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Agrohealth Tunisie

Du substrat à la conserve, le monde des champignons comestibles

Actuagro Du substrat à la conserve, le monde des champignons comestibles Par AgroHealth – Discrets dans les sous-bois, cultivés dans des salles contrôlées ou alignés dans des boîtes de conserve, les champignons comestibles occupent une place particulière dans le monde agricole. Contrairement aux plantes, ils ne produisent pas leur propre matière organique par photosynthèse. Ils se développent à partir de matières organiques qu’ils décomposent grâce à leur réseau de filaments appelé mycélium. Cette particularité fait de la culture des champignons une activité agricole à part, située entre production végétale, microbiologie et transformation alimentaire. Une grande diversité derrière le mot «champignon» Tous les champignons ne se ressemblent pas et tous ne sont pas destinés à la culture commerciale. Parmi les espèces les plus importantes figurent le champignon de Paris, Agaricus bisporus, le shiitaké, Lentinula edodes, ainsi que les différentes espèces de Pleurotes, notamment Pleurotus ostreatus.   Ces trois groupes font partie des champignons les plus cultivés et commercialisés dans le monde.   À côté de ces espèces cultivées, les forêts abritent de nombreux champignons sauvages consommés dans certaines régions, comme les cèpes, les girolles ou certaines morilles. Leur production reste cependant très différente de celle des espèces domestiquées. Certaines espèces sauvages ne peuvent pas encore être cultivées facilement dans des conditions commerciales régulières. Le champignon ne pousse pas dans une terre ordinaire L’une des particularités de cette culture est l’utilisation d’un substrat, c’est-à-dire un milieu préparé pour fournir au champignon les matières organiques nécessaires à son développement.   Selon l’espèce, ce substrat peut être constitué de paille, de sciure de bois, de résidus agricoles ou d’autres matières organiques adaptées.   Les Pleurotes, par exemple, peuvent se développer sur différents matériaux riches en cellulose et en lignine, notamment certaines pailles et sciures.   Pour le champignon de Paris, la technique est différente. Sa culture repose notamment sur un compost préparé et contrôlé, suivi d’une phase de couverture qui permet le développement des fructifications.   La composition, l’humidité, la structure et les conditions physiques du substrat jouent un rôle important dans la production. Du mycélium au champignon La culture commence généralement avec le mycélium, la partie végétative du champignon. Il est introduit dans le substrat préparé, où il se développe progressivement en formant un réseau de filaments.   Cette première étape est essentielle. Le substrat doit être suffisamment humide et correctement préparé afin de favoriser le champignon cultivé tout en limitant la concurrence d’autres micro-organismes.   Une fois que le mycélium a colonisé le substrat, les conditions sont modifiées pour favoriser l’apparition des fructifications, c’est-à-dire les champignons que nous retrouvons finalement sur les étals. La température, l’humidité, la ventilation et les échanges gazeux doivent alors être contrôlés selon les exigences de chaque espèce.   La culture moderne peut donc se faire dans des installations spécialement aménagées, mais certaines espèces peuvent également être produites à petite échelle dans des sacs ou sur des blocs de substrat. Une agriculture qui peut valoriser les résidus L’un des aspects les plus intéressants de la culture des champignons concerne son rapport aux sous-produits agricoles.   Certaines espèces peuvent utiliser des matières lignocellulosiques provenant de l’agriculture ou de l’agro-industrie. La paille, la sciure et différents résidus végétaux peuvent ainsi devenir des supports de culture lorsqu’ils sont adaptés, préparés et correctement traités.   La FAO souligne d’ailleurs que la culture des champignons peut être réalisée à partir de matières agricoles propres et qu’elle peut être développée sur de petites surfaces, ce qui lui donne un intérêt particulier dans certains contextes ruraux et périurbains.   Le champignon transforme ainsi une matière qui pouvait être considérée comme un simple résidu en un support de production. Après la récolte, le substrat usé peut à son tour faire l’objet d’une valorisation, selon sa composition et les pratiques locales. Frais, séché ou en conserve Une fois récoltés, les champignons ne suivent pas tous le même chemin. Le champignon frais est généralement commercialisé rapidement. Il peut être vendu en vrac, en barquettes ou dans différents emballages destinés à limiter sa dégradation pendant le transport et la conservation.   Le champignon séché suit un autre parcours. Une partie importante de son eau est retirée afin de prolonger sa conservation. Cette forme est particulièrement utilisée pour certaines espèces comme le shiitaké. Le produit peut ensuite être conservé pendant une période beaucoup plus longue que le champignon frais et réhydraté avant son utilisation.   Le champignon en conserve est destiné à une conservation encore différente. Après les opérations de préparation, les champignons sont placés dans des contenants hermétiques puis soumis à un traitement industriel permettant leur conservation.   C’est notamment sous cette forme que le champignon de Paris est très présent dans les commerces.   Il existe également des champignons surgelés, marinés ou transformés en ingrédients destinés à d’autres préparations alimentaires. Le choix de la forme dépend de l’espèce, de la demande du marché, de la durée de conservation recherchée et des possibilités industrielles. Une filière entre agriculture et industrie La production commerciale ne s’arrête donc pas à la récolte. Elle comprend toute une chaîne allant du choix de l’espèce et de la souche à la préparation du substrat, l’ensemencement, le contrôle des conditions de culture, la récolte, le tri, le conditionnement et éventuellement la transformation.   Cette organisation explique pourquoi le champignon peut être considéré comme une véritable filière agroalimentaire.   Certaines espèces nécessitent des installations très contrôlées, tandis que d’autres, comme plusieurs Pleurotes, sont relativement accessibles à une production à petite échelle.   Le développement de cette filière ouvre également des perspectives autour de la valorisation des résidus agricoles.   Dans un contexte où l’agriculture cherche à mieux utiliser ses ressources et à réduire les pertes de matières organiques, le champignon apparaît comme un organisme capable de faire le lien entre production agricole, transformation et économie circulaire.   Du sous-bois à la ferme, du sac de substrat à la boîte de conserve, le champignon comestible raconte finalement une autre manière de produire. Une agriculture où l’on ne cultive pas seulement une plante dans un sol, mais où

