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Agrohealth Tunisie

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Mohamed Boughanmi – Agriculture biologique en Tunisie : produire autrement, consommer mieux, construire demain

Par Mohamed Boughanmi. Ingénieur d’État en génie biologique  – De la terre au consommateur, l’agriculture biologique ouvre de nouvelles perspectives pour la Tunisie.

 

Mieux valoriser les productions, préserver les ressources naturelles, développer l’industrie agroalimentaire et proposer des produits certifiés: le biologique peut contribuer à construire une agriculture plus durable et plus compétitive.

 

Dans un contexte marqué par la raréfaction de l’eau, la préservation des sols, les préoccupations liées à la qualité des aliments et les effets d’un usage inapproprié des produits phytosanitaires, cette approche apparaît comme une voie de développement à la fois agricole, économique et environnementale.

 

La Tunisie dispose déjà d’une expérience importante dans ce domaine. Selon le Centre Technique de l’Agriculture Biologique (CTAB), près de 235 000 hectares étaient consacrés à l’agriculture biologique en 2024. L’olivier, les dattes, les plantes aromatiques et médicinales, les arbres fruitiers et les parcours figurent parmi les principales filières porteuses.

Préserver les ressources et repenser les pratiques

L’agriculture biologique repose sur une logique de prévention: rotation des cultures, biodiversité, fertilisation organique, lutte biologique et réduction du recours aux produits chimiques de synthèse.

 

Cette démarche répond notamment aux enjeux liés à l’utilisation des pesticides et des fertilisants.


Une étude tunisienne sur l’exposition alimentaire aux résidus de pesticides a identifié 21 substances quantifiables parmi 170 recherchées, tout en concluant que les doses journalières acceptables n’étaient pas dépassées dans les conditions étudiées.


Ces résultats soulignent surtout l’importance du contrôle, de la surveillance et du respect des bonnes pratiques agricoles.


Le développement du biologique peut également favoriser une meilleure valorisation des ressources locales.


Compost issu des résidus agricoles et des déchets organiques, fumier, engrais verts, légumineuses et rotations culturales peuvent contribuer à maintenir la fertilité des sols.


Ces pratiques nécessitent toutefois un accompagnement technique, de la formation et des solutions économiques adaptées aux producteurs.

De la production à la création de valeur

Le potentiel du biologique ne se limite pas à la production agricole. Il concerne l’ensemble de la chaîne agroalimentaire: transformation, certification, analyses, conditionnement, commercialisation et exportation.

 

L’huile d’olive, les dattes, les plantes aromatiques et médicinales, les fruits et légumes ainsi que leurs produits transformés offrent des possibilités de diversification et de création de valeur.

 

La transformation locale et le développement de marques tunisiennes pourraient notamment permettre de dépasser la simple exportation de matières premières.

 

Pour les entreprises, les produits biologiques peuvent répondre à une demande de certains marchés et favoriser une offre à plus forte valeur ajoutée.

 

Pour les agriculteurs, la certification peut ouvrir l’accès à des marchés spécifiques et permettre une meilleure valorisation de certaines productions.

Certification et traçabilité: des conditions de
confiance

La croissance du secteur dépend aussi de la confiance des consommateurs. Un produit biologique doit être certifié, identifiable et traçable.

 

Les mentions telles que «naturel», «traditionnel» ou «zéro résidu de pesticides» ne constituent pas, à elles seules, une certification biologique.

 

La traçabilité peut aujourd’hui être renforcée par les outils numériques. QR codes, plateformes de données et, dans certains cas, technologie blockchain peuvent faciliter l’accès aux informations relatives à l’origine, aux pratiques agricoles, à la transformation et au parcours d’un produit.

 

Ces technologies ne remplacent cependant ni la certification ni les contrôles officiels. Elles peuvent les compléter en rendant les informations plus accessibles et en renforçant la transparence de la chaîne de valeur.

Un marché intérieur à développer

Le consommateur tunisien joue également un rôle dans cette évolution. Le développement du marché intérieur passe notamment par une meilleure disponibilité des produits, les circuits courts, la vente directe, les marchés locaux, les magasins spécialisés et une présence accrue dans les réseaux de distribution.

 

Le prix demeure néanmoins un facteur important. L’information du consommateur est donc essentielle: il s’agit de lui permettre de comprendre ce que signifie réellement «biologique», de reconnaître un produit certifié et de comparer les offres en connaissance de cause.

Transformer le potentiel en stratégie

La Tunisie dispose de plusieurs atouts pour renforcer son secteur biologique: une longue tradition agricole, une importante production oléicole, des terroirs diversifiés, un savoir-faire reconnu et une expérience dans la certification et l’exportation.

 

L’enjeu est désormais de consolider ces acquis et de mieux structurer la chaîne de valeur. Cela passe par la formation des agriculteurs, l’accompagnement technique, un accès plus facile à la certification, le soutien à la recherche, le développement de la transformation locale et l’amélioration de la commercialisation.

 

Les pouvoirs publics, organisations professionnelles, chercheurs, entreprises, laboratoires, organismes de certification et distributeurs ont chacun un rôle à jouer.

 

L’agriculture biologique tunisienne possède ainsi une base déjà solide. En renforçant la certification, l’innovation, la formation et la traçabilité, la Tunisie peut mieux valoriser ses productions et développer des produits biologiques identifiables, compétitifs et à plus forte valeur ajoutée.

 

L’objectif n’est plus seulement de produire biologique, mais de construire une véritable chaîne de valeur tunisienne, du champ au consommateur.

 

Mohamed Boughanmi

Ingénieur d’État en génie biologique

 
Références bibliographiques
  1. Centre Technique de l’Agriculture Biologique (CTAB). (2025). Statistiques de l’agriculture biologique en Tunisie – données 2024. Direction Générale de l’Agriculture Biologique, Tunisie.
  2. Landoulsi, A., et al. (2020). “Dietary exposure of Tunisian adult population aged from 19 to 65 years old to pesticides residues”. Food Additives & Contaminants: Part A, 37(7), 1165–1179. Article scientifique – PubMed
  3. Paull, J. (2024). “Organic Agriculture in Tunisia, Africa”. European Journal of Agriculture and Food Sciences, 6(1). DOI : 10.24018/ejfood.2024.6.1.774.
  4. Mtimet, N., Souissi, A. & Mhamdi, N. (2020). “Tunisian consumers’ perception and behavior towards organic food products”. New Medit, 19(1), 3–18.
  5. République Tunisienne. (1999). Loi n° 99-30 du 5 avril 1999 relative à l’agriculture biologique. Journal Officiel de la République Tunisienne.
  6. IFOAM – Organics International & FiBL. (2026). The World of Organic Agriculture: Statistics and Emerging Trends 2026. Research Institute of Organic Agriculture (FiBL).
  7. Organisation mondiale de la Santé (OMS). Résidus de pesticides dans les aliments. Organisation mondiale de la Santé. OMS – Résidus de pesticides dans les aliments.

 

 



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