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L’Institut des Régions Arides (IRA) de Médenine: Du statut de centre pionnier au pôle scientifique international de référence sur les zones arides (l’IRA, 1976 – 2026: 50 ans déjà)

Par Dr. Noureddine NASR – Ancien chercheur à l’IRA de Médenine, Ancien Cadre au CGIAR – C’est avec un intérêt tout particulier et une vive attention que j’ai pris connaissance de l’analyse pertinente de M. Chadli Laroussi consacrée à l’avenir de l’Institut des Régions Arides (IRA) de Médenine [1].


Ayant consacré une étape fondatrice et majeure de ma carrière à cet institut avant d’exercer au sein d’organisations internationales (CGIAR, PNUD, FAO), je demeure profondément attaché à son ancrage territorial ainsi qu’à sa mission historique. C’est à ce titre que je continue à apporter activement mon appui à son développement.


 

L’IRA dispose indiscutablement de tous les atouts scientifiques, humains et géographiques pour s’imposer comme un centre d’excellence mondial.

 

Toutefois, face à l’accélération du changement climatique, à la dégradation des terres arides et aux défis socio-économiques des zones rurales, la concrétisation de cette ambition nécessite un changement d’échelle stratégique.

Pour inscrire durablement l’IRA au cœur du paysage scientifique international, plusieurs leviers d’action prioritaires doivent être mobilisés:

1. Préparer la relève intergénérationnelle et valoriser l’expertise

L’excellence d’une institution repose avant tout sur la transmission et la continuité des savoirs.

L’IRA doit mettre en place des passerelles intergénérationnelles structurées en mobilisant ses anciens chercheurs et des experts internationaux de premier plan.

Ce compagnonnage scientifique permettra d’encadrer, de former et de promouvoir la nouvelle génération de chercheurs à travers des programmes de doctorat et de post-doctorat renforcés avec les universités nationales et internationales.

2. Accélérer la transition vers l’Agroécologie, les Biotechnologies et les Technologies émergentes

La recherche sur les milieux arides doit opérer un virage résolu en combinant les biotechnologies adaptées, les pratiques agroécologiques et les nouvelles technologies de l’information (télédétection, modélisation hydrique, capteurs intelligents).

Cette modernisation doit impérativement s’appuyer sur la valorisation scientifique des savoirs patrimoniaux (systèmes d’irrigation traditionnels, aménagements de conservation des eaux et des sols, gestion communautaire des parcours, biodiversité et gestion de l’eau dans les oasis).

3. Faciliter une réflexion stratégique globale par un Think Tank dédié

Afin de redéfinir la feuille de route de l’IRA pour les décennies à venir, il apparaît urgent d’engager une réflexion stratégique institutionnelle.

La création d’un Think Tank, idéalement facilité par un organisme international spécialisé, permettra de repenser l’organisation interne, la gouvernance de la recherche et l’alignement de l’institut sur les nouveaux agendas globaux du développement durable.

4. Renforcer l’ancrage au sein du réseau CGIAR et de la recherche internationale

L’IRA doit saisir les opportunités offertes par les réformes stratégiques du One CGIAR (notamment à travers des collaborations renforcées avec l’ICARDA et l’Alliance Bioversity-CIAT).

L’institut ne doit pas seulement être perçu comme une plateforme d’accueil ou de formation pour l’Afrique, mais comme un co-investigateur actif au sein de consortiums de recherche internationaux.

L’obtention d’un statut formel de centre associé ou affilié aux réseaux du CGIAR accroîtra considérablement son attractivité auprès des jeunes talents et des bailleurs de fonds.

5. Structurer un partenariat stratégique avec le système des Nations Unies notamment: FAO, PNUD, PNUE.

L’IRA gagnerait à se positionner comme un partenaire technique et scientifique clé de la FAO, notamment en articulation avec le déploiement du nouveau Centre d’Excellence sur les Oasis.

