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El Niño 2026 – Diagnostic ENSO global (bulletins CCSR/IRI du 19 août et OMM du 1ᵉʳ-3 septembre 2026) – (Partie I)

Par Moncef Rajhi. Expert en météorologie – Cette première analyse est consacrée aux perspectives météorologiques et climatiques pour la période 2026-2027 dans le bassin méditerranéen, en Afrique du Nord et en Tunisie — du Nord au Centre, au Sud et sur le Littoral. Elle examine notamment les saisons SON, OND, NDJ et DJF, à partir des dernières données et prévisions disponibles. Fondée sur les bulletins du CCSR/IRI du 19 août 2026 et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des 1er au 3 septembre 2026, cette étude propose une lecture des tendances attendues, de leur évolution et de leurs implications pour la Tunisie.

Ce premier article constitue le premier volet d’une analyse en deux parties. Il sera suivi d’un second article, qui approfondira les perspectives et les principaux enjeux liés à l’évolution des conditions météorologiques et climatiques au cours de la période 2026-2027. Tunis, le 8 septembre 2026 — Document actualisé à partir de la version du 21 août 2026.

Chronologie des principaux événements

• Actualisation majeure (1ᵉʳ-3 septembre 2026): l’OMM porte l’anomalie Niño3.4 prévue pour SON 2026 à ≈ +3,6 °C (moyenne d’ensemble), en nette hausse par rapport aux +2,7 °C observés mi-août — confirmation d’une intensification plus rapide que celle anticipée par le bulletin IRI du 19 août.

 

• L’OMM annonce, pour la première fois de son histoire, un degré de certitude quasi absolu (« exceptionally high likelihood of nearly 100 %») sur la persistance d’El Niño de SON 2026 à DJF 2026-2027.

 

• Pic d’intensité désormais anticipé en novembre-décembre 2026 (contre octobre-décembre dans le diagnostic IRI initial) ; épisode qualifié de «très fort», voire «exceptionnellement fort» par l’OMM.

 

• IOD: valeur saisonnière moyenne prévue à +0,9 °C pour SON 2026 (OMM), confirmant une phase positive forte; l’Atlantique équatorial est également signalé au-dessus de la normale dans les deux hémisphères — facteur supplémentaire non couvert par le bulletin IRI initial.

 

• Signal régional: tendance thermique excédentaire probable sur l’ensemble du bassin méditerranéen et la Tunisie (confiance modérée); signal pluviométrique incertain et spatialement hétérogène (confiance faible à modérée).

 

• Pour la Tunisie: risque accru d’épisodes pluvio-orageux intenses et localisés (Centre, littoral, oueds du Sud) plutôt qu’une tendance de fond uniforme sur les cumuls saisonniers.

 

• Cet article bulletin est une analyse indépendante de contexte; il n’a pas valeur d’alerte et ne se substitue pas aux bulletins officiels de l’INM.

1. Cadre des bulletins

Le bulletin CCSR/IRI (Columbia University), publié le 19 de chaque mois, combine un ensemble multi-modèles (26 modèles: 15 dynamiques, 11 statistiques) et une lecture experte de l’état océan-atmosphère.

L’indice de référence est le Niño3.4 (région 5°S–5°N, 170°O–120°O), rapporté à la climatologie 1991-2020. Un épisode est établi lorsque le seuil de ±0,5 °C est franchi et maintenu sur au moins cinq saisons glissantes consécutives.

L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) publie, en parallèle, deux séries de référence: l’El Niño/La Niña Update (mise à jour ENSO proprement dite, généralement mensuelle à bimestrielle) et le Global Seasonal Climate Update — GSCU (prévision climatique saisonnière globale à trois mois, actualisée mensuellement), qui agrège les prévisions des centres de production mondiaux (Global Producing Centres) désignés par l’OMM.

Ces deux publications constituent, avec le bulletin IRI, les références internationales les plus autoritatives pour le suivi opérationnel de l’ENSO.