Le biochar, quand les résidus agricoles deviennent une ressource

Actuagro Le biochar, quand les résidus agricoles deviennent une ressource Par AgroHealth – Des résidus agricoles au sol, une piste à la croisée de l’agriculture durable, de l’économie circulaire et de la lutte contre le changement climatique Dans un champ, après la récolte ou la taille des arbres, il reste toujours quelque chose. Une branche, une tige, une paille, un résidu de transformation. Longtemps considérées principalement comme des déchets à éliminer, ces matières organiques peuvent pourtant devenir une ressource.   C’est dans cette perspective que le biochar suscite depuis plusieurs années un intérêt croissant.   Cette matière riche en carbone est obtenue par la transformation thermique de biomasses organiques, généralement dans des conditions pauvres en oxygène, selon un procédé appelé pyrolyse.   Son utilisation agricole est aujourd’hui étudiée pour ses effets possibles sur les sols, la gestion de l’eau, les nutriments et le stockage du carbone.   Mais le biochar n’est pas un produit universel. Ses propriétés dépendent de la matière utilisée pour le fabriquer, des conditions de pyrolyse et du sol dans lequel il est incorporé. Cette diversité explique aussi pourquoi les résultats obtenus dans les recherches peuvent être très différents d’une situation à l’autre. Transformer un résidu plutôt que le perdre Le principe du biochar rejoint directement celui de l’économie circulaire. Au lieu de considérer certains résidus agricoles comme une matière sans valeur, il devient possible de les transformer en un matériau susceptible d’être réutilisé.   Les matières premières peuvent être nombreuses. Résidus de cultures, bois et branches de taille, sous-produits agricoles ou certaines biomasses issues de l’industrie agroalimentaire peuvent être utilisés, à condition de respecter des critères adaptés à l’usage recherché.   Cette possibilité présente un intérêt particulier dans les régions agricoles où la biomasse résiduelle est abondante.   En Tunisie, la filière oléicole, l’arboriculture, les céréales et les activités forestières produisent différentes formes de résidus qui pourraient faire l’objet d’expérimentations.   Cela ne signifie cependant pas que tous ces résidus peuvent être transformés de la même manière. Leur composition influence directement les propriétés du biochar obtenu. Un matériau qui agit sur le sol Le biochar possède généralement une structure poreuse et une surface spécifique importante. Ces caractéristiques peuvent modifier certaines propriétés physiques et chimiques du sol.   Selon le contexte, son incorporation peut favoriser la rétention de l’eau, influencer la disponibilité de certains éléments nutritifs ou modifier la capacité du sol à retenir certains ions. Des interactions avec les microorganismes du sol sont également étudiées.   Cette particularité attire naturellement l’attention dans les régions méditerranéennes confrontées à des périodes de sécheresse et à une disponibilité limitée de l’eau.   Mais il faut éviter une conclusion trop rapide. Le biochar ne remplace ni l’irrigation ni la fertilisation raisonnée. La FAO souligne que les résultats observés vont d’améliorations importantes à des effets très faibles, voire inexistants, selon le type de sol, la culture, le biochar utilisé et les conditions environnementales.   Autrement dit, le biochar doit être considéré comme un outil potentiel de gestion du sol, et non comme une solution universelle. Biochar et fertilité, une question d’équilibre La fertilité d’un sol repose sur un ensemble complexe de facteurs. Matière organique, eau, minéraux, microorganismes, structure du sol et pratiques agricoles interagissent en permanence.   Le biochar peut intervenir dans cet équilibre. Certaines recherches rapportent notamment des améliorations de la capacité d’échange cationique, de la disponibilité de certains nutriments, de la structure du sol et de sa capacité à retenir l’eau.   Mais ces effets dépendent fortement de la composition du biochar et des caractéristiques du sol.   La combinaison du biochar avec des matières organiques, notamment le compost, constitue également une piste étudiée.   L’objectif n’est donc pas nécessairement d’ajouter simplement du charbon au sol, mais de construire une stratégie cohérente de gestion de la matière organique. Un intérêt particulier pour le carbone L’une des raisons majeures de l’intérêt scientifique porté au biochar concerne le carbone.   Les végétaux captent du dioxyde de carbone atmosphérique pendant leur croissance et stockent une partie de ce carbone dans leur biomasse. Lorsque cette biomasse se décompose ou est brûlée, une grande partie du carbone peut retourner relativement rapidement dans l’atmosphère.   La pyrolyse transforme une partie de cette biomasse en une forme de carbone plus résistante à la décomposition. Lorsque le biochar est incorporé au sol, une partie de ce carbone peut donc y rester pendant une période prolongée.   Cette propriété explique son intérêt potentiel pour la séquestration du carbone. Mais là encore, le bilan doit être considéré dans son ensemble. La collecte des résidus, leur transport, l’énergie utilisée et les émissions liées au procédé doivent être pris en compte pour évaluer réellement le bénéfice climatique d’un projet. Tous les biochars ne se valent pas C’est probablement l’un des messages les plus importants à retenir. Un biochar produit à partir de bois, de paille ou d’un sous-produit agroalimentaire ne possède pas nécessairement les mêmes caractéristiques. La température de pyrolyse et les conditions de production jouent également un rôle majeur.   Une revue publiée en 2025, portant sur 186 études, souligne notamment l’influence déterminante de la matière première et de la température de pyrolyse sur les propriétés et les performances du biochar.   La qualité du produit doit donc être vérifiée. Le pH, la salinité, la teneur en carbone, les nutriments, les métaux lourds et certains contaminants organiques font partie des paramètres qui peuvent être analysés dans le cadre de systèmes de contrôle et de certification.   Les lignes directrices européennes consacrées au biochar prévoient notamment des contrôles portant sur ces différents paramètres.   Un charbon fabriqué artisanalement à partir de déchets végétaux ne doit donc pas être automatiquement considéré comme un biochar agricole sûr. Et si la Tunisie expérimentait davantage? La Tunisie dispose d’un contexte qui mérite une attention particulière. L’importance de l’olivier et d’autres productions agricoles génère chaque année différentes biomasses résiduelles.   Leur valorisation pourrait s’inscrire dans une approche combinant réduction des déchets, économie circulaire et amélioration de la gestion des sols.   Mais avant toute généralisation, des

El Niño 2026 – Déclinaison régionale : Méditerranée, Afrique du Nord, Tunisie – (Partie II)

Chronique El Niño 2026 – Déclinaison régionale : Méditerranée, Afrique du Nord, Tunisie – (Partie II) Par Moncef Rajhi. Expert en météorologie – Ce deuxième article prolonge l’analyse engagée dans le premier volet sur le réchauffement, les conditions météorologiques et le changement climatique dans le bassin méditerranéen, en Afrique du Nord et en Tunisie. Après avoir établi les principaux repères et tendances, cette seconde partie entre davantage dans le détail des perspectives pour les saisons SON, OND, NDJ et DJF 2026-2027, en examinant les différences entre les régions du Nord, du Centre, du Sud et du Littoral tunisien. Elle met également en lumière les signaux climatiques à surveiller et les évolutions susceptibles de marquer les prochains mois. L’analyse est fondée notamment sur les bulletins du CCSR/IRI du 19 août 2026 et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des 1er au 3 septembre 2026. Tunis, le 8 septembre 2026 — Deuxième volet de l’analyse. Document actualisé à partir de la version du 21 août 2026. 12. Mécanisme de téléconnexion vers la Méditerranée La téléconnexion passe principalement par la modification du train d’ondes de Rossby émis par l’anomalie convective tropicale du Pacifique, susceptible de moduler la position du courant-jet subtropical et la fréquence des dépressions atlantiques atteignant la Méditerranée occidentale.   Signal statistiquement plus marqué en hiver (DJF) qu’en automne (SON), et sur la Méditerranée occidentale/Europe du Sud-Ouest plutôt que sur le bassin oriental.    Les produits Copernicus C3S (mi-août 2026) indiquent, en cohérence avec El Niño, une tendance à des températures supérieures à la normale sur une grande partie du bassin, et un signal plus incertain sur les précipitations (tendance à un automne plus humide sur l’Europe du Sud-Ouest, confiance modérée). 13. Synthèse par sous-région méditerranéenne 14. Lecture par région tunisienne Nord — zone la plus exposée aux flux atlantiques et méditerranéens occidentaux: température supérieure à la normale (SON, DJF), signal pluviométrique le moins défavorable, cumuls proches à légèrement excédentaires possibles sur Kroumirie/Mogods, avec forte variabilité épisode par épisode.   Centre — zone de transition, moins exposée aux flux atlantiques : excédent thermique comparable au reste du pays; signal pluviométrique le plus incertain, dépendant d’épisodes convectifs ponctuels; vigilance sur les pluies intenses localisées.   Sud — zone pré-saharienne à saharienne: excédent thermique le plus marqué; cumuls faibles en valeur absolue mais risque, historiquement associé aux automnes El Niño forts, de crues éclair ponctuelles dans les oueds (Nefzaoua, Jérid, Dahar).   Littoral — SST méditerranéenne clé pour la genèse des systèmes convectifs automnaux: maintien possible d’une SST excédentaire en début d’automne, facteur favorable à des épisodes de type medicane ou fortes pluies côtières (golfes de Tunis, Hammamet, Gabès), surtout septembre-octobre; le littoral sud-est (Gabès, Djerba) reste le plus exposé aux flux d’est/sud-est lors des situations de goutte froide.   Effet tampon marin limitant l’amplitude des extrêmes thermiques par rapport à l’intérieur. 15. Climatologie populaire : la «Ghassalet Ennouader»    Les statistiques climatologiques tunisiennes situent traditionnellement aux alentours du 15 août le début d’une fenêtre de transition saisonnière marquée par la reprise des manifestations orageuses, susceptibles de revêtir un caractère de crue soudaine («flash flood»).      Cette régularité n’est pas une simple croyance populaire: elle repose sur un mécanisme physique identifiable, lié directement au bilan thermique accumulé par les surfaces continentales et marines durant les deux mois précédents (cf. §5 sur la capacité thermique de l’eau et des sols).   À la mi-août, deux réservoirs d’énergie atteignent leur maximum saisonnier : les sols, desséchés et fortement chauffés après plusieurs semaines de forte insolation, et la mer Méditerranée, dont la température de surface culmine généralement fin août-début septembre.   Ces deux réservoirs restituent lentement, par convection sensible et par évaporation, une quantité considérable d’énergie et d’humidité vers les basses couches de l’atmosphère.   C’est précisément à cette période que les premières perturbations d’altitude d’origine atlantique ou méditerranéenne occidentale commencent à s’infléchir vers le sud et à atteindre le Maghreb, introduisant en altitude de l’air plus frais et plus instable.   La rencontre de cet air froid d’altitude avec les masses d’air chaud et humide accumulées en basses couches crée un gradient thermique vertical exceptionnellement favorable à la convection profonde: la CAPE (énergie potentielle convective disponible) atteint alors des valeurs élevées, propices à des cellules orageuses intenses, à développement rapide et à fort taux de précipitation instantané — d’où le caractère bref mais violent de ces épisodes, et leur propension à générer des ruissellements soudains sur des sols encore imperméabilisés par la sécheresse estivale, avec crues éclair dans les oueds.   La mémoire climatique populaire a nommé ce phénomène récurrent la «Ghassalet Ennouader» — littéralement «le lavage des greniers» — expression désignant les orages de fin d’été accompagnés de pluies diluviennes, de crues soudaines et de débordements d’oueds.   Ce savoir empirique, transmis de génération en génération, anticipe le mécanisme physique décrit ci-dessus et rejoint directement les points de vigilance déjà formulés pour les régions Centre et littorales (§14). 16. Tableau de synthèse — régions tunisiennes   • Qu’est-ce qu’un tercile ? La distribution climatologique de référence (30 ans) d’une variable — température ou précipitation — est divisée en trois catégories de probabilité égale (1/3 chacune): T1 «inférieur à la normale», T2 «proche de la normal », T3 «supérieur à la normale». • Les cartes de prévision saisonnière (OMM, IRI, Copernicus C3S) affichent, pour chaque zone, la catégorie de tercile jugée la plus probable pour la saison à venir — c’est ce principe qui est repris dans la Figure 2 ci-dessous, appliqué aux quatre régions tunisiennes. • Lorsqu’aucune catégorie ne se détache nettement des deux autres (probabilités proches de l’équiprobabilité), les cartes officielles laissent la zone en blanc ; la Figure 2 utilise la mention «indéterminé» pour ce même cas de figure. Lecture qualitative de confiance faible à modérée ne remplacer pas les bulletins opérationnels ( cf. § 7). Figure Originale. inspirée des principe des cartes par terciles l’OMM (La couleur seule porte l’information) Figure 2 — Tendances régionales par catégorie de tercile (T1/T2/T3) pour la température et la précipitation, SON–DJF 2026-2027, sur le principe des cartes