Sur cette lancée, l’IRA pourrait préfigurer et coconstruire son propre Centre d’Excellence sur les Zones Arides, développé en synergie avec les agences de l’ONU (FAO, PNUD, PNUE), l’ICARDA et les institutions scientifiques de référence.

6. Valoriser le Patrimoine Agricole Mondial (SIPAM / GIAHS) et tirer parti du Géoparc Dahar

Profitant de la dynamique impulsée par la récente désignation du Géoparc, l’IRA a l’opportunité d’établir un partenariat d’envergure avec la FAO et l’UNESCO.

Ce rapprochement permettrait la création d’une Chaire ou d’un Centre d’Excellence dédié aux Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial (SIPAM / GIAHS) appliqués aux zones arides et aux oasis d’Afrique.

À l’instar des programmes internationaux de formation développés à Florence avec la FAO, l’IRA pourrait s’appuyer sur l’expérience des trois SIPAM tunisiens (Oasis historique de Gafsa, Djebba et Ghar El-Melah) pour lancer une formation internationale de référence sur les SIPAM.

Ce pôle associera formation diplômante de haut niveau et recherche appliquée pour préserver les savoir-faire traditionnels (gestion de l’eau, biodiversité, parcours, oasis, pêche artisanale, etc.), tout en veillant à ce que l’innovation technologique vienne consolider et moderniser ces pratiques locales sans les supplanter.

7. Créer un Incubateur d’Innovations Rurales et un Pôle de Transfert Technologique

Pour combler le fossé entre la recherche scientifique et son impact réel sur le terrain, l’IRA doit se doter d’un pôle de transfert technologique et d’incubation.

Cet espace permettra d’accompagner les jeunes ruraux, les agritech-startups et les organisations agricoles vers l’adoption de pratiques agroécologiques, la transformation locale et la création de valeur ajoutée dans les territoires arides.

8. Institutionnaliser un Conseil Scientifique International

Enfin, l’institutionnalisation d’un Conseil Scientifique International, réunissant des personnalités scientifiques de haut niveau, des membres de la diaspora et des représentants des agences partenaires, garantira à l’IRA un rayonnement académique, une veille technologique constante et un accès préférentiel aux grands financements internationaux de la recherche.

Conclusion

L’Institut des Régions Arides de Médenine possède la légitimité historique, l’ancrage territorial et la masse critique nécessaires pour devenir le laboratoire du futur des zones arides et désertiques.

Pour concrétiser pleinement ce potentiel, l’IRA doit impérativement s’appuyer sur son capital humain le plus précieux: l’expertise de ses chercheurs, dont la grande majorité a forgé son savoir académique et empirique en réalisant son doctorat au sein même de l’institut et au plus près du terrain.

Cet ancrage du réel a permis de façonner des profils de haut niveau qui, après avoir consacré deux décennies au service de l’IRA, ont poursuivi des carrières remarquables au sein d’organisations internationales et de coopération majeures (FAO, PNUD, ICARDA, Bioversity International, GIZ, etc.).

Cet acquis constitue une richesse inestimable et une mémoire vivante unique.

Il est aujourd’hui primordial de concevoir des mécanismes institutionnels innovants – tels qu’un réseau d’experts associés, des missions d’encadrement stratégique ou un statut de chercheurs émérites – afin de mobiliser et valoriser cette diaspora scientifique.

En combinant la sagesse des pratiques patrimoniales, l’exigence des sciences modernes, la valeur de ses compétences historiques et un partenariat international audacieux, l’IRA apportera des réponses concrètes, durables et réplicables aux défis majeurs du XXIᵉ siècle.

[1] Article publié dans leaders le 3 septembre 2026 : L’Institut des Régions Arides (IRA) de Médenine pourrait-il devenir pôle scientifique de référence sur les zones arides et désertiques?

Dr. Noureddine NASR

Ancien chercheur à l’IRA de Médenine, Ancien Cadre au CGIAR (Bioversity International) et aux Nations Unies (PNUD et FAO)



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