 

La prévision objective CCSR/IRI (modèles seuls) peut différer légèrement de la prévision officielle CPC (jugement d’expert + modèles), publiée une semaine plus tôt. Les mises à jour OMM intègrent quant à elles un consensus explicite des centres de production mondiaux et d’experts des Services Météorologiques et Hydrologiques Nationaux (SMHN). Le bulletin Info-Niño/Niña est élaboré conjointement par l’OMM et le CCSR/IRI (Columbia Climate School), avec la contribution d’un large réseau de centres nationaux et internationaux (NOAA/CPC, ECMWF, Météo-France, Met Office, JMA, KMA, IMD, BOM, CIIFEN, CMA, entre autres) et des centres mondiaux de production de prévisions saisonnières de l’OMM.

2. Actualisation OMM du 1ᵉʳ-3 septembre 2026

Postérieurement au bulletin IRI du 19 août sur lequel reposait la première version de ce document, l’OMM a publié coup sur coup deux actualisations qui durcissent le diagnostic: l’El Niño/La Niña Update (émis le 1ᵉʳ septembre, annoncé le 3 septembre 2026) et le Global Seasonal Climate Update pour SON 2026 (émis le 25 août, actualisé le 3 septembre 2026).

Source

Date

Anomalie
Niño3.4 (SON 2026)

Probabilité El
Niño

Pic anticipé

IRI/CCSR

19
août 2026

+2,7
°C observé (12 août) ; 15/26 modèles ≥ +3,0 °C en OND

100
% (ASO–FMA)

OND
2026

OMM (GSCU + Update)

25
août – 3 sept. 2026

≈
+3,6 °C (moyenne d’ensemble prévue)

≈
100 % (« quasi certain »)

Nov.-déc.
2026

Trois éléments nouveaux ressortent de cette actualisation par rapport au diagnostic IRI du 19 août:

●        Une accélération de l’intensification : l’anomalie moyenne prévue pour l’ensemble de la saison SON 2026 (+3,6 °C) dépasse déjà le seuil que l’IRI n’anticipait que pour le pic d’OND chez une minorité de modèles (15 sur 26 ≥ +3,0 °C) — signe que la trajectoire observée fin août a dépassé les prévisions de la mi-août.

●        Un degré de certitude inédit : l’OMM indique une probabilité qualifiée d’« exceptionnellement élevée, proche de 100 % » pour la persistance d’El Niño jusqu’à DJF 2026-2027 — un niveau de certitude que l’OMM présente elle-même comme sans précédent dans l’historique de ses mises à jour ENSO, en cohérence avec le consensus resserré déjà relevé par l’IRI (absence totale de probabilité La Niña/neutre).

●        Un facteur atlantique additionnel : le GSCU SON 2026 signale des températures de surface au-dessus de la normale dans l’Atlantique tropical Nord et Sud — élément non mentionné par le bulletin IRI du 19 août et qui pourrait constituer une voie de téléconnexion supplémentaire vers l’Afrique du Nord et le bassin méditerranéen occidental, à confirmer par les prochaines publications.

Le communiqué de l’OMM du 3 septembre précise par ailleurs la trajectoire observée de l’indice Niño3.4: moyenne de +1,5°C sur mai-juillet 2026, +2,0°C en juillet, puis des valeurs hebdomadaires comprises entre +2,2°C et +2,6°C de fin juillet à la mi-août — une fourchette légèrement inférieure à la valeur ponctuelle de +2,7°C rapportée par l’IRI pour la semaine du 12 août, les deux sources utilisant des fenêtres temporelles et des jeux de données de référence légèrement différents.

Les deux diagnostics convergent néanmoins sur une intensification continue et sur des températures subsurface supérieures de plus de 8 °C à la moyenne en juillet et début août.

La Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a qualifié cet épisode d’exceptionnel et annoncé une mobilisation des Services Météorologiques et Hydrologiques Nationaux jugée sans précédent en 50 ans d’existence de l’organisation. Cette communication, de nature institutionnelle et opérationnelle, est rapportée ici à titre de contexte ; elle ne modifie pas la lecture physique du phénomène exposée dans les sections suivantes, mais en souligne l’ampleur du point de vue de la préparation et de la réponse. 