El Niño 2026 – Diagnostic ENSO global (bulletins CCSR/IRI du 19 août et OMM du 1ᵉʳ-3 septembre 2026) – (Partie I)

Chronique El Niño 2026 – Diagnostic ENSO global (bulletins CCSR/IRI du 19 août et OMM du 1ᵉʳ-3 septembre 2026) – (Partie I) Par Moncef Rajhi. Expert en météorologie – Cette première analyse est consacrée aux perspectives météorologiques et climatiques pour la période 2026-2027 dans le bassin méditerranéen, en Afrique du Nord et en Tunisie — du Nord au Centre, au Sud et sur le Littoral. Elle examine notamment les saisons SON, OND, NDJ et DJF, à partir des dernières données et prévisions disponibles. Fondée sur les bulletins du CCSR/IRI du 19 août 2026 et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des 1er au 3 septembre 2026, cette étude propose une lecture des tendances attendues, de leur évolution et de leurs implications pour la Tunisie. Ce premier article constitue le premier volet d’une analyse en deux parties. Il sera suivi d’un second article, qui approfondira les perspectives et les principaux enjeux liés à l’évolution des conditions météorologiques et climatiques au cours de la période 2026-2027. Tunis, le 8 septembre 2026 — Document actualisé à partir de la version du 21 août 2026. Chronologie des principaux événements • Actualisation majeure (1ᵉʳ-3 septembre 2026): l’OMM porte l’anomalie Niño3.4 prévue pour SON 2026 à ≈ +3,6 °C (moyenne d’ensemble), en nette hausse par rapport aux +2,7 °C observés mi-août — confirmation d’une intensification plus rapide que celle anticipée par le bulletin IRI du 19 août.   • L’OMM annonce, pour la première fois de son histoire, un degré de certitude quasi absolu (« exceptionally high likelihood of nearly 100 %») sur la persistance d’El Niño de SON 2026 à DJF 2026-2027.   • Pic d’intensité désormais anticipé en novembre-décembre 2026 (contre octobre-décembre dans le diagnostic IRI initial) ; épisode qualifié de «très fort», voire «exceptionnellement fort» par l’OMM.   • IOD: valeur saisonnière moyenne prévue à +0,9 °C pour SON 2026 (OMM), confirmant une phase positive forte; l’Atlantique équatorial est également signalé au-dessus de la normale dans les deux hémisphères — facteur supplémentaire non couvert par le bulletin IRI initial.   • Signal régional: tendance thermique excédentaire probable sur l’ensemble du bassin méditerranéen et la Tunisie (confiance modérée); signal pluviométrique incertain et spatialement hétérogène (confiance faible à modérée).   • Pour la Tunisie: risque accru d’épisodes pluvio-orageux intenses et localisés (Centre, littoral, oueds du Sud) plutôt qu’une tendance de fond uniforme sur les cumuls saisonniers.   • Cet article bulletin est une analyse indépendante de contexte; il n’a pas valeur d’alerte et ne se substitue pas aux bulletins officiels de l’INM. 1. Cadre des bulletins Le bulletin CCSR/IRI (Columbia University), publié le 19 de chaque mois, combine un ensemble multi-modèles (26 modèles: 15 dynamiques, 11 statistiques) et une lecture experte de l’état océan-atmosphère. L’indice de référence est le Niño3.4 (région 5°S–5°N, 170°O–120°O), rapporté à la climatologie 1991-2020. Un épisode est établi lorsque le seuil de ±0,5 °C est franchi et maintenu sur au moins cinq saisons glissantes consécutives. L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) publie, en parallèle, deux séries de référence: l’El Niño/La Niña Update (mise à jour ENSO proprement dite, généralement mensuelle à bimestrielle) et le Global Seasonal Climate Update — GSCU (prévision climatique saisonnière globale à trois mois, actualisée mensuellement), qui agrège les prévisions des centres de production mondiaux (Global Producing Centres) désignés par l’OMM. Ces deux publications constituent, avec le bulletin IRI, les références internationales les plus autoritatives pour le suivi opérationnel de l’ENSO.   La prévision objective CCSR/IRI (modèles seuls) peut différer légèrement de la prévision officielle CPC (jugement d’expert + modèles), publiée une semaine plus tôt. Les mises à jour OMM intègrent quant à elles un consensus explicite des centres de production mondiaux et d’experts des Services Météorologiques et Hydrologiques Nationaux (SMHN). Le bulletin Info-Niño/Niña est élaboré conjointement par l’OMM et le CCSR/IRI (Columbia Climate School), avec la contribution d’un large réseau de centres nationaux et internationaux (NOAA/CPC, ECMWF, Météo-France, Met Office, JMA, KMA, IMD, BOM, CIIFEN, CMA, entre autres) et des centres mondiaux de production de prévisions saisonnières de l’OMM. 2. Actualisation OMM du 1ᵉʳ-3 septembre 2026 Postérieurement au bulletin IRI du 19 août sur lequel reposait la première version de ce document, l’OMM a publié coup sur coup deux actualisations qui durcissent le diagnostic: l’El Niño/La Niña Update (émis le 1ᵉʳ septembre, annoncé le 3 septembre 2026) et le Global Seasonal Climate Update pour SON 2026 (émis le 25 août, actualisé le 3 septembre 2026). Source Date AnomalieNiño3.4 (SON 2026) Probabilité ElNiño Pic anticipé IRI/CCSR 19août 2026 +2,7°C observé (12 août) ; 15/26 modèles ≥ +3,0 °C en OND 100% (ASO–FMA) OND2026 OMM (GSCU + Update) 25août – 3 sept. 2026 ≈+3,6 °C (moyenne d’ensemble prévue) ≈100 % (« quasi certain ») Nov.-déc.2026 Trois éléments nouveaux ressortent de cette actualisation par rapport au diagnostic IRI du 19 août: ●        Une accélération de l’intensification : l’anomalie moyenne prévue pour l’ensemble de la saison SON 2026 (+3,6 °C) dépasse déjà le seuil que l’IRI n’anticipait que pour le pic d’OND chez une minorité de modèles (15 sur 26 ≥ +3,0 °C) — signe que la trajectoire observée fin août a dépassé les prévisions de la mi-août. ●        Un degré de certitude inédit : l’OMM indique une probabilité qualifiée d’« exceptionnellement élevée, proche de 100 % » pour la persistance d’El Niño jusqu’à DJF 2026-2027 — un niveau de certitude que l’OMM présente elle-même comme sans précédent dans l’historique de ses mises à jour ENSO, en cohérence avec le consensus resserré déjà relevé par l’IRI (absence totale de probabilité La Niña/neutre). ●        Un facteur atlantique additionnel : le GSCU SON 2026 signale des températures de surface au-dessus de la normale dans l’Atlantique tropical Nord et Sud — élément non mentionné par le bulletin IRI du 19 août et qui pourrait constituer une voie de téléconnexion supplémentaire vers l’Afrique du Nord et le bassin méditerranéen occidental, à confirmer par les prochaines publications. Le communiqué de l’OMM du 3 septembre précise par ailleurs la trajectoire observée de l’indice Niño3.4: moyenne de +1,5°C sur mai-juillet 2026, +2,0°C en juillet, puis des valeurs hebdomadaires comprises entre +2,2°C et +2,6°C de fin juillet à la mi-août

Huile d’olive tunisienne, le défi de passer du produit à la marque

Actuagro Huile d’olive tunisienne, le défi de passer du produit à la marque Par AgroHealth – La Tunisie possède une richesse qui pousse lentement, se récolte avec patience et accompagne son histoire depuis des siècles. L’olivier appartient à ses paysages, à ses traditions et à l’économie de nombreuses régions. Son huile est aujourd’hui présente sur les marchés internationaux et la Tunisie figure parmi les grands pays exportateurs mondiaux. Pourtant, une question demeure. Pourquoi une huile reconnue pour sa qualité peine-t-elle encore à s’imposer sous de grandes marques tunisiennes sur les marchés internationaux?   Le problème ne se trouve pas uniquement dans la production. Il se situe surtout dans la manière dont cette production est valorisée, présentée et commercialisée.   Durant les neuf premiers mois de la campagne 2025/2026, la Tunisie a exporté environ 368 000 tonnes d’huile d’olive. Mais près de 86 % de ces volumes sont partis en vrac, contre seulement 14 % sous forme conditionnée.   Cette situation montre que le pays reste encore fortement positionné comme fournisseur de matière première, alors qu’une partie beaucoup plus importante de la valeur pourrait être créée autour d’un produit fini et identifiable. Le paradoxe est particulièrement intéressant. L’huile conditionnée représente une part limitée des volumes, mais une part plus importante des recettes. La différencerappelle une réalité simple. Dans l’agriculture moderne, produire davantage ne signifie pas nécessairement gagner davantage. La manière de transformer, présenter et vendre le produit compte tout autant. Le premier obstacle reste la dépendance au vrac Le marché du vrac permet d’écouler rapidement d’importantes quantités. Il constitue donc une composante essentielle de la filière et ne peut pas être considéré comme un modèle à abandonner brutalement. Mais une trop forte dépendance au vrac limite la capacité du producteur tunisien à contrôler l’image de son produit jusqu’au consommateur final. Une huile qui quitte la Tunisie dans une citerne n’emporte pas avec elle la même visibilité qu’une bouteille portant clairement son origine, son terroir, son histoire etle nom de son producteur.   Le défi consiste donc à évoluer progressivement vers davantage de conditionnement et de produits à plus forte valeur ajoutée, sans remettre en cause les marchés traditionnels du vrac. Le deuxième obstacle est celui de la marque Créer une marque d’huile d’olive ne consiste pas à choisir un nom, dessiner un logo et imprimer une belle étiquette. Une véritable marque doit inspirer confiance. Elle doit être reconnaissable, constante dans sa qualité et capable de raconter quelque chose. Pour une huile tunisienne, cette histoire existe déjà. Elle se trouve dans lesoliveraies, les terroirs, les variétés locales, les méthodes de récolte et lesgénérations de producteurs. Mais cette richesse reste encore insuffisamment transformée en identité commerciale.   La Tunisie doit apprendre à raconter son huile autrement. Il ne suffit plus de direqu’elle est de qualité. Il faut expliquer pourquoi elle l’est, d’où elle vient,comment elle est produite et ce qui la distingue des autres huiles méditerranéennes. Le troisième obstacle concerne les moyens Construire une marque internationale demande du temps et des investissements. Il faut participer aux salons professionnels, développer des réseaux de distribution,travailler avec des importateurs, communiquer dans plusieurs langues, créer descontenus adaptés aux différents marchés et maintenir une présence régulièreauprès des consommateurs. Pour de nombreux producteurs tunisiens, notamment les petites exploitations et les entreprises familiales, ces investissements peuvent être difficiles à supporterseuls.   Une solution pourrait être de renforcer les regroupements entre producteurs et entreprises afin de mutualiser certaines dépenses et de construire des marques collectives ou régionales capables d’atteindre une dimension internationale. Le quatrième obstacle est la transformation encore insuffisante La valeur d’une huile ne se trouve pas uniquement dans l’huile elle-même. Elle peut aussi se trouver dans le conditionnement, le design, la traçabilité, larecherche, l’innovation et les produits dérivés.   La Tunisie pourrait ainsi développer davantage les huiles premium, les huiles issues de terroirs identifiés, les produits biologiques, les petits formats destinés àcertains marchés et les gammes adaptées à la gastronomie.   La transformation permettrait également de créer davantage d’emplois autour de lafilière et de faire travailler ensemble agriculteurs, industriels, designers, spécialistes du marketing, logisticiens et professionnels du commerce international. Une stratégie à construire sur plusieurs années Le changement ne pourra pas se faire en une seule campagne. La première étape devrait être de mieux identifier les huiles tunisiennes et leursorigines.   Les appellations d’origine et les indications géographiques peuvent jouer un rôle important dans cette démarche en permettant de distinguer les terroirs et de protéger leur identité. Plusieurs initiatives existent déjà dans différentes régions tunisiennes. La deuxième étape serait d’investir davantage dans la qualité et la traçabilité. Leconsommateur international veut de plus en plus savoir ce qu’il achète, maisaussi comprendre son origine et les conditions dans lesquelles il a étéproduit. La troisième serait de construire une communication tunisienne moderne autour de l’huile d’olive. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les chefs, les restaurants, les influenceurs spécialisés et les salons professionnels peuvent permettre de raconter directement cette histoire aux consommateurs. La quatrième serait de choisir quelques marchés prioritaires plutôt que de vouloir être partout en même temps. Une marque ne devient pas internationale simplement parce qu’elle est exportée vers plusieurs pays. Elle le devient lorsqu’ellecommence à être reconnue et recherchée. Le bio comme une opportunité L’huile biologique représente également un potentiel important. La Tunisie possède une place particulière dans l’oléiculture biologique et dispose d’un avantage qui pourrait être davantage valorisé auprès des consommateurs sensibles à l’environnement, à la traçabilité et aux modes de production responsables.   Mais là encore, exporter du bio en vrac ne permet pas de tirer pleinement profit decette image. Une huile biologique tunisienne peut porter beaucoup plus qu’unecertification. Elle peut raconter un terroir, une agriculture respectueuse desressources et une relation ancienne entre l’homme et l’olivier.   Le défi est donc de transformer cette richesse en une véritable proposition de valeur. Vers une identité tunisienne plus forte La Tunisie n’a pas besoin d’inventer une histoire pour son huile d’olive. Elle en possède déjà une.   Elle doit plutôt apprendre à mieux la structurer et à la transformer

Le mulet de Raf Raf : Quand l’automne ramène les poissons vers la mer

Actuagro Le mulet de Raf Raf : Quand l’automne ramène les poissons vers la mer Par AgroHealth – Un poisson familier, une migration ancienne et une mémoire vivante du littoral tunisien À Raf Raf, l’automne n’arrive pas seulement avec ses premières fraîcheurs. Il arrive aussi avec un mouvement presque imperceptible sous la surface de l’eau: celui des mulets.   Pour les pêcheurs du littoral de Bizerte, ce poisson n’est ni une découverte ni une curiosité. Il appartient au paysage, aux gestes, aux conversations et à cette mémoire maritime qui se transmet sans bruit, d’une génération à l’autre.   Quand les beaux jours commencent à s’effacer, les mulets reprennent leurs déplacements. Les filets se préparent, les regards se tournent vers la mer et le pêcheur recommence à lire ce que l’eau lui raconte. Le «bouri», un nom pour plusieurs espèces Dans le langage courant, le « bouri » désigne une famille de poissons bien connue du littoral tunisien, les Mugilidae ou mulets.   La Tunisie en abrite six espèces, parmi lesquelles le Mugil cephalus, appelé mulet à grosse tête, le Chelon auratus, ou mulet doré, ainsi que Chelon labrosus, Chelon ramada, Chelon saliens et Oedalechilus labeo.   À première vue, ces espèces peuvent sembler semblables, mais chacune possède ses propres habitudes et son propre rapport à la mer, aux lagunes et aux eaux saumâtres. Parmi elles, le Mugil cephalus et le mulet doré occupent une place importante dans la pêche tunisienne.   Sous un même nom familier se cache ainsi une étonnante diversité, liée aux différents paysages aquatiques qui façonnent notre littoral. Un poisson qui connaît deux mondes La particularité du mulet est peut-être là : il n’appartient jamais complètement à un seul monde.   Il fréquente la mer, mais aussi les lagunes, les eaux saumâtres et parfois les eaux douces. C’est un poisson capable de supporter de grandes variations de salinité. Son existence est donc faite de passages.   La lagune peut être un espace de croissance et d’alimentation. La mer devient ensuite indispensable à certaines étapes de son cycle reproducteur. Entre les deux, le poisson voyage.   C’est précisément ce qui donne toute son importance au système mer–lagune de la région de Bizerte, notamment autour de Ghar El Melh.   La Tunisie possède près de 1 300 kilomètres de côtes et d’importantes zones lagunaires. Les lagunes de Bizerte et de Ghar El Melh figurent parmi les principaux espaces où les Mugilidae sont exploités.   Le mulet est ainsi, à sa manière, un trait d’union entre deux paysages. Pourquoi l’automne? Il y a quelque chose de poétique dans le fait que le mulet accompagne le changement de saison.   Mais derrière cette impression se trouve une mécanique biologique très précise. Chez plusieurs espèces, la fin de l’été et l’automne correspondent à une période importante du cycle reproducteur. Les adultes se déplacent alors vers la mer pour accomplir leur migration liée à la reproduction.   Chez Mugil cephalus, le cycle reproducteur s’inscrit notamment dans la période allant de la fin de l’été à l’automne.   C’est pourquoi septembre et octobre constituent une période particulièrement intéressante pour observer ces déplacements, même si l’intensité réelle des captures varie selon l’année, les conditions marines et le comportement des poissons.   Le calendrier du pêcheur rencontre ainsi celui du poisson. Le pic de la saison: une date impossible à graver dans le sable On aimerait pouvoir écrire : «le mulet arrive tel jour et repart tel jour». La mer ne fonctionne malheureusement pas avec un calendrier aussi précis.   Le moment où les captures deviennent importantes dépend de plusieurs facteurs: température de l’eau, salinité, vents, courants, pluies, état des lagunes et ouverture des passages entre les différents milieux.   Il est donc plus juste de parler d’une fenêtre saisonnière, généralement située entre la fin de l’été et l’automne, plutôt que d’une date fixe.   À Raf Raf, les observations des pêcheurs ont évidemment une valeur particulière: ce sont eux qui voient, année après année, la mer changer avant même que les chiffres ne soient disponibles. Une pêche faite de gestes et de patience Le mulet n’est pas seulement une espèce que l’on capture. C’est aussi une pêche qui demande de savoir regarder.   En Tunisie, les Mugilidae sont capturés avec différents engins: filets maillants, filets trémails, filets combinés, pièges lagunaires et certains dispositifs fixes.   Il existe également des techniques plus spécialisées dans la capture des mulets. Dans le nord tunisien, certaines pratiques traditionnelles reposent même sur l’utilisation de femelles pour attirer les autres individus — une technique étonnante, ancienne, et documentée dans les travaux consacrés à la pêche traditionnelle du mulet.   Ces techniques racontent une autre histoire de la pêche : celle d’un savoir construit moins dans les livres que dans l’observation répétée de la mer.   Le pêcheur connaît les vents, les courants, les passages, les profondeurs. Il sait attendre. Et parfois, savoir attendre est déjà une forme de connaissance. Petits, grands: la taille raconte une histoire Tous les mulets capturés ne se ressemblent pas. Les captures peuvent comprendre des jeunes individus comme des adultes de tailles beaucoup plus importantes. La taille dépend de l’espèce, de l’âge, du milieu fréquenté et du type de filet utilisé.   Mugil cephalus possède notamment un potentiel de croissance remarquable.   Mais dans une pêche durable, la question n’est pas seulement de savoir combien de poissons peuvent être capturés. Elle est aussi de savoir lesquels.   La capture répétée de très jeunes individus peut compromettre le renouvellement des populations avant même qu’ils n’aient eu le temps de participer à la reproduction.   C’est là que la connaissance biologique rejoint directement la réalité du pêcheur.   Le mulet, une petite grande histoire de la pêche tunisienne Le mulet occupe une place importante dans les pêcheries tunisiennes. Les statistiques étudiées par les chercheurs sur la période 1995–2015 estimaient les captures de Mugilidae à près de 3 000 tonnes en 2015, soit environ 9,5% des captures côtières et lagunaires tunisiennes de cette année-là.   Ces chiffres sont historiques et

