L’ashwagandha, de la médecine traditionnelle aux recherches scientifiques
Par AgroHealth – Pendant des siècles, certaines plantes ont accompagné les sociétés humaines dans leur manière de prendre soin du corps et de retrouver un équilibre face aux difficultés du quotidien. Parmi elles, l’ashwagandha occupe aujourd’hui une place particulière. Connue sous le nom scientifique de Withania somnifera, cette plante médicinale traditionnelle est utilisée depuis plusieurs milliers d’années, notamment dans la médecine ayurvédique en Inde.
Longtemps cantonnée aux usages traditionnels, l’ashwagandha attire désormais l’attention de la recherche scientifique. Stress, sommeil, fatigue, performance physique… ses propriétés supposées sont nombreuses et expliquent son succès récent dans les compléments alimentaires.
Mais entre tradition, promesses commerciales et données scientifiques, il est nécessaire de faire la part des choses.
Une plante ancienne devenue populaire
L’ashwagandha est un arbuste à feuilles persistantes qui pousse notamment dans certaines régions d’Inde, d’Afrique et du Moyen-Orient. Sa racine est traditionnellement la partie la plus utilisée, même si certaines préparations contiennent également les feuilles.
La plante renferme plusieurs composés bioactifs, notamment les withanolides, auxquels sont attribuées différentes activités biologiques étudiées en laboratoire. C’est notamment autour de ces molécules que s’est développé l’intérêt scientifique actuel pour Withania somnifera.
L’ashwagandha est parfois présentée comme un «ginseng indien». Cette appellation est cependant surtout populaire et ne signifie pas qu’elle soit botaniquement apparentée au véritable ginseng.
Le stress, au cœur de l’intérêt scientifique
Le stress fait partie de la vie quotidienne. Lorsqu’il devient chronique, il peut cependant perturber le sommeil, l’humeur et le bien-être général.
C’est précisément sur cette dimension que les recherches consacrées à l’ashwagandha se sont particulièrement développées.
Plusieurs essais cliniques suggèrent que certaines préparations d’ashwagandha pourraient contribuer à réduire la perception du stress et certains marqueurs associés, notamment le cortisol.
Une méta-analyse publiée en 2024, regroupant neuf essais randomisés et 558 participants, a observé une diminution de certains indicateurs du stress et de l’anxiété chez les personnes ayant reçu des préparations d’ashwagandha par rapport au placebo.
Les auteurs soulignent néanmoins la nécessité de poursuivre les recherches, notamment pour mieux évaluer la sécurité d’une utilisation prolongée.
Une analyse plus récente publiée en 2026, portant sur 22 études, retrouve également des résultats encourageants concernant le stress et l’anxiété.
Mais les chercheurs insistent sur l’hétérogénéité des études disponibles et sur la nécessité d’essais cliniques plus robustes avant de transformer ces résultats en recommandations médicales générales.
Autrement dit, l’ashwagandha apparaît prometteuse, mais elle ne constitue pas pour autant un traitement établi contre les troubles anxieux.
Quand le sommeil devient difficile
Le sommeil constitue un autre domaine dans lequel l’ashwagandha suscite beaucoup d’intérêt.
Une revue systématique et méta-analyse publiée dans PLOS ONE a analysé cinq essais randomisés portant au total sur 400 adultes. Les résultats suggéraient un effet favorable, mais relativement modeste, sur certains paramètres du sommeil.
Les effets semblaient notamment plus importants chez les personnes souffrant d’insomnie et dans certaines conditions d’utilisation étudiées.
Une autre méta-analyse publiée en 2024 a également rapporté des améliorations de certains paramètres liés à l’anxiété et au sommeil. Toutefois, les études restent relativement petites et utilisent des préparations différentes, ce qui rend difficile la comparaison directe des résultats.
L’intérêt scientifique est donc réel, mais il serait excessif de présenter l’ashwagandha comme une solution universelle contre l’insomnie. Le sommeil reste influencé par de nombreux facteurs, notamment le rythme de vie, l’alimentation, l’activité physique, le stress et les habitudes numériques.
Fatigue, sport et fonctions cognitives: des pistes encore ouvertes
L’ashwagandha est également devenue populaire auprès de certaines personnes pratiquant une activité physique. Elle est commercialisée comme pouvant favoriser la récupération, l’énergie ou les performances sportives.
Pourtant, selon le Centre national américain pour la santé complémentaire et intégrative, les données disponibles restent insuffisantes pour conclure clairement à un bénéfice sur les performances athlétiques ou sur les fonctions cognitives.
La même prudence concerne plusieurs autres domaines de recherche, notamment la glycémie, la fertilité féminine ou certains troubles métaboliques.
Cette distinction est importante.
