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Agrohealth Tunisie

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Que doit cultiver la Tunisie demain ?

Par AgroHealth – Le grand dilemme entre eau, revenu et sécurité alimentaire

 

La question agricole tunisienne n’est plus seulement de savoir
combien produire, mais quoi produire. Dans un pays confronté au changement climatique, à la pression sur les ressources naturelles, à la volatilité des marchés et à une dépendance persistante aux importations alimentaires, le choix des cultures devient un choix stratégique. Faut-il privilégier les céréales pour réduire la dépendance extérieure? Les oliviers et les dattes pour l’exportation ? Les cultures maraîchères pour alimenter le marché local? Ou
réinventer complètement la carte agricole du pays?

 

Pendant longtemps, la question semblait simple: produire
davantage.

Aujourd’hui, elle est devenue beaucoup plus complexe: produire
quoi, où, pour qui et avec quelles ressources?

 

La bonne récolte céréalière de 2026 illustre parfaitement ce dilemme. Selon la
FAO, les conditions météorologiques favorables ont permis une récolte de blé
supérieure à la moyenne.


Après un début de campagne marqué par un déficit
pluviométrique, les pluies enregistrées à partir de décembre 2025 ont permis de
reconstituer l’humidité des sols et d’améliorer les conditions des cultures.

 

Mais une bonne campagne ne suffit pas à régler le problème structurel. La Tunisie reste dépendante des importations de blé pour couvrir ses besoins alimentaires.


La FAO estime que la production locale de blé couvre environ 60 % des besoins
annuels et prévoit encore des importations importantes pour la campagne
commerciale 2026/27.

 

Le paradoxe est donc évident : la Tunisie doit produire davantage de céréales,
mais elle ne peut pas simplement augmenter indéfiniment les surfaces et les
rendements.

1. Produire ce dont nous avons besoin

La première question devrait être alimentaire.

 

Une politique agricole cohérente ne peut pas être uniquement guidée par la
rentabilité immédiate ou par la demande extérieure. Elle doit aussi répondre à
une question fondamentale : quels aliments voulons-nous être capables de
produire nous-mêmes ?

 

Les céréales occupent ici une place particulière. Le blé est au cœur de
l’alimentation tunisienne et représente donc un enjeu de sécurité alimentaire
et de souveraineté. Le nord du pays concentre l’essentiel de la production céréalière.


La FAO rappelle que cette région fournit environ 85 % de la production
céréalière tunisienne.

 

Mais la sécurité alimentaire ne se résume pas au blé.

 

Elle concerne également les légumes, les fruits, les huiles, les protéines animales
et les aliments nécessaires à une alimentation équilibrée.

 

Le défi consiste donc à trouver un équilibre entre autonomie alimentaire et
diversification agricole.

2. Cultiver pour exporter ou cultiver pour nourrir?

La Tunisie dispose d’un avantage agricole considérable : certaines productions
sont fortement valorisées sur les marchés internationaux.

 

L’huile d’olive en est l’exemple emblématique. La Tunisie figure parmi les grands
producteurs et exportateurs mondiaux d’huile d’olive. Les dattes constituent également une filière d’exportation majeure.

 

Ces cultures apportent des devises, soutiennent des milliers d’exploitations et
structurent des territoires entiers.

 

Mais une question mérite d’être posée : jusqu’où peut-on orienter l’agriculture vers l’exportation lorsque les besoins alimentaires internes restent importants ?

 

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer exportation et sécurité alimentaire. Une
agriculture exportatrice peut financer des importations alimentaires et
contribuer fortement à l’économie nationale.

 

Le véritable enjeu est plutôt de rechercher un équilibre entre cultures
génératrices de devises et cultures stratégiques pour l’alimentation nationale.

3. La valeur par hectare doit remplacer la course
aux volumes

Demain, le succès d’une exploitation ne devrait plus être mesuré uniquement en tonnes produites.

 

Il faudra aussi mesurer la valeur créée par hectare, le revenu dégagé pour
l’agriculteur, le nombre d’emplois créés et l’impact environnemental de la
production.

 

Cette approche change complètement la manière de penser les choix agricoles.

 

Une culture peut produire beaucoup mais générer une faible valeur pour
l’agriculteur. Une autre peut produire moins en volume mais offrir davantage de
valeur grâce à la transformation, au conditionnement, à la qualité ou à
l’exportation.

 

La Tunisie doit donc passer progressivement d’une logique de production de masse à une logique de production de valeur.

 

C’est particulièrement important pour les petites exploitations, qui constituent une composante essentielle du tissu agricole tunisien.

4. Changer de culture ne signifie pas abandonner les
cultures traditionnelles

La réponse ne consiste pas à déclarer certaines cultures «mauvaises» et d’autres
«bonnes».