Yaourt nature ou yaourt grec: entre douceur, nutrition et équilibre digestif

Actuhealth Yaourt nature ou yaourt grec: entre douceur, nutrition et équilibre digestif  Par Dr. Asma Bel Hadj Ahmed. Microbilogiste – Il y a des aliments auxquels nous ne prêtons presque plus attention. Ils sont là, dans le réfrigérateur, sur la table du petit-déjeuner ou à la fin d’un repas. Le yaourt fait partie de ces aliments familiers qui accompagnent discrètement nos habitudes alimentaires.   Pourtant, derrière ce petit pot se cache un aliment fermenté dont la fabrication, la composition et la tolérance digestive méritent que l’on s’y attarde un peu.   Aujourd’hui, le yaourt nature partage de plus en plus souvent les rayons avec son cousin devenu très populaire: le yaourt grec. Plus épais, plus crémeux et généralement plus concentré en protéines, celui-ci est volontiers présenté comme une version plus «saine» du yaourt classique.   Mais est-il réellement meilleur? Et lorsqu’il est question de digestion, de lactose ou de microbiote intestinal, les différences sont-elles aussi importantes qu’on pourrait le penser? La réponse est finalement assez simple: il n’existe pas de vainqueur universel.   Le yaourt nature comme le yaourt grec peuvent trouver leur place dans une alimentation équilibrée. Le choix dépend surtout de leur composition, de la quantité consommée et des besoins de chacun. Un aliment transformé par la fermentation Avant de comparer les deux produits, il faut revenir à ce qui les rapproche. Le yaourt est obtenu par la fermentation du lait grâce à des bactéries lactiques, notamment Streptococcus thermophilus et Lactobacillus delbrueckii subsp.   bulgaricus. Ces micro-organismes transforment une partie du lactose en acide lactique, ce qui contribue au goût légèrement acidulé et à la texture caractéristique du yaourt.   Cette fermentation n’est donc pas seulement une étape de fabrication. Elle modifie également la manière dont le lactose est digéré.   Plusieurs travaux montrent que le lactose du yaourt est généralement mieux digéré et mieux toléré que celui du lait chez les personnes qui présentent une maldigestion du lactose. Les bactéries vivantes du yaourt participent notamment à cette digestion grâce à leur activité enzymatique.   C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes qui ressentent un inconfort après avoir consommé du lait peuvent mieux supporter une portion de yaourt.   Mais cette meilleure tolérance n’est pas une règle absolue. La quantité consommée, le produit choisi et la sensibilité individuelle jouent également un rôle.   Deux textures, deux profils nutritionnels La principaledifférence entre un yaourt nature classique et un véritable yaourt grec tient à leur fabrication.   Après fermentation, le yaourt grec traditionnel est généralement égoutté.Une partie du lactosérum, ou petit-lait, est ainsi retirée. Le produit devientplus épais, plus dense et plus concentré.   Cette étape explique en grande partie pourquoi le yaourt grec est généralement plus riche en protéines et moins riche en lactose que le yaourt classique.   Caractéristique Yaourtnature Yaourtgrec Texture Souple et onctueuse Plus épaisse et crémeuse Protéines Bonne source Généralement plus concentré Lactose Réduit par la fermentation Généralement plus faible après égouttage Calcium Source intéressante, selon le produit Teneur variable selon le procédé Satiété Bonne Peut être plus importante grâce à sa densité et sa teneur enprotéines Goût Souvent plus acidulé Plus doux, dense et crémeux Il faut  toutefois garder une précaution importante: deux produits portant le même nom ne présentent pas forcément la même composition.   Certains yaourts dits «à la grecque» ne sont pas fabriqués exactement selon le procédé traditionnel d’égouttage.   Des épaississants, des protéines de lait ou d’autres ingrédients peuvent être utilisés pour obtenir une texture similaire. La lecture de l’étiquette reste donc plus instructive que le nom affiché sur le pot. Le yaourt grec: plus riche, mais pas automatiquement meilleur Le principal intérêt nutritionnel du yaourt grec réside souvent dans sa concentration en protéines.   Pour une personne qui souhaite augmenter ses apports protéiques ou rechercher un aliment plus rassasiant, il peut donc constituer une option intéressante.   Sa texture dense peut également donner une sensation de satiété plus durable. Mais cette caractéristique ne suffit pas à en faire un aliment «supérieur».   L’égouttage modifie la concentration de plusieurs constituants du lait. La teneur en calcium, par exemple, peut varier selon le procédé de fabrication et la composition du produit final. Il est donc préférable de ne pas présentersystématiquement le yaourt grec comme plus ou moins riche en calcium que leyaourt classique.   Par ailleurs, certains produits commercialisés comme yaourts grecs ou «à la grecque» peuvent contenir de la crème, du sucre ou d’autres ingrédients ajoutés. Autrement dit, «grec» ne signifie pas automatiquement « meilleur ». Et pour la digestion? C’est probablement sur ce terrain que le yaourt mérite le plus d’attention. La fermentation facilite la digestion du lactose et explique en partie pourquoi leyaourt peut être mieux toléré que le lait chez les personnes présentant unemaldigestion du lactose.   Cette particularité est suffisamment étayée pour avoir fait l’objet d’une évaluation spécifique par les autorités scientifiques européennes.   Le yaourt grec peut, lui aussi, présenter un intérêt pour les personnes sensibles aulactose puisqu’il contient généralement moins de lactose après l’égouttage.   Mais là encore, il ne faut pas généraliser: la teneur exacte dépend du produitet de son mode de fabrication.   Une personne qui supporte difficilement un verre de lait peut donc parfois tolérer une portion de yaourt sans ressentir les mêmes symptômes.   Mais maldigérer le lactose ne signifie pas nécessairement être incapable de consommer tous les produits laitiers.   La tolérance varie considérablement d’une personne à l’autre, et une quantité modérée peut parfois être mieux supportée. Yaourt, bactéries vivantes et microbiote: rester mesuré Le lien entre alimentation fermentée et santé digestive suscite aujourd’hui beaucoup d’intérêt.   Le yaourt contient des micro-organismes issus de sa fermentation. Certaines recherches suggèrent que les aliments fermentés peuvent avoir des effets intéressants sur la santé digestive.   Toutefois, il serait scientifiquement excessif de considérer tout yaourt contenant des bactéries vivantes comme un «probiotique» ou de lui attribuer automatiquement un effet thérapeutique sur le microbiote.   Le terme probiotique répond à une définition scientifique précise et concerne des micro-organismes vivants dont un bénéfice

Antibiotiques dans l’élevage: quand la santé animale devient une affaire de santé humaine

