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Agrohealth Tunisie

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La mouche méditerranéenne: une menace pour les agrumes tunisiens

Par AgroHealth – À l’approche de la campagne agrumicole 2026-2027, la protection des vergers tunisiens contre les ravageurs demeure un enjeu majeur pour les producteurs. Parmi les menaces les plus importantes figure la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), communément appelée cératite. Très polyphage, cet insecte constitue l’un des principaux ravageurs économiques des cultures fruitières en Tunisie, notamment des agrumes.

Une menace qui dépasse les seuls agrumes

La cératite est une espèce particulièrement adaptable. Elle peut s’attaquer à un très grand nombre de plantes hôtes et profiter de la succession des cultures fruitières au fil des saisons.

 

En Tunisie, elle concerne notamment les agrumes, mais également les pêchers, abricotiers, figuiers, néfliers et d’autres espèces fruitières.

 

Cette diversité d’hôtes permet à ses populations de se maintenir dans différents agroécosystèmes.

 

Le cycle des dégâts commence lorsque la femelle adulte pique le fruit afin d’y déposer ses œufs sous l’épiderme.

 

Après leur éclosion, les larves se développent directement dans la pulpe. Leur présence accélère la dégradation du fruit, favorise son pourrissement et peut provoquer sa chute avant la récolte.

 

Pour l’agriculteur, les conséquences sont donc à la fois quantitatives et qualitatives: diminution du rendement commercialisable, dépréciation des fruits et augmentation des pertes au verger.

Des dégâts préoccupants dans les agrumes tunisiens

L’importance du problème est particulièrement visible dans certaines régions du Sud tunisien. Une étude consacrée aux agrumes de Gabès et Tozeur, publiée en 2024, a évalué les dégâts de Ceratitis capitata sur plusieurs variétés: Thomson, clémentinier, mandarinier, bigaradier et citronnier.

 

Les résultats montrent des taux d’infestation particulièrement élevés sur certaines variétés.

 

À Tozeur, les taux observés atteignaient notamment 42,02 % pour la Thomson, 39,83 % pour la clémentine et 32,5 % pour le mandarinier.

 

À Gabès, ils atteignaient respectivement 39,86 %, 37,18 % et 30,57 %. Le citronnier présentait quant à lui des niveaux nettement plus faibles dans cette étude.

 

Ces résultats ne signifient pas que ces taux s’appliquent à tous les vergers ou à toutes les campagnes. Ils montrent cependant la capacité de la cératite à provoquer des infestations importantes lorsque les conditions lui sont favorables.

Pourquoi la lutte reste complexe?

La lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits constitue un véritable défi. Son cycle biologique, sa mobilité et son grand nombre de plantes hôtes compliquent son contrôle, tandis que la succession des cultures fruitières lui permet de trouver des ressources alimentaires tout au long de l’année.

 

Pendant longtemps, la protection des cultures a largement reposé sur l’utilisation d’insecticides, notamment des organophosphorés.

 

Or, cette approche soulève aujourd’hui plusieurs questions liées à la durabilité des systèmes agricoles, à la protection des organismes non ciblés, à l’apparition de phénomènes de résistance et à la nécessité de réduire l’usage des pesticides.

 

L’enjeu pour les campagnes futures est donc de trouver un équilibre entre efficacité phytosanitaire, protection de l’environnement, sécurité des travailleurs et qualité sanitaire des productions.

La Tunisie dispose déjà de solutions prometteuses

Face à cette problématique, les recherches menées en Tunisie montrent que des alternatives aux traitements chimiques peuvent être envisagées.

 

Parmi elles, le piégeage de masse consiste à installer un nombre important de pièges contenant des attractifs afin de capturer les adultes de la cératite avant leur reproduction et leur ponte.

 

Des travaux réalisés dans les oasis de Gafsa et de Midès ont notamment évalué l’utilisation des systèmes Cera Trap® et Moskisan® sur des agrumes. Les résultats obtenus sont encourageants.

 

À Midès, les dégâts sur clémentines étaient de 8 % dans la parcelle traitée contre 30 % dans la parcelle témoin. Pour la variété Thomson, ils étaient respectivement de 1,5 % et 23 %. À Gafsa, les dégâts sur clémentines atteignaient environ 6 % dans la parcelle traitée contre 25 % dans le témoin.

