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Agrohealth Tunisie

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De la Chine à la Tunisie: que révèle la valeur de la production agricole sur la puissance agricole?

Par AgroHealth – La Chine en tête avec 1,86 trillion de dollars, contre environ 5 milliards pour la Tunisie: ce que les données de la FAOSTAT nous apprennent sur la puissance agricole tunisienne.


Les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montrent de très grands écarts entre les principales économies agricoles du monde. Selon les dernières données disponibles de la 
FAOSTAT pour 2024, la valeur mondiale de la production agricole atteint environ 5,24 trillions de dollars.

La Chine arrive très largement en tête, avec près de 1,86 trillion de dollars, devant l’Inde avec environ 573 milliards de dollars, les États-Unis avec 451 milliards de dollars et le Brésil avec environ 204 milliards de dollars. La Turquie atteint environ 92,4 milliards de dollars, tandis que la Tunisie se situe autour de 5,03 milliards de dollars.

Ces chiffres signifient que la Chine représente à elle seule environ 35,5 % de la valeur mondiale de la production agricole, alors que la part de la Tunisie est d’environ 0,1 %.


Mais il faut être prudent dans l’interprétation. Cet indicateur mesure la valeur économique de la production agricole au niveau de l’exploitation agricole. Il ne permet pas, à lui seul, de dire qu’un pays est plus productif ou plus efficace qu’un autre.

La Chine: une puissance agricole de dimension mondiale

La Chine occupe la première place, avec une valeur de production agricole d’environ 1,86 trillion de dollars en 2024, contre 573 milliards pour l’Inde et 451 milliards pour les États-Unis.


Ces chiffres montrent surtout l’ampleur du système agricole chinois. La Chine combine une importante production végétale et animale, un immense marché intérieur et de vastes réseaux de collecte, de transformation et de distribution.


Il est important de ne pas confondre valeur de la production agricole et valeur ajoutée de l’agriculture. L’indicateur de la FAOSTAT utilisé dans cette comparaison est calculé à partir des volumes de production et des prix payés aux producteurs, au niveau de l’exploitation agricole.

Inde, États-Unis et Brésil: trois modèles différents

L’Inde occupe la deuxième place avec environ 573 milliards de dollars. Ce résultat reflète une très grande base agricole, liée notamment à une population importante et à une grande diversité de cultures et de productions animales.


Les États-Unis atteignent environ 451 milliards de dollars. Cette comparaison montre aussi pourquoi la valeur totale de la production ne suffit pas pour mesurer l’efficacité agricole.


L’agriculture américaine se caractérise notamment par un niveau élevé de mécanisation, de technologie et de productivité, ainsi que par une importante capacité de stockage, de transformation et d’exportation.


Le Brésil, avec environ 204 milliards de dollars, s’appuie de son côté sur de vastes superficies agricoles et sur une production importante de soja, maïs, viande, canne à sucre et autres grandes productions destinées notamment aux marchés internationaux.


Il n’existe donc pas un seul modèle de puissance agricole : la Chine s’appuie sur le volume et la taille de son marché, les États-Unis sur la productivité et la technologie, le Brésil sur ses ressources naturelles et ses grandes filières agricoles, tandis que l’Inde combine volume et diversité.

La Turquie: une puissance agricole régionale proche de la Tunisie

La comparaison avec la Turquie est particulièrement intéressante pour la Tunisie.

En 2024, la valeur de la production agricole turque atteint environ 92,4 milliards de dollars, soit près de 18 fois la valeur enregistrée par la Tunisie, estimée à environ 5,03 milliards de dollars.


Cela ne signifie évidemment pas que l’agriculture turque est « 18 fois plus efficace » que l’agriculture tunisienne. La Turquie possède un territoire beaucoup plus vaste, une population plus importante, un marché intérieur considérable et une grande diversité climatique et agricole.


Mais cette différence montre aussi que la Turquie a réussi à développer une importante chaîne agricole et agroalimentaire, allant de la production à la transformation et à l’exportation.


