Zouhaïr Ben Amor: L’Ortie en Tunisie: cette plante que nous avons méprisée et que nous devrions réapprendre à regarder

Actuagro Zouhaïr Ben Amor: L’Ortie en Tunisie: cette plante que nous avons méprisée et que nous devrions réapprendre à regarder Par Zouhaïr Ben Amor. Universitaire La mauvaise herbe n’existe peut-être que dans notre regard Il suffit parfois de changer de regard pour qu’une mauvaise herbe devienne une richesse. L’ortie en est probablement l’un des meilleurs exemples. Nous la connaissons sans réellement la connaître. Nous savons qu’elle pique. Nous savons qu’il vaut mieux ne pas la toucher à mains nues. Nous savons aussi qu’elle apparaît volontiers dans les endroits humides, au bord des chemins, près des habitations rurales, des fossés, des jardins et des terrains riches en matière organique. Et souvent, notre connaissance s’arrête là. L’ortie appartient à cette catégorie étrange du vivant que l’être humain a condamnée avant même de chercher à la comprendre. En Tunisie, cette manière de regarder les plantes spontanées mérite réflexion. Nous vivons dans un pays où la végétation a toujours entretenu une relation intime avec la rareté de l’eau, la diversité des sols, les saisons et les activités humaines. Pourtant, notre imaginaire agricole contemporain s’est progressivement rétréci autour des plantes que nous semons, irriguons, récoltons et commercialisons. Ce qui pousse spontanément devient facilement suspect. Nous parlons de «mauvaises herbes», comme si la nature elle-même pouvait se tromper en faisant pousser une espèce au mauvais endroit. L’ortie, notamment Urtica dioica L., appartient à la famille des Urticaceae. C’est une plante vivace largement distribuée dans plusieurs régions du monde, y compris l’Afrique du Nord. Elle affectionne particulièrement les milieux relativement humides et les solsriches en azote. Ses feuilles et ses tiges portent des poils urticants responsables de la réaction désagréable que chacun associe immédiatement à son nom. Mais derrière cette défense végétale se trouve une plante dont les feuilles renferment des fibres, des minéraux, des vitamines et différents composés bioactifs, notamment des polyphénols et des caroténoïdes (Bhusal et al., 2022). Nous découvrons alors un paradoxe: la plante que nous évitons possède précisément certaines des qualités que nous recherchons aujourd’hui dans les aliments naturels, les plantes fonctionnelles et les ressources végétales susceptibles d’être valorisées. Il faudrait peut-être commencer notre réflexion à cet endroit. Non pas en demandant immédiatement ce que l’ortie peut rapporter, mais en nous demandant pourquoi nous avons cessé de la regarder. Lorsque la campagne était aussi une école Il fut un temps où connaître une plante ne signifiait pas nécessairement connaître son nom scientifique. Nos grands-parents pouvaient ignorer les mots Urtica dioica, mais savaientparfois parfaitement où poussait une plante, à quelle saison elle apparaissait,comment la récolter et à quoi elle pouvait servir. Cette connaissance n’était pas écrite. Elle circulait entre les générations. Elle passait par les gestes, les conversations, les promenades, les travaux des champs et l’observation répétée des saisons. La campagne tunisienne constituait ainsi une sorte d’université sans murs. On y apprenait la météo en observant le ciel, la qualité d’un sol en regardant les plantes qui y poussaient, la saison en suivant les floraisons. Certaines herbes étaient consommées, d’autres utilisées pour les animaux, d’autres encore entraient dans des pratiques médicinales populaires. Ce savoir comportait évidemment ses approximations. Tout usage traditionnel n’est pas automatiquement scientifiquement valable, et il serait dangereux de transformer la nostalgie en méthode thérapeutique. Mais l’erreur inverse serait tout aussi regrettable: considérer que tout ce qui n’a pas été produit par la science moderne serait dépourvu de valeur. L’ethnobotanique nous apprend justement à prendre ces savoirs au sérieux sans renoncer à l’esprit critique. La tradition fournit des observations, des hypothèses et des usages; la recherche scientifique doit ensuite déterminer ce qui est reproductible, efficace, inutile ou éventuellement dangereux. L’ortie se trouve précisément au croisement de ces deux univers. Elle possède une longue histoire d’utilisation comme plante alimentaire et traditionnelle dans différentes sociétés. Les travaux de synthèse consacrés à l’espèce rapportent notamment des usages alimentaires des jeunes feuilles et divers usages traditionnels des feuilles et des racines (Devkota et al., 2022). Il serait néanmoins imprudent de plaquer mécaniquement toutes les traditions étrangères sur la réalité tunisienne. La Tunisie doit documenter ses propres usages, ses populations végétales, leurs compositions et les pratiques réellement observées dans ses régions. Voilà peut-être un véritable sujet de recherche: aller dans les campagnes avant que les derniers détenteurs de certaines connaissances ne disparaissent. Interroger les personnes âgées. Recueillir les noms vernaculaires. Documenter les usages. Identifier précisément les espèces. Comparer ensuite le savoir transmis avec les résultats du laboratoire. Nous avons parfois dépensé beaucoup d’énergie à chercher très loin ce que nos campagnes pouvaient encore nous apprendre. Ce que la science découvre derrière les piqûres L’ortie est aujourd’hui étudiée avec des instruments infiniment plus sophistiqués que ceux dont disposaient les générations précédentes. Chromatographie, analyses phytochimiques et essais biologiques permettent de regarder la plante autrement. Les travaux scientifiques décrivent une composition complexe. Urtica dioica contient notamment des composés phénoliques, flavonoïdes, acides gras, stérols et autres constituants dont les activités biologiques sont étudiées. Les recherches expérimentales rapportent en particulier des activités antioxydantes et anti-inflammatoires, parmi de nombreux autres effets potentiels étudiés en laboratoire (Taheri et al., 2022). Le mot «potentiel» doit ici conserver toute son importance. Nous vivons une époque étrange où la redécouverte des plantes médicinales s’accompagne parfois d’un discours excessif. Quelques résultats obtenus sur des cellules ou chez l’animal deviennent rapidement, sur Internet, la promesse d’un traitement universel. Ce glissement est regrettable parce qu’il finit par desservir les plantes elles-mêmes. L’ortie n’a pas besoin d’être présentée comme une plante miracle pour être intéressante. Elle est suffisamment remarquable par sa composition nutritionnelle, sa richesse en molécules végétales et la diversité de ses utilisations potentielles pour que nous évitions de lui inventer des vertus. Les données expérimentales doivent conduire à davantage de recherche, notamment clinique, et non à l’automédication incontrôlée. Taheri et ses collaborateurs insistent d’ailleurs sur la nécessité de poursuivre l’évaluation de la valeur clinique et du
Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi?

