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La «Krima» de Tunisie: le kaki qui a trouvé sa terre à Ouchtata

Par AgroHealth – Derrière le nom local de « Krima » se cache un fruit bien connu ailleurs dans le monde : le kaki, Diospyros kaki. En Tunisie, cette espèce asiatique s’est progressivement enracinée dans certaines régions du Nord, jusqu’à devenir un véritable marqueur agricole et culturel de Ouchtata, dans la délégation de Nefza.

Une histoire asiatique devenue tunisienne

La «Krima» correspond au kaki oriental ou kaki japonais, dont le nom scientifique est Diospyros kaki L.f. Il appartient à la famille des Ebenaceae. Malgré son appellation de «kaki japonais» dans plusieurs langues, l’espèce est originaire de Chine, où sa culture est ancienne, avant de se diffuser notamment vers le Japon puis d’autres régions du monde.

 

En Tunisie, son implantation remonte au milieu du XXe siècle. Des sources agricoles et régionales situent les premières plantations à Ouchtata, dans la région de Nefza, autour des années 1940. Depuis, l’arbre s’est adapté aux conditions locales et la culture s’est développée dans plusieurs territoires du Nord tunisien.

 

Aujourd’hui, la production est particulièrement associée à Nefza et Ouchtata, mais elle est également présente à Aïn Essobh et Ennadhour dans le gouvernorat de Béja, à Aïn Draham dans le gouvernorat de Jendouba, ainsi que dans certaines zones du Cap Bon.

Ouchtata et Nefza, au cœur de la production tunisienne

La région de Nefza, et particulièrement le territoire d’Ouchtata, constitue aujourd’hui l’un des principaux foyers de culture du kaki en Tunisie. La production y est essentiellement portée par de petites exploitations et des vergers familiaux, avec un nombre important d’arbres répartis dans la région.
Les données rapportées au cours des différentes campagnes montrent toutefois que les volumes produits peuvent varier sensiblement d’une année à l’autre. Cette fluctuation s’explique notamment par les conditions climatiques, la disponibilité de l’eau, le stade de maturité au moment de la récolte ainsi que la pression de certains ravageurs et maladies.
Il est donc difficile de retenir un chiffre unique représentant la production annuelle de la Krima à Nefza. Les estimations publiées ces dernières années témoignent plutôt d’un potentiel de production significatif, mais encore irrégulier, qui mériterait d’être mieux suivi à travers des statistiques agricoles régulières et harmonisées.
Cette situation constitue un enjeu important pour la filière. Au-delà de l’augmentation des rendements, l’avenir de la Krima tunisienne passe par une meilleure connaissance des vergers, un suivi phytosanitaire plus efficace, une gestion raisonnée de l’eau et surtout une meilleure organisation de la commercialisation.
 
Pour AgroHealth, la question est également celle de la valorisation d’une ressource agricole territoriale. Car lorsque les données de production deviennent plus précises et que la qualité du fruit est mieux maîtrisée, la Krima peut progressivement passer d’une production essentiellement locale à un produit agricole tunisien bénéficiant d’une véritable identité territoriale.

Une récolte qui annonce l’automne

La saison de la Krima intervient généralement au début de l’automne. La récolte commence habituellement en septembre et se poursuit en octobre, selon la maturité des fruits et les conditions de la campagne.

 

Le fruit se reconnaît facilement à sa forme proche de celle d’une tomate et à sa couleur qui évolue du jaune-orangé vers des teintes plus rouges à maturité. Botaniquement, il s’agit d’une baie charnue. Le fruit peut être consommé frais, mais aussi transformé ou séché.

 

Certaines variétés de kaki sont astringentes lorsqu’elles ne sont pas suffisamment mûres. Cette sensation de bouche sèche est liée aux tanins solubles présents dans le fruit. D’autres cultivars, comme certains types non astringents, peuvent être consommés alors qu’ils sont encore fermes.

Un fruit aux couleurs des caroténoïdes

La couleur orange du kaki n’est pas seulement esthétique. Elle témoigne notamment de la présence de caroténoïdes, une famille de pigments végétaux étudiée pour son intérêt nutritionnel.

 

Des travaux scientifiques consacrés au kaki tunisien ont identifié une diversité de caroténoïdes dans le fruit, notamment des xanthophylles et des carotènes. Une étude portant spécifiquement sur des fruits cultivés en Tunisie a également souligné leur richesse en pigments caroténoïdes.

 

Le kaki apporte également de la vitamine C, du potassium et différents composés antioxydants. Sa composition varie toutefois selon le cultivar, le stade de maturité et les conditions de culture.

Une culture à protéger

Le développement de la Krima tunisienne ne dépend pas uniquement de la production. La filière doit aussi composer avec les contraintes environnementales.

 

En 2024, une attaque de mouche des fruits aurait provoqué des pertes importantes dans la région de Nefza, avec une dégradation d’une partie de la récolte. La même période a été marquée par les difficultés liées au manque d’eau et aux incendies, qui ont contribué au recul de la production locale.

 

Pour AgroHealth, cette situation pose une question plus large : comment préserver une culture locale lorsque le climat devient plus irrégulier et que les ressources en eau se raréfient ?

 

La réponse pourrait passer par un meilleur suivi phytosanitaire, une gestion plus précise de l’irrigation, la valorisation des fruits de qualité secondaire par la transformation et surtout une meilleure organisation de la commercialisation.

Du fruit au patrimoine agricole

À Ouchtata, la Krima est aussi devenue un élément de l’identité locale. Chaque année, la région organise un Festival de la Krima, généralement au mois d’octobre, destiné à faire connaître le fruit, soutenir sa commercialisation et mettre en avant les produits et savoir-faire associés.

 

En 2025, la onzième édition a notamment accueilli une exposition consacrée aux produits issus du kaki.

 

Ce festival révèle quelque chose d’essentiel: une variété fruitière ne représente pas seulement des tonnes produites. Elle peut aussi porter une histoire, un territoire, des pratiques agricoles et une économie locale.

 

La Kaki, une piste pour mieux valoriser les fruits tunisiens

Le cas du kaki tunisien mérite ainsi d’être regardé au-delà de son caractère exotique. Une espèce originaire d’Asie a trouvé dans le Nord-Ouest tunisien un territoire où elle s’est adaptée et où elle est devenue une production reconnue localement.

 

Pour la Tunisie, la véritable opportunité pourrait désormais résider dans la valorisation: améliorer la qualité, développer les produits transformés, mieux identifier l’origine territoriale du fruit et créer une image propre au kaki tunisien.

 

La «Krima» pourrait alors passer du statut de fruit saisonnier connu surtout dans quelques régions à celui de produit agricole tunisien à identité territoriale, capable de raconter Ouchtata, Nefza et, plus largement, la diversité des agricultures du Nord-Ouest.

Sources scientifiques
  1. Kew Science – Plants of the World Online
    Source de référence pour le nom scientifique, la classification botanique et l’origine géographique de l’espèce. Kew reconnaît Diospyros kaki Thunb. comme nom accepté et la classe dans la famille des Ebenaceae.
    Plants of the World Online – Kew Science
  2. NCBI – Taxonomy
    Confirme la classification de Diospyros kaki et ses appellations communes, notamment kaki persimmon et Japanese persimmon.
    NCBI Taxonomy – Diospyros kaki
  3. ITIS – Integrated Taxonomic Information System
    Très utile pour vérifier la nomenclature : Diospyros kaki Thunb. est le nom accepté, tandis que Diospyros kaki L.f. est considéré comme un synonyme non accepté.
    ITIS – Diospyros kaki
Sources scientifiques sur le kaki tunisien
  1. Étude scientifique sur les caroténoïdes du kaki tunisien
    C’est probablement la source la plus intéressante pour votre article, car les chercheurs ont étudié des fruits de Diospyros kaki cultivés en Tunisie et précisent explicitement que le fruit est connu localement sous le nom de « Krima ». L’étude s’intéresse notamment aux caroténoïdes, dont les xanthophylles et les carotènes.
    Article scientifique – Persimmon carotenoids, PMC
  2. PubMed – Kaki tunisien et caroténoïdes
    Cette publication porte spécifiquement sur l’extraction et la caractérisation des caroténoïdes de trois fruits cultivés en Tunisie, dont le kaki (Diospyros kaki).
    PubMed – Tunisian Kaki, peach and apricot
Sources concernant la culture de la Krima en Tunisie

  1. Tunisie.co – Le kaki, fruit fétiche de la région de Nefza
    Cette source fournit des informations historiques et territoriales intéressantes sur la présence du kaki à Ouchtata, Nefza, notamment son introduction dans la région et son appellation locale « El Krima ».
    Tunisie.co – Le kaki, fruit fétiche de Nefza
  2. Tunisie.co – Festival du Kaki (El Krima) à Ouchtata
    Source utile pour documenter le Festival du Kaki à Ouchtata et la valorisation locale du fruit à travers la vente, les produits dérivés et les actions de sensibilisation autour de sa culture.
    Tunisie.co – Festival du Kaki / El Krima
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