Actuagro Antibiotiques dans l’élevage: quand la santé animale devient une affaire de santé humaine Par AgroHealth – De la ferme à l’assiette, l’antibiorésistance est devenue un enjeu de santé publique. Elle peut commencer par un geste qui paraît anodin: donner un antibiotique à un animal malade. Pourtant, derrière ce traitement se joue parfois un phénomène invisible. Certaines bactéries survivent, s’adaptent et deviennent résistantes. Elles peuvent alors circuler entre les animaux, les humains et l’environnement. En Tunisie, plusieurs études récentes mettent en lumière des pratiques qui rappellent l’ampleur du défi. Un animal malade, un éleveur inquiet et, parfois, la volonté d’agir vite. Dans une ferme, la décision de donner un antibiotique peut sembler simple. Pourtant, son utilisation ne devrait jamais être improvisée. Les antibiotiques restent indispensables à l’élevage. Ils permettent de traiter des infections bactériennes et, lorsqu’ils sont correctement utilisés, de préserver la santé et le bien-être des animaux. Le problème n’est donc pas l’antibiotique en lui-même, mais son utilisation excessive, inappropriée ou insuffisamment encadrée. Lorsqu’un traitement est mal choisi, mal dosé ou interrompu trop tôt, certaines bactéries peuvent survivre. Elles ont alors davantage de possibilités de s’adapter et de transmettre leurs mécanismes de résistance. Peu à peu, des médicaments autrefois efficaces peuvent perdre une partie de leur pouvoir. Et ces bactéries ne restent pas nécessairement dans l’élevage. Elles peuvent circuler par les animaux, les déjections, l’eau, les sols, les équipements ou encore la chaîne alimentaire. C’est précisément à ce moment que la santé animale rejoint celle de l’être humain. 92,7%: un chiffre qui interpelle Une étude publiée en 2025 dans BMC Veterinary Research a interrogé 110 éleveurs de bovins, ovins, caprins et volailles dans les gouvernorats de Sousse, Mahdia et Monastir. Le résultat attire immédiatement l’attention : 92,7 % des éleveurs interrogés, soit 102 sur 110, ont déclaré pratiquer l’automédication antibiotique sans prescription vétérinaire. Le comportement observé autour de la durée des traitements est également préoccupant. 82,7 %, soit 91 éleveurs, ont indiqué arrêter le traitement dès la disparition des symptômes, tandis que 62,7 %, soit 69 éleveurs, ne respectaient pas la durée complète du traitement. À cela s’ajoute une autre question, directement liée à la sécurité des produits d’origine animale. 61,8 % des personnes interrogées, soit 68 éleveurs, déclaraient ne pas respecter le délai d’attente avant la consommation des produits animaux. Or, après certains traitements vétérinaires, ce délai est essentiel. Il correspond à la période nécessaire avant que la viande, le lait ou d’autres produits issus de l’animal puissent être consommés conformément aux règles établies. Cinq chiffres à retenir 92,7 % : éleveurs déclarant pratiquer l’automédication antibiotique dans l’échantillon étudié. 82,7 % : éleveurs arrêtant le traitement dès la disparition des symptômes. 62,7 % : éleveurs ne respectant pas la durée complète du traitement. 61,8 % : éleveurs ne respectant pas le délai d’attente. 94,5 % : éleveurs interrogés déclarant ne pas connaître les risques liés au mauvais usage des antibiotiques.   Ces données doivent toutefois être lues avec prudence. Elles concernent 110 éleveurs de trois gouvernorats et ne constituent pas des statistiques nationales. Elles n’en restent pas moins un signal intéressant sur certaines pratiques observées sur le terrain. Quand le coût des soins influence les pratiques Derrière l’automédication, il existe aussi une réalité économique qu’il serait difficile d’ignorer. L’étude montre que 65,6 % des éleveurs concernés citaient le coût élevé des soins vétérinaires comme l’une des raisons de leurs pratiques, tandis que 57,8% évoquaient la possibilité d’obtenir directement des antibiotiques auprès d’une pharmacie locale. Le problème dépasse donc la seule question du comportement individuel. Pour un petit éleveur, la maladie d’un animal peut rapidement devenir une menace pour le troupeau et, par conséquent, pour le revenu familial. Dans cette situation, l’antibiotique peut apparaître comme la solution la plus rapide et la plus accessible. Mais cette rapidité peut avoir un coût à plus long terme. Car lorsqu’un antibiotique est utilisé sans diagnostic approprié, dans une mauvaise dose ou pendant une durée insuffisante, il peut contribuer à sélectionner des bactéries capables de résister aux traitements. Ce qui semblait être une réponse immédiate à une maladie peut ainsi participer, à une autre échelle et dans le temps, à un problème beaucoup plus large. La volaille, un maillon particulièrement sensible En Tunisie, la question prend une dimension particulière dans le secteur avicole, qui occupe une place importante dans l’alimentation. Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Antibiotics rappelle que, selon les données du recensement avicole 2015-2016 citées par les chercheurs, la volaille représente 34 % de la production animale et 59 % des viandes animales consommées en Tunisie. Ce même recensement faisait état de 6 209 établissements avicoles, avec une capacité annuelle de production de 43 472 259 poulets. Dans cette étude consacrée aux pratiques vétérinaires, 52 vétérinaires prescripteurs ont été interrogés. Les chercheurs ont notamment relevé l’utilisation fréquente de plusieurs antibiotiques, parfois sans confirmation microbiologique. La résistance bactérienne apparaît également dans les témoignages recueillis:  79% des vétérinaires interrogés déclaraient avoir rencontré des bactéries multirésistantes, dont 31 % fréquemment et 48 % occasionnellement. La résistance aux antibiotiques n’est donc pas uniquement une menace théorique ou lointaine. Elle est déjà observée dans le quotidien de certains professionnels de santé animale. De l’élevage à l’assiette, un lien invisible Une bactérie résistante peut emprunter plusieurs chemins. Elle peut passer par l’animal, les déjections, l’eau, les sols, les équipements ou encore les aliments. Une étude tunisienne publiée en 2020 avait ainsi analysé 250 échantillons de produits avicoles collectés à Sfax, dont 149 provenant du poulet et 101 de la dinde. Des bactéries du genre Arcobacter avaient été détectées dans 10,4 % des échantillons. Parmi les isolats étudiés, 83 % présentaient une multirésistance aux antibiotiques. Cette donnée mérite, là encore, d’être interprétée avec précision. Elle ne signifie pas que 83% de la viande de volaille tunisienne est résistante aux antibiotiques. Le chiffre concerne les bactéries isolées dans l’échantillon étudié et ne peut pas être extrapolé à l’ensemble de la production avicole tunisienne. Il met cependant en évidence un point essentiel: la chaîne alimentaire peut constituer un espace

Quand la beauté cache un silence: le mystère des dromadaires tachetés du Sahara

Actuagro Quand la beauté cache un silence: le mystère des dromadaires tachetés du Sahara Par AgroHealth – Dans l’immensité du Sahara, certains dromadaires attirent le regard avant même que l’on remarque leur démarche. Leur robe claire, ponctuée de taches brunes, leurs yeux parfois étonnamment lumineux et leur allure élégante leur donnent une beauté singulière. Ils semblent presque dessinés par le désert lui-même.   Chez certains peuples sahariens, ces dromadaires sont connus depuis longtemps. On en rencontre notamment dans différentes régions du Sahara et du Sahel, en particulier en Algérie et au Niger, où des groupes touaregs sont historiquement liés à l’élevage camelin.   Des populations de dromadaires pie, ou «piebald camels», sont également documentées dans d’autres régions d’Afrique du Nord et du Sahara. Mais derrière cette apparence exceptionnelle se cache une histoire beaucoup plus complexe: celle de la génétique. Une robe qui n’est pas seulement une question de beauté La couleur du dromadaire n’est pas le fruit du hasard. Elle dépend notamment de mécanismes génétiques qui contrôlent la production et la distribution de la mélanine, le pigment responsable de la coloration du poil et de la peau. Chez le dromadaire, plusieurs gènes impliqués dans la pigmentation ont déjà été étudiés, notamment MC1R et ASIP.   Les variations de ces gènes participent à la diversité des robes, allant du brun clair au brun foncé, jusqu’au noir ou au blanc. Mais le cas des dromadaires tachetés est encore plus fascinant.   Une étude génétique consacrée aux dromadaires arabes a identifié une mutation du gène KIT, associée à certains motifs de dépigmentation blanche.   Cette mutation peut entraîner l’apparition de zones où les cellules responsables de la pigmentation sont absentes, donnant au pelage ces contrastes blancs et colorés si caractéristiques.   Autrement dit, ce qui apparaît à l’œil comme une simple particularité esthétique peut être l’expression visible d’une modification génétique. Quand la couleur touche aussi l’ouïe C’est ici que l’histoire devient particulièrement surprenante. La pigmentation et l’audition ne sont pas deux phénomènes totalement indépendants chez certaines espèces animales.   Les cellules pigmentaires jouent également un rôle dans le fonctionnement normal de certaines structures de l’oreille interne. Chez plusieurs animaux domestiques, certaines anomalies génétiques responsables de dépigmentation peuvent ainsi être associées à une surdité congénitale.   Chez le dromadaire, des observations menées sur des populations de dromadaires tachetés du sud-ouest algérien sont particulièrement intéressantes. Les chercheurs rapportent que certains de ces animaux naissent sourds et que les éleveurs locaux connaissent depuis longtemps cette particularité.   Le phénomène semble également présenter une composante héréditaire. Les observations ethnographiques réalisées auprès d’éleveurs sahariens vont dans le même sens: certains dromadaires pie peuvent présenter différents degrés de déficience auditive, avec une tendance rapportée à une surdité plus importante lorsque la dépigmentation touche largement la tête et s’accompagne d’yeux bleus.   Il faut cependant rester prudent: tous les dromadaires tachetés ne sont pas sourds. La robe blanche ou tachetée ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic.   Les mécanismes génétiques responsables des différents motifs de pigmentation semblent être multiples, et toutes les formes de dépigmentation ne sont pas nécessairement associées à un problème auditif. Une beauté familière dans le monde touareg Pour les peuples du Sahara, le dromadaire n’est pas simplement un animal d’élevage. Il est un compagnon de déplacement, une richesse, une mémoire et une partie d’un patrimoine pastoral transmis de génération en génération.   Les Touaregs, traditionnellement présents sur un vaste territoire saharien et sahélien traversant notamment l’Algérie, la Libye, le Niger et le Mali, entretiennent depuis des siècles une relation étroite avec le dromadaire.   Certaines communautés touarègues du Niger sont d’ailleurs réputées pour l’élevage de dromadaires tachetés.   Ces animaux ne sont donc pas une curiosité apparue récemment. Leur présence s’inscrit dans une longue histoire d’élevage, de sélection et d’adaptation aux sociétés pastorales du Sahara.   Et peut-être est-ce justement ce qui rend leur histoire si belle: ce que nous percevons aujourd’hui comme une apparence inhabituelle a longtemps fait partie du regard quotidien des hommes et des femmes du désert. Une beauté qui raconte la génétique La nature ne sépare pas toujours aussi nettement la beauté de la fragilité. Une tache blanche peut être simplement une variation de couleur. Mais elle peut aussi être le signe visible d’une modification génétique plus profonde.   Dans certaines lignées animales, les mêmes mécanismes biologiques peuvent intervenir dans plusieurs fonctions de l’organisme.   Le dromadaire tacheté nous rappelle ainsi une chose essentielle: la génétique ne se voit pas toujours, mais elle peut parfois s’écrire directement sur le corps.   Dans le silence immense du Sahara, un animal peut porter sur sa robe une histoire invisible: celle de ses ancêtres, de ses gènes, de l’élevage et de l’adaptation.   Et lorsque certains de ces dromadaires semblent écouter le désert sans y répondre, leur silence n’est peut-être pas seulement poétique.   Il peut être l’expression d’une particularité biologique que les populations sahariennes avaient observée bien avant que la science ne commence à en comprendre les mécanismes.   Entre beauté, patrimoine pastoral et génétique, le dromadaire tacheté est finalement bien plus qu’un animal au pelage singulier. Il est une petite leçon de nature: derrière ce que l’œil admire se cache parfois tout un monde que seule la science permet de découvrir. Lire également Le dromadaire tunisien: le sage du désert Laissez un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Agrohealth. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message* Chronique All Posts Chronique Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? septembre 11, 2026/Agrohealth Vitamine D, bêta-carotène et protection solaire : démêler le vrai du faux août 28, 2026/Agrohealth Pr. 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Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula?