Actuhealth Dans l’assiette du Tunisien, le pouvoir d’achat fait-il désormais la loi? Quand manger sainement devient une question de budget Par AgroHealth – Il suffit parfois de regarder une table familiale tunisienne pour comprendre beaucoup de choses sur notre époque. Du pain, des pâtes, de la semoule, des pommes de terre ou du couscous: des aliments qui font depuis longtemps partie de notre culture alimentaire et qui ont toute leur place dans une alimentation équilibrée. Mais lorsque ces aliments deviennent presque systématiquement le cœur du repas, tandis que les légumes, les fruits, le poisson, la viande, les produits laitiers ou les fruits à coque deviennent plus difficiles à acheter régulièrement, une autre question se pose: sommes-nous réellement en train de choisir notre alimentation ou sommes-nous de plus en plus contraints par notre pouvoir d’achat ? La question mérite d’être posée sans jugement. Car le Tunisien d’aujourd’hui sait que manger sainement est important. Il entend les conseils des médecins, des nutritionnistes et les messages des campagnes de sensibilisation. Il sait qu’il faut manger davantage de légumes et de fruits, varier les sources de protéines, réduire le sel et les sucres et privilégier une alimentation diversifiée. Mais savoir quoi manger et pouvoir se le permettre sont deux choses différentes. Quand le budget entre dans la cuisine Dans les familles, les courses sont devenues un exercice quotidien d’arbitrage. Il faut nourrir tout le monde, payer le logement, le transport, les factures, les études des enfants et faire face à de nombreuses autres dépenses. Dans ce contexte, les aliments qui permettent de nourrir toute une famille à moindre coût prennent naturellement davantage de place dans le panier. Les féculents ne sont évidemment pas mauvais. Le pain, les pâtes, le couscous, les céréales et les pommes de terre fournissent des glucides, principale source d’énergie de l’organisme. Le problème apparaît lorsque la recherche de satiété et d’économie réduit progressivement la diversité de l’alimentation. Les données de l’UNICEF en Tunisie sont particulièrement révélatrices. Une étude consacrée aux conditions alimentaires des ménages met en évidence une chaîne reliant la réduction du pouvoir d’achat à la détérioration de l’accès aux aliments nutritionnels, notamment la viande, le poisson, les légumes et les fruits, tandis que le pain et les pâtes apparaissent parmi les aliments à faible valeur nutritionnelle davantage consommés dans ce contexte. Ce constat ne signifie pas que les familles tunisiennes ont oublié les principes d’une alimentation saine. Il montre plutôt que l’économie finit par entrer jusque dans l’assiette. Et les prix continuent de peser sur ces choix. Selon l’Institut National de la Statistique, en juillet 2026, les prix du groupe «Alimentation et boissons» ont augmenté de 6,6 % sur un an. Les hausses ont notamment concerné la viande ovine (+16,7 %), les fruits frais (+13,8 %), la viande bovine (+13,7 %), la volaille (+12,5 %) et les poissons frais (+11,6 %). Derrière ces pourcentages, il y a pourtant une réalité beaucoup plus concrète : une famille qui hésite devant l’étal du marché et qui doit choisir. Le problème n’est pas la «nourriture populaire» Il serait injuste de désigner le pain, les pâtes ou la semoule comme les responsables d’une mauvaise alimentation. Les glucides sont indispensables au fonctionnement de l’organisme. L’enjeu réside davantage dans leur qualité et dans l’équilibre général de l’alimentation. Une assiette saine doit associer plusieurs familles d’aliments: des féculents, mais aussi des légumes, des fruits, des légumineuses, des sources de protéines, des matières grasses de bonne qualité et suffisamment de fibres. L’Organisation mondiale de la Santé recommande notamment de consommer au moins 400 grammes de fruits et légumes par jour chez les personnes de plus de 10 ans et environ 25 grammes de fibres alimentaires par jour. Elle recommande également de privilégier les glucides provenant principalement des céréales complètes, des légumes, des fruits et des légumineuses. Le corps humain ne se nourrit donc pas uniquement de calories. Il a besoin de protéines pour construire et renouveler les tissus, de fer pour participer au transport de l’oxygène, de calcium pour les os et les dents, de vitamine C pour plusieurs fonctions essentielles, de vitamines du groupe B pour le métabolisme, de vitamine A pour notamment la vision et l’immunité, ainsi que de nombreux autres micronutriments. Les besoins varient selon l’âge, le sexe, l’activité physique et l’état physiologique. Mais le message essentiel reste le même : une alimentation suffisamment calorique n’est pas nécessairement une alimentation suffisamment nutritive. Le danger d’une assiette qui se diversifie de moins en moins Lorsque la diversité alimentaire diminue durablement, les conséquences peuvent apparaître de plusieurs manières. Une alimentation pauvre en fruits, légumes, légumineuses et autres aliments riches en micronutriments peut favoriser des apports insuffisants en certaines vitamines, minéraux et fibres. À l’inverse, lorsque les produits raffinés, les aliments très salés, très sucrés ou riches en graisses saturées prennent une place excessive, le risque de surpoids et de maladies chroniques augmente. L’OMS considère d’ailleurs qu’une alimentation déséquilibrée constitue un important facteur de risque de maladies non transmissibles, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. La Tunisie se retrouve ainsi face à un paradoxe préoccupant: on peut manquer de certains nutriments tout en consommant trop de calories. C’est ce que l’on appelle parfois la «double charge» de la malnutrition: carences d’un côté, surpoids et maladies liées à l’alimentation de l’autre. Le temps aussi influence ce que nous mangeons À la question du pouvoir d’achat s’ajoute une autre réalité: le rythme de vie. Journées de travail longues, déplacements, fatigue, responsabilités familiales… Préparer quotidiennement des repas variés demande du temps et de l’organisation. Lorsque le budget est serré et que le temps manque, les aliments simples à préparer, rassasiants et accessibles deviennent naturellement plus attractifs. L’UNICEF a d’ailleurs souligné, dans ses recommandations sur l’alimentation familiale, que les contraintes financières et le manque de temps peuvent pousser les familles vers des aliments préparés ou transformés, tout en rappelant qu’il reste possible de construire une alimentation variée
Saison du piment rouge en Tunisie Dans les champs, le rouge de la harissa

Actuagro Saison du piment rouge en Tunisie Dans les champs, le rouge de la harissa Par AgroHealth – À cette période de l’année, les champs de piment rouge entrent dans une phase décisive. Dans plusieurs régions tunisiennes, la récolte alimente une chaîne qui va du producteur à l’industrie de transformation, jusqu’à ce condiment devenu l’un des emblèmes de la gastronomie tunisienne. Derrière chaque pot de harissa se cache ainsi une véritable filière agricole, économique et culturelle. Une culture devenue tunisienne Le piment appartient principalement à l’espèce Capsicum annuum, de la famille des Solanacées. Originaire du continent américain, il s’est diffusé dans le bassin méditerranéen après son introduction en Europe, avant de s’intégrer progressivement aux habitudes alimentaires et aux systèmes agricoles tunisiens. La culture du piment est aujourd’hui intimement associée à la fabrication de la harissa. Le Groupement des Industries de Conserves Alimentaires (GICA) rappelle que cette culture s’est implantée en Tunisie à partir du XVIᵉ siècle environ. Cette histoire agricole est devenue une histoire culturelle. En 2022, l’UNESCO a inscrit « La harissa, savoirs, savoir-faire et pratiques culinaires et sociales » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le dossier souligne notamment les connaissances liées à la culture du piment et à sa transformation, transmises au sein des communautés et des familles. Quand le piment devient matière première Pour produire une harissa de qualité, il ne suffit pas de récolter un fruit rouge. Le stade de maturité constitue un élément essentiel. Le transformateur recherche une matière première homogène, saine et adaptée à la transformation. La couleur, l’arôme, le degré de piquant, la matière sèche et les caractéristiques propres à la variété influencent les qualités du produit final. La FAO indique que les variétés de piment utilisées pour la harissa sont notamment recherchées pour leur couleur vive, leur arôme et leur chaleur caractéristique. Elle souligne également l’importance de variétés capables de s’adapter à différentes conditions climatiques. Ainsi, derrière le simple «piment rouge» se trouve tout un enjeu de sélection variétale. Le choix du matériel végétal doit permettre de concilier rendement agricole, qualité du fruit, aptitude à la transformation et adaptation aux conditions locales. Une récolte qui déclenche toute une chaîne Une fois récolté, le piment quitte le champ pour entrer dans une chaîne de valeur complexe: Production → récolte → collecte → transport → réception → contrôle → transformation → conditionnement → commercialisation. La qualité doit être préservée à chacune de ces étapes. Un fruit altéré ou présentant des défauts sanitaires peut dégrader la qualité de la matière première destinée à l’industrie. La récolte représente donc beaucoup plus qu’une opération agricole. Elle constitue le premier maillon d’une industrie qui transforme un produit frais et périssable en un produit pouvant être conservé, commercialisé et exporté. Une filière qui fait vivre des milliers d’agriculteurs La harissa possède également une dimension économique considérable. Selon la FAO, la filière tunisienne concerne environ 10 000 agriculteurs et génère près de 2,5 millions de journées de travail agricole. La FAO considère