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Agrohealth Tunisie

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Recensement général de l’agriculture : la Tunisie à la recherche d’une cartographie précise de son agriculture

Par Agrohealth – Après plusieurs années de préparation, le projet entre dans une phase plus avancée. Près de 831 000 exploitations agricoles sont au cœur de l’opération.

 

Combien la Tunisie compte-t-elle réellement d’exploitations agricoles? Où se concentrent les cultures? Combien sont les agriculteurs? Quelle est l’importance du cheptel? Quelles surfaces sont irriguées? Où se trouvent les petites exploitations et les zones où l’activité agricole est la plus intense?

 

Ces questions peuvent sembler simples. Pourtant, pendant des années, les réponses sont restées dispersées entre différentes enquêtes, estimations et données sectorielles.

 

La Tunisie prépare aujourd’hui le premier recensement général de l’agriculture de son histoire, une opération qui doit permettre de mieux connaître la réalité du secteur et de disposer d’une base statistique plus complète, actualisée et numérisée.

 

En septembre 2026, le dossier est revenu au premier plan. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a présenté au Conseil national de la statistique un état d’avancement des travaux et des différentes étapes du recensement.

 

Le 17 septembre, une formation destinée aux journalistes sur la couverture médiatique du recensement a également été annoncée pour la période du 12 au 14 octobre 2026.

 

Ces développements montrent que le projet est entré dans une nouvelle phase de préparation et d’organisation. Mais, au 20 septembre 2026, le ministère n’a pas encore publié un calendrier détaillé et définitif de l’ensemble du recensement sur le terrain.

Un projet qui remonte à 2018

Le cadre juridique du recensement remonte au décret gouvernemental n°953 du 16 novembre 2018. Les travaux préparatoires ont commencé en 2019. Le chemin parcouru depuis n’a pas été court.

 

La phase dite de pré-dénombrement a démarré le 6 février 2019 et s’est poursuivie jusqu’en septembre 2022. Son objectif était notamment de constituer une première base de données des exploitations agricoles, dans un contexte où la Tunisie ne disposait pas d’une liste nominative et exhaustive des agriculteurs et des exploitants.

 

Cette première étape a permis de mettre en évidence l’un des principaux défis de l’opération: identifier les exploitations, les localiser et mieux connaître leurs caractéristiques, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des estimations globales.

 

C’est dans ce contexte que la transformation numérique a pris une place centrale dans le projet.

831 000 exploitations au cœur de l’opération

Selon un document officiel présenté dans le cadre des travaux de l’Assemblée des représentants du peuple, le nombre des exploitations agricoles à couvrir par le dénombrement a été estimé à environ 831 000 exploitations.

 

Ce chiffre ne concerne pas uniquement les grandes exploitations. Le recensement doit également prendre en compte les petites exploitations, les exploitations familiales et les unités agricoles situées dans les zones rurales les plus éloignées.

 

Ce point est essentiel pour comprendre la réalité de l’agriculture tunisienne. Le paysage agricole du pays ne se limite pas aux grandes fermes ou aux entreprises agricoles. Il repose également sur un tissu très diversifié de petites et moyennes exploitations.

 

La qualité du recensement dépendra donc aussi de sa capacité à atteindre l’ensemble de ces acteurs.

560 tablettes et 82 moyens de transport

Dès la phase préparatoire, le projet a été doté de moyens techniques et logistiques spécifiques.

 

Les documents officiels font état de l’acquisition de 560 tablettes numériques et de 82 moyens de transport, destinés à accompagner le travail sur le terrain.

 

Au cours de la phase de pré-dénombrement, 161 tablettes ont déjà été utilisées.

 

Le recours à ces équipements montre que le futur recensement ne sera pas une simple opération statistique sur papier. Il repose sur une approche numérique intégrant notamment les systèmes d’information géographique (SIG).

 

L’objectif est de ne pas réduire chaque exploitation à un simple chiffre dans un tableau. Les données doivent pouvoir être associées à sa localisation géographique et à ses principales caractéristiques.

 

À terme, la Tunisie pourrait ainsi disposer d’une véritable cartographie numérique de son agriculture.

Pourquoi la Tunisie a-t-elle besoin de ce recensement?

La véritable valeur du recensement ne réside pas seulement dans le nombre d’exploitations agricoles qu’il permettra de compter.

 

Il doit surtout permettre de répondre à des questions essentielles : où se trouvent les terres agricoles? Que produit-on? Qui produit? Avec quels moyens? Quelle est la répartition du cheptel? Où se trouvent les zones irriguées? Comment les exploitations sont-elles réparties selon leur taille et leur région?

 

Le gouvernement considère que le recensement doit fournir une base de données de référence et des indicateurs actualisés sur le secteur agricole, avec un niveau de détail pouvant aller jusqu’à la délégation ou à la zone agricole.

