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Agrohealth Tunisie

L’ashwagandha, de la médecine traditionnelle aux recherches scientifiques

Actuhealth L’ashwagandha, de la médecine traditionnelle aux recherches scientifiques Par AgroHealth – Pendant des siècles, certaines plantes ont accompagné les sociétés humaines dans leur manière de prendre soin du corps et de retrouver un équilibre face aux difficultés du quotidien. Parmi elles, l’ashwagandha occupe aujourd’hui une place particulière. Connue sous le nom scientifique de Withania somnifera, cette plante médicinale traditionnelle est utilisée depuis plusieurs milliers d’années, notamment dans la médecine ayurvédique en Inde.   Longtemps cantonnée aux usages traditionnels, l’ashwagandha attire désormais l’attention de la recherche scientifique. Stress, sommeil, fatigue, performance physique… ses propriétés supposées sont nombreuses et expliquent son succès récent dans les compléments alimentaires.   Mais entre tradition, promesses commerciales et données scientifiques, il est nécessaire de faire la part des choses. Une plante ancienne devenue populaire L’ashwagandha est un arbuste à feuilles persistantes qui pousse notamment dans certaines régions d’Inde, d’Afrique et du Moyen-Orient. Sa racine est traditionnellement la partie la plus utilisée, même si certaines préparations contiennent également les feuilles.   La plante renferme plusieurs composés bioactifs, notamment les withanolides, auxquels sont attribuées différentes activités biologiques étudiées en laboratoire. C’est notamment autour de ces molécules que s’est développé l’intérêt scientifique actuel pour Withania somnifera.   L’ashwagandha est parfois présentée comme un «ginseng indien». Cette appellation est cependant surtout populaire et ne signifie pas qu’elle soit botaniquement apparentée au véritable ginseng. Le stress, au cœur de l’intérêt scientifique Le stress fait partie de la vie quotidienne. Lorsqu’il devient chronique, il peut cependant perturber le sommeil, l’humeur et le bien-être général. C’est précisément sur cette dimension que les recherches consacrées à l’ashwagandha se sont particulièrement développées.   Plusieurs essais cliniques suggèrent que certaines préparations d’ashwagandha pourraient contribuer à réduire la perception du stress et certains marqueurs associés, notamment le cortisol.   Une méta-analyse publiée en 2024, regroupant neuf essais randomisés et 558 participants, a observé une diminution de certains indicateurs du stress et de l’anxiété chez les personnes ayant reçu des préparations d’ashwagandha par rapport au placebo.   Les auteurs soulignent néanmoins la nécessité de poursuivre les recherches, notamment pour mieux évaluer la sécurité d’une utilisation prolongée.   Une analyse plus récente publiée en 2026, portant sur 22 études, retrouve également des résultats encourageants concernant le stress et l’anxiété.    Mais les chercheurs insistent sur l’hétérogénéité des études disponibles et sur la nécessité d’essais cliniques plus robustes avant de transformer ces résultats en recommandations médicales générales.   Autrement dit, l’ashwagandha apparaît prometteuse, mais elle ne constitue pas pour autant un traitement établi contre les troubles anxieux.   Quand le sommeil devient difficile Le sommeil constitue un autre domaine dans lequel l’ashwagandha suscite beaucoup d’intérêt.   Une revue systématique et méta-analyse publiée dans PLOS ONE a analysé cinq essais randomisés portant au total sur 400 adultes. Les résultats suggéraient un effet favorable, mais relativement modeste, sur certains paramètres du sommeil.   Les effets semblaient notamment plus importants chez les personnes souffrant d’insomnie et dans certaines conditions d’utilisation étudiées.   Une autre méta-analyse publiée en 2024 a également rapporté des améliorations de certains paramètres liés à l’anxiété et au sommeil. Toutefois, les études restent relativement petites et utilisent des préparations différentes, ce qui rend difficile la comparaison directe des résultats.   L’intérêt scientifique est donc réel, mais il serait excessif de présenter l’ashwagandha comme une solution universelle contre l’insomnie. Le sommeil reste influencé par de nombreux facteurs, notamment le rythme de vie, l’alimentation, l’activité physique, le stress et les habitudes numériques. Fatigue, sport et fonctions cognitives: des pistes encore ouvertes L’ashwagandha est également devenue populaire auprès de certaines personnes pratiquant une activité physique. Elle est commercialisée comme pouvant favoriser la récupération, l’énergie ou les performances sportives.   Pourtant, selon le Centre national américain pour la santé complémentaire et intégrative, les données disponibles restent insuffisantes pour conclure clairement à un bénéfice sur les performances athlétiques ou sur les fonctions cognitives.   La même prudence concerne plusieurs autres domaines de recherche, notamment la glycémie, la fertilité féminine ou certains troubles métaboliques. Cette distinction est importante.   Une plante peut posséder des propriétés biologiques intéressantes sans que celles-ci se traduisent automatiquement par un bénéfice clinique démontré chez l’être humain. Une plante naturelle, mais pas sans risques Le mot «naturel» peut parfois donner l’impression qu’un produit est nécessairement sans danger. Or, cette idée peut être trompeuse.   L’ashwagandha peut provoquer chez certaines personnes des effets indésirables tels que des troubles digestifs, des diarrhées, des vomissements ou une somnolence.   Surtout, des cas rares d’atteintes hépatiques ont été rapportés chez des personnes ayant consommé des compléments contenant de l’ashwagandha. La prudence est également importante en cas de maladie thyroïdienne ou auto-immune.   L’ashwagandha peut aussi interagir avec certains médicaments, notamment des traitements de la thyroïde, des médicaments contre le diabète ou l’hypertension, des sédatifs, des anticonvulsivants et certains immunosuppresseurs. Elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement.   Ces précautions rappellent une réalité souvent oubliée dans l’univers des compléments alimentaires : une plante médicinale n’est pas automatiquement un produit anodin. Complément alimentaire ne signifie pas médicament Aujourd’hui, l’ashwagandha est disponible sous différentes formes, notamment en poudre, en gélules ou sous forme d’extraits concentrés. Le problème est que toutes les préparations ne sont pas nécessairement équivalentes.   La teneur en composés actifs, la partie de la plante utilisée, le procédé d’extraction et la qualité du produit peuvent varier. Deux compléments portant le même nom peuvent donc présenter des compositions différentes.   Les autorités sanitaires américaines rappellent d’ailleurs que les compléments alimentaires ne suivent pas exactement le même cadre réglementaire que les médicaments et que la qualité et la composition réelle d’un produit peuvent parfois différer de ce que le consommateur imagine à partir de son étiquette.     Pour le consommateur, cette réalité impose donc une certaine vigilance. Acheter un complément sur la seule base d’une promesse publicitaire ou d’un témoignage publié sur les réseaux sociaux n’est pas une garantie d’efficacité ni de sécurité.   Ce que la science permet réellement de dire L’ashwagandha se trouve aujourd’hui à la rencontre de deux mondes. D’un côté,

Pr. Dhia Bouktila – Le Kef et Siliana: deux hautes terres, la fertilité au pluriel [La Tunisie fertile (3)]