3. ENSO: El Niño (EN) et Oscillation Australe (SO)

L’acronyme ENSO (El Niño – Southern Oscillation) désigne un phénomène unique résultant du couplage de deux composantes historiquement observées séparément avant que leur lien physique ne soit établi.

●       El Niño (EN) — composante océanique: réchauffement anormal des eaux de surface (SST) du Pacifique équatorial central et oriental. Le nom, donné par les pêcheurs péruviens, fait référence à l’apparition périodique d’un courant chaud côtier autour de Noël (« l’Enfant »).

●      Oscillation Australe (SO) — composante atmosphérique : bascule de pression de surface entre le Pacifique sud-est (Tahiti) et l’Indonésie/Australie du Nord (Darwin), quantifiée par l’indice SOI (différence de pression normalisée Tahiti–Darwin).

       Décrite statistiquement par Gilbert Walker dans les années 1920, sans lien causal identifié à l’époque avec l’océan.

Le lien physique entre les deux composantes (Jacob Bjerknes en 1969) est résumé comme suit: un réchauffement de la SST dans le Pacifique oriental réduit le gradient thermique zonal est-ouest, ce qui affaiblit les alizés, cet affaiblissement réduit à son tour la remontée d’eaux froides profondes (upwelling équatorial) et le transport d’eau chaude vers l’ouest, ce qui amplifie encore le réchauffement de surface — boucle de rétroaction positive dite «rétroaction de Bjerknes».

C’est ce couplage océan-atmosphère auto-entretenu qui constitue l’ENSO au sens strict: EN désigne l’état océanique (l’anomalie de SST elle-même), SO désigne la réponse et le moteur atmosphériques de grande échelle, et l’ENSO est le phénomène couplé résultant de leur interaction, non la simple juxtaposition des deux.

El Niño et La Niña constituent les deux phases opposées de ce même phénomène ENSO. Selon l’OMM, un épisode El Niño se produit en moyenne tous les deux à sept ans et dure généralement de neuf à douze mois:

le développement s’amorce le plus souvent entre mars et juin, l’intensité maximale est atteinte entre novembre et février, et les effets sur les températures mondiales peuvent se prolonger au-delà du pic océanique, étant parfois plus marqués l’année suivant son apparition.

4. Zones de mesure de la SST: le Pacifique, et au-delà

Le suivi opérationnel de l’ENSO repose sur un découpage normalisé du Pacifique équatorial en quatre régions de référence (dites «régions Niño»), définies dans les années 1980 par la NOAA à des fins de comparaison statistique homogène entre modèles et centres. Chacune couvre une bande de 10° de latitude centrée sur l’équateur (5°N–5°S, sauf Niño 1+2), mais un fuseau longitudinal distinct, d’ouest en est:

Région

Limites géographiques

Rôle / caractéristique

Niño 1+2

0°–10°S, 90°O–80°O

Côtes Pérou/Équateur ; région historique d’observation (origine du terme El Niño) ; variabilité la plus forte et la plus rapide, mais la moins représentative du couplage océan-atmosphère à grande échelle

Niño 3

5°N–5°S, 150°O–90°O

Pacifique oriental ; forte variabilité SST ; longtemps utilisée comme indice de référence avant l’adoption de Niño3.4

Niño 3.4

5°N–5°S, 170°O–120°O

Zone de référence standard actuelle (indice ONI de la NOAA, TONI de l’IRI) ; chevauche la région de plus forte variabilité SST et la zone de déplacement de la convection profonde — meilleur compromis signal/bruit pour capter le couplage

Niño 4

5°N–5°S, 160°E–150°O

Pacifique central-occidental ; bordure orientale de la « warm pool » ; utile pour suivre l’extension vers l’est de l’eau chaude en début d’épisode

Les anomalies de SST dans chacune de ces régions sont calculées à partir de la combinaison d’observations in situ (bouées ancrées et dérivantes du réseau TAO/TRITON, navires marchands) et de données satellitaires, assimilées dans des jeux de données de référence (ex. ERSST, OISST de la NOAA), puis rapportées à une climatologie de 30 ans glissante (actuellement 1991-2020, «glissante» = période de référence décalée périodiquement, tous les 10 ans par convention OMM, pour rester représentative du climat récent).