Chronique Quand les marchés se vident, faut-il réapprendre l’art de l’âoula? Par AgroHealth – De la «بيت المونة» de nos grands-parents à la réserve alimentaire d’aujourd’hui   Il suffit parfois d’une rupture dans les rayons d’un supermarché pour nous rappeler une réalité que nous oublions facilement: notre alimentation dépend d’un système d’approvisionnement vaste, complexe et parfois fragile.   Un problème de production, une perturbation du transport, une crise économique ou climatique et, soudain, un produit habituellement banal devient difficile à trouver.   Face à ces incertitudes, faut-il revenir aux habitudes de nos grands-parents? La réponse ne consiste certainement pas à remplir sa maison de provisions par crainte d’une pénurie. Elle pourrait plutôt se trouver dans une pratique ancienne, profondément enracinée dans les foyers tunisiens: l’âoula. Pendant des générations, les familles ont appris à profiter des saisons, à transformer les récoltes et à conserver une partie des aliments pour les mois à venir. Dans la maison traditionnelle, le بيت المونة, littéralement la maison ou la pièce des provisions, occupait une place particulière.   On y conservait ce qui avait été préparé lorsque les produits étaient disponibles en abondance: céréales, légumineuses, épices, piments séchés, harissa, tomates séchées, huiles, fruits secs et différentes préparations familiales.   L’âoula était donc bien plus qu’une manière de cuisiner. Elle était une forme de prévoyance alimentaire. Quand la saison donne, penser à la saison qui vient Nos grands-parents connaissaient intimement le rythme des saisons. Ils savaient que chaque période de l’année apportait ses produits et qu’il fallait profiter de cette abondance pour préparer les mois suivants.   Les piments rouges devenaient harissa. Les tomates pouvaient être séchées ou transformées.   Certains légumes étaient conservés selon les méthodes traditionnelles. Les céréales et les légumineuses étaient stockées pour être utilisées progressivement.   L’huile d’olive, les épices et les fruits secs trouvaient également leur place dans les réserves familiales.   Cette logique répondait à une question simple : comment assurer l’alimentation de la famille lorsque le produit ne sera plus disponible dans le jardin, au marché ou à un prix abordable?   Aujourd’hui, la question revient sous une autre forme. Nous sommes habitués à trouver presque tout, presque toute l’année. Pourtant, les crises successives ont montré que cette disponibilité permanente ne doit pas être considérée comme acquise.   Les perturbations climatiques, les difficultés économiques, les problèmes logistiques ou les tensions sur certaines matières premières peuvent affecter l’offre et les prix. Dans ce contexte, retrouver certains réflexes de l’âoula peut avoir du sens. Recréer un «بيت المونة» à la maison Il n’est évidemment pas nécessaire de disposer d’une grande maison traditionnelle pour retrouver cette pratique. Un placard bien organisé, une petite pièce ou un espace dédié peuvent suffire.   L’essentiel est que cet espace soit propre, sec, frais, à l’abri de la lumière et correctement ventilé, selon les besoins des produits qui y sont conservés.   L’idée n’est pas de stocker tout ce que l’on peut acheter, mais de constituer progressivement une réserve correspondant aux habitudes réelles de la famille.   Quelques kilos de légumineuses, des céréales, des épices, des produits secs, des conserves préparées dans de bonnes conditions ou encore certaines préparations issues des récoltes saisonnières peuvent ainsi être conservés et consommés progressivement.   Cette démarche demande surtout de l’organisation. Les produits les plus anciens doivent être utilisés en premier, les contenants doivent être adaptés et les aliments doivent être régulièrement contrôlés. Car stocker ne signifie pas oublier.   Une réserve alimentaire utile est une réserve vivante : on l’alimente, on la consomme, on la renouvelle et on vérifie régulièrement son état. L’âoula n’est pas la peur de la pénurie Il est important de faire la différence entre prévoyance et accumulation. Face à une rupture temporaire d’un produit, la tentation peut être de multiplier les achats et de constituer rapidement des réserves importantes.   Pourtant, cette réaction peut conduire au gaspillage, surtout lorsque les produits ont une durée de conservation limitée ou lorsqu’ils sont stockés dans de mauvaises conditions.   L’esprit de l’âoula est différent. Il consiste à acheter au bon moment, dans des quantités raisonnables, puis à conserver correctement. Il s’agit aussi de valoriser les produits de saison lorsqu’ils sont abondants, plutôt que de dépendre exclusivement de produits disponibles toute l’année.   Cette approche peut également contribuer à réduire le gaspillage alimentaire. Une récolte abondante ne signifie pas nécessairement qu’elle doit être consommée immédiatement.   Une partie peut être transformée ou conservée afin de prolonger sa disponibilité. Ainsi, l’âoula transforme le temps en ressource : ce qui est abondant aujourd’hui peut devenir une provision pour demain. Une tradition qui retrouve une nouvelle actualité Il serait évidemment difficile de reproduire exactement le modèle alimentaire de nos grands-parents.   Les modes de vie ont changé, les logements sont différents et les familles n’ont plus les mêmes besoins.   Mais l’idée fondamentale demeure étonnamment moderne. Dans un contexte où la sécurité alimentaire devient une préoccupation mondiale, savoir conserver, organiser et gérer une petite réserve domestique constitue une compétence utile.   Elle ne remplace évidemment ni les marchés ni les systèmes modernes d’approvisionnement, mais elle peut apporter aux ménages une certaine marge de sécurité face aux imprévus.   L’âoula nous enseigne également une autre leçon: la sécurité alimentaire commence aussi à l’échelle de la maison.   Elle commence par connaître les produits que nous consommons, comprendre leur saisonnalité, éviter le gaspillage, savoir les conserver et apprendre à transformer ce que la terre nous offre lorsqu’il est disponible en abondance. Revenir à l’essentiel Aujourd’hui, lorsqu’un produit manque momentanément dans les commerces, nous avons tendance à considérer cette situation comme une anomalie. Nos grands-parents, eux, avaient intégré l’incertitude dans leur organisation quotidienne.   Ils ne disposaient pas nécessairement de technologies sophistiquées ni de grandes surfaces commerciales. Ils disposaient surtout d’un savoir-faire: préparer aujourd’hui une partie de ce dont la famille aura besoin demain.   Peut-être est-ce là le véritable enseignement de l’âoula. Il ne s’agit pas de retourner au passé, mais de reprendre certaines de ses bonnes idées et de les adapter à notre