désormais la harissa comme le Special Agricultural Product de la Tunisie dans le cadre de son initiative «One Country, One Priority Product». Cette reconnaissance est importante car elle place la harissa dans une réflexion qui dépasse le simple produit alimentaire. Il s’agit de renforcer simultanément la production agricole, les revenus ruraux, la transformation, la qualité, la sécurité sanitaire et l’accès aux marchés. Une puissance industrielle derrière le produit traditionnel La harissa tunisienne est également devenue un produit agroalimentaire industriel. Selon le GICA, 25 unités de conserveries assurent la production de harissa, avec une capacité globale d’environ 3 500 tonnes de piments frais par jour. Sur la période de référence utilisée par le GICA, les unités transformaient en moyenne environ 62 000 tonnes de piments par an et produisaient autour de 31000 tonnes de harissa par an. Le record cité par l’organisme atteint 34 000 tonnes en 2014. Ces chiffres sont des données historiques du GICA et ne doivent pas être présentés comme les résultats de la campagne 2026. La filière possède également une dimension internationale. Les données historiques du GICA montrent une progression des exportations de harissa, passées d’environ 4 500 tonnes en 2005 à 14 000 tonnes en 2018. Le véritable défi se trouve aussi dans les champs La réussite de la filière dépendra pourtant de plus en plus de contraintes agricoles. La première est l’eau. Le piment est une culture maraîchère dont le développement nécessite une alimentation hydrique maîtrisée. Dans un pays soumis à une forte pression sur ses ressources en eau, l’enjeu n’est plus seulement d’obtenir un rendement élevé, mais d’améliorer l’efficience de chaque apport d’eau. Le deuxième défi est le climat. L’augmentation des températures et la multiplication des épisodes de chaleur peuvent modifier les conditions de développement de la plante, accroître les besoins hydriques et compliquer la maîtrise de certains problèmes phytosanitaires. C’est précisément pour cette raison que la FAO, à travers l’initiative OCOP, met aujourd’hui l’accent sur des pratiques plus durables et sur l’utilisation de variétés adaptées à la variabilité climatique. De la qualité du piment à la qualité de la harissa La qualité finale ne naît donc pas uniquement dans l’usine. Elle commence avec la variété choisie, se poursuit avec la conduite de la culture, la maîtrise de l’eau, la protection sanitaire et le stade de récolte, avant de passer par le transport, le contrôle et la transformation. Le GICA et la FAO travaillent justement à renforcer cette chaîne de valeur. Une étude consacrée à la filière harissa, conduite en 2025 dans le cadre de l’initiative FAO/OCOP, vise notamment à identifier les difficultés de la filière et les possibilités d’améliorer sa compétitivité et sa durabilité. Le rouge de la Tunisie de demain La harissa est aujourd’hui à la rencontre de trois mondes : l’agriculture, l’industrie et le patrimoine. Mais son avenir dépendra de la capacité de la Tunisie à maintenir une production de piment
Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie?

Actuhealth Graines de chia: de la graine tendance à une nouvelle culture en Tunisie? Par AgroHealth – Petites, discrètes et longtemps inconnues du grand public tunisien, les graines de chia occupent aujourd’hui une place croissante dans l’univers de la nutrition. Riches en fibres, en acide alpha-linolénique, un oméga-3 d’origine végétale, en protéines, en minéraux et en composés antioxydants, elles sont devenues emblématiques de l’alimentation dite «healthy». Mais derrière cette réputation de superaliment se cache une autre question. Et si le chia pouvait un jour passer de la table tunisienne au champ tunisien ? Entre intérêt nutritionnel, adaptation climatique, besoins en eau, génétique et débouchés économiques, la transformation du chia en nouvelle culture agricole mérite d’être examinée avec beaucoup plus de rigueur que ne le suggère son succès sur les réseaux sociaux. Une graine venue de très loin Avant de devenir un ingrédient populaire des smoothies, des yaourts et des préparations «healthy», le chia était déjà consommé depuis plusieurs milliers d’années en Mésoamérique. Le chia correspond à l’espèce Salvia hispanica L., originaire principalement du Mexique et du Guatemala. Les Mayas et les Aztèques l’utilisaient comme aliment et lui attribuaient également différentes fonctions traditionnelles. Des sources scientifiques estiment que sa consommation humaine remonte à plusieurs millénaires et qu’elle occupait une place importante dans les systèmes alimentaires précolombiens. Le mot « chia » serait lui-même lié à un terme d’origine nahuatl associé à l’idée d’huile, en référence à la richesse lipidique de la graine. Pendant longtemps, cette plante est pourtant restée relativement confidentielle en dehors de son aire d’origine. C’est au cours des dernières décennies que le chia a connu une véritable renaissance internationale. La montée en puissance des aliments fonctionnels, l’intérêt pour les sources végétales d’oméga-3 et la recherche de produits riches en fibres ont transformé cette petite graine ancienne en produit alimentaire mondial. Le chia, une plante de la famille de la sauge Le chia appartient à la grande famille des Lamiaceae, celle qui comprend notamment la menthe, le basilic, le romarin et la sauge. Il s’agit d’une plante herbacée annuelle pouvant atteindre environ un mètre de hauteur. Ses feuilles sont opposées, relativement larges et dentées. Ses fleurs, généralement blanches ou bleutées, sont regroupées vers l’extrémité des tiges. Après la floraison, la plante produit de petits fruits secs contenant les graines communément appelées «graines de chia». La graine elle-même est petite, ovale, lisse et brillante. Sa couleur peut varier du blanc au gris et au brun, avec des taches plus ou moins foncées. Elle mesure seulement quelques millimètres. Cette apparente simplicité cache cependant une plante biologiquement intéressante. Le chia possède notamment une particularité qui explique une grande partie de son succès alimentaire: lorsque les graines sont mises en contact avec l’eau, leur enveloppe produit un mucilage qui forme une sorte de gel autour de la graine. Cette propriété n’est pas seulement spectaculaire dans un verre d’eau. Elle intéresse également l’industrie agroalimentaire, car le mucilage du chia peut être utilisé comme agent épaississant, stabilisant, gélifiant ou texturant dans différentes formulations alimentaires. Une petite graine à forte densité nutritionnelle Pourquoi le chia est-il devenu un «superaliment»? La réponse se trouve principalement dans sa composition. Les graines apportent des lipides riches en acide alpha-linolénique, ou ALA, un acide gras oméga-3 essentiel. Elles contiennent également des protéines végétales, des fibres alimentaires et différents minéraux ainsi que des composés phénoliques et antioxydants. Cette combinaison est particulièrement intéressante. Le chia ne repose donc pas sur un seul nutriment vedette. C’est l’association de plusieurs composants qui explique son intérêt nutritionnel. L’ALA constitue l’un de ses principaux arguments. Mais une précision est importante : l’ALA est un oméga-3 végétal différent de l’EPA et du DHA présents notamment dans les poissons. L’organisme humain peut convertir une partie de l’ALA en ces acides gras, mais cette conversion est limitée. Le chia peut donc contribuer à l’apport alimentaire en oméga-3, sans pour autant être présenté comme un substitut nutritionnel direct des sources marines d’EPA et de DHA. Les fibres, autre grande force du chia Le deuxième grand intérêt nutritionnel du chia réside dans sa richesse en fibres. Lorsqu’elles absorbent l’eau, les fibres et le mucilage de la graine augmentent de volume et donnent cette texture gélifiée caractéristique. Dans l’alimentation, cette propriété peut contribuer à la sensation de satiété et au fonctionnement normal du transit intestinal. Mais ici encore, il faut distinguer nutrition et promesse commerciale. Le chia n’est pas une graine «magique» qui ferait perdre du poids. Certaines recherches suggèrent des effets intéressants sur différents paramètres métaboliques, mais les résultats des essais cliniques ne sont pas suffisamment homogènes pour transformer le chia en traitement contre l’obésité ou le diabète. Une revue systématique de 12 essais randomisés avait déjà souligné le manque de preuves cliniques solides, tandis que des méta-analyses plus récentes montrent certains effets favorables mais variables selon les paramètres étudiés. Le bon message est donc plus simple. Le chia est un aliment nutritionnellement intéressant, pas un médicament. Cœur et santé cardiovasculaire, que dit réellement la science? La présence d’ALA, de fibres et de composés antioxydants a naturellement attiré l’attention des chercheurs sur la santé cardiovasculaire. Des travaux récents suggèrent que la consommation de chia pourrait avoir des effets favorables sur certains paramètres lipidiques et cardiovasculaires. Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur 14 essais randomisés et 835 participants, a notamment observé des réductions des triglycérides et, dans certaines conditions, du LDL-cholestérol et de la pression artérielle systolique. Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Ils ne signifient pas que manger du chia protège à lui seul contre les maladies cardiovasculaires. Le risque cardiovasculaire dépend de nombreux facteurs: alimentation globale, activité physique, poids, tabagisme, pression artérielle, cholestérol, diabète et antécédents familiaux. Le chia peut être intégré à une alimentation équilibrée. Il ne remplace pas cette alimentation. Et pour la glycémie? Les fibres et le mucilage du chia ont également suscité un intérêt dans
Agriculture tunisienne: demain, l’eau décidera-t-elle de ce que nous cultiverons?

