COP17: la Tunisie plaide pour une réponse intégrée face à la sécheresse
À Oulan-Bator, la Tunisie a placé la sécheresse au cœur de son message. Lors du dialogue ministériel consacré à la résilience face à la sécheresse, le ministre de l’Environnement Habib Abid a défendu une approche reliant étroitement la terre, l’eau et le climat, tout en appelant à une réponse internationale plus contraignante.
La Tunisie a donné une dimension concrète à sa participation à la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (COP17), qui se tient à Oulan-Bator, en Mongolie. Présente du 24 au 27 août aux côtés de 197 États et organisations internationales, elle a choisi de mettre en avant son expérience dans la restauration des terres dégradées, la lutte contre la désertification et l’adaptation à la sécheresse.
Mais c’est surtout le 25 août, lors du dialogue ministériel sur la résilience face à la sécheresse, que le message tunisien a pris une dimension politique plus nette. Le ministre de l’Environnement Habib Abid figurait parmi les ministres intervenant dans cette séquence de haut niveau.
La sécheresse, une menace structurelle
Le message porté par la Tunisie s’inscrit dans une évolution importante du débat international. La sécheresse n’est plus considérée uniquement comme une succession d’épisodes climatiques exceptionnels nécessitant des interventions d’urgence. Elle est désormais abordée comme une menace structurelle et systémique qui touche simultanément les ressources naturelles, l’agriculture, l’alimentation, l’économie et les populations.
Selon le compte rendu de la journée publié par l’International Institute for Sustainable Development, la Tunisie, avec notamment le Sénégal, la Guyana, l’Angola et l’Italie, a souligné le caractère structurel et systémique de la sécheresse. Elle a également soutenu, avec plusieurs autres pays, la nécessité d’approches intégrées associant terre, eau et planification climatique.
Cette approche est particulièrement pertinente pour un pays comme la Tunisie. Dans un territoire soumis à une forte variabilité climatique et à une pression croissante sur les ressources hydriques, la sécheresse ne concerne pas uniquement l’eau disponible. Elle affecte aussi les sols, les cultures, les parcours, les cheptels, les revenus ruraux et, à terme, la sécurité alimentaire.
Vers un cadre international plus contraignant
La position tunisienne est également allée plus loin sur le plan diplomatique. La Tunisie s’est prononcée, avec l’Eswatini et l’Afrique du Sud, en faveur de l’adoption d’un résultat juridiquement contraignant sur la sécheresse.
Cette revendication intervient alors que les négociations internationales sur la sécheresse restent difficiles. La question avait déjà été laissée sans accord lors de la COP16 et demeure l’un des dossiers sensibles de la COP17. Au terme des discussions du 25 août, la présidence de la COP poursuivait encore ses consultations afin de préparer un texte susceptible de servir de base aux négociations.
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse donc la reconnaissance du problème. Il s’agit de parvenir à des mécanismes internationaux permettant aux pays vulnérables de mieux prévenir, anticiper et gérer les sécheresses.
De la réaction à l’anticipation
Les débats de la journée ont justement insisté sur la nécessité de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de prévention. Les participants ont mis en avant les systèmes d’alerte précoce, la planification, le suivi des ressources, la gouvernance de l’eau, les infrastructures et la mobilisation des financements.
Cette orientation rejoint plusieurs des axes annoncés par la Tunisie pour sa participation à la COP17: restauration des terres dégradées, ceintures vertes, adaptation à la sécheresse, financement de la lutte contre la dégradation des terres et lien entre sécheresse et sécurité alimentaire.
L’eau au centre du problème
Le choix du 25 août comme «Water Day» n’est pas anodin. Les débats ont rappelé que l’eau constitue le point de rencontre entre la résilience climatique, la restauration des terres et la sécurité alimentaire. Les discussions ont également souligné les liens entre sécheresse, sécurité alimentaire et énergétique, emploi et productivité économique.
Pour la Tunisie, cette approche est particulièrement stratégique. La question n’est plus seulement de savoir comment disposer de davantage d’eau, mais comment organiser l’agriculture, les territoires ruraux et les écosystèmes afin de produire davantage de résilience avec une ressource devenue plus incertaine.
La COP17 place ainsi la Tunisie devant une double exigence: faire connaître son expérience et, surtout, transformer cette expérience en programmes capables de produire des résultats mesurables.
La suite se jouera donc moins dans les déclarations que dans la capacité à restaurer les terres, préserver les sols, sécuriser les parcours, adapter l’agriculture et protéger les revenus des populations rurales.
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