PUB Chronique Pr. Dhia Bouktila – Le Kef et Siliana: deux hautes terres, la fertilité au pluriel [La Tunisie fertile (3)] Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir – Après les plaines nourricières de Béja et le grand système hydrologique de Jendouba, «La Tunisie fertile» poursuit son voyage vers les hautes terres du Nord-Ouest, là où la fertilité change de visage.   Au Kef et à Siliana, grandes plaines, plateaux, vallées, collines et montagnes composent une topographie qui façonne les agricultures. Ici, le blé et l’orge côtoient les troupeaux, l’olivier, les vergers, les figuiers et les cultures irriguées.   À chaque relief correspond une manière différente de produire, de transformer et de nourrir.Ces territoires sont aussi des réservoirs de savoir-faire: élevage, conservation des aliments, huile d’olive, fruits, produits céréaliers, cuisine, traditions orales et chants ruraux prolongent dans la culture ce que la terre produit dans les champs.   Le Kef et Siliana racontent ainsi une autre histoire de la fertilité tunisienne: celle d’une terre qui ne produit pas partout de la même manière, mais dont la diversité fait précisément la richesse.   Bienvenue au Kef et à Siliana, deux hautes terres où la fertilité se décline en mille visages.   Figure 1. Un paysage de Siliana associant terre cultivée, ondulations du relief et montagnes en arrière-plan. Source: Wikimedia Commons 1.   Quand le relief façonne l’agriculture   Avant de parler de blé, d’olivier, d’élevage ou de terroirs, il faut regarder le relief. Le Kef et Siliana ne sont pas réunis par simple proximité administrative.   Ils appartiennent à un même ensemble géographique du Nord-Ouest intérieur, à la rencontre du Haut Tell et de la Dorsale tunisienne. Les deux gouvernorats sont placés dans un espace de transition entre les influences plus humides du Nord et les conditions progressivement plus sèches du Centre.   La Dorsale n’est d’ailleurs pas une chaîne montagneuse continue, mais une succession de massifs, de plateaux et bassins. Être un territoire de hautes terres ne signifie donc pas être partout montagneux.   Au Kef, les grands espaces agricoles relativement ouverts sont ainsi entrecoupés de reliefs plus accidentés. Le gradient climatique renforce cette différenciation: les secteurs septentrionaux bénéficient de conditions plus humides, tandis que les conditions deviennent progressivement plus sèches vers le sud.   Siliana présente une organisation comparable, mais avec une empreinte plus directement marquée par les reliefs de la Dorsale. Les massifs de Kesra, Bargou et Serj, ainsi que les hautes terres de Makthar, structurent le territoire et individualisent plusieurs bassins et plaines intérieures.   Cette diversité topographique structure directement la répartition des systèmes agricoles. Les espaces aux pentes faibles, dotés de sols suffisamment profonds et aisément mécanisables, offrent les conditions les plus favorables aux grandes cultures, notamment céréalières.   À mesure que la pente augmente, les contraintes de mécanisation deviennent plus importantes, l’arboriculture, les cultures fourragères, les parcours et l’élevage peuvent alors prendre davantage de place.   Les vallées et les dépressions, lorsqu’elles concentrent des sols favorables et une ressource hydrique disponible, constituent quant à elles des espaces privilégiés pour l’irrigation et la diversification des productions.   Le relief n’est donc pas un simple décor de l’agriculture : il en constitue l’infrastructure naturelle. L’altitude agit sur les températures, la durée de la saison végétative et le risque de gel, la pente influence le ruissellement, l’érosion et la mécanisation, la position topographique conditionne en partie l’accumulation des sols et de l’eau.   Les deux gouvernorats partagent ainsi une même logique de hautes terres soumises à un gradient climatique et à une forte dépendance à la pluviométrie, où se juxtaposent plaines cultivées, plateaux, reliefs, parcours et espaces arboricoles.    Mais chacun exprime cette matrice à sa manière, selon son relief, ses sols, son histoire agricole et la disponibilité de l’eau. C’est précisément cette combinaison de proximité et de différence qui unit le Kef et Siliana: deux expressions agricoles d’une même géographie intérieure. 2. Le socle de la fertilité: sols, eau et terres agricoles Après le relief, trois autres composantes permettent de comprendre la fertilité du Kef et de Siliana: l’étendue des terres agricoles, la qualité des sols et la disponibilité de l’eau. Leur avenir agricole dépendra de la capacité à préserver ces trois composantes et leur fonctionnalité.   L’importance agricole du Kef et de Siliana apparaît d’abord dans leurs superficies. Au Kef, la superficie agricole utile atteint environ 483 000 hectares, dont près de 358 000 hectares de terres labourables [1]. À Siliana, elle avoisine 431 000 hectares, dont environ 313 000 hectares de terres labourables [2].   Dans les deux gouvernorats, l’agriculture occupe donc une part exceptionnelle du territoire, mais cette superficie ne constitue pas une réalité homogène: elle recouvre une mosaïque de sols, de disponibilités hydriques et de potentiels agronomiques.   Au Kef, les caractéristiques des sols varient sensiblement selon les secteurs, notamment par leur profondeur, leur teneur en matière organique et leur capacité à retenir l’eau.   À Siliana, les inventaires pédologiques font notamment apparaître des sols riches en calcaire, des sols très argileux et des sols plus complexes, associés à différents systèmes de grandes cultures et d’arboriculture. Cette diversité pédologique contribue directement à la différenciation des paysages agricoles et des terroirs.   L’autre fondation de ces agricultures est l’eau. Les deux gouvernorats disposent de périmètres irrigués, mais leur agriculture demeure largement dépendante de la pluviométrie. L’irrigation permet surtout de sécuriser certaines productions et d’élargir la gamme des cultures. 3. Première signature agricole du Kef et de Siliana: un royaume céréalier S’il fallait donner une première signature agricole au Kef et à Siliana, ce serait probablement celle du grain.   Dans ces deux hautes terres, la céréaliculture ne constitue pas simplement une production parmi d’autres: elle dessine une grande partie du paysage, structure les rotations et rythme profondément le calendrier agricole.   Le blé dur y occupe une place importante, mais il s’inscrit dans un ensemble plus vaste où l’orge, le blé tendre, le triticale, les légumineuses et les cultures fourragères participent à la diversité des systèmes de production.   La puissance céréalière de ces deux territoires apparaît nettement au moment

Le zgougou en Tunisie: quand une graine de forêt devient une mémoire du Mouled et une richesse à préserver