L’indice Niño3.4, utilisé dans ce bulletin, s’est imposé comme référence internationale car il est le seul, parmi les quatre, à capter simultanément l’anomalie océanique et son couplage avec le déplacement de la convection atmosphérique — condition nécessaire, au sens de la section 3, pour parler d’ENSO et non d’une simple anomalie de SST locale.

Le Pacifique concentre l’attention car il abrite le couplage océan-atmosphère le plus puissant du globe, mais des zones de référence tout aussi normalisées existent dans les deux autres bassins tropicaux, quoique nettement moins connues du grand public — alors même que ce bulletin s’appuie sur elles en section 2 (Atlantique) et section 9 (océan Indien):

Bassin / indice

Limites géographiques

Usage

IOD — pôle occidental

10°S–10°N, 50°E–70°E (large ouest de l’océan Indien)

Dipôle de l’Océan Indien (DMI = anomalie pôle ouest − anomalie pôle est) ; suivi en §9

IOD — pôle oriental

10°S–0°, 90°E–110°E (au sud de l’Indonésie)

Second terme du DMI

ATL3 (Niño Atlantique)

3°S–3°N, 20°O–0° (golfe de Guinée)

Équivalent atlantique de Niño3.4 ; suit le mode couplé équatorial atlantique

TNA / TSA

5,5°N–23,5°N, 15°O–57,5°O (TNA) ; 0°–20°S, 10°E–30°O (TSA)

Atlantique tropical Nord / Sud ; anomalies mentionnées en §2 pour SON 2026

Ces zones sont définies et suivies selon le même principe méthodologique que les régions Niño (moyenne d’anomalie SST sur une boîte géographique fixe, rapportée à une climatologie glissante), mais restent d’un usage plus spécialisé, la variabilité couplée y étant statistiquement moins dominante que dans le Pacifique — d’où leur moindre notoriété hors des communautés de climatologie opérationnelle, malgré leur rôle documenté dans ce bulletin.

5. Océans et mers: réservoirs d’énergie solaire

La capacité de l’océan à moduler le climat sur des mois à des années tient à une propriété physique simple : la capacité thermique massique de l’eau (≈ 4 186 J·kg⁻¹·K⁻¹) est environ quatre à cinq fois supérieure à celle des sols et roches continentaux (≈ 800–1 000 J·kg⁻¹·K⁻¹).

Élever de 1°C un mètre cube d’eau (1 000 kg) exige environ 4,19×10⁶ J, contre environ 1,2 à 1,5×10⁶ J pour un volume équivalent de sol sec — un facteur additionnel s’ajoute au fait que la couche de mélange océanique active (50 à 200 m) est bien plus épaisse que la couche superficielle du sol qui répond thermiquement à l’échelle saisonnière (quelques centimètres à ~1-2 m).

Le résultat combiné (chaleur spécifique élevée × épaisseur de la couche active) fait de l’océan un réservoir d’énergie solaire de très grande capacité, qui absorbe le rayonnement reçu en surface, le redistribue lentement par advection et mélange turbulent, et le restitue à l’atmosphère avec un déphasage de plusieurs semaines à plusieurs mois.

C’est précisément ce mécanisme qui rend possible l’ENSO : l’anomalie de contenu thermique subsurface signalée en section 7 (> +8 °C entre 50 et 150 m) correspond à une accumulation d’énergie dans la «warm pool» du Pacifique occidental durant les phases neutres ou La Niña, redistribuée vers l’est lors du déclenchement d’un épisode El Niño.

Cette inertie thermique explique la persistance de l’ENSO sur plusieurs saisons consécutives, à l’inverse des systèmes atmosphériques purs dont l’évolution se compte en jours.

