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Agrohealth Tunisie

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Pr. Dhia Bouktila – Sidi Bouzid, la fertilité à l’épreuve de l’aridité [La Tunisie fertile (6)]

Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir – Il existe des territoires dont la fertilité saute aux yeux. D’autres obligent à regarder plus longtemps. Sidi Bouzid appartient à cette seconde catégorie.

 

Au cœur de la Tunisie, dans un environnement marqué par la faiblesse et l’irrégularité des précipitations, le gouvernorat a progressivement construit une agriculture capable de produire malgré l’aridité.

 

Plaines céréalières, oliveraies, vergers, parcours et périmètres irrigués composent aujourd’hui un territoire agricole d’une remarquable diversité.

 

À Regueb, l’irrigation a favorisé l’essor d’une agriculture spécialisée et connectée aux marchés ; à Jelma, Meknassy et ailleurs, d’autres combinaisons entre cultures, élevage et arboriculture ont façonné les paysages et les systèmes de production.

 

Cette diversité n’est pas le fruit d’une seule vocation agricole. Elle résulte d’une transformation progressive du territoire.

 

Sidi Bouzid raconte ainsi une autre histoire de la Tunisie fertile: celle d’une fertilité qui n’attendait pas simplement d’être révélée, mais qui s’est progressivement construite.

 

Mais cette construction atteint aujourd’hui un point critique. Comment continuer à faire fructifier la terre lorsque la ressource qui a permis l’intensification agricole devient elle-même la principale limite?

 

Bienvenue à Sidi Bouzid.

 

1. De la céréaliculture à l’arboriculture: construire une agriculture adaptée

 

Sidi Bouzid occupe une position singulière dans la géographie tunisienne.

 

Le gouvernorat se situe au Centre-Ouest, entre plusieurs ensembles géographiques et climatiques.


Cette position de transition se lit dans ses paysages: les grandes plaines
cultivées alternent avec les reliefs, les steppes et les espaces pastoraux.

 

La pluviométrie y est faible et irrégulière ; dans le bassin de Regueb, les
précipitations annuelles sont de l’ordre de 200 à 300 mm, tandis que
l’évapotranspiration potentielle est élevée.

 

Dans un tel contexte, l’agriculture ne peut être pensée comme dans les régions humides du Nord.

 

La pluie est une ressource intermittente. L’espace, lui, est immense. Entre les deux s’est construite une agriculture dont l’histoire est aussi celle d’une adaptation.

 

Pendant longtemps, l’agriculture de Sidi Bouzid s’est structurée autour
de deux grands piliers : la céréaliculture en sec et l’élevage ovin extensif.

 

Les céréales occupaient de vastes superficies, mais leur production restait étroitement dépendante des précipitations et donc très variable d’une année à l’autre.

 

Les troupeaux, eux, s’appuyaient largement sur les parcours qui
constituaient une composante essentielle du système pastoral.

Puis est venue l’arboriculture.

 

L’arbre représentait une autre manière de faire avec l’aridité. Là où une culture annuelle devait recommencer chaque année son cycle sous la menace de la sécheresse, un arbre installé dans le sol pouvait inscrire la production dans le temps long.

 

Dès les années 1970, l’arboriculture fruitière s’est développée de manière importante dans le gouvernorat.

 

Les programmes de développement de l’agriculture en sec ont notamment encouragé l’amandier, le pistachier, l’olivier et les plantations fourragères.

 

Ce choix n’était pas anodin. Il signifiait déjà que l’avenir de l’agriculture de Sidi Bouzid résiderait dans le choix d’espèces capables de transformer une contrainte climatique en possibilité de production.

 

L’arbre allait devenir l’un des grands architectes du paysage.

2. L’arbre, une réponse à l’aridité

Aujourd’hui, aucune lecture de Sidi Bouzid ne peut ignorer l’olivier.

 

Les chiffres donnent la mesure de cette transformation: environ 307 000 hectares d’oliveraies, soit près de 45% de la superficie du gouvernorat et 93% de ses superficies arboricoles, avec un patrimoine de plus de

23 millions d’oliviers, selon les données régionales communiquées en 2025 [1].

 

L’olivier n’est donc plus seulement une culture parmi d’autres.

 

Il structure le paysage et soutient toute une économie de production, de transformation et de commercialisation.

 

Lors de la campagne 2024-2025, Sidi Bouzid avait déjà enregistré 282 000 tonnes d’olives récoltées à la fin février 2025 [2].


Le gouvernorat figurait par ailleurs au premier rang national, avec une
production représentant environ 19 % du total national.

 

Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache une histoire plus profonde.

 

L’olivier a permis à Sidi Bouzid de transformer son espace sans reposer sur les mêmes besoins en eau que les cultures irriguées intensives.

 

Avec l’amandier et le pistachier, il appartient à cette arboriculture du sec qui a progressivement redessiné le territoire.

 

Des espèces différentes, mais une même logique: installer une production durable dans un environnement où l’eau demeure rare et irrégulière.

 

L’amandier, traditionnellement bien adapté aux conditions de l’agriculture en sec, demeure l’une des composantes de la diversité arboricole de Sidi Bouzid.

 

Les données du CRDA montrent sa présence dans plusieurs délégations du gouvernorat, aux côtés de l’olivier, du pistachier et d’autres arbres fruitiers [3].

 

Le pistachier constitue une autre composante remarquable de cette arboriculture adaptée au sec.

 

Les données agricoles récentes montrent qu’il est largement présent dans plusieurs délégations du gouvernorat, aux côtés de l’olivier et de l’amandier [3].

 

Son implantation durable dans le paysage agricole de Sidi Bouzid illustre ainsi le rôle des espèces arboricoles adaptées aux conditions semi-arides dans la diversification des productions.

 

C’est là que la biologie rejoint l’économie. Une espèce végétale n’est pas seulement une production. Elle peut aussi devenir une stratégie territoriale.


Choisir un arbre plutôt qu’une culture annuelle, une espèce plutôt qu’une autre, un système pluvial plutôt qu’un système fortement irrigué, c’est déjà choisir une manière de composer avec le climat.

 

L’arbre devient alors bien plus qu’un élément du paysage: il devient l’un des grands architectes du territoire agricole de Sidi Bouzid.

 

Figure 1. L’olivier, architecte du paysage agricole de Sidi Bouzid.
Source: Hamiddou, Wikimedia Commons.
3. Les agro-territoires de Sidi Bouzid: composer avec l’eau, l’aridité et la diversité

3.1. Le Nord : céréales et systèmes agro-pastoraux

 

Vers le nord du gouvernorat, notamment à Jelma et Cebalet Ouled Asker, la céréaliculture occupe une place importante, notamment le blé dur et l’orge, dans des systèmes encore largement dépendants des précipitations.

 

Ces territoires associent cultures céréalières, oliviers et élevage, auxquels s’ajoutent de vastes espaces de parcours qui perpétuent la vocation pastorale ancienne de la région [4].

 

3.2. La plaine centrale: l’essor du maraîchage irrigué

 

Plus à l’ouest et au centre, Sidi Bouzid Ouest et El Hichria présentent une autre configuration.

 

La disponibilité de l’eau, notamment à travers les ressources souterraines et les aménagements hydrauliques, a permis le développement d’une agriculture irriguée plus intensive.

 

Le maraîchage y occupe une place importante, avec des productions telles que la tomate, l’oignon, le poivron, la pomme de terre, l’ail et diverses cultures de saison [4,5].

 

L’arboriculture irriguée y accompagne également les cultures légumières, notamment l’olivier et le grenadier.

 

Ici, l’eau ne constitue pas seulement un facteur de production: elle devient le levier d’une diversification agricole qui transforme progressivement les systèmes de culture et les paysages.

 

3.3. Regueb et ses territoires voisins: diversification et spécialisation agricoles

Regueb permet d’observer une autre facette de la transformation agricole de Sidi Bouzid.

 

Le territoire bénéficie de terres favorables à l’agriculture, d’un climat qui permet notamment une certaine précocité des productions et, surtout, de ressources en eaux souterraines qui ont progressivement soutenu le développement de l’irrigation [4].

 

Ce développement a profondément modifié les systèmes de production.

 

Regueb est devenu un territoire de vergers, de maraîchage et de cultures spécialisées, où les agriculteurs ont développé des productions à plus forte valeur économique: légumes, melons, tomates, arbres fruitiers, agrumes et oliviers [4].

L’agriculture s’est ainsi progressivement rapprochée du marché, avec une diversification qui a transformé à la fois les paysages, les pratiques agricoles et les débouchés économiques.

 

Le maraîchage occupe une place particulière dans cette transformation.

 

Il repose sur une gamme étendue de cultures, des légumes d’hiver aux productions estivales, en passant par les primeurs et l’arrière-saison: tomate, oignon, carotte, ail, pomme de terre, melon, pastèque et poivron [4,5].

 

Avec Sidi Bouzid Est et Sidi Bouzid Ouest, Regueb compte parmi les principaux territoires maraîchers du gouvernorat [4].

 

La délégation s’est également affirmée dans les cultures primeurs, notamment le melon, la pastèque et certaines productions fruitières.

 

Le maraîchage traduit ainsi une agriculture de plus en plus diversifiée et orientée vers des marchés différenciés qui valorisent la précocité et la saisonnalité.

 

Le cas des agrumes est particulièrement révélateur. Les superficies qui leur sont consacrées dans le gouvernorat sont passées de 228 hectares en 2017 à plus de 486 hectares en 2024, dont environ 430 hectares à Regueb. Sur la même période, la production est passée d’environ 2 500 à plus de 14 000 tonnes [6].

 

Cette évolution montre comment l’irrigation peut ouvrir de nouvelles possibilités agricoles dans un territoire semi-aride.

 

Elle permet de diversifier les cultures, d’étendre les productions à plus forte valeur et de renforcer leur insertion dans les circuits commerciaux.

 

Mais cette transformation a aussi son revers. Une agriculture irriguée ne dépend plus seulement de la pluie: elle repose sur une ressource souterraine qu’il faut préserver.

 

À mesure que l’irrigation s’étend, la question n’est donc plus seulement de savoir ce que l’eau permet de produire, mais aussi combien de temps cette ressource peut soutenir ce modèle agricole [7].

 

Regueb illustre ainsi une tension désormais centrale à Sidi Bouzid: l’irrigation a ouvert de nouvelles voies à l’agriculture, mais la durabilité de ces voies dépend de la capacité à gérer une ressource en eau limitée.

Figure 2. Les vergers d’agrumes de Regueb, nouvelle composante de l’agriculture irriguée de Sidi Bouzid. Source image : Facebook : Sidi Bouzid News, 02 novembre 2024.

Autour de Regueb, l’agriculture forme un véritable continuum entre olivier, pistachier, amandier, agrumes, maraîchage et céréales.

 

Cette complémentarité se retrouve dans les territoires voisins de Ouled Haffouz, Essaïda et Sidi Bouzid Est, où l’arboriculture sèche demeure largement présente, tandis que les céréales et l’élevage conservent une place importante.

 

3.4. Le Sud : l’arboriculture sèche et les systèmes agro-pastoraux face à l’aridité

 

Plus au sud, autour de Meknassy, Menzel Bouzaïane et Mezzouna, les systèmes agricoles prennent une autre forme.

 

L’arboriculture sèche y occupe une place importante, notamment à travers l’olivier, le pistachier et l’amandier.

 

Les céréales restent également présentes, tandis que l’élevage et les parcours conservent un rôle plus marqué dans les systèmes agricoles.

 

Autour de Meknassy et de Menzel Bouzaïane, dans la partie méridionale du gouvernorat, l’association entre olivier, élevage ovin et espaces de parcours témoigne de la continuité entre agriculture et pastoralisme. 

 

L’arbre assure une production adaptée aux conditions semi-arides, les céréales valorisent les années suffisamment favorables sur le plan pluviométrique, tandis que les troupeaux exploitent les parcours.

 

Cette combinaison constitue une forme ancienne, mais toujours actuelle, de gestion du risque climatique.

 

Lorsque la pluie est incertaine, aucune production ne peut être considérée isolément.

 

La diversification permet de répartir le risque entre plusieurs cultures, plusieurs espèces et plusieurs calendriers de production.

 

Dans l’extrême sud du gouvernorat, notamment vers Mezzouna, cette logique devient encore plus visible: les espaces de parcours prennent davantage d’importance et la céréaliculture reste étroitement liée aux conditions pluviométriques [4].

 

L’agriculture y apparaît alors moins comme une recherche d’intensification que comme un exercice permanent d’adaptation à un milieu contraignant.

 

Ainsi, de Jelma à Mezzouna, de Regueb à Sidi Ali Ben Aoun, Sidi Bouzid ne présente pas un modèle agricole unique.

 

Le gouvernorat rassemble plusieurs manières de composer avec le même défi: produire dans un territoire où l’eau est rare, irrégulière et inégalement accessible. 

4. L’eau souterraine: entre richesse et vulnérabilité

 

Il existe une richesse agricole de Sidi Bouzid que l’œil ne voit pas : l’eau qui circule sous les terres.

 

Le gouvernorat dispose d’un important réseau de puits et de forages, ainsi que de lacs collinaires, qui contribuent à soutenir l’activité agricole dans un territoire où les précipitations sont faibles et irrégulières[8]. 

 

L’eau souterraine constitue ainsi une véritable infrastructure invisible: elle rend possible l’irrigation des oliveraies, le développement du maraîchage et des agrumes, et, plus largement, la diversification des productions.

 

Figure 3. L’irrigation agricole à Sidi Bouzid : une ressource souterraine essentielle à la production dans un milieu semi-aride.

Source : Diwan FM, « Sidi Bouzid : données sur l’avancement de la campagne des grandes cultures », photographie publiée par Diwan FM.

 

Mais cette richesse est fragile.

Dans le bassin de Regueb, l’extension de l’agriculture irriguée s’est accompagnée d’une exploitation intensive des nappes.

 

Des travaux hydrogéologiques récents montrent que l’extension de l’agriculture irriguée s’est accompagnée d’une exploitation intensive des eaux souterraines et que la gestion de cette ressource devient de plus en plus difficile[7].

 

Une étude publiée en 2026 met également en évidence une contamination nitratée préoccupante des eaux souterraines du bassin de Regueb et souligne l’importance d’une meilleure maîtrise de la fertilisation et de l’irrigation[9].

 

La question de l’eau à Sidi Bouzid n’est donc pas seulement celle de sa disponibilité.

 

Elle est celle de l’équilibre entre ce que la nappe peut fournir, ce que l’agriculture prélève et ce que le territoire peut renouveler.

 

C’est toute la difficulté des eaux souterraines: leur invisibilité peut donner une impression d’abondance.

 

Or la nappe est un capital naturel: elle soutient la richesse agricole d’aujourd’hui, mais conditionne aussi celle de demain.

 

Figure 4. Le bassin de Regueb : un territoire structuré par les eaux souterraines et l’irrigation. Source : adapté de Missaoui et al. (2026) [9].

 

5. L’élevage: une mémoire encore vivante du territoire

Avant la transformation progressive de Sidi Bouzid en grand territoire arboricole et maraîcher, l’élevage ovin extensif occupait une place centrale dans son agriculture.

 

Il demeure aujourd’hui présent, notamment dans les parcours et dans les exploitations qui associent élevage et cultures, tandis que l’extension de l’arboriculture et de l’irrigation a progressivement transformé les équilibres entre les différentes composantes des systèmes agricoles [4]. 

 

L’élevage apparaît ainsi comme un élément d’un système agricole en transformation.

 

Sa place a changé, mais la logique de complémentarité entre cultures, arbres et animaux demeure une caractéristique durable du territoire agricole de Sidi Bouzid.

 

Le mouton occupe une place particulière dans cette identité agricole.

 

Des travaux consacrés aux produits de terroir tunisiens ont notamment identifié l’agneau de Sidi Bouzid, associé à la race Barbarine, parmi les produits présentant un potentiel de valorisation territoriale.

 

Mais l’expansion de l’arboriculture et des cultures irriguées s’est également accompagnée d’une pression croissante sur certains espaces pastoraux.

 

Des documents de développement régional ont relevé cette transformation et la pression croissante exercée sur les parcours.

 

Cette évolution pose une question rarement visible dans les statistiques agricoles:

 

que gagne-t-on lorsqu’une production nouvelle remplace une ancienne fonction du territoire, et que perd-on en contrepartie?

 

La fertilité d’un territoire n’est pas uniquement une somme de productions. Elle est aussi faite de complémentarités.

 

Figure 5. La Barbarine, une race emblématique des territoires arides. Source : Ramagri, Wikimedia Commons.

6. Du champ à l’assiette : quand le territoire devient cuisine

 

À Sidi Bouzid, l’agriculture ne s’arrête pas au champ : elle se retrouve aussi dans l’assiette.

 

L’alimentation locale est le prolongement d’un agrosystème fondé sur les céréales, l’olivier, les fruits, les légumes, l’élevage et les produits des parcours.

 

Le couscous, préparé à partir des céréales du territoire et accompagné selon les saisons de légumes, d’huile d’olive ou de viande ovine, en constitue une expression évidente.

 

L’huile d’olive accompagne quotidiennement pains, salades, légumes et préparations traditionnelles.

 

Les piments et légumes séchés, les conserves et les produits issus de la transformation domestique prolongent également la saison agricole et permettent de conserver une partie des récoltes.

 

À cela s’ajoutent les fruits du territoire (amande, pistache, raisin ou agrumes) consommés frais, séchés ou transformés selon les traditions familiales.

 

À Sidi Bouzid, la gastronomie apparaît ainsi comme une composante de l’agrosystème lui-même : ce que la terre produit façonne aussi ce que l’on mange.

 

Figure 6. Couscous tunisien à l’agneau: la cuisine comme expression de l’agrosystème local. Source: Habib M’henni, Wikimedia Commons.
 

7. Le regard du scientifique: conserver la diversité pour préparer l’avenir

 

Le cas de Sidi Bouzid permet de comprendre quelque chose de fondamental en génomique agricole: l’adaptation au climat ne commence pas avec une technologie.

Elle commence avec la diversité du vivant.

 

Un territoire qui possède plusieurs espèces, plusieurs variétés, plusieurs populations animales et plusieurs systèmes de production possède davantage de possibilités pour répondre aux changements futurs.

 

L’olivier, l’amandier, le pistachier, les céréales, les espèces maraîchères, les arbres fruitiers et les races animales locales constituent ainsi un véritable patrimoine adaptatif.

 

La génétique peut permettre d’identifier les caractères qui rendent certains génotypes plus performants sous déficit hydrique ou forte température: architecture racinaire, efficience d’utilisation de l’eau, précocité, régulation stomatique, stabilité reproductive ou maintien du rendement sous stress.


Mais la génomique ne doit pas être considérée comme une solution magique. Elle devient réellement utile lorsqu’elle est associée à l’agronomie, à l’hydrologie et à la connaissance fine des territoires.