PUB Actuagro Le zgougou en Tunisie: quand une graine de forêt devient une mémoire du Mouled et une richesse à préserver Par AgroHealth – À l’approche du Mouled, les marchés tunisiens changent de visage. Les fruits secs occupent les étals, les familles commencent à penser aux préparatifs et, dans de nombreuses maisons, une question revient naturellement: combien de zgougou faudra-t-il cette année pour préparer l’assida?   En Tunisie, le Mouled n’est pas seulement une date du calendrier religieux. C’est un moment profondément ancré dans la mémoire familiale, un rendez-vous où les générations se retrouvent autour de gestes transmis depuis longtemps. Préparer l’assida zgougou, la décorer de fruits secs et la partager avec la famille et les voisins fait partie de ces traditions qui donnent à la fête une dimension à la fois spirituelle, affective et sociale.   Mais derrière le petit grain brun qui donne à l’assida sa couleur et son goût caractéristiques se cache une histoire beaucoup plus vaste. Le zgougou est le fruit d’une forêt, celui du pin d’Alep, un arbre emblématique des paysages méditerranéens et l’une des principales essences forestières de Tunisie.   Sa récolte fait vivre des populations rurales, alimente une chaîne économique et agroalimentaire importante, mais dépend aussi d’un équilibre forestier de plus en plus fragile face aux incendies, aux sécheresses et au changement climatique.   Du souvenir du Mouled à une histoire née dans les forêts tunisiennes Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le Mouled tunisien sans l’assida zgougou. Pourtant, cette préparation n’a pas toujours occupé la place qu’elle tient aujourd’hui dans les foyers.   Selon plusieurs récits historiques, l’assida est beaucoup plus ancienne que sa version au zgougou et serait liée à une tradition alimentaire ancienne de l’Ifriqiya. L’utilisation des graines du pin d’Alep dans sa préparation serait apparue à la fin du XIXe siècle, dans le contexte des grandes difficultés alimentaires qui ont marqué la Tunisie après les événements de 1864 et les années de sécheresse et de famine qui ont suivi.   Dans les régions du Nord-Ouest, les populations ont alors découvert ou développé l’utilisation alimentaire des graines du pin d’Alep, une ressource disponible dans leur environnement immédiat. Ce qui était au départ une réponse à une période de pénurie allait progressivement devenir une préparation festive.   C’est peut-être là que réside l’une des histoires les plus touchantes du zgougou: une ressource de survie est devenue, au fil du temps, un symbole de partage et de célébration.   La tradition s’est ensuite profondément associée au Mouled. De génération en génération, la recette s’est raffinée. Le zgougou, autrefois lié à la nécessité, s’est transformé en un produit recherché, parfois coûteux, et en un élément presque incontournable des préparatifs de la fête.   Cette évolution raconte à elle seule une partie de l’histoire sociale de la Tunisie: celle d’une société capable de transformer une ressource forestière en patrimoine culinaire. Le pin d’Alep, l’arbre derrière le zgougou Scientifiquement, le pin d’Alep porte le nom de Pinus halepensis Mill. En français, on l’appelle pin d’Alep.   C’est un conifère méditerranéen particulièrement bien adapté aux conditions sèches. Il possède une grande capacité d’adaptation à différents milieux et peut se développer dans des zones où les précipitations sont relativement faibles.   En Tunisie, son aire de présence s’étend des régions du Nord jusqu’auxzones plus sèches du Centre-Ouest.   Le pin d’Alep constitue même l’une des espèces forestières les plus importantes du pays. Selon la FAO, les écosystèmes de pin d’Alep couvrent environ 133 000 hectares en Tunisie.   Son importance ne se limite pas à la production de graines. La forêt de pin d’Alep protège les sols, contribue au stockage du carbone, participe à la biodiversité et fournit aux populations rurales différentes ressources: bois, pâturages, plantes, cônes et graines.   Mais pour les Tunisiens, son produit le plus emblématique reste sans doute cette petite graine appelée communément zgougou. Où pousse le zgougou tunisien? Les principales zones de production se trouvent dans les régions où les forêts de pin d’Alep occupent de vastes superficies, notamment dans le Centre-Ouest et le Nord-Ouest.   Les gouvernorats de Kasserine, Siliana et Le Kef constituent des territoires particulièrement importants pour cette ressource. On trouve également le pin d’Alep dans d’autres régions, notamment Zaghouan et Béja, ainsi que dans certaines zones du Nord-Est.   La répartition de la production n’est toutefois pas uniforme. Les caractéristiques du milieu jouent un rôle important: altitude, pluviométrie, degré d’aridité, exposition et caractéristiques des peuplements peuvent influencer la taille des cônes et la quantité de graines produites.   Une étude menée sur 79 populations naturelles de pin d’Alep en Tunisie a notamment montré que la production de cônes et les caractéristiques des graines varient selon les zones bioclimatiques et les gradients géographiques. Kasserine, un grand territoire du pin d’Alep Kasserine occupe une place historique importante dans cette filière. La forêt de pin d’Alep y constitue également une ressource économique pour les populations locales.   La FAO indique que la forêt de Kasserine, qui constitue le peuplement de pin d’Alep le plus méridional du pays, représente une source de revenus pour environ 70 000 personnes impliquées notamment dans le pâturage et la collecte des graines, des cônes et des plantes médicinales. Siliana, au cœur de la filière Siliana est devenue, ces dernières années, l’un des principaux pôles de collecte, de stockage et de commercialisation du zgougou.   En septembre 2025, les données communiquées localement indiquaient environ 132 tonnes de graines de zgougou stockées dans le gouvernorat, faisant de Siliana le premier fournisseur national pour la campagne concernée. Le prix du kilogramme se situait alors entre 44 et 50 dinars.   Ces chiffres montrent à quel point la demande liée au Mouled peut transformer, en quelques semaines, un produit forestier en véritable enjeu économique.   Du cône au petit grain: une récolte qui demande du travail Le zgougou ne pousse pas directement sous forme de petits grains prêts à être consommés. Il faut d’abord récolter les cônes du pin d’Alep, communément appelés pommes de pin.   La récolte est une activité forestière

L’Europe sous pression hydrique: un signal d’alerte pour la Tunisie

L’Europe sous pression hydrique - un signal d’alerte pour la Tunisie

PUB Actuagro L’Europe sous pression hydrique : un signal d’alerte pour la Tunisie Par AgroHealth – La crise de la sécheresse qui touche une grande partie de l’Europe s’est aggravée durant l’été 2026. Près de la moitié du territoire européen est désormais concernée. Les images satellites montrent le recul de plusieurs grands cours d’eau, une baisse de l’humidité des sols et un jaunissement marqué des espaces végétalisés dans plusieurs grandes villes européennes. Une comparaison des images satellites du Loire, près de Saumur, en France, montre une évolution importante du lit du fleuve entre 2023 et 2026. Sur l’image prise le 8 août 2026, de larges zones apparaissent à découvert à l’intérieur du lit, davantage que les années précédentes. Dans les espaces agricoles environnants, les couleurs sont également devenues plus brunes et plus ternes, signe d’un stress hydrique important. Dans le sud-ouest de la France, les images satellites prises entre mai et août 2026 montrent également une évolution importante de la couleur des terres agricoles et de la végétation autour de la Garonne. Cette évolution intervient alors que le bassin de la Garonne connaît une forte pression sur ses ressources en eau. En Allemagne, le Rhin a atteint des niveaux particulièrement bas, perturbant directement le transport fluvial. Le 12 août, Reuters rapportait que la baisse du niveau de l’eau avait atteint des niveaux exceptionnels, entraînant des difficultés de navigation dans certains passages stratégiques et immobilisant plusieurs bateaux. En Italie, les images satellites du Pô montrent, elles aussi, une augmentation des zones découvertes à l’intérieur du lit du fleuve au cours des quatre dernières années. Cette situation intervient dans un contexte de fort stress hydrique, qui exerce une pression croissante sur l’irrigation agricole et la production d’énergie. Le Danube connaît également une baisse de son niveau dans plusieurs secteurs de la Hongrie et de la Roumanie. La comparaison des images satellites entre août 2025 et août 2026 montre un recul visible du fleuve. Cette baisse a même permis de faire réapparaître des épaves de navires allemands coulés pendant la Seconde Guerre mondiale, près de Prahovo, en Serbie. Le phénomène est également visible au Royaume-Uni. Les images satellites montrent une baisse importante de la vitalité de la végétation dans plusieurs zones de Londres, notamment à Hyde Park, ainsi qu’aux alentours de Stonehenge. Le Royaume-Uni a connu en juillet l’un de ses mois les plus secs depuis le début des relevés météorologiques en 1836. Selon l’Agence britannique de l’environnement, 71,3 % du territoire britannique était officiellement en situation de sécheresse. L’impact environnemental s’étend enfin aux espaces verts de Vienne, en Autriche. Les images satellites montrent une différence nette entre les étés 2025 et 2026. Une grande partie des surfaces herbeuses ouvertes des parcs est passée du vert au brun et à des teintes plus ternes. Ces évolutions, visibles depuis l’espace, illustrent l’ampleur du stress hydrique qui touche actuellement plusieurs régions européennes. Au-delà des paysages, la sécheresse met sous pression les ressources en eau, l’agriculture, l’irrigation, la navigation fluviale et la production d’énergie. Elle rappelle surtout que la gestion de l’eau devient un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire et l’avenir des territoires européens. Une crise qui dépasse les frontières européennes La sécheresse qui frappe l’Europe ne constitue pas seulement une crise environnementale régionale. Par son poids dans la production agricole, le commerce international et les échanges alimentaires, l’Europe joue un rôle important dans les équilibres des marchés mondiaux. Lorsque les récoltes diminuent, que les cours d’eau deviennent difficilement navigables ou que la production d’énergie est perturbée, les conséquences peuvent se transmettre bien au-delà des frontières européennes. L’agriculture est l’un des premiers secteurs exposés. Les fortes chaleurs et le déficit hydrique ont déjà conduit à revoir à la baisse certaines prévisions de récoltes européennes, notamment pour le maïs et le tournesol. Une baisse de la production peut entraîner une pression supplémentaire sur les prix internationaux des céréales, des huiles végétales, des fruits et légumes et de l’alimentation animale. Elle peut également accentuer la concurrence entre les pays importateurs pour accéder aux mêmes produits sur les marchés mondiaux. Les difficultés de navigation sur le Rhin et le Danube constituent un autre exemple de cette propagation des effets. Ces fleuves sont des axes majeurs pour le transport de matières premières, de produits agricoles, d’énergie et de marchandises industrielles. Lorsque les niveaux d’eau deviennent trop faibles, les bateaux doivent réduire leur chargement, les coûts de transport augmentent et certaines chaînes d’approvisionnement peuvent être ralenties. La crise peut également toucher la production énergétique. La faiblesse des ressources en eau limite notamment le refroidissement de certaines installations électriques et réduit la disponibilité de l’hydroélectricité. Cette situation peut contribuer à augmenter les coûts de l’énergie, avec des répercussions sur l’industrie, l’agriculture, le transport et, finalement, sur les prix payés par les consommateurs. La Tunisie, particulièrement exposée Pour la Tunisie, cette situation mérite une attention particulière. Le pays est lui-même confronté à une forte vulnérabilité hydrique et agricole. Les autorités tunisiennes ont consacré en juin 2026 un conseil ministériel restreint à la question de l’eau, avec notamment des mesures concernant l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation, la mobilisation des ressources hydriques et le recours accru aux ressources en eau non conventionnelles. La Tunisie pourrait subir les conséquences de la sécheresse européenne par plusieurs canaux. Le premier concerne les marchés agricoles. Une baisse de la production européenne de céréales, d’huiles végétales ou d’aliments pour animaux peut contribuer à augmenter les prix internationaux et donc renchérir la facture des importations tunisiennes. Pour un pays qui doit déjà composer avec une disponibilité limitée de ses ressources en eau, toute hausse durable du coût des produits alimentaires représente un risque supplémentaire pour la sécurité alimentaire. Le deuxième canal concerne les marchés de l’huile d’olive, des fruits, des céréales et d’autres produits agricoles méditerranéens. Une dégradation simultanée des conditions climatiques dans plusieurs pays producteurs pourrait réduire l’offre disponible sur les marchés internationaux et accentuer la volatilité des prix. La concurrence entre les pays méditerranéens pour l’accès à l’eau et aux marchés pourrait ainsi devenir plus forte. Le

