Nez et alimentation: cinq idées reçues passées au crible de la science
Chaque jour en consultation d’ORL, les mêmes questions reviennent: «Le sucre favorise-t-il les sinusites?», «Le lait fait-il vraiment fabriquer plus de glaires?», «Pourquoi mon nez coule-t-il quand je mange épicé?» Derrière ces interrogations se cachent de nombreuses croyances populaires, parfois anciennes, mais que dit réellement la littérature scientifique? Les recherches publiées dans PubMed permettent aujourd’hui de distinguer les idées reçues des faits établis.
Le sucre favorise-t-il les sinusites?
Il est tentant de penser que le sucre est responsable de nombreuses maladies inflammatoires, y compris des sinusites.
En réalité, les données scientifiques sont beaucoup plus nuancées.
Une alimentation très riche en sucres
raffinés favorise effectivement une inflammation chronique de faible intensité dans l’organisme.
Elle peut également modifier le microbiote intestinal, qui joue un rôle important dans le fonctionnement du système immunitaire.
Ces mécanismes ont conduit certains chercheurs à s’interroger sur un éventuel lien entre consommation de sucre et
maladies ORL inflammatoires.
Cependant, à ce jour, aucune étude clinique n’a démontré qu’une
consommation élevée de sucre augmente directement le risque de sinusite aiguë ou de rhinosinusite chronique.
Les grandes recommandations internationales de prise en charge de la rhinosinusite chronique (EPOS) ne préconisent d’ailleurs aucun régime pauvre en sucre comme traitement spécifique de cette maladie.
Autrement dit, limiter les sucres raffinés est bénéfique pour la santé générale, mais il n’existe actuellement aucune preuve solide permettant d’affirmer que le sucre «donne» des sinusites.
Les produits laitiers augmentent-ils vraiment les glaires?
C’est probablement l’une des idées les plus répandues.
Beaucoup de personnes évitent le lait lorsqu’elles sont enrhumées, persuadées qu’il augmente la quantité de mucus.
Pourtant, les études réalisées depuis plusieurs décennies aboutissent à une conclusion rassurante: chez les personnes qui ne sont pas allergiques aux protéines du lait, les produits laitiers n’augmentent pas la production de mucus dans le nez ou les voies respiratoires.
Pourquoi alors cette impression si fréquente?
Les chercheurs pensent que la texture naturellement crémeuse du lait, associée à son mélange avec la salive, donne une sensation temporaire de sécrétions plus épaisses dans la bouche et la gorge.
Cette perception est réelle, mais elle ne correspond pas à une augmentation de la production de mucus.
Il faut bien distinguer cette situation d’une allergie aux protéines du lait, beaucoup plus rare, où les symptômes relèvent d’un mécanisme immunologique totalement différent.
Les données scientifiques actuelles sont donc assez claires: chez la majorité des individus, supprimer les produits laitiers n’améliore ni le rhume, ni la sinusite, ni les sécrétions nasales.
Pourquoi les aliments épicés font-ils couler le nez?
Vous avez certainement déjà remarqué qu’après avoir mangé un plat très relevé, votre nez se met soudainement à couler.
Beaucoup pensent qu’il s’agit d’une allergie, mais ce n’est absolument pas le cas.
Ce phénomène porte un nom: la rhinite gustative.
Les aliments contenant du piment, notamment la capsaïcine, stimulent les terminaisons du nerf trijumeau, l’un des principaux nerfs sensitifs du visage.
Cette stimulation déclenche un réflexe nerveux entraînant une augmentation rapide des sécrétions nasales.
Le nez se met à couler quelques secondes après le début du repas, puis le phénomène disparaît spontanément.
Cette réaction est parfaitement bénigne et ne traduit ni infection ni allergie.
Certaines personnes ont même l’impression que leur nez se débouche après avoir mangé épicé.
Cette sensation s’explique par l’augmentation temporaire des sécrétions et par une stimulation des récepteurs sensoriels du nez.
En revanche, les aliments épicés ne traitent pas une sinusite et n’ont pas démontré d’effet durable sur l’obstruction nasale.
Pourquoi le café peut-il lui aussi faire couler le nez?
Le même mécanisme peut se produire avec une tasse de café bien chaud.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est probablement pas la caféine qui est responsable, mais plutôt la chaleur de la boisson, associée à certains composés aromatiques capables d’activer les mêmes voies nerveuses que les aliments épicés.
Chez certaines personnes, cette stimulation provoque une rhinorrhée passagère, c’est-à-dire un écoulement nasal clair qui disparaît rapidement.
Toutes les personnes ne présentent pas cette réaction, ce qui explique pourquoi certains peuvent boire plusieurs cafés par jour sans aucun symptôme, alors que d’autres voient systématiquement leur nez couler dès les premières gorgées.
Les aliments fermentés peuvent-ils diminuer les allergies?
Depuis quelques années, les chercheurs s’intéressent beaucoup au microbiote intestinal et à son influence sur le système immunitaire.
Les aliments fermentés, comme le yaourt, le kéfir, la choucroute ou le kimchi, apportent naturellement des bactéries susceptibles de modifier cet équilibre.
Plusieurs essais cliniques ont évalué l’effet de certains probiotiques chez des patients souffrant de rhinite allergique.
Certaines études montrent une amélioration modeste des symptômes, notamment une diminution des éternuements ou de la congestion nasale, tandis que d’autres ne retrouvent aucun bénéfice significatif.
Pourquoi ces résultats sont-ils aussi variables? Tout simplement parce que les probiotiques ne sont pas tous identiques.
Chaque souche bactérienne possède des propriétés spécifiques, les doses utilisées diffèrent d’une étude à l’autre et les populations étudiées sont très hétérogènes.
Aujourd’hui, les sociétés savantes considèrent que les probiotiques représentent une piste de recherche intéressante, mais les preuves sont encore insuffisantes pour les recommander comme traitement de référence de la rhinite allergique.
Ce qu’il faut retenir
La science réserve parfois des surprises.
Certaines croyances très répandues, comme l’idée que le lait augmente les glaires ou que le sucre provoque les sinusites, ne sont pas confirmées par les données disponibles.
À l’inverse, le nez qui coule après un plat épicé ou un café très chaud est un phénomène parfaitement expliqué par la physiologie et ne traduit pas une maladie.
En médecine, les conseils alimentaires doivent toujours s’appuyer sur des preuves scientifiques solides.
Si une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et aliments peu transformés contribue indéniablement au bon fonctionnement du système immunitaire, aucun aliment, à lui seul, ne permet de prévenir ou de guérir une sinusite ou une rhinite chronique.
Comme souvent, la meilleure stratégie reste une alimentation variée, associée à une prise en charge médicale adaptée lorsque les symptômes persistent.
Sources
- Raphael G, Raphael MH, Kaliner M. Gustatory rhinitis: a syndrome of food-induced rhinorrhea. Journal of Allergy and Clinical Immunology. 1989. Type d’étude: étude expérimentale. PMID: 2643657. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/2643657/
- Jovancevic L, Georgalas C. Gustatory rhinitis. Rhinology. 2010. Type d’étude : revue narrative. PMID: 20502728.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20502728
- Georgalas C, Jovancevic L. Gustatory rhinitis. Current Opinion in Otolaryngology & Head and Neck Surgery. 2012. Type d’étude : revue. PMID: 22143339. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22143339/
- Ciprandi G, et al. Do Foods Cause Rhinitis? Journal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice. 2024. Type d’étude : revue. PMID: 38626858. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38626858/
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