Agrohealth Tunisie

Edit Template


La figue tunisienne: entre tradition et résilience

Chaque été, la figue marque l’un des temps forts de la saison agricole tunisienne. Derrière ce fruit délicat, apprécié aussi bien frais que séché, se cache une filière ancestrale qui fait partie intégrante du patrimoine rural du pays.

 

Cultivée depuis des siècles, la figue accompagne l’histoire des régions montagneuses comme des plaines fertiles et continue aujourd’hui de séduire les consommateurs par sa qualité, sa richesse variétale et ses remarquables qualités nutritionnelles.

 

Avec près de 30 000 hectares de vergers de figuiers et une production annuelle oscillant généralement entre 35 000 et 45 000 tonnes, selon les conditions climatiques, la Tunisie figure parmi les producteurs historiques de figues du bassin méditerranéen.

 

Cette culture occupe une place importante dans l’économie de nombreuses exploitations familiales, notamment dans les zones montagneuses où elle constitue souvent une ressource essentielle.

 

Grâce à son climat méditerranéen, à la diversité de ses terroirs et au savoir-faire de ses agriculteurs, la Tunisie dispose de conditions particulièrement favorables à la culture du figuier (Ficus carica L.).

 

Cette espèce fruitière, réputée pour sa remarquable capacité d’adaptation, supporte relativement bien les épisodes de sécheresse grâce à son système racinaire profond et valorise des sols souvent peu propices à d’autres cultures arboricoles.

Une culture millénaire profondément enracinée

Le figuier compte parmi les espèces fruitières les plus anciennes cultivées dans le bassin méditerranéen.

 

Des traces de sa domestication remontent à plusieurs milliers d’années avant notre ère.

 

En Tunisie, il est présent dans la majorité des régions agricoles, notamment dans le Nord-Ouest, le Centre, le Cap Bon ainsi que dans certaines zones montagneuses.

 

Au fil des générations, les agriculteurs ont sélectionné des variétés locales parfaitement adaptées aux différents terroirs.

 

Cette diversité génétique constitue aujourd’hui un patrimoine agricole précieux qu’il devient indispensable de préserver face aux effets du changement climatique et à l’érosion des ressources phytogénétiques.

 

Des terroirs d’exception qui font la renommée de la Tunisie

Parmi les terroirs les plus emblématiques figure Djebba, dans le gouvernorat de Béja.

 

Les figuiers y sont cultivés sur des terrasses aménagées à flanc de montagne selon des techniques traditionnelles transmises depuis plusieurs siècles.

 

La qualité exceptionnelle de ce paysage agricole lui a valu une reconnaissance internationale: Djebba a été inscrite en 2020 par la FAO parmi les Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial (SIPAM/GIAHS), devenant ainsi l’un des rares sites africains à bénéficier de cette distinction.

 

Les figues de Djebba sont particulièrement recherchées pour leur gros calibre, leur chair généreuse, leur forte teneur en sucres naturels et leurs qualités gustatives qui leur ouvrent progressivement les marchés haut de gamme.

 

Autre terroir réputé, Kesra, dans le gouvernorat de Siliana, produit le célèbre « Karmous Kesra », reconnu par de nombreux consommateurs comme l’une des meilleures figues du pays.

 

Les conditions climatiques de cette région d’altitude favorisent une maturation lente qui confère aux fruits une saveur particulièrement équilibrée.

 

La culture du figuier est également bien implantée dans plusieurs autres gouvernorats, notamment Béja, Siliana, Zaghouan, Mornag, Le Kef, Jendouba, Kairouan, Kasserine, Sidi Bouzid, Bizerte, Nabeul ainsi que dans certaines régions du Sahel.

 

Une remarquable diversité variétale

La Tunisie possède un patrimoine génétique exceptionnel comprenant plusieurs dizaines de variétés locales de figues.

 

Parmi les plus connues figurent Bouhouli, Zidi, Bither, Hammouri, Soltani, Assal, Fassi et plusieurs écotypes propres à chaque région.

 

Cette diversité permet d’étaler la période de récolte de juin jusqu’à septembre, tout en répondant à différents débouchés: consommation fraîche, séchage, confitures, pâtes de figues, sirops, pâtisseries et autres produits à forte valeur ajoutée.

