El Malak rappelle une réalité souvent oubliée: la diversité agricole se trouve parfois dans une simple graine. 

Conservée dans une banque de gènes, puis remise en terre, cette graine peut redevenir une plante, produire un fruit et retrouver progressivement les champs.

À travers cette ancienne variété, c’est donc tout un patrimoine qui renaît.

 

Un patrimoine génétique, agricole et alimentaire que la Tunisie a intérêt à documenter, préserver et surtout à faire vivre.

 

Car  préserver une semence ne signifie pas seulement conserver une graine. C’est conserver une possibilité pour l’agriculture de demain.

 

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