Actuagro Agriculture tunisienne: demain, l’eau décidera-t-elle de ce que nous cultiverons? Par AgroHealth – Une réflexion enrichie à partir des éléments apportés par le professeur Dhia Bouktila La question agricole tunisienne n’est plus seulement de savoir combien produire, mais surtout quoi produire, où le produire et avec quelle ressource en eau. Dans un pays confronté au changement climatique, à la pression croissante sur les ressources naturelles, à la volatilité des marchés et à une dépendance persistante aux importations alimentaires, les choix agricoles deviennent progressivement des choix stratégiques pour l’avenir. À la suite de la réflexion suscitée par l’article d’AgroHealth « Que doit cultiver la Tunisie demain ? », une question s’impose avec encore plus de force: quelle agriculture voulons-nous transmettre aux prochaines générations? Pendant longtemps, la performance agricole a été principalement associée à la capacité de produire davantage. Aujourd’hui, cette logique ne suffit plus. La Tunisie doit désormais réfléchir à une agriculture capable de produire suffisamment pour nourrir sa population, de garantir un revenu aux agriculteurs, de générer des recettes à l’exportation et, en même temps, de préserver une ressource devenue de plus en plus précieuse: l’eau. L’eau, nouveau critère de décision agricole La disponibilité de l’eau pourrait devenir l’un des principaux critères permettant de déterminer ce que la Tunisie doit cultiver demain. Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner les cultures qui nécessitent davantage d’eau. Cela signifie plutôt qu’il devient indispensable de mieux connaître leur consommation hydrique, leur valeur économique, leur importance alimentaire et leur capacité à résister aux nouvelles conditions climatiques. Une même culture ne présente pas nécessairement le même intérêt dans toutes les régions. Les conditions climatiques, les sols, la disponibilité de l’eau, les infrastructures d’irrigation, les marchés et les possibilités de transformation varient considérablement entre le Nord, le Centre et le Sud. La future politique agricole devra donc davantage tenir compte de cette diversité. La question ne sera plus seulement de savoir quelle culture produit le plus, mais aussi quelle culture est la plus pertinente dans un territoire donné compte tenu de ses ressources disponibles. Produire davantage ou produire avec moins d’eau? La raréfaction de l’eau oblige à revoir certains indicateurs de performance. Pendant longtemps, le rendement à l’hectare a constitué une référence essentielle. Il restera évidemment important, mais il ne pourra plus être considéré isolément. Demain, il faudra également s’intéresser à la quantité d’eau nécessaire pour obtenir une production donnée et à la valeur économique créée grâce à cette ressource. Autrement dit, à la logique de la valeur par hectare pourrait progressivement s’ajouter celle de la valeur créée par unité d’eau consommée. Cette approche permettrait de comparer les différentes productions autrement. Une culture peut présenter un rendement élevé mais nécessiter beaucoup d’eau. Une autre peut produire moins en volume, tout en générant davantage de valeur économique avec une consommation hydrique plus faible. L’objectif ne serait donc pas de rechercher systématiquement la culture la moins consommatrice d’eau, mais celle qui offre le meilleur équilibre entre production, revenu, alimentation, emploi et utilisation de la ressource hydrique. Les céréales resteront indispensables Dans cette réflexion, les céréales occupent une place particulière. Le blé reste au cœur de l’alimentation tunisienne et constitue donc une production stratégique pour la sécurité alimentaire nationale. La bonne campagne céréalière de 2026 montre d’ailleurs que les conditions climatiques peuvent fortement influencer les résultats agricoles. Après un début de campagne marqué par un déficit pluviométrique, les précipitations enregistrées à partir de décembre 2025 ont amélioré l’humidité des sols et les conditions de production. Mais une bonne récolte ne suffit pas à résoudre la question structurelle de la dépendance aux importations. La Tunisie doit donc continuer à soutenir sa production céréalière tout en renforçant sa capacité d’adaptation. Cela passe notamment par la recherche, l’amélioration variétale, les semences adaptées, les rotations culturales, la gestion de l’humidité des sols, l’optimisation des dates de semis et des pratiques agricoles plus économes en ressources. L’enjeu n’est pas simplement de produire plus de céréales. Il est de produire des céréales de manière plus résiliente face au climat et aux contraintes hydriques. L’olivier et les dattes, des cultures à forte valeur stratégique La réflexion sur l’eau ne doit pas conduire à opposer cultures alimentaires et cultures exportatrices. L’olivier et les dattes occupent une place majeure dans l’agriculture tunisienne et dans les échanges extérieurs. L’huile d’olive constitue l’un des principaux produits agricoles exportés par la Tunisie, tandis que les dattes représentent une filière particulièrement importante pour plusieurs régions du Sud. Ces productions génèrent des revenus, créent de l’emploi et permettent au pays d’obtenir des devises. Elles participent ainsi indirectement à la sécurité alimentaire nationale, notamment parce que les recettes d’exportation peuvent contribuer au financement des importations de produits alimentaires que la Tunisie ne produit pas en quantité suffisante. Le véritable débat n’est donc pas de choisir entre produire pour nourrir et produire pour exporter. Il consiste plutôt à déterminer quel équilibre entre les deux permet au pays de renforcer simultanément sa sécurité alimentaire et sa capacité économique. Faut-il continuer à cultiver partout de la même manière? La Tunisie possède une diversité agroécologique considérable. Le Nord bénéficie globalement de conditions plus favorables aux céréales et à certaines cultures nécessitant davantage de précipitations. Le Centre présente d’autres caractéristiques, notamment avec l’importance de l’oléiculture. Le Sud possède quant à lui des systèmes agricoles adaptés à des conditions arides, dont la production de dattes constitue l’un des exemples les plus emblématiques. Cette diversité pourrait devenir un véritable avantage stratégique. Plutôt que de chercher à appliquer les mêmes modèles partout, la Tunisie pourrait davantage raisonner en fonction des spécificités de chaque territoire. Dans certaines zones, les céréales et les légumineuses resteront prioritaires. Dans d’autres, l’arboriculture, l’élevage, les cultures maraîchères ou certaines productions à forte valeur ajoutée pourront être davantage développés. Cette approche ne signifie pas qu’il faut enfermer chaque région dans une seule spécialisation. Au contraire, la diversification restera
Que doit cultiver la Tunisie demain ?

