L’argile nanométrique liquide peut-elle rendre les sols sableux plus favorables à l’agriculture?
Par AgroHealth – De la capacité des sols sableux à mieux retenir l’eau et les nutriments à la réduction des besoins en irrigation, la technologie Liquid NanoClay (LNC) ouvre une nouvelle piste pour l’agriculture dans les régions arides.
Mais entre les promesses et les résultats scientifiques, chaque expérience doit être évaluée selon ses propres conditions, notamment dans les régions confrontées au manque d’eau et à la dégradation des sols.
Face à la sécheresse, à la dégradation des terres et à l’augmentation des besoins en eau, l’agriculture des régions sèches cherche aujourd’hui des solutions qui ne reposent pas uniquement sur l’augmentation des volumes d’irrigation.
Le problème n’est pas toujours la quantité d’eau disponible. Il concerne aussi la capacité du sol à retenir cette eau et à la maintenir accessible aux racines des plantes.
C’est dans ce contexte qu’est apparue la technologie Liquid NanoClay (LNC), également appelée Liquid Natural Clay. Elle a été développée par l’entreprise norvégienne spécialisée dans les technologies agricoles Desert Control.
Son principe est relativement simple. Il consiste à utiliser de l’argile naturelle sous une forme permettant de la répartir dans les sols sableux afin d’améliorer certaines de leurs propriétés physiques et leur capacité à retenir l’eau.
Quand mieux retenir l’eau devient une partie de la solution
Les sols sableux possèdent généralement de grands espaces entre leurs particules et une forte capacité d’infiltration. L’eau peut ainsi pénétrer rapidement en profondeur, parfois au-delà de la zone où les racines peuvent l’utiliser.
Les nutriments et les engrais peuvent également être entraînés avec l’eau. Cette perte peut augmenter les coûts de production et obliger les agriculteurs à irriguer et à fertiliser davantage.
La technologie LNC consiste à mélanger l’argile avec de l’eau selon un procédé spécifique, puis à appliquer ce mélange sur le sol à l’aide de systèmes d’irrigation ou d’autres méthodes de distribution.
Les fines particules d’argile pénètrent alors dans les espaces entre les grains de sable. Elles s’y fixent et modifient une partie des caractéristiques du sol.
Selon une revue scientifique publiée en 2024 dans la revue Soil Systems, le traitement peut généralement atteindre une profondeur de 30 à 60 centimètres, une zone importante pour les racines de nombreuses cultures. L’étude indique également que l’application peut être réalisée en environ sept heures.
Mais l’expression «transformer le sable en sol fertile en sept heures» doit être utilisée avec prudence.
Les sept heures correspondent principalement au temps nécessaire pour appliquer le traitement et atteindre la zone ciblée du sol. Elles ne signifient pas qu’un sol agricole complet se forme en quelques heures.
La formation d’un sol fertile implique également de la matière organique, des microorganismes, des nutriments et une activité biologique.
Que fait réellement cette technologie?
L’objectif de la LNC n’est pas de créer un nouveau sol à partir du sable. Il s’agit plutôt d’améliorer la capacité du sol sableux à retenir l’eau et les nutriments.
Lorsque les particules d’argile se fixent aux grains de sable, la structure des espaces présents dans le sol est modifiée. L’eau peut alors rester plus longtemps dans la zone où se trouvent les racines, au lieu de s’infiltrer rapidement vers les couches plus profondes.
Cette caractéristique peut être particulièrement intéressante dans les régions arides et semi-arides, où chaque goutte d’eau représente une ressource à la fois économique et environnementale.
Une revue scientifique récente indique que l’utilisation d’argile nanométrique dans les sols sableux pourrait améliorer la rétention de l’eau et réduire certaines pertes de nutriments, avec un potentiel pour favoriser la croissance des plantes dans les environnements secs.
Cependant, les chercheurs soulignent également la nécessité de poursuivre les études afin de mieux évaluer les avantages, les limites, les coûts et les éventuels impacts environnementaux de cette technologie.
La technologie permet-elle vraiment d’économiser l’eau?
C’est l’une des questions les plus importantes pour l’agriculture des régions sèches.
Certaines données issues d’applications de terrain de la technologie LNC indiquent que les économies d’eau d’irrigation peuvent atteindre environ 47 % dans certains cas.
’entreprise Desert Control présente également différents résultats, qui varient selon les sites, les cultures et les systèmes agricoles.
Mais ce chiffre ne doit pas être considéré comme une règle générale.
Cela ne signifie pas que toutes les exploitations utilisant la LNC réduiront leur consommation d’eau de 47%. Les économies dépendent notamment du type de sol, de la culture, du climat, du système d’irrigation, de la profondeur des racines et de la manière dont la parcelle est gérée.
La formulation scientifique la plus prudente est donc la suivante: «Certaines expériences ont montré des économies d’eau d’irrigation pouvant atteindre environ 47%».
Il serait en revanche incorrect d’affirmer que « la technologie permet d’économiser 47% de l’eau » dans toutes les situations.
Et pour les rendements agricoles?
La prudence est encore plus importante lorsqu’il est question de rendement.
Des informations diffusées sur les réseaux sociaux évoquent parfois une augmentation de la production pouvant atteindre 62% après l’utilisation de l’argile nanométrique liquide.
Ce chiffre apparaît effectivement dans certaines présentations de Desert Control. L’entreprise rapporte des résultats différents selon les cultures et les sites, avec une augmentation du rendement pouvant atteindre 62 % dans certaines applications.
Mais ce résultat ne doit pas être présenté comme une moyenne mondiale ni comme un résultat applicable à toutes les cultures.