C’est l’un des enseignements importants pour la Tunisie : la puissance agricole ne s’arrête pas au champ. Elle se prolonge dans tout ce qui se passe après la récolte.

Et la Tunisie? Environ 5 milliards de dollars

Selon les données 2024 de la FAOSTAT relatives à la valeur de la production agricole, la Tunisie atteint environ 5,03 milliards de dollars.


Ce montant est très faible comparé à celui de la Chine, de l’Inde, des États-Unis ou du Brésil, et reste également très inférieur à celui de la Turquie.


Mais cela ne signifie pas que l’agriculture tunisienne est marginale ou sans importance.


Ce chiffre doit être interprété en tenant compte de la taille du territoire tunisien, de sa population et de ses ressources naturelles, et non uniquement à travers une comparaison absolue avec les plus grandes puissances agricoles du monde.


La Tunisie dispose en effet de filières agricoles importantes, notamment l’olivier et l’huile d’olive, les dattes, les légumes, les produits de la pêche, les céréales et les productions animales.

Le chiffre tunisien ne dit pas tout

La difficulté commence lorsque la valeur de la production agricole est utilisée comme unique indicateur de la puissance d’un secteur.


Un pays peut avoir une valeur de production élevée en raison de l’importance de ses superficies agricoles et de sa population, tandis qu’un autre peut avoir une valeur plus faible mais une productivité plus élevée ou des produits agricoles à forte valeur ajoutée.


Pour la Tunisie, les questions importantes ne sont donc pas seulement: «Combien produisons-nous?»


Il faut aussi demander:

«Combien produisons-nous par hectare? Quelle valeur ajoutée créons-nous après la transformation? Combien exportons-nous? Combien d’emplois et de revenus créons-nous? Et quelle quantité d’eau faut-il pour produire une unité agricole?»

Ces questions sont essentielles pour évaluer la véritable capacité de l’agriculture tunisienne.

L’eau: un indicateur incontournable

Pour la Tunisie, il est impossible d’évaluer la puissance agricole sans prendre en compte l’eau.


Le pays fait face à des ressources hydriques limitées et à une pression croissante liée notamment à la sécheresse et au changement climatique. Dans ce contexte, augmenter simplement les volumes de production ne peut pas être le seul objectif.


L’enjeu est plutôt de produire davantage de valeur avec chaque unité d’eau, de terre et de travail.


Certaines productions tunisiennes à forte valeur peuvent ainsi jouer un rôle important sans nécessairement augmenter fortement les surfaces cultivées ou la consommation d’eau.


L’huile d’olive, les dattes, certains légumes et fruits, les produits de la mer ainsi que les produits alimentaires de qualité ou bénéficiant d’une indication géographique peuvent contribuer à augmenter la valeur économique de l’agriculture tunisienne.


Passer de «combien produisons-nous?» à «combien de valeur créons-nous?»

La comparaison avec les grandes puissances agricoles révèle une leçon importante: la puissance agricole du XXIe siècle ne se mesure pas uniquement aux volumes produits.


La Chine produit à une échelle gigantesque. L’Inde dispose d’une base agricole immense. Les États-Unis s’appuient largement sur la technologie et la productivité. Le Brésil bénéficie de vastes ressources et d’une forte spécialisation dans les grandes productions agricoles.


Pour la Tunisie, l’un des principaux leviers pourrait être l’augmentation de la valeur ajoutée.


Prenons l’exemple de l’huile d’olive. Sa valeur économique ne se limite pas à la production d’huile brute. Elle peut augmenter grâce au conditionnement, aux marques, à la qualité, aux certifications et à une meilleure commercialisation sur les marchés internationaux.


Le même raisonnement peut être appliqué aux dattes, aux tomates, aux produits de la mer, aux légumes et aux fruits.


La force agricole tunisienne peut être dans la qualité plutôt que dans le volume

Si la Chine représente environ 35,5% de la valeur mondiale de la production agricole, la Tunisie n’en représente qu’environ 0,1%.


Mais cette comparaison ne doit pas conduire à conclure que la Tunisie n’a pas d’avenir agricole.