Actuagro Que doit cultiver la Tunisie demain ? Par AgroHealth – Le grand dilemme entre eau, revenu et sécurité alimentaire La question agricole tunisienne n’est plus seulement de savoircombien produire, mais quoi produire. Dans un pays confronté au changement climatique, à la pression sur les ressources naturelles, à la volatilité des marchés et à une dépendance persistante aux importations alimentaires, le choix des cultures devient un choix stratégique. Faut-il privilégier les céréales pour réduire la dépendance extérieure? Les oliviers et les dattes pour l’exportation ? Les cultures maraîchères pour alimenter le marché local? Ouréinventer complètement la carte agricole du pays? Pendant longtemps, la question semblait simple: produiredavantage. Aujourd’hui, elle est devenue beaucoup plus complexe: produirequoi, où, pour qui et avec quelles ressources? La bonne récolte céréalière de 2026 illustre parfaitement ce dilemme. Selon laFAO, les conditions météorologiques favorables ont permis une récolte de blésupérieure à la moyenne. Après un début de campagne marqué par un déficitpluviométrique, les pluies enregistrées à partir de décembre 2025 ont permis dereconstituer l’humidité des sols et d’améliorer les conditions des cultures. Mais une bonne campagne ne suffit pas à régler le problème structurel. La Tunisie reste dépendante des importations de blé pour couvrir ses besoins alimentaires. La FAO estime que la production locale de blé couvre environ 60 % des besoinsannuels et prévoit encore des importations importantes pour la campagnecommerciale 2026/27. Le paradoxe est donc évident : la Tunisie doit produire davantage de céréales,mais elle ne peut pas simplement augmenter indéfiniment les surfaces et lesrendements. 1. Produire ce dont nous avons besoin La première question devrait être alimentaire. Une politique agricole cohérente ne peut pas être uniquement guidée par larentabilité immédiate ou par la demande extérieure. Elle doit aussi répondre àune question fondamentale : quels aliments voulons-nous être capables deproduire nous-mêmes ? Les céréales occupent ici une place particulière. Le blé est au cœur del’alimentation tunisienne et représente donc un enjeu de sécurité alimentaireet de souveraineté. Le nord du pays concentre l’essentiel de la production céréalière. La FAO rappelle que cette région fournit environ 85 % de la productioncéréalière tunisienne. Mais la sécurité alimentaire ne se résume pas au blé. Elle concerne également les légumes, les fruits, les huiles, les protéines animaleset les aliments nécessaires à une alimentation équilibrée. Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre autonomie alimentaire etdiversification agricole. 2. Cultiver pour exporter ou cultiver pour nourrir? La Tunisie dispose d’un avantage agricole considérable : certaines productionssont fortement valorisées sur les marchés internationaux. L’huile d’olive en est l’exemple emblématique. La Tunisie figure parmi les grandsproducteurs et exportateurs mondiaux d’huile d’olive. Les dattes constituent également une filière d’exportation majeure. Ces cultures apportent des devises, soutiennent des milliers d’exploitations etstructurent des territoires entiers. Mais une question mérite d’être posée : jusqu’où peut-on orienter l’agriculture vers l’exportation lorsque les besoins alimentaires internes restent importants ? Il ne s’agit évidemment pas d’opposer exportation et sécurité alimentaire. Uneagriculture exportatrice peut financer des importations alimentaires etcontribuer fortement à l’économie nationale. Le véritable enjeu est plutôt de rechercher un équilibre entre culturesgénératrices de devises et cultures stratégiques pour l’alimentation nationale. 3. La valeur par hectare doit remplacer la courseaux volumes Demain, le succès d’une exploitation ne devrait plus être mesuré uniquement en tonnes produites. Il faudra aussi mesurer la valeur créée par hectare, le revenu dégagé pourl’agriculteur, le nombre d’emplois créés et l’impact environnemental de laproduction. Cette approche change complètement la manière de penser les choix agricoles. Une culture peut produire beaucoup mais générer une faible valeur pourl’agriculteur. Une autre peut produire moins en volume mais offrir davantage devaleur grâce à la transformation, au conditionnement, à la qualité ou àl’exportation. La Tunisie doit donc passer progressivement d’une logique de production de masse à une logique de production de valeur. C’est particulièrement important pour les petites exploitations, qui constituent une composante essentielle du tissu agricole tunisien. 4. Changer de culture ne signifie pas abandonner lescultures traditionnelles La réponse ne consiste pas à déclarer certaines cultures «mauvaises» et d’autres«bonnes». L’olivier, par exemple, est profondément intégré aux territoires, aux paysages et à l’économie rurale. Les céréales sont indispensables à la sécurité alimentaire. Les cultures maraîchères répondent directement aux besoins du marché intérieur. La véritable révolution serait plutôt de mieux choisir les cultures selon lesterritoires. Pourquoi cultiver la même chose partout alors que les sols, le climat, les marchés et les capacités de production diffèrent? La Tunisie possède déjà une diversité agroécologique importante entre le Nordhumide, le Centre semi-aride et le Sud aride. La politique agricole pourraitdavantage s’appuyer sur cette diversité. La FAO recommande justement de renforcer la diversité des systèmes alimentaires et agricoles, notamment dans les zones pluviales, afin de réduire la dépendance aux intrants extérieurs et d’améliorer la résilience face aux variations climatiques. 5. Le climat va imposer ses propres choix Le changement climatique est en train de modifier les règles du jeu. Les saisons deviennent plus irrégulières, les températures augmentent et lesépisodes de sécheresse peuvent compromettre les rendements. La campagnecéréalière 2026 l’a encore montré: le début de saison a été marqué par unretard des pluies, avant une amélioration significative des conditions à partirde décembre. La question de demain sera donc moins : « quelle culture rapporte le plusaujourd’hui ? » Elle sera : «quelle culture restera productive et rentable dans dix ou vingt ans ?» Cette distinction est fondamentale. Le choix des variétés, des semences, des dates de semis, des systèmes de rotation et des pratiques agricoles deviendra aussi important que le choix de la culture elle-même. 6. Repenser la carte agricole tunisienne La Tunisie aurait intérêt à engager une véritable réflexion sur sa future carteagricole. Certaines zones pourraient être davantage orientées vers les céréales et leslégumineuses. D’autres vers l’arboriculture, l’élevage, les cultures maraîchères ou les productions à forte valeur ajoutée. Cette spécialisation territoriale ne devrait cependant pas conduire à une agriculture uniforme. Au contraire, la diversification des cultures est une assurance contre
Après la «chelba», que savons-nous vraiment de ce poisson qui vit au cœur de nos côtes?