 

Cette base pourrait devenir un outil important pour la planification agricole et le développement régional.

De la sécurité alimentaire à l’investissement: la donnée au cœur de la décision

Dans un pays confronté à des défis croissants liés à l’eau, au changement climatique, à la production agricole, aux importations et aux prix, les statistiques agricoles ne sont plus une simple question technique.

 

Décider de soutenir une filière, d’encourager une culture, de développer un investissement dans une région ou de réorienter une politique agricole suppose de connaître avec précision la réalité du terrain.

 

Le recensement doit ainsi contribuer à améliorer:

• l’orientation des investissements agricoles;

• l’accompagnement des petites et moyennes exploitations;

• la valorisation du patrimoine foncier agricole;

• l’élaboration des stratégies sectorielles;

• les statistiques agricoles;

• la numérisation du secteur;

• et la planification du développement régional et local.

L’un des enjeux majeurs sera également de faire de cette base de données un outil durable, capable de servir de référence pour les années à venir.

3,5 millions de dollars pour soutenir le projet

Les documents officiels indiquent également qu’une enveloppe de 3,5 millions de dollars a été mobilisée en 2023 pour soutenir la réalisation du recensement, dans le cadre d’une composante d’un projet financé par la Banque mondiale.

 

Cette enveloppe illustre l’ampleur technique et logistique de l’opération. Recenser plusieurs centaines de milliers d’exploitations exige en effet des ressources humaines, des moyens de transport, des équipements numériques, des systèmes informatiques, de la formation et une importante organisation sur le terrain.

Que s’est-il passé en septembre 2026?

Le mois de septembre a marqué une nouvelle accélération autour du dossier.

 

Le 1er septembre 2026, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a insisté, lors d’une visite à Zaghouan, sur la nécessité de mobiliser les moyens humains et logistiques et de renforcer la coordination entre les différentes structures et administrations afin de réussir le recensement.

 

Le 16 septembre, le ministère de l’Agriculture a présenté au Conseil national de la statistique un exposé consacré à l’avancement des travaux et aux différentes étapes du recensement.

 

Le 17 septembre, l’organisation d’une formation destinée aux journalistes sur la couverture médiatique du recensement a été annoncée. Elle est prévue du 12 au 14 octobre 2026.

 

Le 18 septembre, le ministre a également rencontré des journalistes. Toutefois, au 20 septembre, aucun document officiel détaillé présentant les conclusions spécifiques de cette rencontre sur le recensement n’a encore été publié.

 

Il convient donc de ne pas présenter comme définitifs des chiffres ou des dates qui n’ont pas encore fait l’objet d’une annonce officielle récente.

Un recensement qui doit aller au-delà des chiffres

Si l’opération aboutit, la Tunisie ne disposera pas seulement d’un nouveau chiffre sur le nombre de ses exploitations agricoles. Elle pourrait disposer d’une nouvelle carte de son agriculture.

 

Une carte permettant de mieux connaître la répartition des cultures, du cheptel, des exploitations familiales et des petites exploitations, mais aussi des zones irriguées et des différentes activités agricoles.

 

Cette dimension géographique prend une importance particulière à l’heure où le changement climatique, la rareté de l’eau et la dégradation des ressources naturelles deviennent des facteurs déterminants pour l’avenir de l’agriculture.

Des données précises et localisées permettraient, à terme, de mieux adapter les politiques agricoles aux réalités de chaque territoire.

Du chiffre à la décision

Le véritable défi commencera toutefois après la collecte des données.

 

Un recensement n’a de valeur que si les informations recueillies sont correctement exploitées, régulièrement actualisées et, autant que possible, accessibles aux chercheurs, aux agriculteurs, aux professionnels, aux investisseurs et aux médias.

 

La réussite de l’opération ne dépendra donc pas uniquement de la qualité du dénombrement. Elle dépendra également de la capacité à transformer les données en outils d’aide à la décision.

 

La Tunisie a besoin de connaître son agriculture telle qu’elle existe réellement sur le terrain, et non uniquement à travers des estimations dispersées.

 

Entre 831 000 exploitations, des centaines de tablettes numériques, les systèmes d’information géographique et plusieurs années de préparation, le pays semble se rapprocher d’une étape importante: disposer enfin d’une photographie statistique beaucoup plus complète de son agriculture.

 

Reste maintenant la question essentielle: quand commencera le dénombrement général sur le terrain et quand cette nouvelle cartographie agricole sera-t-elle accessible aux décideurs, aux agriculteurs et aux chercheurs?

 

C’est désormais l’une des principales échéances attendues dans les prochains mois.

Agrohealth

 

 



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