6. El Niño et changement climatique

Il convient de distinguer deux échelles de variabilité climatique bien différentes par leur origine et leur temporalité:

●        La tendance de fond du réchauffement climatique anthropique : réchauffement global pluri-décennal estimé entre +1,1 et +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle selon les jeux de données, attribué à l’accumulation de gaz à effet de serre.

●        La variabilité naturelle interannuelle de l’ENSO: cycle quasi-périodique de 2 à 7 ans, d’amplitude typique ±1 à ±3 °C sur l’indice Niño3.4, existant indépendamment de toute influence anthropique et documenté sur plusieurs siècles.

Ces deux échelles se superposent : un épisode El Niño se produit désormais sur une base climatique globale plus chaude qu’il y a quelques décennies, ce qui tend à amplifier la valeur absolue des anomalies de température de surface observées à l’échelle du globe — plusieurs années recordes de température globale (2016, 2023-2024) correspondent à des années El Niño.

Cette superposition ne signifie toutefois pas que le changement climatique cause l’ENSO, phénomène de variabilité naturelle antérieur de plusieurs millénaires au réchauffement anthropique.

La question de savoir si le changement climatique modifie la fréquence ou l’intensité des épisodes El Niño eux-mêmes reste un sujet de recherche actif et non tranché : certaines simulations CMIP suggèrent une possible augmentation de la fréquence des épisodes extrêmes sous scénario de fort forçage radiatif, d’autres études soulignent une incertitude structurelle importante liée à la représentation des rétroactions océan-atmosphère dans les modèles. Cette question dépasse le cadre diagnostique du présent bulletin et doit être distinguée du diagnostic d’intensité de l’épisode 2026 lui-même, qui repose sur l’observation directe.

 

Sur le plan des indices utilisés, l’anomalie de température calculée sur la région Niño3.4 (§4) donne l’indice océanique El Niño (ONI, moyenne glissante sur trois mois), référence historique depuis les années 1980.

Face à la hausse continue de la température moyenne des océans, un indice complémentaire a émergé plus récemment: l’indice océanique El Niño relatif (RONI), qui mesure le réchauffement de la région Niño3.4 relativement au réchauffement moyen de l’ensemble des tropiques plutôt qu’à une climatologie fixe.

Le RONI aide ainsi à distinguer la part du signal directement imputable au couplage ENSO de la part attribuable au réchauffement océanique global de fond — un outil de nature à affiner, dans les prochaines années, la distinction entre les deux échelles de variabilité présentée ci-dessus.

Position de l’OMM, rappelée dans son communiqué du 3 septembre 2026 : El Niño est un phénomène climatique naturel et n’est pas causé par le changement climatique. Cette formulation, reprise ici sans changement d’interprétation, est cohérente avec la distinction opérée dans cette section entre variabilité naturelle interannuelle et tendance de fond anthropique.

7. État observé à la mi-août 2026

●        Niño3.4: +1,51 °C (moyenne MJJ), +2,03 °C (juillet), +2,7 °C (semaine du 12 août) — accélération marquée.

●        SOI: −29,1 en juillet ; moyenne 30 jours à −18,6 — affaiblissement persistant de la circulation de Walker.

●        Vents de basse altitude et OLR: signature classique d’un couplage océan-atmosphère abouti (alizés affaiblis, convection déplacée vers le centre-est du Pacifique).

●        Contenu thermique subsurface (50-150 m) : anomalie > +8 °C — réservoir de chaleur alimentant la poursuite du réchauffement de surface.