Actuagro Après la «chelba», que savons-nous vraiment de ce poisson qui vit au cœur de nos côtes? Par AgroHealth – Habitat, reproduction, croissance et évolution des populations : la saupe tunisienne peut-elle nous renseigner sur l’état de nos écosystèmes côtiers? Dans le premier volet, la «chelba» nous racontait une histoire étroitement liée aux herbiers de posidonie, aux algues et à la vie des petits fonds côtiers. Mais connaître un poisson, ce n’est pas seulement savoir le reconnaître. Il faut aussi savoir où il vit, où il se reproduit, à quelle taille il devient adulte, à quel âge il commence à se reproduire et comment ses populations évoluent au fil du temps. Pour la saupe (Sarpa salpa), ces questions permettent de mieux comprendre la place qu’occupe cette espèce dans les écosystèmes côtiers tunisiens. Une espèce des petits fonds végétalisés La saupe est largement présente en Méditerranée ainsi que dans l’Atlantique oriental. En Tunisie, elle est associée aux zones côtières où la végétation marine est suffisamment développée. Elle fréquente notamment les fonds rocheux et sableux recouverts d’algues ainsi que les herbiers de posidonie (Posidonia oceanica). Ce lien avec la végétation est particulièrement important chez les adultes, qui sont principalement herbivores. La saupe peut ainsi être observée dans différents secteurs du littoral tunisien, notamment dans le golfe de Tunis, le Sahel et le golfe de Gabès. Sa présence et son abondance peuvent cependant varier d’un secteur à l’autre en fonction de la nature des fonds, de la disponibilité de la nourriture, de la température de l’eau et de l’état des habitats côtiers. Elle vit généralement en bancs, ce qui explique que les pêcheurs puissent parfois observer des concentrations importantes d’individus dans certaines zones. Mais savoir où elle vit ne suffit pas. Pour comprendre une population de poissons, il faut aussi connaître son cycle de reproduction. Où la saupe se reproduit-elle? La reproduction de la saupe est particulièrement intéressante parce qu’elle n’est pas nécessairement identique partout en Méditerranée. Dans le golfe de Tunis, des travaux scientifiques ont notamment identifié une période de reproduction principalement située en novembre et décembre. Cela donne une indication importante pour le littoral tunisien, mais elle ne doit pas être généralisée automatiquement à toutes les régions. Les conditions environnementales peuvent modifier le calendrier reproducteur d’une population à l’autre. La température de l’eau, la disponibilité de la nourriture et les caractéristiques locales de l’habitat peuvent notamment jouer un rôle. Les zones côtières végétalisées restent cependant essentielles dans le cycle de vie de l’espèce. La saupe est donc étroitement liée à des habitats qui lui fournissent nourriture et abri et qui participent plus largement au fonctionnement des écosystèmes côtiers. Cette relation rend la conservation des herbiers particulièrement importante. Jusqu’à quelle taille peut-elle grandir? La saupe n’est pas un très grand poisson. Elle peut atteindre environ 50 cm de longueur, même si les individus rencontrés sont généralement plus petits, souvent autour de 30 cm. Cette différence entre la taille maximale observée et la taille courante est importante. Un poisson qui peut atteindre une taille relativement importante mais dont les captures sont majoritairement constituées de petits individus ne raconte pas nécessairement la même histoire qu’une population dans laquelle les poissons de grande taille sont régulièrement présents. C’est pourquoi les scientifiques suivent non seulement le poids des débarquements, mais aussi la longueur des poissons. La taille permet notamment de suivre la structure d’une population et de mieux comprendre la proportion d’individus jeunes et adultes. Dans une étude consacrée à la pêche au chrafi dans la région de Chebba, la saupe figurait parmi les espèces étudiées. Les chercheurs avaient notamment observé que 18 % seulement des individus mesurés dépassaient 20 cm, taille minimale légale considérée dans le cadre de cette étude. Ce résultat ne peut pas être extrapolé à l’ensemble des captures tunisiennes actuelles. Il concerne un site, une période et un contexte de pêche déterminés. Mais il montre à quel point la taille des poissons constitue une information importante pour comprendre la pression exercée sur les populations. À quel âge la saupe devient-elle capable de se reproduire? La taille n’est toutefois qu’une partie de l’histoire. Il faut également connaître l’âge auquel la saupe atteint sa maturité sexuelle. Les études disponibles sur Sarpa salpa montrent que la maturité sexuelle intervient relativement tôt dans le cycle de vie, mais que l’âge et la taille de première maturité peuvent varier selon les populations et les conditions environnementales. Cette variabilité est importante lorsqu’on parle de gestion des pêcheries. Un poisson qui se reproduit avant d’atteindre une certaine taille peut théoriquement contribuer au renouvellement de la population avant d’être capturé. Mais si une part importante des captures intervient avant la maturité sexuelle, la question devient différente. C’est précisément pour cette raison que les scientifiques ne regardent pas uniquement le nombre de poissons capturés. Ils cherchent aussi à savoir à quel stade de leur vie ces poissons sont prélevés. Pour la saupe tunisienne, disposer de séries régulières associant âge, taille et maturité sexuelle permettrait donc de mieux comprendre la dynamique réelle des populations selon les régions. Une population stable ou en diminution? C’est probablement la question la plus difficile. Car connaître l’évolution d’une espèce suppose de disposer de données comparables sur plusieurs années. Or les statistiques de pêche ne permettent pas toujours de suivre facilement une espèce particulière sur l’ensemble du territoire. Les données sont souvent regroupées selon les catégories de pêche ou les principaux groupes commerciaux. Cela signifie qu’un tonnage global de pêche côtière ne permet pas, à lui seul, de savoir si la saupe augmente, diminue ou reste stable. Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir comparer régulièrement plusieurs paramètres: quantité de saupes débarquées, taille moyenne des poissons, répartition géographique des captures, périodes de pêche et proportion d’individus adultes. Les études locales peuvent apporter des informations précieuses, mais elles ne remplacent pas une série nationale continue. Il serait
Pr. Dhia Bouktila – Le Sahel, composer avec le climat à l’ombre des oliviers [La Tunisie fertile (5)]

Actuagro Pr. Dhia Bouktila – Le Sahel, composer avec le climat à l’ombre des oliviers [La Tunisie fertile (5)] Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir – Après les plaines fertiles de Béja, les forêts et les eaux de Jendouba, les hautes terres du Kef et de Siliana, puis la mosaïque productive du Cap Bon, «La Tunisie fertile» poursuit son voyage vers un territoire dont l’identité agricole s’est construite autrement. Entre Sousse, Monastir et Mahdia, dans ce Sahel tunisien à dominante semi-aride, l’agriculture s’est construite autour d’un équilibre subtil entre le climat, la disponibilité de l’eau, les savoir-faire et la proximité de la mer. L’olivier en constitue sans doute la grande colonne vertébrale: il dessine les paysages, accompagne les routes et relie les trois gouvernorats. Mais le Sahel ne se résume pas à ses oliveraies. Autour de cet arbre emblématique s’est développée une mosaïque agricole plus large, faite de périmètres irrigués, de bassins maraîchers, de productions fruitières et d’activités d’élevage, tandis que, tout au long du littoral, la pêche prolonge cette économie agricole vers la mer. Ici, la fertilité réside dans la capacité d’un territoire à s’adapter à son climat et à façonner sa propre identité agricole. Bienvenue dans le Sahel tunisien. 1. Trois gouvernorats, un même territoire agricole Le Sahel s’étire sur la façade orientale de la Tunisie, de Sousse à Mahdia, en passant par Monastir. Les frontières administratives distinguent trois gouvernorats, mais les paysages agricoles, eux, racontent une continuité plus ancienne. L’olivier constitue l’expression agricole la plus visible de ce territoire. Des oliveraies de Sousse à celles de Monastir et de Mahdia, il dessine une continuité paysagère qui traverse l’ensemble du Sahel. Mais cette unité n’efface pas les spécialisations propres à chaque espace : autour de l’oléiculture se sont également développés des périmètres irrigués, des bassins maraîchers, des productions fruitières et des systèmes d’élevage qui donnent à l’agriculture sahélienne sa diversité. Sur le littoral, enfin, la production agricole dialogue directement avec les ports et la pêche maritime. Le Sahel apparaît ainsi comme un ensemble de systèmes productifs qui, autour d’une même colonne vertébrale, ont su composer différemment avec le climat, l’eau et les milieux. 