 

L’olivier, par exemple, est profondément intégré aux territoires, aux paysages et à l’économie rurale. Les céréales sont indispensables à la sécurité alimentaire.


Les cultures maraîchères répondent directement aux besoins du marché intérieur.

 

La véritable révolution serait plutôt de mieux choisir les cultures selon les
territoires.

 

Pourquoi cultiver la même chose partout alors que les sols, le climat, les marchés et les capacités de production diffèrent?

 

La Tunisie possède déjà une diversité agroécologique importante entre le Nord
humide, le Centre semi-aride et le Sud aride. La politique agricole pourrait
davantage s’appuyer sur cette diversité.

 

La FAO recommande justement de renforcer la diversité des systèmes alimentaires et agricoles, notamment dans les zones pluviales, afin de réduire la dépendance aux intrants extérieurs et d’améliorer la résilience face aux variations climatiques.

5. Le climat va imposer ses propres choix

Le changement climatique est en train de modifier les règles du jeu.


Les saisons deviennent plus irrégulières, les températures augmentent et les
épisodes de sécheresse peuvent compromettre les rendements. La campagne
céréalière 2026 l’a encore montré: le début de saison a été marqué par un
retard des pluies, avant une amélioration significative des conditions à partir
de décembre.


La question de demain sera donc moins : « quelle culture rapporte le plus
aujourd’hui ? »

 

Elle sera : «quelle culture restera productive et rentable dans dix ou vingt ans ?»


Cette distinction est fondamentale.


Le choix des variétés, des semences, des dates de semis, des systèmes de rotation et des pratiques agricoles deviendra aussi important que le choix de la culture elle-même.

6. Repenser la carte agricole tunisienne

La Tunisie aurait intérêt à engager une véritable réflexion sur sa future carte
agricole.

 

Certaines zones pourraient être davantage orientées vers les céréales et les
légumineuses. D’autres vers l’arboriculture, l’élevage, les cultures maraîchères ou les productions à forte valeur ajoutée.

 

Cette spécialisation territoriale ne devrait cependant pas conduire à une agriculture uniforme. Au contraire, la diversification des cultures est une assurance contre les chocs climatiques et économiques.

 

Elle permet également de mieux répartir les risques pour les agriculteurs.

 

La technologie peut jouer un rôle important. Les outils de télédétection, les
données météorologiques, l’agriculture de précision et les systèmes de suivi
des cultures permettent progressivement de mieux connaître les besoins des
parcelles et d’adapter les décisions.

 

La FAO développe d’ailleurs en Tunisie des approches de suivi de la productivité
agricole et de gestion des ressources à partir de la télédétection.

5 chiffres-clés

85% — environ la part de la production céréalière tunisienne provenant du Nord.

 

60% — environ la part des besoins annuels en blé couverte par la production
nationale selon la FAO.


1,7 million de tonnes — production céréalière tunisienne estimée pour 2025, soit environ 18 % au-dessus de la moyenne quinquennale.

 

77% — part des ressources en eau allouée à l’agriculture selon la FAO.


9,8% — contribution de l’agriculture au PIB tunisien selon les données FAO
disponibles pour 2022.


CE QUE LA TUNISIE DOIT CHANGER 

• Passer de « produire plus » à « produire mieux ».

• Définir clairement les cultures stratégiques pour la sécurité alimentaire.

• Adapter les cultures aux réalités agroclimatiques de chaque territoire.

• Donner davantage de valeur aux productions destinées à l’exportation par la
transformation et la qualité.

• Diversifier les systèmes agricoles pour réduire les risques climatiques et
économiques.

• Investir dans les semences, la recherche, la donnée et l’agriculture de
précision.

• Donner aux jeunes agriculteurs les moyens d’investir et d’innover.»


Le vrai choix agricole de la Tunisie

La question «que doit cultiver la Tunisie demain?» ne trouvera jamais une réponse unique.

 

La Tunisie aura toujours besoin de céréales. Elle continuera à miser sur
l’olivier, les dattes et d’autres productions exportatrices. Elle devra
produire des fruits et légumes pour son marché intérieur et maintenir une
activité d’élevage capable de contribuer à ses besoins en protéines.

 

Mais elle devra surtout apprendre à arbitrer.


Arbitrer entre le revenu immédiat et la résilience future. Entre l’exportation et la
consommation locale. Entre les volumes et la valeur ajoutée. Entre les
habitudes agricoles et les nouvelles réalités climatiques.

 

L’agriculture tunisienne ne peut plus être pensée uniquement à partir de ce que la terre a produit hier.

 

Elle doit être pensée à partir de ce que le pays pourra produire demain, de ce que sa population aura besoin de manger et de ce que ses agriculteurs pourront
réellement vivre de leur travail.


C’est peut-être là le véritable tournant agricole tunisien : ne plus demander
seulement à la terre de produire davantage, mais décider intelligemment ce
qu’il faut lui demander de produire.

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