Mohamed Salah Glaied: L’eau en Tunisie entre hausse de la demande et défis climatiques

PUB Actuagro Mohamed Salah Glaied: L’eau en Tunisie entre hausse de la demande et défis climatiques Lire l’article en arabe Par Mohamed Salah Glaied – Selon le Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2024, publié par l’UNESCO, les tensions liées à l’eau aggravent les conflits dans le monde et constituent une menace sérieuse pour la paix.   Le rapport souligne que le changement climatique augmente la fréquence et l’intensité des situations de pénurie d’eau. Aujourd’hui, 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre. Le rapport appelle donc les pays à renforcer la coopération internationale et les accords transfrontaliers afin de préserver la paix mondiale et de gérer les ressources en eau de manière durable. Les systèmes hydrauliques en Tunisie: les premiers signes de fragilité La fragilité des systèmes hydrauliques en Tunisie s’explique principalement par la faiblesse des ressources en eau, leur mauvaise utilisation, l’état dégradé des infrastructures hydrauliques et l’absence d’un cadre juridique adapté au secteur de l’eau.   La diminution des ressources en eau est notamment liée à la baisse des précipitations au cours des dernières années. Les pluies jouent un rôle essentiel dans le renouvellement des eaux de surface et des eaux souterraines, qui constituent les principales ressources renouvelables. Avec le changement climatique, la quantité de ressources disponibles diminue davantage et les phénomènes naturels extrêmes, notamment les sécheresses et les inondations, aggravent la pénurie d’eau.   Le deuxième facteur de fragilité est la mauvaise utilisation de l’eau. Le gaspillage est notamment lié au manque de sensibilisation des citoyens à la valeur de cette ressource. Il est également lié aux politiques publiques qui consacrent environ 80 % des ressources en eau au secteur agricole, alors que les revenus de ce secteur restent limités par rapport à sa consommation d’eau.   Les difficultés apparaissent aussi dans l’entretien et le renouvellement des infrastructures hydrauliques. Une grande partie de ces installations a été construite au milieu du siècle dernier et nécessite aujourd’hui des travaux de maintenance, de modernisation et de rénovation. Quelques chiffres sur les ressources en eau en Tunisie Les ressources en eau mobilisables et pouvant être exploitées sont estimées à environ 4,8 milliards de m³ par an, dont : • 2,7 milliards de m³ d’eaux de surface ; • 2,1 milliards de m³ d’eaux souterraines.   Selon les statistiques de 2019, la consommation actuelle se répartit comme suit : • Agriculture irriguée : 78 %, soit environ 3 400 millions de m³ ; • Eau potable, en milieu urbain et rural : 18,5 %, soit environ 820 millions de m³ ; • Secteur industriel : 2,5 %, soit environ 45 millions de m³ ; • Tourisme et hôtellerie : environ 1 %.   La Tunisie a connu une croissance démographique ainsi qu’un développement et une diversification de son économie. Cette évolution a entraîné une augmentation importante de la demande en eau. Elle s’est parfois accompagnée d’une consommation peu maîtrisée et d’une mauvaise gestion de cette ressource.   La Tunisie fait aujourd’hui partie des 33 pays dans le monde, dont 16 pays arabes, confrontés ou susceptibles d’être confrontés à une pénurie d’eau, appelée également par les experts «stress hydrique».   Les problèmes actuels sont nombreux et divers. Parmi les principales causes, on peut citer : • La baisse des apports des barrages au cours des dernières années, avec une diminution de 43 % par rapport aux moyennes annuelles. • La hausse des températures au cours de la dernière décennie, liée au changement climatique.   Elle a eu un effet négatif sur les réserves des barrages, notamment à cause d’une forte évaporation et de pertes importantes au niveau des réseaux de distribution. Les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont parmi les plus exposés aux conséquences du changement climatique. Il est donc devenu indispensable de réfléchir sérieusement à des solutions adaptées.   Parmi les principales pistes, il faut notamment: • Sensibiliser à tous les niveaux à la rareté de l’eau: médias, société civile, organisations nationales et internationales, autorités locales, régionales et centrales. • Diversifier les sources d’eau et utiliser de manière rationnelle toutes les ressources disponibles. Il faut notamment développer les techniques de dessalement des eaux souterraines salées, améliorer l’utilisation des eaux souterraines et profondes et les protéger contre la pollution, l’épuisement et la surexploitation. • Encourager l’innovation et la modernisation des techniques d’utilisation de l’eau, notamment les différentes techniques d’irrigation. • Augmenter les investissements consacrés au secteur de l’eau, aussi bien pour réaliser de nouveaux projets que pour moderniser, réhabiliter et améliorer les infrastructures existantes, afin de réduire les pertes et favoriser une utilisation rationnelle de l’eau. Les grandes préoccupations pour le secteur de l’eau Plusieurs facteurs constituent aujourd’hui une source majeure d’inquiétude: • La surexploitation et l’utilisation irresponsable des eaux souterraines, notamment en raison du nombre très élevé de forages illégaux, qui continue d’augmenter. Leur nombre était estimé à environ 18 000 en 2019. • Le changement climatique et ses conséquences, avec une baisse importante des précipitations annuelles ou, au contraire, des épisodes d’inondations et de fortes pluies dont nous ne tirons pas suffisamment profit. • La forte augmentation de la demande en eau, aussi bien pour l’eau potable que pour l’irrigation. • La diminution de la capacité des infrastructures hydrauliques à retenir les eaux de ruissellement, en raison de l’accumulation progressive des sédiments. • La dégradation de la qualité de l’eau, notamment de l’eau potable, pour plusieurs raisons. • Le vieillissement des réseaux et des équipements, qui ne sont plus toujours capables de répondre à la demande. • La politique tarifaire, notamment pour l’eau destinée à l’irrigation, ainsi que la gouvernance des systèmes hydrauliques. Il est notamment nécessaire de revoir les modes de gestion à travers les associations d’usagers de l’eau. Les défis du secteur de l’eau Le secteur de l’eau fait face à de nombreux défis en raison de l’augmentation continue de la demande et de la croissance démographique. Dans le même temps, les infrastructures évoluent peu et commencent parfois à se dégrader avec le

Khaoula Khemiri: La souveraineté alimentaire de la Tunisie passe nécessairement par la souveraineté hydrique

PUB Actuagro Khaoula Khemiri: La souveraineté alimentaire de la Tunisie passe nécessairement par la souveraineté hydrique Lauréate du prix de la meilleure recherche scientifique féminine en Tunisie, Khaoula Khemiri s’impose comme l’une des voix montantes de la recherche tunisienne sur l’eau et les enjeux agricoles. De l’hydrologie à l’intelligence artificielle, en passant par la télédétection et la modélisation, ses travaux explorent les effets du changement climatique et des activités humaines sur les ressources hydriques. Dans cet entretien avec AgroHealth, elle revient sur son parcours, les défis auxquels l’agriculture tunisienne est confrontée et les solutions que la science et les nouvelles technologies peuvent apporter. Elle évoque également la place des femmes dans la recherche et appelle à rapprocher davantage la science des agriculteurs et des décideurs. Vous venez de recevoir le prix de la meilleure recherche scientifique féminine en Tunisie. Que représente cette distinction pour vous, personnellement et professionnellement?    Cette distinction représente pour moi une immense fierté, mais aussi une responsabilité. Elle constitue une reconnaissance de plusieurs années de recherche consacrées aux enjeux de l’eau, de l’agriculture et du changement climatique en Tunisie. C’est également un encouragement à poursuivre mes travaux et à faire de la science un véritable outil au service de notre pays, notamment pour renforcer sa souveraineté hydrique et alimentaire.   Votre parcours vous a conduite du génie hydraulique vers la modélisation, la télédétection et l’intelligence artificielle. Comment cette évolution s’est-elle construite?  Cette évolution s’est construite naturellement autour d’une même question : comment mieux comprendre et gérer nos ressources en eau face au changement climatique et aux activités humaines? Ma formation en Génie Hydraulique m’a donné les bases, puis la modélisation, la télédétection et aujourd’hui l’intelligence artificielle m’ont permis d’aller plus loin dans l’analyse et la prédiction. Pour moi, ces technologies sont avant tout des outils complémentaires au service d’une meilleure gestion de l’eau et de l’agriculture.    Vos travaux montrent que les ressources en eau tunisiennes sont soumises à une double pression: le changement climatique et les activités humaines. Quelle est aujourd’hui la situation la plus préoccupante?  La situation la plus préoccupante est la combinaison des deux pressions. Le changement climatique réduit la disponibilité et la régularité de l’eau, tandis que les prélèvements, notamment pour l’agriculture, accentuent cette tension. Aujourd’hui, le véritable défi est donc de préserver l’eau disponible tout en maintenant une agriculture productive et durable.    Peut-on encore parler d’une agriculture durable en Tunisie sans revoir profondément notre manière de gérer l’eau?  La durabilité de l’agriculture tunisienne doit passer par une meilleure gestion de l’eau. Il faut passer d’une logique de mobilisation toujours plus importante de la ressource à une logique d’optimisation, d’économie et de valorisation de chaque mètre cube. Cela implique aussi de mieux adapter les cultures aux disponibilités en eau et d’utiliser davantage la science et les nouvelles technologies pour éclairer les décisions.    La recharge artificielle des nappes peut-elle constituer une partie de la réponse au problème du déficit hydrique en Tunisie?  Oui, la recharge artificielle des nappes peut constituer une partie de la réponse, notamment en valorisant les eaux excédentaires lors des épisodes pluvieux. Mais elle ne doit pas être considérée comme une solution isolée. Elle doit s’inscrire dans une stratégie globale combinant économie de l’eau, meilleure gestion des barrages, recharge naturelle et artificielle, et adaptation de l’agriculture aux ressources disponibles.    Vous utilisez aujourd’hui l’intelligence artificielle et le machine learning dans vos travaux. Qu’est-ce que ces technologies apportent concrètement à la gestion de l’eau et à l’agriculture?  L’intelligence artificielle permet surtout de mieux détecter, prédire et décider. Elle nous aide à analyser de grandes quantités de données, à mieux prévoir les ressources en eau, à anticiper les effets du changement climatique et à identifier les périodes ou les conditions critiques pour l’agriculture. L’objectif n’est pas de remplacer l’expertise humaine, mais de transformer les données scientifiques en outils d’aide à la décision, pour utiliser chaque ressource en eau de manière plus efficace.    Le changement climatique est-il déjà en train de modifier profondément la géographie agricole de la Tunisie?  Oui, progressivement. Le changement climatique modifie les conditions dans lesquelles l’agriculture tunisienne peut se développer, avec une hausse des températures, une plus grande irrégularité des pluies et une disponibilité en eau de plus en plus limitée. Certaines cultures et certains territoires deviennent donc plus vulnérables. L’enjeu sera de repenser la répartition des cultures en fonction des ressources en eau et des conditions climatiques futures, plutôt que de maintenir les mêmes modèles partout.    Vous recevez aujourd’hui une distinction qui met en lumière la recherche scientifique féminine. Quelle est encore la place des femmes dans la recherche en Tunisie?  Les femmes occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans la recherche scientifique en Tunisie, et leur contribution est pleinement reconnue dans de nombreux domaines. Mais il reste encore des défis, notamment pour accéder aux postes de responsabilité et faire davantage entendre leur expertise. Je pense que cette distinction est aussi un encouragement à donner plus de visibilité aux chercheuses tunisiennes et à inspirer les jeunes femmes à faire de la science un espace où elles peuvent pleinement s’épanouir et contribuer au développement du pays.    Votre recherche produit beaucoup de connaissances et de données. Comment faire pour que ces résultats soient réellement utilisés par les agriculteurs et les décideurs?  C’est justement l’un des grands défis de la recherche : transformer la connaissance en action. Il faut rapprocher davantage les chercheurs, les agriculteurs et les décideurs, en traduisant les résultats scientifiques en outils simples, indicateurs et recommandations concrètes. La recherche doit sortir des laboratoires pour répondre directement aux besoins du terrain et accompagner la prise de décision.   La Tunisie parle beaucoup de souveraineté alimentaire, mais peut-elle réellement atteindre cet objectif sans souveraineté hydrique?  À mon sens, non. La souveraineté alimentaire ne peut pas être durable sans souveraineté hydrique, car l’agriculture dépend directement de la disponibilité et de la qualité de l’eau. Nous devons donc penser les deux ensembles : produire notre alimentation tout en préservant la ressource qui permet

Fête nationale de la Femme: Des champs à l’IA, ces Tunisiennes qui façonnent l’agriculture de demain

PUB Actuagro Fête nationale de la Femme: Des champs à l’IA, ces Tunisiennes qui façonnent l’agriculture de demain À l’occasion de la Fête nationale de la Femme tunisienne, célébrée chaque année le 13 août, AgroHealth rend hommage à celles qui, à tous les niveaux de la chaîne agricole et agroalimentaire, contribuent à nourrir le pays, à préserver ses ressources et à préparer son avenir.   Des femmes rurales qui travaillent la terre aux ingénieures et chercheuses qui développent de nouvelles solutions agronomiques, en passant par les entrepreneures qui investissent dans les technologies numériques, la robotique ou l’intelligence artificielle, leur rôle dans l’agriculture tunisienne ne cesse de se transformer.   Cette dynamique prend une résonance particulière en 2026, proclamée par les Nations unies Année internationale de la femme agricultrice. Une initiative qui vise notamment à mieux reconnaître la contribution des femmes aux systèmes agroalimentaires et à agir contre les inégalités persistantes en matière d’accès à la terre, au financement, aux technologies, à la formation et aux services agricoles. La femme rurale, gardienne d’un savoir agricole Bien avant les capteurs connectés, les drones et l’intelligence artificielle, les campagnes tunisiennes disposaient déjà d’une technologie précieuse: le savoir transmis de génération en génération.   Dans les différentes régions du pays, les femmes participent depuis longtemps à toutes les étapes de l’activité agricole et agroalimentaire. Elles sèment, entretiennent les cultures, récoltent, trient, transforment et commercialisent les produits.   Elles interviennent également dans l’élevage, la conservation des semences et la transmission des pratiques liées aux produits du terroir. Une grande partie de cette contribution est pourtant restée longtemps peu visible. Le travail familial non rémunéré, notamment, a souvent été insuffisamment valorisé dans la mesure de l’activité économique.   Réduire la femme rurale à une simple force de travail agricole serait donc une erreur. Elle est aussi détentrice de savoirs, actrice de la sécurité alimentaire, maillon des chaînes de valeur et, de plus en plus, entrepreneure.   À travers les produits du terroir, la transformation artisanale, les coopératives et les petites entreprises rurales, certaines femmes parviennent ainsi à convertir des ressources locales en activités génératrices de revenus.   Cette réalité prend toute son importance dans une agriculture tunisienne confrontée à des défis multiples: changement climatique, stress hydrique, vieillissement de la population agricole, pression sur les ressources naturelles et nécessité de renforcer la valeur ajoutée des productions. Des champs aux laboratoires: quand les femmes font avancer la science agricole À cette agriculture fondée sur l’expérience s’ajoute aujourd’hui une agriculture de plus en plus portée par la connaissance scientifique et l’innovation.   Dans les universités, les écoles d’ingénieurs, les centres de recherche et les entreprises, de nombreuses Tunisiennes se forment et travaillent dans des domaines aussi variés que l’agronomie, la biologie, les sciences de l’environnement, l’irrigation, la protection des végétaux, la génétique, la transformation alimentaire ou encore la gestion des ressources naturelles.   Leur contribution est essentielle dans un contexte où produire davantage ne suffit plus. Il faut désormais produire mieux, avec moins d’eau, moins d’intrants et une meilleure adaptation aux nouvelles conditions climatiques.   Analyser un sol, sélectionner une variété plus résistante à la sécheresse, améliorer une technique d’irrigation, détecter précocement une maladie ou optimiser un procédé de transformation: derrière chacune de ces avancées se trouvent des années de recherche, d’expérimentation et de transfert de connaissances.   La science agricole n’est donc pas éloignée de la réalité des exploitations. Elle y retourne constamment, sous forme de nouvelles pratiques, de nouvelles technologies et de nouvelles solutions. L’intelligence artificielle entre dans les champs Une nouvelle révolution est désormais en marche: celle de la donnée. Capteurs connectés, drones, imagerie satellitaire, plateformes numériques, robotique et intelligence artificielle commencent à transformer les méthodes de production agricole.   Leur objectif n’est pas nécessairement de remplacer l’agriculteur, mais de lui fournir des informations plus précises pour prendre de meilleures décisions. L’intelligence artificielle peut notamment contribuer à analyser des images de cultures, identifier certains symptômes de maladies, suivre l’état végétatif des plantes, anticiper les besoins en irrigation ou encore optimiser l’utilisation des intrants.   Dans une Tunisie confrontée à une pression croissante sur les ressources hydriques, ces outils pourraient jouer un rôle important dans le développement d’une agriculture de précision, capable d’adapter les interventions aux besoins réels des cultures.   Mais cette transformation technologique pose aussi une question essentielle : qui conçoit les outils de l’agriculture de demain? La réponse passe également par les femmes. Ingénieures, chercheuses, développeuses, entrepreneures ou spécialistes des données, des Tunisiennes investissent progressivement ces nouveaux domaines. Elles ne sont plus seulement présentes sur le terrain comme utilisatrices des technologies: elles participent aussi à leur conception et à leur déploiement. De l’exploitation à la startup: une nouvelle figure de l’entrepreneure agricole L’évolution du rôle des femmes dans l’agriculture se mesure également à travers l’entrepreneuriat. Dans les territoires ruraux comme dans les pôles urbains, de nouvelles initiatives féminines apparaissent dans la transformation des produits agricoles, l’agroalimentaire, les services agricoles, l’agriculture biologique, l’agritourisme et les solutions numériques.   Cette évolution est stratégique. Car l’avenir de l’agriculture tunisienne ne dépendra pas uniquement de la capacité à produire. Il dépendra aussi de la capacité à créer de la valeur autour de la production, à mieux organiser les chaînes de valeur et à rapprocher producteurs, consommateurs, marchés et technologies.   L’entrepreneuriat féminin peut ainsi devenir un levier de diversification économique et de revitalisation des territoires ruraux.   Mais pour que ce potentiel se transforme en véritable dynamique économique, les obstacles restent nombreux: accès au financement, au foncier, aux équipements, à la formation, aux marchés et aux réseaux professionnels.   Ces barrières sont précisément au cœur des enjeux mis en avant par l’Année internationale de la femme agricultrice 2026. Le 13 août: célébrer, mais surtout regarder vers l’avenir La Fête nationale de la Femme ne devrait pas être seulement un rendez-vous symbolique. Elle peut aussi être l’occasion de poser une question fondamentale: quelle place voulons-nous réellement donner aux femmes dans l’agriculture tunisienne de demain?   Une agriculture plus résiliente aura besoin de leurs savoirs. Une agriculture confrontée au stress

L’alfa tunisien: une richesse de la steppe entre crise et renaissance

PUB Actuagro L’alfa tunisien: une richesse de la steppe entre crise et renaissance De la terre de Kasserine aux feuilles de papier, l’alfa raconte une histoire où se croisent environnement, économie, industrie et mémoire rurale. Aujourd’hui fragilisée par la dégradation des steppes et les difficultés de sa filière industrielle, cette plante emblématique pourrait pourtant trouver une nouvelle place dans l’économie verte.   Dans les paysages arides du Centre-Ouest tunisien, l’alfa pousse souvent dans le silence. Ses touffes vert-gris s’étendent sur les terres sèches de Kasserine, de Sidi Bouzid, de Gafsa et de Kairouan. Pour celui qui traverse ces territoires, elle peut sembler n’être qu’une herbe parmi d’autres.   Pourtant, derrière cette plante discrète se cache une véritable histoire économique et sociale.   L’alfa, ou Stipa tenacissima L., est à la fois une composante essentielle des steppes tunisiennes, une matière première industrielle et une source de revenus pour des milliers de familles rurales. Elle a donné naissance à une filière qui relie directement la steppe à l’industrie du papier. Mais cette histoire est aujourd’hui à un tournant. Une plante adaptée à l’extrême L’alfa est une graminée vivace caractéristique des régions arides et semi-arides du bassin méditerranéen. Ses feuilles étroites et fibreuses peuvent atteindre près d’un mètre de longueur. Cette morphologie, associée à sa capacité à vivre dans des milieux secs, lui permet de résister à des conditions auxquelles beaucoup d’autres plantes ne pourraient pas s’adapter.   En Tunisie, les steppes d’alfa constituent l’un des paysages végétaux caractéristiques des régions les plus sèches. Elles ne sont toutefois pas de simples étendues de végétation: elles abritent une diversité floristique et participent au fonctionnement des écosystèmes steppiques.   Des travaux réalisés sur dix sites tunisiens ont montré que les steppes à alfa sont soumises à une dégradation continue, avec une diminution de la couverture végétale et de la biodiversité dans les milieux les plus dégradés. Le surpâturage et l’aridification figurent notamment parmi les facteurs associés à cette fragilisation.   L’alfa joue ainsi un rôle qui dépasse largement sa valeur économique: préserver ses peuplements, c’est aussi préserver les sols et les équilibres écologiques des steppes.   De la plante sauvage à une filière industrielle L’histoire industrielle de l’alfa tunisien est intimement liée à Kasserine. La Société nationale de cellulose et de papier alfa (SNCPA) trouve son origine dans les anciennes structures industrielles créées pour transformer l’alfa en pâte à papier.   La société publique actuelle a été créée en 1980 par la fusion de la Société nationale tunisienne de cellulose, créée en 1956, et de la Société tunisienne de papier alfa, créée en 1968. Elle constitue aujourd’hui un important pôle industriel du Centre-Ouest tunisien.   La filière commence cependant bien avant l’entrée de l’alfa dans l’usine. La SNCPA indique qu’elle collecte en moyenne environ 40 000 tonnes d’alfa par an, auprès de collecteurs répartis principalement dans quatre gouvernorats: Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa et Kairouan.   Cette collecte s’appuie sur 75 centres d’achat et concerne environ 6 000 familles. Le transport et les opérations liées à la préparation de la plante font également intervenir près d’un millier de personnes.   Derrière chaque tonne récoltée, il y a donc des familles, des travailleurs et tout un réseau économique rural. C’est ce qui donne à l’alfa une dimension profondément humaine. Quand la steppe devient du papier Une fois récoltée, séchée et pressée, la plante rejoint l’usine où ses fibres sont transformées en pâte.   Cette fibre possède des caractéristiques particulières qui expliquent son intérêt pour l’industrie papetière. Sa composition et ses propriétés mécaniques lui confèrent une valeur importante pour la fabrication de certaines catégories de papier.   Des travaux scientifiques menés en Tunisie ont montré que les propriétés des fibres varient notamment selon la saison, le site et le stade biologique de la plante.   La SNCPA indique pour sa part une capacité moyenne de production d’environ 12 000 tonnes de pâte d’alfa par an, destinée entièrement à l’exportation vers l’Europe, l’Asie et les États-Unis.   La pâte d’alfa est notamment appréciée pour ses propriétés mécaniques, optiques et pour sa capacité à absorber l’encre. Elle peut entrer dans la fabrication de papiers de qualité, de papiers filtres ou encore de certains papiers techniques.   La même entreprise annonce une capacité de production d’environ 25 000 tonnes de papier d’écriture et d’impression par an, avec plusieurs catégories de papiers blancs et colorés.   Ainsi, une plante qui pousse dans une steppe sèche peut se retrouver, quelques jours plus tard, transformée en matière première industrielle. Mais la ressource naturelle s’épuise Cette filière repose toutefois sur un équilibre fragile: l’industrie a besoin de l’alfa, tandis que l’alfa a besoin d’un écosystème capable de se régénérer.   Or, cet équilibre est soumis à de fortes pressions. La sécheresse et la variabilité climatique affectent les écosystèmes steppiques. Une étude consacrée à l’impact du changement climatique sur la distribution de Stipa tenacissima en Tunisie prévoit une diminution importante des habitats climatiquement favorables à l’espèce dans les scénarios étudiés.   À cela s’ajoutent les pressions humaines: surpâturage, dégradation des parcours, interventions sur les sols et autres perturbations.   Une étude publiée en 2026, consacrée à des peuplements d’alfa de Kasserine, Sidi Bouzid et Sfax, confirme que les perturbations humaines et la variabilité climatique influencent fortement le fonctionnement physiologique et écologique de la plante.   Le problème n’est donc pas seulement de savoir combien d’alfa on peut récolter, mais surtout combien la steppe peut supporter sans perdre sa capacité de régénération. Récolter l’alfa: une question de calendrier et de méthode La récolte elle-même mérite une attention particulière. L’alfa n’a pas les mêmes caractéristiques tout au long de l’année. Des recherches menées dans la région de Kasserine ont montré que la longueur, la largeur et la finesse des fibres évoluent selon la saison et le niveau de la feuille.   Les chercheurs soulignent que ces résultats peuvent contribuer à établir des programmes de récolte mieux adaptés à la biologie de la plante.   Une autre étude menée à Sbeïtla, dans le gouvernorat de Kasserine, a également

Pr. Dhia Bouktila – Jendouba, le berceau vert de la Tunisie fertile [La Tunisie fertile (2)]

PUB Chronique Pr. Dhia Bouktila – Jendouba, le berceau vert de la Tunisie fertile [La Tunisie fertile (2)] Par Pr. Dhia Bouktila. Professeur de Génétique à l’Université de Monastir – Après avoir parcouru les grandes plaines céréalières de Béja, cœur historique de la Tunisie nourricière, «La Tunisie fertile» poursuit son voyage vers un territoire voisin, intimement lié au précédent par une même histoire de l’eau, des sols et du vivant. De Tabarka à Ghardimaou, d’Aïn Draham à Boussalem, des paysages forestiers aux plaines agricoles de la Medjerda, Jendouba dévoile une mosaïque d’agrosystèmes, de traditions culinaires et de ressources biologiques qui racontent une autre facette de la Tunisie fertile. Un territoire où les produits du terroir, les savoir-faire ancestraux et les défis contemporains de durabilité et de sécurité alimentaire s’entremêlent. Bienvenue dans une Tunisie où les forêts sont des sources et les terres des promesses. Bienvenue à Jendouba, terre où l’eau devient vie.   Figure 1. Vue panoramique de la région de Jendouba. Source: visittunisie.com 1. La fertilité commence en amont Lorsque la pluie tombe sur une forêt, l’histoire de la fertilité commence bien avant le champ. Dans l’imaginaire agricole tunisien, Béja occupe naturellement la place du grand grenier. Jendouba raconte une autre histoire. Elle n’est pas seulement une terre agricole : elle est aussi un territoire hydrologique.   Sa géographie produit quelque chose de plus précieux qu’une simple surface cultivable: elle organise un cycle de l’eau dont dépend une grande partie de la fertilité régionale.   Montagnes, collines et plaines s’y succèdent, depuis les reliefs de la Kroumirie et des Mogods jusqu’aux zones basses de la vallée de la Medjerda. Les espaces forestiers s’étendent sur une partie importante des reliefs, tandis que les cultures pluviales, notamment céréalières, occupent les plaines et les collines.   Lorsqu’une pluie atteint une forêt, toute l’eau ne suit pas le même chemin. Une partie est interceptée par la végétation, une autre s’infiltre progressivement dans le sol, une autre encore alimente le ruissellement.   Le couvert végétal ralentit ainsi les écoulements, limite l’érosion et contribue au fonctionnement des bassins versants. La forêt n’est donc pas un paysage posé à côté de l’agriculture. Elle participe au fonctionnement du système qui la rend possible.   Elle protège les sols, influence les flux d’eau et contribue à maintenir les équilibres écologiques dont dépendent les terres cultivées. C’est ici qu’apparaît une idée essentielle de l’agroécologie moderne: la fertilité d’une parcelle peut dépendre de processus qui se déroulent bien au-delà de ses limites.   À Jendouba, comprendre l’agriculture suppose donc de regarder en amont du champ: vers la montagne, la forêt, les sols et le bassin versant. 2. La Medjerda, l’artère de la fertilité Après la forêt vient l’eau. À Jendouba, elle a un nom: la Medjerda. La rivière n’est pas ici un simple élément du paysage.   Elle constitue l’infrastructure naturelle majeure autour de laquelle s’est organisée une grande partie de l’agriculture du gouvernorat. Alimentée par les eaux venues des massifs montagneux et forestiers, elle traverse le territoire et accompagne progressivement la transformation des paysages, des reliefs de l’amont jusqu’aux grandes plaines agricoles.   À cette infrastructure naturelle, l’agriculture a progressivement ajouté ses propres systèmes hydrauliques: barrages, lacs et retenues collinaires, périmètres irrigués, canaux et réseaux de distribution.   Le gouvernorat de Jendouba dispose de quatre grands barrages: Béni M’tir, Ezzarga, Barbara et Bou Hertma, auxquels s’ajoutent de nombreux barrages et lacs collinaires [1]. Les données officielles disponibles recensent notamment 17 barrages collinaires et 39 lacs collinaires, selon l’Atlas numérique du gouvernorat [2].   Jendouba dispose aujourd’hui d’un réseau important de périmètres irrigués, régulièrement documenté par le Ministère de l’Agriculture dans la Plateforme nationale des données ouvertes.   Cette dynamique se poursuit: en 2025, deux nouveaux périmètres publics irrigués ont été officiellement créés dans le gouvernorat, à Oued Zlazel, dans la délégation de Fernana (40 hectares), et à Bou Hertma 1–extension Somrane, à Balta-Bou Aouane (32 hectares) [3,4].   Cette maîtrise de l’eau a profondément transformé les systèmes agricoles de Jendouba, en permettant de compléter les grandes cultures pluviales par des productions irriguées, des cultures fourragères et des systèmes d’élevage plus diversifiés.   L’eau modifie alors profondément le fonctionnement des agrosystèmes. Elle ne détermine pas seulement les rendements: elle permet de diversifier les cultures. Dans les plaines, elle rend possibles des productions irriguées qui complètent les grandes cultures céréalières et renforcent le potentiel agricole du territoire.   Mais l’essentiel est ailleurs: la Medjerda relie les territoires. Ce qui tombe sous forme de pluie sur les forêts de l’amont, ce qui est retenu par les sols et recueilli dans les vallées, finit par rejoindre le réseau hydrographique et contribue au fonctionnement des terres agricoles situées plus bas.   La forêt, la montagne, les collines et la plaine ne constituent donc pas des paysages indépendants. Ils appartiennent à un même continuum hydrologique et agroécologique.   C’est à partir de cette rivière que nous pouvons maintenant comprendre Jendouba comme un véritable gradient de fertilité: partir des forêts de l’amont, suivre les territoires de transition, puis atteindre les grandes plaines de la Medjerda où l’eau, les sols et le travail agricole se combinent pour produire une part importante des richesses alimentaires du territoire.   À Jendouba, la fertilité ne reste pas immobile : elle circule avec l’eau.   Figure 2. La Medjerda (مجردة), vue depuis la route nationale 5. Source : Wikipedia.   3. De la forêt aux plaines: le gradient agroécologique de Jendouba Pour comprendre la richesse de Jendouba, il faut suivre le chemin de l’eau. Partir des montagnes et des massifs forestiers, descendre vers les collines et les vallées, puis rejoindre les grandes plaines qui s’ouvrent autour de la Medjerda.   Au fil de ce parcours, l’altitude change, les sols se transforment, les paysages s’ouvrent et les systèmes agricoles se diversifient.   C’est cette succession qui fait l’originalité du territoire. Sur quelques dizaines de kilomètres se côtoient forêts de chêne-liège et de chêne zéen, parcours et élevage, cultures céréalières, périmètres irrigués, arboriculture, maraîchage, apiculture et production laitière.   Chaque espace possède ses propres ressources et ses propres