Dans d’autres expériences documentées, les résultats sont différents. Par exemple, Desert Control a annoncé une expérimentation sur des palmiers aux Émirats arabes unis ayant enregistré une économie d’eau de 47% et une augmentation du rendement de 8%, ainsi qu’une amélioration de 21% de la qualité des fruits classés.
Ces différences montrent que le rendement dépend de nombreux facteurs agricoles et environnementaux.
Il n’est donc pas scientifiquement correct d’affirmer que la technologie Liquid NanoClay augmente généralement les rendements de 62%.
Combien de temps le traitement reste-t-il efficace?
Parmi les avantages associés à cette technologie figure la possibilité d’un effet pouvant durer environ cinq ans.
La bibliothèque de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification indique que les terres régulièrement labourées peuvent nécessiter un traitement partiel après quatre ou cinq ans, tandis que l’effet pourrait durer plus longtemps dans les sols qui ne sont pas labourés.
Là encore, les « cinq ans » ne constituent pas une durée garantie pour toutes les parcelles. La durée dépend de l’utilisation du sol, de sa gestion et des conditions locales.
Pourquoi cette technologie intéresse-t-elle le monde arabe?
Cette technologie pourrait présenter un intérêt particulier pour les pays arabes et l’Afrique du Nord, où trois défis se croisent : le manque d’eau, l’augmentation des températures et la dégradation des terres.
Dans ces régions, il ne suffit pas toujours de disposer d’une source d’eau. Il faut aussi faire en sorte qu’une plus grande partie de cette eau reste disponible pour les racines et limiter les pertes par infiltration profonde ou évaporation.
Les technologies permettant d’améliorer les propriétés des sols peuvent donc constituer une partie d’une stratégie plus large associant irrigation goutte à goutte, collecte des eaux de pluie, réutilisation des eaux traitées, amélioration de la matière organique des sols et choix de cultures adaptées au climat.
Il serait toutefois incorrect de considérer la LNC comme une solution unique à la désertification.
La désertification est un phénomène complexe qui dépend du climat, de la gestion de l’eau et des sols, de la végétation, de la pression agricole, du pâturage et de l’utilisation des terres.
Et en Tunisie?
Pour la Tunisie, cette technologie mérite d’être étudiée, notamment dans les régions caractérisées par des sols sableux ou légers et une disponibilité limitée de l’eau.
Mais son introduction en Tunisie ne devrait pas simplement reprendre les résultats obtenus aux Émirats arabes unis ou dans d’autres pays.
Les conditions tunisiennes varient fortement d’une région à l’autre, notamment en ce qui concerne le type de sol, la salinité, la qualité de l’eau d’irrigation, le climat, les cultures et les pratiques agricoles.
La Tunisie dispose déjà d’une expérience importante dans la gestion de l’eau en milieu aride. Dans le Sud-Est, des techniques traditionnelles comme les jessour permettent notamment de ralentir le ruissellement et de favoriser le stockage de l’eau dans les sols.
Des études menées dans le Sud-Est tunisien ont montré que ces systèmes traditionnels peuvent jouer un rôle important dans la conservation de l’humidité du sol et dans la disponibilité de l’eau pour les plantes.
Dans ce contexte, la meilleure approche serait probablement de tester la technologie LNC dans des conditions tunisiennes, à travers des expérimentations indépendantes, plutôt que de transposer directement les résultats obtenus dans d’autres pays.
L’innovation est importante, mais l’expérimentation
sur le terrain l’est encore plus
La technologie Liquid NanoClay propose une idée intéressante : au lieu de chercher uniquement à augmenter les ressources en eau, pourquoi ne pas chercher aussi à rendre les sols plus efficaces dans l’utilisation de l’eau disponible?
Les résultats publiés montrent un potentiel pour améliorer la rétention de l’eau et des nutriments dans les sols sableux. Certaines expériences ont également enregistré des économies d’eau d’irrigation pouvant atteindre environ 47%.
Les effets du traitement pourraient par ailleurs durer plusieurs années selon les conditions d’utilisation.
Mais la LNC n’est pas une solution miracle permettant de transformer un désert en exploitation agricole en quelques heures.
Une agriculture durable nécessite de l’eau de qualité, des nutriments, de la matière organique, une activité biologique, une bonne gestion des sols et des cultures adaptées au climat.
Les recherches récentes sur les technologies à base de nanomatériaux utilisées pour lutter contre les effets de la sécheresse soulignent également la nécessité de poursuivre les travaux sur la sécurité environnementale, les coûts, la rentabilité, les effets à long terme et la validation des résultats à l’échelle des exploitations agricoles.
À retenir
La Liquid NanoClay n’est pas un nouveau type de sol et elle ne transforme pas un désert en terre agricole en sept heures.
Il s’agit d’une technologie destinée à améliorer certaines propriétés des sols sableux, notamment leur capacité à retenir l’eau et les nutriments.
Certaines applications ont donné des résultats encourageants, avec des économies d’eau d’irrigation pouvant atteindre environ 47% dans certains cas et un effet pouvant durer plusieurs années dans certaines conditions.
En revanche, l’augmentation de rendement de 62% ne doit pas être considérée comme un résultat général. C’est pourquoi ce chiffre doit être présenté avec prudence.
Pour la Tunisie, la question la plus intéressante n’est donc peut-être pas de savoir si l’on peut «transformer le désert en terre agricole en sept heures».
La véritable question est plutôt de savoir si cette technologie, après des essais menés dans les conditions tunisiennes, pourrait contribuer à réduire la consommation d’eau et à améliorer l’efficacité de l’agriculture dans les régions sableuses et arides.
C’est une question qui mérite d’être étudiée sur le terrain, avec des expérimentations scientifiques indépendantes, avant toute généralisation.
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