Une filière à fort potentiel économique

Le figuier représente une source de revenus essentielle pour des milliers de familles rurales, particulièrement dans les zones de montagne où peu d’autres cultures fruitières offrent une rentabilité comparable.

 

La récolte mobilise chaque année une importante main-d’œuvre saisonnière, tandis que les marchés locaux connaissent une forte animation durant toute la période estivale.

 

Les figues séchées, dont la conservation est longue, constituent également une source de revenus complémentaire en dehors de la saison de récolte.

 

Leur demande demeure soutenue sur le marché national et présente un potentiel intéressant à l’exportation vers les marchés européens et du Golfe.

 

Par ailleurs, le développement de produits transformés – confitures artisanales, pâtes de figues, fruits séchés, vinaigres, sirops ou spécialités gastronomiques – offre de nouvelles opportunités aux petites entreprises agroalimentaires et aux groupements de producteurs.

 

Les terroirs de figues représentent également un levier prometteur pour le développement de l’agrotourisme en valorisant les paysages ruraux, les savoir-faire traditionnels et le patrimoine culinaire tunisien.

 

Une espèce particulièrement résiliente face au changement climatique

Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources en eau, le figuier apparaît comme l’une des espèces fruitières les mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques.

 

Grâce à son système racinaire profond, il peut maintenir une production satisfaisante dans des conditions de stress hydrique modéré, ce qui en fait une culture stratégique pour plusieurs régions tunisiennes.

 

Cette résilience ne dispense toutefois pas les producteurs d’adopter des pratiques agricoles durables: gestion raisonnée de l’irrigation, taille adaptée, amélioration de la fertilité des sols, lutte intégrée contre les ravageurs et préservation de la biodiversité.

 

Une filière en pleine modernisation

Depuis plusieurs années, les programmes de développement agricole soutiennent la modernisation de la filière figue en favorisant la production de plants certifiés, le renouvellement des vergers, l’amélioration des techniques culturales, la valorisation des produits du terroir ainsi que le développement des indications géographiques et de la transformation agroalimentaire.
En 2026, plusieurs actions pilotes ont également été lancées, notamment dans le gouvernorat de Siliana, afin de renforcer la résilience des vergers face au changement climatique.
Ces initiatives visent à promouvoir une pollinisation mieux maîtrisée, une conduite plus performante des vergers et la diffusion de bonnes pratiques agricoles auprès des producteurs.Un fruit aux remarquables qualités nutritionnelles.
Au-delà de son intérêt économique, la figue constitue un véritable concentré de bienfaits nutritionnels.
Elle est riche en fibres alimentaires, qui favorisent le bon fonctionnement du système digestif, ainsi qu’en potassium, calcium, magnésium, phosphore et fer.
Elle renferme également des polyphénols, des flavonoïdes et d’autres composés antioxydants qui contribuent à protéger l’organisme contre le stress oxydatif.

La figue fraîche apporte environ 70 à 80 kcal pour 100 g, tandis que la figue séchée, plus concentrée en sucres naturels et en minéraux, fournit près de 250 kcal pour 100 g, ce qui en fait un excellent aliment énergétique lorsqu’elle est consommée avec modération.

 

Une filière porteuse d’avenir

Entre patrimoine agricole, diversité variétale, adaptation aux changements climatiques et potentiel de valorisation, la figue tunisienne dispose de solides atouts pour renforcer sa position sur les marchés nationaux et internationaux.

 

La préservation des variétés locales, l’amélioration des techniques de production, le développement de la transformation agroalimentaire, l’obtention de nouveaux labels de qualité et la promotion des terroirs d’exception permettront de consolider durablement cette filière emblématique de l’agriculture tunisienne.

Quelques chiffres clés de la filière figue en Tunisie
  • Environ 30 000 hectares de figuiers.
  • 35 000 à 45 000 tonnes produites par an selon les campagnes.
  • Des dizaines de milliers d’exploitations familiales cultivent le figuier.
  • Djebba (Béja) est classée SIPAM/GIAHS de la FAO depuis 2020.
  • La Tunisie figure parmi les principaux producteurs historiques de figues du bassin méditerranéen.
  • Récolte des figues fraîches : de juin à septembre, selon les régions et les variétés.
Sources
  • Ministère tunisien de l’Agriculture, FAOSTAT, Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT), Institut de l’Olivier, FAO (SIPAM Djebba).
 


Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *