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Agriculture mondiale: et si l’avenir commençait par prendre soin de nos sols?
Le World Agriculture Forum place la santé des sols, l’innovation et la résilience au cœur de l’agriculture de demain. Pour la Tunisie, confrontée au stress hydrique et aux effets du changement climatique, ces orientations résonnent particulièrement.
L’agriculture mondiale traverse une période où les défis ne se succèdent plus, mais se rencontrent. Le changement climatique avance, les ressources en eau se raréfient, les sols se dégradent, la biodiversité recule et les tensions géopolitiques fragilisent les échanges alimentaires.
Dans le même temps, la population mondiale continue de croître et avec elle, la nécessité de produire suffisamment de nourriture.
Mais derrière ces grands enjeux se trouve une réalité beaucoup plus simple et beaucoup plus humaine: celle de l’agriculteur qui doit, chaque saison, faire pousser, nourrir, vendre et recommencer, avec des ressources parfois de plus en plus limitées.
C’est dans ce contexte que le World Agriculture Forum (WAF) a publié, le 22 juillet 2026, son Q2 Impact Report, consacré aux initiatives menées entre avril et juin 2026.
Il ne s’agit pas d’un rapport statistique mondial comparable à ceux de la FAO ou de l’OCDE, mais plutôt d’un bilan des actions, des partenariats et des orientations que le Forum souhaite promouvoir pour accompagner la transformation des systèmes agroalimentaires.
Les sols, une richesse que l’on ne peut plus considérer comme acquise
Parmi les messages les plus importants du rapport figure la santé des sols. Une terre agricole fertile n’est pas simplement un support dans lequel on plante une graine.
Elle constitue un écosystème vivant, capable de retenir l’eau, de stocker du carbone, de nourrir les plantes et de soutenir une partie essentielle de la biodiversité.
Lorsque les sols s’appauvrissent, c’est toute la capacité de production agricole qui devient plus fragile.
Le WAF appelle ainsi à renforcer la matière organique des sols, limiter l’érosion, améliorer la gestion des fertilisants et développer davantage de pratiques agricoles régénératrices.
Cette question est particulièrement importante dans les régions méditerranéennes, où la sécheresse, l’érosion et la pression exercée sur les terres agricoles peuvent accélérer leur dégradation.
Pour la Tunisie, prendre soin du sol signifie donc aussi protéger une partie de son avenir agricole.
Produire mieux sans demander toujours plus à la nature
L’un des autres axes majeurs du rapport concerne la technologie. Intelligence artificielle, drones, capteurs connectés, télédétection et agriculture de précision sont appelés à prendre une place croissante dans les exploitations.
L’objectif n’est toutefois pas de remplacer l’agriculteur par la technologie.
Il s’agit plutôt de lui donner de meilleurs outils pour décider.
Un capteur peut aider à déterminer si une parcelle a réellement besoin d’eau. Une image satellite peut permettre de détecter plus rapidement une anomalie dans une culture. Une plateforme numérique peut fournir des informations météorologiques plus précises.
L’intelligence artificielle peut, elle aussi, contribuer à analyser des données que l’agriculteur ne pourrait pas traiter seul.
L’enjeu est donc de produire davantage avec moins d’eau, moins d’énergie et moins d’intrants, tout en préservant la qualité des ressources naturelles.
Mais cette transition ne pourra être réellement efficace que si les technologies deviennent accessibles aux agriculteurs, y compris dans les petites exploitations et les zones rurales.
La sécurité alimentaire ne commence pas seulement dans le champ
Le WAF élargit également la réflexion sur la sécurité alimentaire. Produire davantage ne suffit pas si une partie de la récolte est ensuite perdue, mal conservée ou difficile à commercialiser.
La réduction des pertes après récolte, l’amélioration des chaînes logistiques et le développement des capacités locales de transformation apparaissent donc comme des leviers essentiels.
Cette approche rappelle une évidence souvent oubliée: la sécurité alimentaire est une chaîne. Elle commence avec la terre et la semence, mais se poursuit avec l’eau, la production, la récolte, le stockage, le transport, la transformation et enfin l’accès du consommateur à une alimentation sûre et de qualité.
Cinq dialogues et une nouvelle génération à former
Au cours du deuxième trimestre 2026, le WAF indique avoir organisé cinq dialogues internationaux, réunissant différents acteurs autour des enjeux agricoles.
Le Forum a également lancé une Global Soil Health Coalition, consacrée à la santé et à la restauration des sols, ainsi qu’un Global Doctoral Internship Program, destiné à contribuer à la formation d’une nouvelle génération de spécialistes de l’agriculture durable.
Ce dernier volet mérite une attention particulière.
L’agriculture de demain ne sera pas uniquement une affaire de machines, de satellites ou d’intelligence artificielle. Elle aura besoin de chercheurs, d’ingénieurs, d’agronomes, d’entrepreneurs et surtout de jeunes capables de comprendre simultanément les dimensions scientifiques, économiques, environnementales et humaines de l’agriculture.
Investir dans les jeunes, c’est donc investir dans la capacité d’un pays à construire son propre modèle agricole.
Et la Tunisie dans tout cela?
Pour la Tunisie, plusieurs orientations du rapport font directement écho aux défis actuels.
Le premier est évidemment l’eau.
Dans un pays où le stress hydrique pèse de plus en plus sur l’agriculture, l’irrigation intelligente, les technologies d’économie d’eau et la réutilisation des eaux traitées peuvent constituer des pistes importantes.
La deuxième priorité concerne la numérisation. Des services météorologiques de précision, des plateformes d’information agricole, la télédétection et des outils d’intelligence artificielle pourraient progressivement aider les agriculteurs à mieux anticiper les risques et à utiliser leurs ressources avec davantage de précision.
La troisième concerne les sols. La lutte contre la désertification, la protection de la matière organique, les cultures de couverture et les pratiques agricoles régénératrices peuvent contribuer à restaurer progressivement la fertilité des terres.
Enfin, aucune transformation ne pourra être durable sans financement. L’accès au crédit agricole, aux investissements privés et aux financements internationaux liés au climat reste déterminant pour permettre aux exploitations d’adopter de nouvelles technologies et de s’adapter aux changements environnementaux.
L’agriculture de demain devra rester humaine
Le message qui se dégage du rapport du World Agriculture Forum dépasse finalement la technologie ou les politiques agricoles.
Il rappelle que l’agriculture ne peut pas être pensée uniquement en termes de rendement.
Derrière chaque hectare se trouve un agriculteur. Derrière chaque récolte, une famille. Derrière chaque ressource en eau économisée, un territoire qui gagne un peu de temps.
Et derrière chaque sol préservé, la possibilité pour une génération future de continuer à cultiver.
Pour la Tunisie, la transition agricole ne signifie donc pas seulement moderniser les équipements. Elle signifie aussi protéger les terres, économiser l’eau, accompagner les agriculteurs, donner aux jeunes les moyens d’entreprendre et rapprocher davantage la recherche scientifique du terrain.
Le regard AgroHealth
Le rapport du WAF porte un message qui mérite d’être entendu en Tunisie: la résilience agricole ne se construit pas uniquement lorsque la crise arrive. Elle se prépare bien avant.
Préserver un sol aujourd’hui, économiser une goutte d’eau, former un jeune agriculteur, développer une technologie adaptée ou réduire une perte après récolte sont autant de petites décisions qui peuvent, mises bout à bout, changer la capacité d’un système agricole à résister aux prochaines années.
L’agriculture de demain devra certainement être plus technologique. Mais elle devra surtout être plus intelligente dans l’utilisation de ses ressources, plus respectueuse du vivant et plus proche de celles et ceux qui la font vivre.
C’est peut-être là que se trouve la véritable transition agricole: produire pour aujourd’hui, sans épuiser les moyens de nourrir demain.

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