2. Le Sahel à l’ombre de l’olivier Il serait impossible de raconter le Sahel sans commencer par l’olivier. Dans les campagnes de Sousse, de Monastir et de Mahdia, l’arbre structure l’espace depuis des générations. À eux trois, ces gouvernorats comptent près de 15 millions d’oliviers: environ 5,5 millions à Sousse [1], 3,5 millions à Monastir [2] et 5,7 millions à Mahdia [3]. Les oliveraies couvrent respectivement près de 78 000 hectares à Sousse, 36 700 à Monastir et 160 000 à Mahdia. Mais ces chiffres ne disent pas tout. Car dans le Sahel, l’olivier est bien davantage qu’une culture: il constitue un paysage, une mémoire économique et un élément fondamental de l’identité agricole régionale. La forte proportion d’oliviers âgés, déjà relevée à Sousse, Monastir et Mahdia au début des années 2000, rappelle aussi la profondeur historique de ce patrimoine végétal [4]. Cette présence durable tient aussi à une remarquable adéquation entre l’arbre et le territoire. Cette capacité d’adaptation ne signifie toutefois pas que l’olivier soit à l’abri du stress environnemental: ses rendements demeurent étroitement liés à la pluviométrie et aux conditions climatiques. Derrière cette rusticité se cache d’ailleurs une réponse biologique complexe. Les recherches génomiques révèlent l’implication de différentes familles de gènes dans les mécanismes de réponse de l’olivier aux contraintes environnementales [5]. Le Chemlali, souvent désigné localement dans le Sahel sous le nom de Sahli, constitue l’une des expressions emblématiques de l’oléiculture tunisienne. Sa bonne adaptation aux conditions sèches et sa productivité ont contribué à sa diffusion dans les systèmes oléicoles conduits en conditions pluviales. Figure 1. Branche d’olivier de la variété Chemlali, l’une des principales variétés tunisiennes d’olivier à huile, réputée pour sa vigueur, sa productivité et son adaptation au conditions arides. Photographie prise dans la région de Sousse, Tunisie, le 4 novembre 2017. © Monaam Ben Fredj, Wikimedia Commons. L’olivier apparaît ainsi comme le véritable fil conducteur du Sahel: un arbre profondément enraciné dans le territoire, façonné par son climat, maisdésormais confronté à la nécessité de s’adapter à un environnement qui change. 3. Des agricultures qui se lisent d’une localité à l’autre Sousse et son arrière-pays : l’olivier entre campagne et ville Autour de Sousse, l’olivier demeure l’un des grands marqueurs du paysage agricole. Mais cette agriculture évolue désormais dans un espace soumis à une pression particulière: l’expansion urbaine, le développement touristique et la transformation progressive des périphéries modifient la relation entre la villeet ses campagnes. Dans le Grand Sousse, cette proximité entre ville et agriculture est particulièrement visible à Akouda, Kalaâ Kebira, Kalaâ Sghira et M’Saken, où les oliveraies s’insèrent encore dans une matrice périurbaine en transformation. Cette évolution pose une question essentielle : comment maintenir une agriculture pérenne lorsque la valeur foncière et les usages non agricoles progressent autour d’elle? Le défi du Sahel n’est donc pas uniquement climatique ou hydrique. Il est également territorial. Figure 2. Sahloul, à Sousse : l’expansion urbaine au contact des oliveraies, illustration de l’interface croissante entre espace agricole et espace bâti. © Habib M’henni, 1er septembre 2016, Wikimedia Commons. Enfidha : les terres ouvertes du Sahel Plus au nord, Enfidha révèle un autre visage du gouvernorat de Sousse. La plaine d’Enfidha-Bouficha constitue un espace agricole plus ouvert, où se côtoient grandes cultures, élevage, oléiculture et arboriculture. En 2019, la délégation d’Enfidha regroupait près de 7 700 hectares de céréales, soit environ un quart des superficies céréalières du gouvernorat, et fournissait plus de 40 % de sa production céréalière. Elle occupait également une place majeure dans l’agriculture biologique: sur les 10 674 hectares consacrés à ce mode de production dans le gouvernorat, 88 % se situaient à Enfidha, notamment pour l’orge, l’avoine et l’olivier [6]. Enfidha montre ainsi qu’au-delà de l’espace périurbain de Sousse, le gouvernorat conserve de vastes territoires
Agriculture tunisienne: la relève est-elle en train de disparaître ?

Actuagro Agriculture tunisienne: la relève est-elle en train de disparaître ? Par AgroHealth – Le vieillissement des exploitants agricoles, le faiblerenouvellement générationnel et les difficultés d’accès à la terre et au financement posent une question stratégique: qui produira l’alimentation des Tunisiens demain? Alors que l’agriculture reste un pilier de l’économie et de la sécurité alimentaire, la Tunisie doit désormais relever un autre défi: transmettre ses exploitations à une nouvelle génération. La question est moins visible que celle de l’eau, du climat ou des importations. Elle pourrait pourtant devenir tout aussi déterminante. Une agriculture peut manquer de ressources naturelles, mais elle peut aussi manquer d’hommes et de femmes pour la faire vivre. En Tunisie, le vieillissement des exploitants agricoles est documenté depuis plusieurs décennies et le renouvellement générationnel reste une préoccupation majeure. Une agriculture qui vieillit Les dernières données nationales détaillées sur l’âge des chefs d’exploitation remontent au recensement agricole de 2004. Elles dessinaient déjà une situation préoccupante: 43 % des exploitants avaient plus de 60 ans, et cette catégorie détenait environ 46 % de la superficie agricole totale. À l’inverse, les jeunes de moins de 40 ans ne représentaient qu’une faible proportion des chefs d’exploitation. Ces chiffres ne doivent pas être présentés comme une photographie de 2026: ilssont anciens. Mais leur intérêt est précisément de montrer que le vieillissement de la population agricole n’est pas un phénomène récent. Et l’absence d’un nouveau recensement agricole national permettant de mesurerprécisément l’évolution de cette structure constitue aujourd’hui une lacunestatistique. Le problème dépasse donc l’âge des agriculteurs. Il concerne la transmission des exploitations, la capacité des familles à assurer une succession et, pluslargement, l’attractivité du métier agricole auprès des nouvelles générations. Le paradoxe de la main-d’œuvre La situation de l’emploi donne une autre indication. Selon les dernièresstatistiques de l’Institut national de la statistique, 581 600 personnes étaient occupées dans l’agriculture et la pêche au deuxième trimestre 2026, contre 569 700 au premier trimestre. L’agriculture représentait ainsi environ 16 % de l’emploi occupé total recensé par l’INS à cette période. Le secteur continue donc de faire travailler plusieurs centaines de milliers de personnes. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il attire suffisamment de jeunes vers des emplois agricoles stables et vers la gestion des exploitations. C’est là que se trouve l’un des paradoxes tunisiens: l’agriculture reste un important réservoir d’emplois alors que le métier d’agriculteur peine à apparaître comme une perspective professionnelle attractive pour une partie de la jeunesse. Pénibilité du travail, revenus soumis aux fluctuations des prix et des récoltes,difficulté d’accès au financement, faiblesse de certaines infrastructuresrurales et incertitude face au changement climatique constituent autant defacteurs qui peuvent décourager une installation. La terre: le premier obstacle à l’installation Pour un jeune qui souhaite devenir agriculteur, la première question est souvent simple: où trouver une terre ? La transmission familiale constitue une voie naturelle, mais elle se heurte au morcellement des exploitations et aux situations foncières parfois complexes. L’accès à une exploitation économiquement viable devient alors difficile pour ceux qui ne disposent pas d’un patrimoine familial. Le problème foncier reste suffisamment important pour que l’État fasse aujourd’hui de la mobilisation des terres domaniales un levier de développement agricole. Le programme 2026 prévoit notamment la mise à disposition et la location deparcelles agricoles domaniales au profit, entre autres, des jeunes agriculteurs. Un exemple concret illustre cette orientation: en mars 2026, 91 hectares deterres agricoles récupérées à Bizerte ont été attribués à neuf bénéficiaires,dans le cadre de la politique de valorisation des terres domaniales et desoutien aux jeunes agriculteurs. Ces opérations restent ponctuelles, mais elles montrent que la question de l’accès à la terre commence à être traitée comme un élément de la politique derenouvellement agricole. Devenir agriculteur, mais avec quel financement? L’accès au foncier n’est cependant que la première étape. Il faut ensuite financer les équipements, les semences, les intrants, la mécanisation, l’élevage ou encore la transformation. En avril 2026, le ministère de l’Agriculture et la Banque tunisienne de solidaritéont signé un accord prévoyant 10 millions de dinars de financement sous formede crédits saisonniers