8. Intensité et probabilités saisonnières

Saison

Modèles « très forte » (≥ 2,0 °C)

Probabilité El Niño

ASO 2026

23 / 26

100 %

SON 2026

23 / 26

100 %

OND 2026

25 / 26 (pic, 15 mod. ≥ +3,0 °C)

100 %

NDJ 2026

23 / 26

100 %

DJF 2026-27

Majorité très forte

100 % → 97 % (MAM 2027)

OND 2026 est qualifié de « hors barème » par l’IRI : le seuil conventionnel de classification (+2,0 °C) est dépassé par une majorité de modèles, situant le pic potentiel parmi les plus intenses de la série instrumentale (comparable à 1997-98 et 2015-16). L’actualisation OMM du 3 septembre (+3,6 °C en moyenne d’ensemble sur SON 2026, section 2) confirme et amplifie ce diagnostic.

Figure 1 — Probabilités ENSO pour SON 2026 : la quasi-totalité des systèmes de prévision converge sur El Niño (≈100 %), sans probabilité résiduelle notable pour un état neutre ou La Niña. 

9. Dipôle de l’Océan Indien (IOD)

Neutre en juillet (DMI = +0,11 °C), le IOD bascule en phase positive dès août et reste fortement positif de septembre à décembre 2026 (probabilité de neutralité < 20 %), avant un retour progressif vers la neutralité en janvier-février 2027.

 

La co-occurrence El Niño fort / IOD positif renforce le signal de réchauffement et de modification des régimes de convection à l’échelle Indo-Pacifique.

10. Impacts observés: activité cyclonique dans le Pacifique

L’intensité exceptionnelle de l’épisode 2026 se traduit déjà par une activité cyclonique remarquable dans le Pacifique Nord-Est et Central, cohérente avec la réponse physique attendue d’un El Niño fort et rapportée par plusieurs agences (NOAA, NASA) début septembre 2026.

 

●        Trois ouragans simultanés — Lowell, Karina et Marie — ont coexisté dans le Pacifique Est fin août-début septembre 2026 ; Lowell a brièvement atteint la catégorie 5 le 3 septembre avant de s’affaiblir, en menaçant les îles Hawaï le week-end du 6-7 septembre.

●        Il s’agit de la première séquence de trois ouragans simultanés dans le Pacifique depuis 2015 — année marquée, comme 2026, par un épisode El Niño fort (ouragans Kilo, Ignacio et Jimena, tous devenus catégorie 4 à l’époque).

●        Bilan de saison au 3 septembre 2026 : le Pacifique Nord-Est affichait 15 tempêtes nommées et 6 ouragans, nettement au-dessus de la normale climatologique à cette date, tandis que l’Atlantique n’en comptait que 5 tempêtes nommées et aucun ouragan — une saison atlantique atypiquement calme.

 

Sur le plan physique, la formulation médiatique d’un «réchauffement océanique provoqué par El Niño» inverse la relation causale: El Niño est, par définition, l’anomalie chaude de SST du Pacifique équatorial (§3, §7) — ce n’est pas un réchauffement distinct qu’il provoquerait.

 

C’est ce réchauffement océanique lui-même, couplé à l’affaiblissement des alizés (rétroaction de Bjerknes, §3), qui fournit une énergie latente accrue (évaporation renforcée) aux systèmes convectifs du Pacifique Est/Central et y réduit le cisaillement vertical du vent, favorisant l’organisation et l’intensification des cyclones.

 

Le mécanisme produit l’effet inverse dans l’Atlantique, où El Niño renforce au contraire le cisaillement et supprime l’activité cyclonique — d’où le contraste observé cette année entre un Pacifique très actif et un Atlantique calme.

 

Cette activité cyclonique pacifique constitue un impact observé, non une prévision ; elle est rapportée ici à titre d’illustration du signal physique décrit dans ce bulletin et ne modifie pas le diagnostic ENSO ni les perspectives régionales méditerranéo-tunisiennes exposées en Partie II, les mécanismes de téléconnexion vers ces deux bassins étant distincts.

11. Limites méthodologiques

●        Précision décroissante avec l’échéance et hors tropiques ; classification d’intensité fondée sur un comptage consensuel, non une distribution probabiliste continue.

 

●        La robustesse du signal global (Pacifique) n’implique pas une traduction mécanique et uniforme à l’échelle régionale, notamment en Méditerranée où la variabilité intra-saisonnière domine.