Un pays relativement petit n’a pas nécessairement besoin de concurrencer la Chine ou l’Inde sur les volumes.


La compétition la plus réaliste peut se jouer sur la qualité, la spécificité des produits, la valeur ajoutée, l’efficacité dans l’utilisation de l’eau, la transformation agroalimentaire et l’accès aux marchés à forte valeur.


Cela conduit à une autre définition de la puissance agricole: il ne s’agit pas forcément d’être le plus grand producteur, mais d’être capable de transformer des ressources limitées en davantage de valeur économique, alimentaire et sociale, de manière durable.

Que disent ces chiffres à la Tunisie?

La comparaison des données de 2024 fait ressortir cinq messages essentiels:

Premièrement, le poids de l’agriculture tunisienne est très faible par rapport aux grandes puissances agricoles mondiales.


Deuxièmement, la Turquie constitue un modèle régional intéressant: sa valeur de production agricole est environ 18 fois supérieure à celle de la Tunisie selon le même indicateur.


Troisièmement, la valeur totale de la production ne mesure ni à elle seule la productivité, ni l’efficacité, ni la durabilité.


Quatrièmement, pour la Tunisie, la valeur créée par unité d’eau et par hectare devrait devenir un indicateur aussi important, voire plus important, que la simple augmentation des volumes produits.


Cinquièmement, les produits à forte valeur ajoutée peuvent permettre à la Tunisie d’accroître le poids économique de son agriculture sans chercher à rivaliser avec les grandes puissances sur les volumes.

Conclusion

Les données de la FAOSTAT placent la Chine au sommet de la production agricole mondiale, avec environ 1,86 trillion de dollars en 2024, alors que la Tunisie atteint environ 5 milliards de dollars.


Mais ces chiffres ne doivent pas être interprétés comme une simple compétition entre pays. Comparer la Chine, qui compte plus d’un milliard d’habitants, à un pays comme la Tunisie n’a de sens que si l’on tient compte des différences de territoire, de population, de ressources et de modèles agricoles.


La véritable question pour la Tunisie n’est donc pas de savoir comment devenir «la Chine agricole», mais plutôt:

Comment faire en sorte que chaque hectare, chaque goutte d’eau, chaque heure de travail et chaque tonne produite créent davantage de valeur?


C’est peut-être là que se trouve l’une des clés de l’agriculture tunisienne de demain: une production moins consommatrice de ressources, davantage de valeur ajoutée, une meilleure qualité, une industrie agroalimentaire plus forte et des produits tunisiens capables de mieux s’imposer sur les marchés internationaux.


Dans un monde confronté à la raréfaction de l’eau, au changement climatique et aux défis de la sécurité alimentaire, la puissance agricole ne sera peut-être pas seulement celle qui produit le plus, mais celle qui sait produire davantage de valeur avec moins de ressources.

Sources et méthodologie

Les comparaisons présentées dans cet article reposent sur l’indicateur FAOSTAT – Value of Agricultural Production, pour l’année 2024. La FAO précise que cet indicateur mesure la valeur de la production agricole en termes monétaires au niveau de l’exploitation agricole, à partir des données de production et des prix à la production. Il est donc différent de la valeur ajoutée agricole et de la valeur des exportations agricoles.


La FAO indique également que la FAOSTAT constitue une base statistique mondiale couvrant l’alimentation, l’agriculture, la pêche, les forêts, les ressources naturelles et la nutrition. Le domaine de la production agricole couvre notamment les cultures et les produits de l’élevage.

Source officielle

 

• FAOSTAT, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

• Données utilisées pour la comparaison: Chine 1,86 trillion $, Inde 572,95 milliards $, États-Unis 451,07 milliards $, Brésil 203,75 milliards $, Turquie 92,35 milliards $ et Tunisie 5,03 milliards $.


Remarque: le chiffre de 1,9 trillion de dollars souvent repris dans les articles correspond à un arrondi de la valeur plus précise de 1,86 trillion de dollars.



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