destinés aux petits agriculteurs. Parallèlement, l’APIA et la FAO ont développé des dispositifs spécifiquement orientés vers les jeunes agri entrepreneurs. Le pôle Agri-Accélérateur de Kébili, par exemple, accompagne des jeunes porteurs de projets dans les filières des dattes et des camélidés, avec sélection, accompagnement et appui aux projets. Ces initiatives sont importantes parce qu’elles déplacent progressivement l’image du jeune agriculteur: il ne s’agit plus seulement du fils qui reprend la ferme familiale, mais aussi d’un entrepreneur agricole capable d’innover, de transformer et de créer de la valeur. La relève ne doit plus être seulement familiale C’est probablement là que se situe le véritable changement de modèle. Pendant longtemps, la transmission agricole reposait principalement sur la famille: le fils reprenait la terre du père, perpétuant une activité et un savoir-faire. Or ce mécanisme ne peut plus être considéré comme automatique. Les jeunes générations ont d’autres possibilités professionnelles. Elles sont également plus mobiles et plus sensibles aux conditions de travail, au niveau de revenu et aux perspectives d’évolution. La solution ne consiste donc pas simplement à demander aux jeunes de «revenir à la terre». Il faut rendre l’agriculture économiquement viable, technologiquement moderne et socialement attractive. Un jeune agriculteur doit pouvoir se considérer comme un chef d’entreprise:produire, mais aussi transformer, commercialiser, exporter, utiliser les données, mécaniser son exploitation et maîtriser ses coûts. L’agriculture de demain aura besoin d’une nouvellegénération La bonne nouvelle est que des instruments existent déjà. L’État mobilise des terres domaniales, l’APIA accompagne les porteurs de projets, des mécanismes de financement ciblent les petits agriculteurs et les jeunes entrepreneurs agricoles bénéficient de programmes d’accompagnement. Mais ces initiatives doivent désormais s’inscrire dans une véritable politiquenationale du renouvellement des générations agricoles. Cela suppose de mieux connaître la réalité démographique du secteur grâce à des données agricoles actualisées. Il faut ensuite faciliter l’accès des jeunes au foncier, au crédit, à la formation
La mouche méditerranéenne: une menace pour les agrumes tunisiens

Actuagro La mouche méditerranéenne: une menace pour les agrumes tunisiens Par AgroHealth – À l’approche de la campagne agrumicole 2026-2027, la protection des vergers tunisiens contre les ravageurs demeure un enjeu majeur pour les producteurs. Parmi les menaces les plus importantes figure la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), communément appelée cératite. Très polyphage, cet insecte constitue l’un des principaux ravageurs économiques des cultures fruitières en Tunisie, notamment des agrumes. Une menace qui dépasse les seuls agrumes La cératite est une espèce particulièrement adaptable. Elle peut s’attaquer à un très grand nombre de plantes hôtes et profiter de la succession des cultures fruitières au fil des saisons. En Tunisie, elle concerne notamment les agrumes, mais également les pêchers, abricotiers, figuiers, néfliers et d’autres espèces fruitières. Cette diversité d’hôtes permet à ses populations de se maintenir dans différents agroécosystèmes. Le cycle des dégâts commence lorsque la femelle adulte pique le fruit afin d’y déposer ses œufs sous l’épiderme. Après leur éclosion, les larves se développent directement dans la pulpe. Leur présence accélère la dégradation du fruit, favorise son pourrissement et peut provoquer sa chute avant la récolte. Pour l’agriculteur, les conséquences sont donc à la fois quantitatives et qualitatives: diminution du rendement commercialisable, dépréciation des fruits et augmentation des pertes au verger. Des dégâts préoccupants dans les agrumes tunisiens L’importance du problème est particulièrement visible dans certaines régions du Sud tunisien. Une étude consacrée aux agrumes de Gabès et Tozeur, publiée en 2024, a évalué les dégâts de Ceratitis capitata sur plusieurs variétés: Thomson, clémentinier, mandarinier, bigaradier et citronnier. Les résultats montrent des taux d’infestation particulièrement élevés sur certaines variétés. À Tozeur, les taux observés atteignaient notamment 42,02 % pour la Thomson, 39,83 % pour la clémentine et 32,5 % pour le mandarinier. À Gabès, ils atteignaient respectivement 39,86 %, 37,18 % et 30,57 %. Le citronnier présentait quant à lui des niveaux nettement plus faibles dans cette étude. Ces résultats ne signifient pas que ces taux s’appliquent à tous les vergers ou à toutes les campagnes. Ils montrent cependant la capacité de la cératite à provoquer des infestations importantes lorsque les conditions lui sont favorables. Pourquoi la lutte reste complexe? La lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits constitue un véritable défi. Son cycle biologique, sa mobilité et son grand nombre de plantes hôtes compliquent son contrôle, tandis que la succession des cultures fruitières lui permet de trouver des ressources alimentaires tout au long de l’année. Pendant longtemps, la protection des cultures a largement reposé sur l’utilisation d’insecticides, notamment des organophosphorés. Or, cette approche soulève aujourd’hui plusieurs questions liées à la durabilité des systèmes agricoles, à la protection des organismes non ciblés, à l’apparition de phénomènes de résistance et à la nécessité de réduire l’usage des pesticides. L’enjeu pour les campagnes futures est donc de trouver un équilibre entre efficacité phytosanitaire, protection de l’environnement, sécurité des travailleurs et qualité sanitaire des productions. La Tunisie dispose déjà de solutions prometteuses Face à cette problématique, les recherches menées en Tunisie montrent que des alternatives aux traitements chimiques peuvent être envisagées. Parmi elles, le piégeage de masse consiste à installer un nombre important de pièges contenant des attractifs afin de capturer les adultes de la cératite avant leur reproduction et leur ponte. Des travaux réalisés dans les oasis de Gafsa et de Midès ont notamment évalué l’utilisation des systèmes Cera Trap® et Moskisan® sur des agrumes. Les résultats obtenus sont encourageants. À Midès, les dégâts sur clémentines étaient de 8 % dans la parcelle traitée contre 30 % dans la parcelle témoin. Pour la variété Thomson, ils étaient respectivement de 1,5 % et 23 %. À Gafsa, les dégâts sur clémentines atteignaient environ 6 % dans la parcelle traitée contre 25 % dans le témoin. Ces résultats illustrent le potentiel du piégeage de masse comme outil de protection intégrée, notamment dans les zones où la pression de la cératite est importante. L’expérience espagnole: vers une lutte à l’échelle régionale La Tunisie pourrait également tirer des enseignements de l’expérience de pays méditerranéens confrontés au même ravageur. En Espagne, notamment dans la Communauté valencienne, la lutte contre la cératite s’inscrit dans une approche intégrée menée à grande échelle. Depuis 2007, un programme régional associe notamment surveillance des populations, piégeage et technique de l’insecte stérile (TIS). Cette dernière constitue l’une des approches les plus avancées. Elle consiste à élever en masse des mâles de Ceratitis capitata, à les stériliser par irradiation, puis à les relâcher dans les zones ciblées. Ces mâles s’accouplent avec les femelles sauvages, mais les œufs issus de ces accouplements ne donnent pas de descendance viable. L’objectif est ainsi de réduire progressivement la population de l’insecte. L’expérience espagnole montre surtout l’importance d’une approche à l’échelle d’un territoire, plutôt que de limiter les interventions à quelques exploitations isolées. La surveillance, le piégeage et les autres méthodes de lutte sont combinés afin d’intervenir en fonction du niveau réel de risque. Cette stratégie a notamment contribué à une forte réduction du recours aux traitements insecticides aériens dans les programmes concernés. Que peut faire la Tunisie? L’objectif pour la Tunisie ne serait pas de reproduire immédiatement le modèle espagnol à grande échelle, mais de l’adapter progressivement aux réalités de ses régions agrumicoles. Une première étape consisterait à renforcer la surveillance des populations de cératite grâce à un réseau de pièges de suivi dans les principales zones de production. Ces données permettraient de détecter précocement les périodes de forte activité et d’orienter les interventions. Le piégeage de masse, déjà expérimenté avec des résultats encourageants dans certaines oasis tunisiennes, pourrait ensuite être davantage intégré aux programmes de protection des vergers. Il devrait être associé à de bonnes pratiques culturales, notamment l’élimination des fruits infestés ou tombés au sol, afin de limiter les possibilités de reproduction de l’insecte. À plus long terme, la Tunisie pourrait également envisager la mise en place d’un projet pilote de technique de l’insecte stérile (TIS)