 

●        L’OMM souligne elle-même qu’il n’existe pas de corrélation directe entre l’intensité d’un épisode El Niño et l’ampleur de ses incidences dans une région ou un pays donné : les effets varient selon le lieu et la saison, et peuvent être amplifiés, atténués ou modifiés par d’autres facteurs climatiques (IOD, Atlantique tropical, Oscillation Nord-Atlantique).

 

●        Pour une information plus fine à l’échelle infranationale, l’OMM renvoie vers ses centres climatiques régionaux et ses forums régionaux sur l’évolution probable du climat, ainsi que vers les SMHN, qui demeurent la source de référence pour les alertes officielles.

 

Pour la Méditerranée occidentale centrée sur la Tunisie, deux sources concrètes permettent d’affiner ce diagnostic à une échelle plus fine que le Global Seasonal Climate Update de l’OMM:

 

●        Météo-France publie chaque mois un bulletin des « tendances à trois mois », fondé sur le modèle Système 9 (Arpège-Climat couplé à l’océan NEMO) intégré au multi-modèle Copernicus (14 modèles, dont ECMWF, DWD, CMCC, Met Office, NCEP).

 

Météo-France précise elle-même que la fiabilité de ces tendances est meilleure sur la ceinture intertropicale, l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique que sur l’Europe et le pourtour méditerranéen, où la prévisibilité des précipitations demeure faible.

 

●        Le service Copernicus Climate Change Service (C3S) diffuse directement les cartes multi-modèles par tercile (température et précipitation) sur un domaine incluant explicitement l’Afrique du Nord et la Tunisie, à une résolution plus fine que les moyennes continentales de l’OMM ; c’est la source la plus directement exploitable pour affiner, mois après mois, les tendances de ce bulletin à l’échelle du Maghreb plutôt que de l’Europe seule.

 

Ces deux sources restent des prévisions probabilistes de tendance (répartition par tercile), non des prévisions déterministes ; leur skill décroît, comme rappelé plus haut, en dehors de la ceinture intertropicale — la Méditerranée occidentale se situe précisément dans cette zone de confiance réduite, ce qui justifie le maintien d’un niveau de confiance « faible à modérée » pour la Tunisie dans ce bulletin (§13, §16).

 

à suivre…

sources
du document : bulletins CCSR/IRI (19 août 2026) et OMM (1er-3 septembre 2026), selon le document fourni.

Moncef Rajhi

Ingénieur Général Hors Classe,
expert en météorologie,
climatologie et ressources en eau
 


8 Comments

  • Habachi

    Article assez long voire trop long mais intéressant car explique bien le phénomène El nino

  • Darine

    Excellent article, vraiment instructif et passionnant à lire. On sent une vraie maîtrise du sujet et une solide expertise, ce qui n’est pas donné à tous ceux qui se présentent comme experts en météorologie. Bravo à l’auteur pour la qualité de ce partage. 💯👏

  • Mohamed marouen

    Un contenu très instructif sur El Niño. On reconnaît la maîtrise et l’expertise de l’auteur sur le sujet. Merci pour ce partage de qualité 👏

  • SEDDIK Mohamed nejib

    Merci bien Si El Moncef, C’est une belle et bonne note technique qui est très crédible et qui devait plutôt être destinée à des décideurs. Car la note est bonne sur le fond en même temps elle est prudente, et elle a une qualité importante : elle évite de transformer une prévision saisonnière probabiliste en prévision certaine. Alors que plusieurs météorologue font cette erreur.

  • Ahmed.D

    un contenu scientifiquement rigoureux, agréable à lire, il y a des éléments particulièrement intéressants concernant l’été 2026 en Tunisie et en Méditerranée.

  • Chebbi

    Rigueur scientifique et analyse profonde bravo

  • Ahmed

    Excellent article scientifique, merci pour cette analyse détaillée.

  • Azza

    Rigueur scientifique et contenu expert intéressant à lire surtout pour comprendre le phénomène climatique exceptionnel de cet été

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