 

Pour Sidi Bouzid, cela signifie pouvoir répondre à des questions très concrètes:

·         Quelle variété planter dans telle zone ?

·         Quel génotype conserve son rendement sous déficit hydrique ?

·         Quels systèmes permettent de préserver simultanément le sol, la nappe et le revenu agricole ?

 

La réponse devra venir de données croisées: génomiques, climatiques, hydrologiques, agronomiques et économiques.

 

C’est précisément dans cet espace que la recherche agricole prend tout son sens.


Les travaux menés sur le quinoa par des équipes de recherche associées à Sidi Bouzid, notamment sur sa réponse à la salinité, illustrent ainsi une piste de diversification encore émergente [10].

 

Préserver la diversité du vivant, produire de la connaissance et expérimenter de nouvelles solutions : c’est peut-être ainsi que se construit, dès aujourd’hui, la fertilité de demain.

 

Une fertilité construite

 

Sidi Bouzid est parfois regardée à travers ce qui lui manque : la pluie, l’eau, les infrastructures, les débouchés.

 

Elle mérite aussi d’être regardée à travers ce qu’elle a construit:

·         Une agriculture capable de faire coexister l’arbre et la céréale, le parcours et le verger, le maraîchage et l’élevage.

·         Une oléiculture devenue l’une des plus importantes du pays.

·         Des espaces comme Regueb transformés par l’irrigation.

·         Une économie agricole qui cherche progressivement à passer de la production brute à la transformation et à la qualité.

 

Sidi Bouzid a appris à produire malgré l’aridité. L’enjeu, désormais, est d’apprendre à produire avec elle, sans épuiser l’eau, les sols ni la diversité du vivant.

 

Car la fertilité de demain ne sera pas nécessairement celle qui produit le plus, mais celle qui saura produire encore.

 

Sidi Bouzid n’est donc pas seulement une terre agricole du Centre tunisien.

 

Elle est déjà, à sa manière, un laboratoire grandeur nature de la question qui attend toute l’agriculture méditerranéenne: comment faire durer la fertilité lorsque la rareté devient la nouvelle condition du vivant?

Dhia Bouktila

Professeur de Génétique à l’Université de Monastir

Spécialisé en génomique appliquée aux systèmes agricoles et environnementaux

 

Références

[1] Tunis Afrique Presse (TAP). (7 novembre 2025). « Sidi Bouzid table sur une production record de 500 mille tonnes d’olives ».

 

Focus Régions. Données communiquées par le Commissariat régional au développement agricole de Sidi Bouzid : superficies oléicoles, nombre d’oliviers, production 2025-2026 et part dans la production nationale.

 

[2] Webmanagercenter, 24 février 2025, « Sidi Bouzid : La récolte oléicole 2025 atteint 282 000 tonnes avec une prévision de 310 000 tonnes », avec TAP.

 

[3] Ministère de l’Économie et de la Planification, Office de Développement du Centre-Ouest (ODCO) (2022).Brochure Sidi Bouzid – données statistiques 2022.

[4] Ministère de l’Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire. Direction générale de l’Aménagement du Territoire. (2016).

Schéma directeur d’aménagement et de développement du gouvernorat de Sidi Bouzid

[5] Tunis Afrique Presse (TAP). (22 juin 2026). « Sidi Bouzid : Diversification des cultures de primeurs dans la région ».

 

[6] Tunis Afrique Presse (TAP). (7 novembre 2025). « Sidi Bouzid : des défis multiples pour une récolte d’agrumes estimée à 14 mille tonnes ».

 

[7] Gouasmia M, Dhahri F, Mhamdi A, Soussi M (2024) Hydrogeological and Hydrogeochemical Characterization of the Aquifer System of Regueb (Central Tunisia). In: Chenchouni, H., et al.

 

Recent Advancements from Aquifers to Skies in Hydrogeology, Geoecology, and Atmospheric Sciences. MedGU 2022. Advances in Science, Technology & Innovation. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-031-47079-0_8  



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