 

Ces résultats illustrent le potentiel du piégeage de masse comme outil de protection intégrée, notamment dans les zones où la pression de la cératite est importante.

L’expérience espagnole: vers une lutte à l’échelle régionale

La Tunisie pourrait également tirer des enseignements de l’expérience de pays méditerranéens confrontés au même ravageur.

 

En Espagne, notamment dans la Communauté valencienne, la lutte contre la cératite s’inscrit dans une approche intégrée menée à grande échelle. Depuis 2007, un programme régional associe notamment surveillance des populations, piégeage et technique de l’insecte stérile (TIS).

 

Cette dernière constitue l’une des approches les plus avancées. Elle consiste à élever en masse des mâles de Ceratitis capitata, à les stériliser par irradiation, puis à les relâcher dans les zones ciblées.

 

Ces mâles s’accouplent avec les femelles sauvages, mais les œufs issus de ces accouplements ne donnent pas de descendance viable. L’objectif est ainsi de réduire progressivement la population de l’insecte.

 

L’expérience espagnole montre surtout l’importance d’une approche à l’échelle d’un territoire, plutôt que de limiter les interventions à quelques exploitations isolées.

 

La surveillance, le piégeage et les autres méthodes de lutte sont combinés afin d’intervenir en fonction du niveau réel de risque. Cette stratégie a notamment contribué à une forte réduction du recours aux traitements insecticides aériens dans les programmes concernés.

Que peut faire la Tunisie?

L’objectif pour la Tunisie ne serait pas de reproduire immédiatement le modèle espagnol à grande échelle, mais de l’adapter progressivement aux réalités de ses régions agrumicoles.

 

Une première étape consisterait à renforcer la surveillance des populations de cératite grâce à un réseau de pièges de suivi dans les principales zones de production. Ces données permettraient de détecter précocement les périodes de forte activité et d’orienter les interventions.

 

Le piégeage de masse, déjà expérimenté avec des résultats encourageants dans certaines oasis tunisiennes, pourrait ensuite être davantage intégré aux programmes de protection des vergers.

 

Il devrait être associé à de bonnes pratiques culturales, notamment l’élimination des fruits infestés ou tombés au sol, afin de limiter les possibilités de reproduction de l’insecte.

 

À plus long terme, la Tunisie pourrait également envisager la mise en place d’un projet pilote de technique de l’insecte stérile (TIS) dans une zone agrumicole déterminée.

 

Une telle expérimentation permettrait d’évaluer son efficacité, son coût, ses besoins en infrastructures et sa faisabilité dans les conditions tunisiennes avant toute extension.

 

Cette démarche pourrait aboutir à un véritable programme national de lutte intégrée contre la cératite, combinant surveillance, piégeage de masse, mesures culturales, solutions biologiques ou à faible impact et, lorsque les conditions le permettent, technique de l’insecte stérile.

L’importance de l’anticipation

À l’approche de la campagne 2026-2027, la surveillance et l’anticipation seront donc essentielles.


La réussite de la lutte contre la cératite dépendra notamment de la capacité à détecter précocement l’activité du ravageur, suivre l’évolution des populations et intervenir au moment opportun.

 

Pour les producteurs d’agrumes, l’objectif ne devrait plus être uniquement de traiter lorsque les dégâts deviennent visibles, mais de construire une stratégie préventive et intégrée permettant de limiter les populations de la mouche avant que les fruits ne soient fortement exposés.

 

La cératite représente ainsi bien plus qu’un simple insecte ravageur: elle constitue un enjeu économique, environnemental et phytosanitaire pour l’arboriculture tunisienne.

 

Face à ce défi, la Tunisie dispose déjà de premières expériences encourageantes. L’enjeu est désormais de les inscrire dans une stratégie plus large, fondée sur la surveillance, l’innovation et la lutte intégrée.

 

En s’inspirant des expériences internationales, tout en valorisant les résultats obtenus localement, la Tunisie pourrait progressivement réduire sa dépendance aux insecticides et renforcer la protection de ses vergers.

 

La campagne 2026-2027 pourrait ainsi constituer une nouvelle étape vers une gestion plus durable et plus préventive de la cératite, au bénéfice des producteurs, de l’environnement et de la qualité des agrumes tunisiens.

 

Sources
  • FAO AGRIS, Journal of Oasis Agriculture and Sustainable Development, Journal of New Sciences.
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