Une plante peut posséder des propriétés biologiques intéressantes sans que celles-ci se traduisent automatiquement par un bénéfice clinique démontré chez l’être humain.
Une plante naturelle, mais pas sans risques
Le mot «naturel» peut parfois donner l’impression qu’un produit est nécessairement sans danger. Or, cette idée peut être trompeuse.
L’ashwagandha peut provoquer chez certaines personnes des effets indésirables tels que des troubles digestifs, des diarrhées, des vomissements ou une somnolence.
Surtout, des cas rares d’atteintes hépatiques ont été rapportés chez des personnes ayant consommé des compléments contenant de l’ashwagandha.
La prudence est également importante en cas de maladie thyroïdienne ou auto-immune.
L’ashwagandha peut aussi interagir avec certains médicaments, notamment des traitements de la thyroïde, des médicaments contre le diabète ou l’hypertension, des sédatifs, des anticonvulsivants et certains immunosuppresseurs. Elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement.
Ces précautions rappellent une réalité souvent oubliée dans l’univers des compléments alimentaires : une plante médicinale n’est pas automatiquement un produit anodin.
Complément alimentaire ne signifie pas médicament
Aujourd’hui, l’ashwagandha est disponible sous différentes formes, notamment en poudre, en gélules ou sous forme d’extraits concentrés. Le problème est que toutes les préparations ne sont pas nécessairement équivalentes.
La teneur en composés actifs, la partie de la plante utilisée, le procédé d’extraction et la qualité du produit peuvent varier. Deux compléments portant le même nom peuvent donc présenter des compositions différentes.
Les autorités sanitaires américaines rappellent d’ailleurs que les compléments alimentaires ne suivent pas exactement le même cadre réglementaire que les médicaments et que la qualité et la composition réelle d’un produit peuvent parfois différer de ce que le consommateur imagine à partir de son étiquette.
Pour le consommateur, cette réalité impose donc une certaine vigilance. Acheter un complément sur la seule base d’une promesse publicitaire ou d’un témoignage publié sur les réseaux sociaux n’est pas une garantie d’efficacité ni de sécurité.
Ce que la science permet réellement de dire
L’ashwagandha se trouve aujourd’hui à la rencontre de deux mondes. D’un côté, une tradition médicinale ancienne qui lui attribue de nombreuses propriétés. De l’autre, une recherche scientifique moderne qui tente de déterminer lesquelles de ces propriétés peuvent réellement être démontrées.
Les résultats disponibles sont particulièrement intéressants concernant le stress et certains aspects du sommeil. Des travaux récents suggèrent également un potentiel sur l’anxiété.
Mais les études restent hétérogènes, les préparations utilisées sont différentes et les données sur une utilisation à long terme demeurent limitées.
Il serait donc prématuré de présenter l’ashwagandha comme une plante «miracle». La science avance plutôt par étapes, en confrontant les hypothèses aux résultats des essais cliniques.
Entre tradition et modernité, garder le bon équilibre
L’histoire de l’ashwagandha illustre finalement une question plus large concernant les plantes médicinales.
Les savoirs traditionnels peuvent constituer un point de départ précieux pour la recherche, mais ils doivent être confrontés à des données scientifiques rigoureuses avant de permettre des conclusions médicales.
L’ashwagandha mérite ainsi d’être étudiée sans être idéalisée. Ses effets potentiels sur le stress et le sommeil sont suffisamment intéressants pour justifier de nouvelles recherches, mais ils ne doivent pas faire oublier ses limites et ses précautions d’emploi.
Dans un contexte où les compléments alimentaires occupent une place croissante dans les habitudes de santé, le meilleur réflexe reste finalement le même: s’informer, vérifier les sources et demander conseil à un professionnel de santé avant d’utiliser une plante médicinale, particulièrement en cas de traitement ou de problème de santé préexistant.
L’ashwagandha n’est peut-être pas une réponse à tous les maux modernes. Mais elle constitue un exemple fascinant de la manière dont une plante issue d’une tradition ancienne peut devenir, à son tour, un objet de recherche scientifique moderne.
Sources et références scientifiques
- Arumugam V. et al. (2024). Effects of Ashwagandha (Withania somnifera) on stress and anxiety: A systematic review and meta-analysis. Explore, 20(6), 103062.
- Cheah K.L. et al. (2021). Effect of Ashwagandha (Withania somnifera) extract on sleep: A systematic review and meta-analysis. PLOS ONE, 16(9), e0257843.
- Alsanie S.A. et al. (2026). Effects of ashwagandha (Withania somnifera) on mental health in adults: A systematic review and dose–response meta-analysis of randomized controlled trials. Complementary Therapies in Medicine, 97, 103325.
- ANSES. Compléments alimentaires à base de plantes: vers une meilleure information des consommateurs. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
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