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Figue de Barbarie en Tunisie: pourquoi le fruit emblématique de l’été se fait-il rare?
Présente sur les étals tunisiens chaque été, la figue de Barbarie est bien plus qu’un simple fruit de saison. Symbole des régions arides, source de revenus pour des milliers d’agriculteurs et matière première à forte valeur ajoutée, elle traverse aujourd’hui une période difficile. L’été 2026 est marqué par une baisse inhabituelle de l’offre, conséquence d’une combinaison de facteurs sanitaires et climatiques qui fragilisent toute une filière.
Une récolte en forte baisse
Dans plusieurs régions du pays, les consommateurs ont constaté une disponibilité plus faible des figues de Barbarie et une hausse des prix.
Selon les représentants de la profession agricole, les pertes atteignent jusqu’à 70% pour certaines variétés épineuses, tandis que les variétés sans épines enregistrent également une baisse de production estimée à environ 20%.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la figue de Barbarie constitue une culture essentielle dans les zones semi-arides, où peu d’espèces fruitières sont capables de produire dans des conditions climatiques aussi contraignantes.
La cochenille du cactus, un ravageur toujours présent
L’un des principaux responsables de cette crise est la cochenille du cactus (Dactylopius opuntiae), un insecte invasif apparu en Tunisie en 2014. En se nourrissant de la sève des cladodes (raquettes), ce ravageur affaiblit progressivement la plante, réduit sa capacité de fructification et peut provoquer sa mort lorsque les infestations sont importantes.
La lutte contre cet insecte repose sur une approche intégrée combinant l’arrachage des plants fortement infestés, les traitements adaptés, la lutte biologique à l’aide de coccinelles prédatrices et le développement de variétés plus résistantes.
La FAO souligne que cette menace dépasse aujourd’hui les frontières nationales et concerne l’ensemble du Maghreb.
La canicule a aggravé la situation
À cette pression phytosanitaire s’est ajoutée une succession d’épisodes de chaleur intense durant l’été 2026. Les températures élevées, accompagnées du chergui et d’un déficit hydrique persistant, ont provoqué un stress physiologique important.
Même si le figuier de Barbarie est reconnu pour sa grande résistance à la sécheresse grâce à son métabolisme de type CAM, cette adaptation possède des limites. Lorsque les températures restent durablement très élevées, la plante réduit davantage ses échanges gazeux afin de limiter les pertes en eau.
Cette stratégie de survie ralentit également la croissance des fruits, favorise leur chute prématurée et diminue les rendements.
Une culture stratégique pour les régions arides
Le figuier de Barbarie représente aujourd’hui l’une des cultures les plus importantes des zones sèches tunisiennes. Selon la FAO, cette espèce couvre plus de 600 000 hectares en Tunisie, contribuant à la lutte contre l’érosion, à la préservation des sols, à l’alimentation animale et aux revenus de milliers de familles rurales.
Au-delà de la consommation fraîche, la plante offre de nombreuses opportunités de valorisation: huile de pépins utilisée en cosmétique, vinaigre, poudre alimentaire, confitures, aliments pour bétail et produits nutraceutiques.
Conscient de ce potentiel, le ministère de l’Agriculture encourage le développement de la filière à travers l’innovation, la transformation industrielle et la sélection de variétés résistantes à la cochenille.
Préserver une culture d’avenir
La raréfaction de la figue de Barbarie observée cet été rappelle que même les cultures réputées les plus résistantes restent vulnérables face à la combinaison des bioagresseurs et du changement climatique.
Le renforcement de la surveillance phytosanitaire, la diffusion de matériel végétal résistant, la lutte biologique, l’accompagnement des producteurs et la valorisation économique de la filière apparaissent désormais comme des leviers essentiels pour préserver cette richesse agricole tunisienne.
Le regard d’AgroHealth
La figue de Barbarie est souvent considérée comme le fruit qui résiste à tout. Pourtant, l’été 2026 démontre qu’aucune culture n’est à l’abri lorsque les ravageurs émergents se conjuguent aux effets du changement climatique.
Cette situation constitue un signal d’alerte pour l’agriculture tunisienne. Préserver le figuier de Barbarie, ce n’est pas seulement protéger un fruit emblématique de l’été, mais aussi défendre une filière à fort potentiel économique, environnemental et nutritionnel, particulièrement adaptée aux territoires arides qui seront de plus en plus confrontés aux extrêmes climatiques.
Sources
- Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) – Atelier régional sur la lutte contre la cochenille du figuier de Barbarie (20 mai 2026).
- FAO Tunisie – Introduction de coccinelles prédatrices pour la lutte biologique contre la cochenille (2024).
- Déclarations de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) relayées par Mosaïque FM sur la campagne 2026.
- Informations de contexte sur la campagne estivale 2026.

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