La damassa de Kerkennah: quand la mémoire de la mer devient un patrimoine vivant (Vidéo et album photos)

Actuagro La damassa de Kerkennah: quand la mémoire de la mer devient un patrimoine vivant (Vidéo et album photos) Dossier préparer par AgroHealth et Najwa Chelli(*) . Vidéo Houcem Boudaya et photos festival Damassa –  À l’occasion de la 6ᵉ édition du Festival de la Damassa, qui se tiendra du 21 au 24 août à Al Attaya, à Kerkennah, cette pratique ancestrale revient au cœur de l’attention. À Kerkennah, la mer n’est pas seulement un espace de pêche. Elle est une mémoire,un territoire de savoirs et un élément essentiel de l’identité des insulaires.Depuis des générations, les Kerkenniens ont développé des techniques de pêcheadaptées à leur environnement marin, fondées sur une connaissance fine despoissons, des courants, des saisons et des fonds marins.   Télécharger le document en arabe https://www.agrohealth-tn.com/wp-content/uploads/2026/08/Damassa.mp4 Parmi ces pratiques ancestrales figure la damassa, une technique de pêche traditionnelle intimement liée à l’histoire et au mode de vie des habitants de l’archipel.   Aujourd’hui, alors que les méthodes modernes de pêche et les transformations environnementales bouleversent progressivement les équilibres anciens, la damassa apparaît comme bien plus qu’une ancienne technique: elle constitue un patrimoine vivant à préserver, à valoriser et à transmettre. Une technique née de la rencontre entre l’homme et la mer D’où vient la damassa? À quand remontent ses premières pratiques? Peut-on en déterminer avec précision les origines historiques?   Ces questions restent essentielles pour comprendre la place qu’occupe aujourd’hui cette technique dans la mémoire collective de Kerkennah.   Comme beaucoup de pratiques traditionnelles insulaires, la damassa s’est construite au fil du temps à partir de l’observation du milieu marin et de l’adaptation des populations aux ressources disponibles.   Son histoire est ainsi indissociable de celle des Kerkenniens eux-mêmes. Dans un environnement où la terre agricole est limitée et où la mer constitue depuis toujours une source majeure de nourriture et de revenus, les habitants ont développé une véritable culture maritime.   La damassa témoigne de cette capacité à lire la mer, à comprendre ses rythmes et à exploiter ses ressources grâce à un savoir empirique transmis de génération en génération. Pourquoi Al Attaya? La persistance de cette pratique à Al Attaya n’est certainement pas le fruit du hasard.   La configuration particulière des côtes de Kerkennah, la faible profondeur de certaines zones marines et les caractéristiques du milieu ont favorisé le développement de techniques de pêche adaptées à cet environnement.   La damassa est pratiquée dans des zones où le niveau de l’eau permet aux pêcheurs de se tenir debout et de se déplacer à pied.   Cette caractéristique est essentielle au déroulement de la technique, qui repose largement sur l’intervention directe des pêcheurs dans l’eau.   Pendant des décennies, voire des siècles, les pêcheurs ont accumulé des connaissances empiriques concernant les lieux de passage des poissons, les périodes favorables à la pêche, les mouvements de l’eau et les conditions du milieu.   Ce savoir n’était pas consigné dans des manuels. Il se transmettait par l’observation, l’expérience et la pratique.   C’est précisément ce qui donne à la damassa une valeur particulière: derrière une technique de pêche se cache tout un système de connaissances sur le fonctionnement du milieu marin. Une technique fondée sur la discipline et le travail collectif La damassa repose avant tout sur une organisation collective particulièrement rigoureuse.   Chaque embarcation, ou felouque, joue un rôle précis dans l’opération de pêche, tandis que la coordination entre les différents groupes sont placés sous l’autorité de responsables chargés de diriger les opérations.   Le babour, terme local désignant la grande embarcation de pêche, intervient également dans cette organisation, aux côtés des différentes felouques utilisées au cours de l’opération.   La technique exige une parfaite coordination: lorsqu’un membre du groupe commet une erreur, celle-ci peut avoir des conséquences sur l’ensemble de l’opération.   Les pêcheurs insistent ainsi sur l’importance de la discipline, du respect des consignes et de la hiérarchie entre les membres du groupe.   Cette organisation fait de la damassa une véritable «école de la mer». Les jeunes y apprennent non seulement les gestes techniques, mais également les règles du métier, le respect des aînés, la solidarité et le travail collectif. Comment se pratique la damassa? La technique consiste notamment à installer la damassa et le mur (السور), puis à faire intervenir les khabbata, les pêcheurs chargés de frapper la surface de l’eau à l’aide de bâtons selon un rythme et une organisation précis.   Ces mouvements ont pour objectif de pousser les poissons vers le dispositif de capture. La technique cible notamment les poissons dits «sauteurs», comme le mulet et la mila, dont les comportements permettent aux pêcheurs de les orienter vers la zone de capture.   L’efficacité de la damassa repose donc moins sur la puissance des moyens utilisés que sur la précision des gestes, le respect du rythme et la coordination entre les différents participants.   La pratique est également réalisée de nuit. La damassa nocturne repose alors davantage encore sur le calme, la patience et l’observation. Les pêcheurs installent leurs filets de pêche et restent dans une relative tranquillité, à l’écoute des signes de la mer.   Le passage d’un banc de poissons peut être repéré grâce à un mouvement ou à un saut à la surface de l’eau, signal qui indique aux pêcheurs le moment où l’opération doit commencer.   Cette capacité à interpréter les moindres signes de la mer constitue l’un des aspects les plus remarquables de ce savoir traditionnel. Une activité économique, mais aussi un mode de vie À Kerkennah, la pêche traditionnelle n’a jamais été une simple activité économique. Elle a façonné les modes de vie, l’organisation sociale et même les relations entre les générations.   La damassa participait à cette économie locale fondée sur les ressources de la mer. Le poisson représentait une source de nourriture et de revenus pour les familles, tandis que les activités liées à la pêche faisaient vivre tout un réseau de personnes.   Mais son importance dépassait largement sa dimension économique. Elle appartenait au quotidien des communautés locales et contribuait à une identité