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Le «or rouge» de la Méditerranée : La crevette rouge tunisien au cœur de la controverse
Ces derniers jours, l’affaire de la crevette rouge tunisien a suscité une vive émotion parmi les professionnels de la pêche et l’opinion publique.
Au-delà des chiffres et des procédures administratives, cette histoire raconte surtout le quotidien de marins qui affrontent les profondeurs de la Méditerranée pour ramener à terre l’un des produits les plus précieux de notre patrimoine halieutique.
L’inquiétude est née après l’annonce de la saisie, par les autorités douanières italiennes, d’une importante cargaison de crevettes rouges tunisiennes destinée à l’exportation.
Selon les informations relayées par les professionnels du secteur, cette mesure aurait été motivée par un dépassement présumé du quota autorisé pour ce crustacé particulièrement recherché sur les marchés européens.
Dans un premier temps, les exportateurs craignaient le pire. L’hypothèse d’une destruction de la marchandise faisait planer le spectre de lourdes pertes financières.
Finalement, des vidéos et des témoignages relayés ces derniers jours indiquent que la
cargaison aurait été renvoyée vers le port de Tunis, évitant ainsi un scénario catastrophique.
Même si cette information mérite une confirmation officielle, elle a été accueillie avec soulagement par les acteurs du secteur.
Pour autant, le retour de la marchandise ouvre une autre interrogation : que faire de ces quantités de crevettes rouges ?
En théorie, elles pourraient alimenter le marché local. Mais la réalité économique tunisienne rend cette solution difficile. La crevette rouge est considérée comme un produit de luxe, dont le prix dépasse largement celui des autres produits de la mer consommés en Tunisie.
Sur les marchés européens, les prix varient selon le calibre et le circuit de commercialisation.
À l’export, le kilogramme se négocie généralement entre 20 et 35 euros, soit environ 68 à 119 dinars tunisiens. Les gros calibres destinés aux segments premium atteignent souvent entre 35 et 60 euros le kilogramme, l’équivalent de 119 à 204 dinars.
En vente au détail haut de gamme en Europe, notamment dans les restaurants gastronomiques italiens ou espagnols, les prix oscillent entre 50 et 90 euros le kilogramme et peuvent même dépasser les 70 euros pour les pièces les plus recherchées.
À titre de comparaison, le prix moyen de l’ensemble des produits de la pêche tunisiens exportés au début de l’année 2026 se situait autour de 25 à 26,1 dinars le kilogramme.
La crevette rouge se négocie donc à des niveaux nettement supérieurs à cette moyenne, confirmant son statut de produit d’exception.
Même lorsqu’elle revient sur le marché tunisien, son prix peut avoisiner les 300 dinars le kilogramme, un niveau inaccessible pour une grande partie des ménages.
Ce paradoxe interpelle : un produit pêché par des Tunisiens, dans les eaux tunisiennes, demeure hors de portée du consommateur tunisien.
Derrière cette affaire se cache également une réalité souvent méconnue. La crevette rouge n’est pas un produit facile à obtenir.
Elle évolue à des profondeurs pouvant atteindre 600 mètres sous la surface de la mer. Sa pêche exige des moyens techniques importants, des embarcations adaptées, des équipements coûteux et un savoir-faire particulier.
Les marins passent de longues heures en mer, dans des conditions parfois difficiles, pour ramener à terre ce que beaucoup considèrent aujourd’hui comme le véritable «or rouge» de la Méditerranée.
Le travail ne s’arrête pas au moment de la capture.
Sur place, à bord des bateaux, les équipages doivent rapidement trier la marchandise, la conserver dans des conditions rigoureuses et préserver sa fraîcheur afin de garantir sa qualité exceptionnelle sur les marchés internationaux.
C’est pourquoi de nombreux professionnels vivent difficilement ce qu’ils considèrent comme une injustice.
Selon leurs estimations, la production tunisienne annuelle de crevettes rouges avoisinerait les 400 tonnes. Pourtant, la quantité effectivement autorisée à l’exportation ne représenterait qu’environ 35 tonnes, soit une fraction très réduite du potentiel national.
Cette situation soulève une question légitime. Comment expliquer qu’un secteur capable de produire plusieurs centaines de tonnes soit limité à un volume d’exportation aussi faible?
Les pêcheurs et les exportateurs estiment que les quotas actuels ne reflètent ni la réalité de la production tunisienne ni les investissements consentis par la profession.
Cependant, un autre aspect mérite également d’être souligné.
Si des quotas existent et s’imposent à tous les acteurs, les opérateurs économiques doivent être clairement informés des quantités autorisées avant la signature des
contrats commerciaux et l’expédition des cargaisons.
Une communication insuffisante ou des procédures peu lisibles peuvent exposer les exportateurs à des risques considérables et fragiliser toute une filière.
L’enjeu dépasse donc la seule question du quota. Il touche à la gouvernance du secteur, à la transparence des décisions et à la circulation de l’information entre les autorités compétentes et les professionnels.
L’Italie demeure le premier marché des produits halieutiques tunisiens.
Les exportations vers ce pays représentent une part importante des débouchés de la
filière.
Un incident de cette nature peut affecter la confiance des partenaires commerciaux, compromettre des contrats et menacer des emplois dans les ports, les unités de conditionnement et les entreprises exportatrices.
Au fond, cette affaire révèle le défi auquel est confrontée la pêche tunisienne aujourd’hui: comment concilier la préservation des ressources marines et le respect des engagements internationaux avec le droit légitime des pêcheurs à vivre dignement de leur travail ?
La crevette rouge n’est pas seulement un produit d’exportation à forte valeur ajoutée. C’est le fruit d’un métier exigeant, pratiqué dans les profondeurs de la Méditerranée par des hommes qui prennent des risques quotidiens pour faire vivre leurs familles.
Leur voix mérite d’être entendue.
Cette crise pourrait finalement devenir une opportunité.
Une occasion de revoir les mécanismes de concertation, d’améliorer la transparence dans la gestion des quotas et d’ouvrir un dialogue constructif entre les autorités, les
scientifiques et les professionnels afin de construire une filière à la fois durable, équitable et économiquement viable.
Car derrière chaque kilogramme de ce « or rouge » de la Méditerranée, il y a bien plus qu’une marchandise: il y a une histoire humaine, un savoir-faire et toute une communauté qui espère simplement que ses efforts soient reconnus à leur juste valeur.
Sources
- La Presse de Tunisie, « Bizerte : inquiétude des pêcheurs après la saisie de crevettes rouges en Italie », 10 juin 2026.
- Déclarations relayées par IFM Radio et citées par La Presse concernant les estimations de production nationale et les inquiétudes des exportateurs.
- Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI), données sur les exportations des produits de la pêche et la place de l’Italie comme premier marché des produits halieutiques tunisiens.
- Témoignages et informations circulant sur les réseaux sociaux concernant le retour de la cargaison vers le port de Tunis.
- Cette information reste à confirmer officiellement par les autorités compétentes.

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